Rugby – Fed1 / JC Bacca (SC Graulhet) : « Il y a une réelle identité du rugby Graulhetois !»

Dans une interview grand format réalisé ce mardi 2 juillet au cours de notre émission « le #MagSport – RadioAlbiges  » nous sommes revenus avec le manager du SC Graulhetois, sur l’actualité du club. Les derbys Tarno-Tarnais , son émotion de retrouver le SC Albi en poule, son point de vue sur la composition des poules de Fed1, les malheurs de Rodez qui profitent aux mégissiers, la nomination de son compère Philippe Oro, sa vision du rugby actuel , et sa volonté de remettre les valeurs humaines au centre du débat sont évoqués dans cet entretien à bâtons rompus. En clair comme sur le pré, Jean Christophe Bacca ne s’échappe pas.

Jean-Christophe, les poules sont tombées en fin de semaine dernière et belle surprise, le SC Graulhetois se retrouve dans une poule, on va dire,  très axée sur le sud-ouest et l’ancienne région Midi-Pyrénées avec un joli derby face au SCA, ton ancien club. Ca va être une grande séquence émotion on imagine, quand tu vas rentrer dans le mythique couloir du stadium en tant que visiteur ? 

Oui, c’est ça. C’est sûr que ça va être un peu particulier, ça sera la première fois que je reviendrai sur cette pelouse, sans être en jaune et noir. Donc oui, ça va être une petite séquence émotion parce-que voilà, j’ai passé quand même beaucoup de temps dans ce club, j’ai eu beaucoup de joies, quelques peines mais je retiendrai surtout les joies que m’a apporté ce club. Maintenant, je crois que c’est surtout intéressant pour le rugby tarnais qu’on retrouve une poule très axée sur la région, avec beaucoup de derbys, notamment les confrontations avec Lavaur et Albi. Même si on tire pas dans la même catégorie, ce sera toujours des matches forts en jeu, avec du monde, avec de l’envie, avec tout ce qui fait un peu la dramaturgie de notre sport. Je trouve intéressant bien sûr qu’on se retrouve dans ces conditions là. Et, à titre personnel, ça me fait très plaisir de pouvoir revenir à Albi même si, bien sûr, je suis à 100% graulhetois aujourd’hui. Et donc, je ferai en sorte de poser le plus de problèmes  à ce club qui m’a beaucoup apporté. 
On s’attend bien à ce que tu remontes tes joueurs comme des coucous pour que, sur ton ancien stade, ils portent haut le blason graulhetois ? 
C’est ça, je pense qu’il y a une identité graulhetoise. Et puis surtout, je vais leur demander de prendre du plaisir. Nous, notre championnat ne se situera pas, en tous cas au départ, avec les tarbais, les blagnacais et les albigeois. Donc, ce sont des matches qui vont être porteurs d’apprentissages et où il va falloir avoir envie de jouer, de prendre du plaisir. Bon, le plaisir pour moi, ça restera toujours dans le combat en premier. On va essayer de combattre avec nos armes face à des grosses armadas du haut de la poule. Mais, en tous cas, ce seront des matches plaisants à jouer et bien sûr, tenir au maximum, accrocher au maximum ces équipes-là, notamment Albi, pour pouvoir après derrière avoir un peu de marge sur le reste des équipes qui, sans leur faire injure, seront sans doute un ton en dessous de ces trois équipes principales. 
On ne sait pas encore si c’est un Graulhet-Albi ou un Albi-Graulhet qui va se dérouler dans ce premier derby du Tarn, parce qu’il y aura plusieurs derbys du Tarn entre Albi, Lavaur, Graulhet. Mais, on imagine que, quelque soit le tirage, la réception au stade Pélissou à Graulhet sera sous le signe d’une grande fête du rugby Tarnais
Oui, bien sûr. Je crois qu’on s’y prépare, je crois que les dirigeants sont enchantés. Même les joueurs m’ont appelé de suite quand la poule est sortie. C’était un grand moment d’allégresse parce que, malgré tout, on reste les meilleurs ennemis et c’est très important pour les joueurs et les dirigeants qu’on retrouve cette affiche d’antan qui n’avait pas eu lieu depuis un bon nombre d’années. Donc, c’est très intéressant et je pense que, bien sûr, Graulhet mettra les petits plats dans les grands avec la venue d’Albi avec, sans doute, un maxi repas au forum, des activités décuplées autour du stade. Ca doit rester une fête du rugby tarnais et ça reste, derrière Castres, une des plus grosses affiches de ce département. C’est très important pour le club, c’est très important pour la suite à donner parce que je pense que ça donnera aussi envie à des gamins, des deux côtés, qui viendront voir le match, qui viendront voir l’engouement qu’il génère. Même si, encore une fois, les budgets et les niveaux des équipes ne sont pas les mêmes et l’infrastructure non plus. Mais voilà, ça reste une image qui fait rêver : Graulhet avec son passé, Albi avec son passé un peu plus récent et deux clubs qui symbolisent quelque chose dans le Tarn. Avec Lavaur, ces trois matches vont avoir une importance pour les clubs et puis je crois, pour relancer le rugby, s’il en a besoin dans ce département. 
Et puis, il y en a un, à l’inverse de toi, quand il arrivera à Pélissou, je pense que ce sera la séquence émotion pour lui. Il nous a avoué être heureux de ce tirage de poule. C’est Alain Roumégoux, le président du SCA, qui a été élevé à la mamelle graulhetoise. Son père était une des figures mythiques du SC Graulhetois. Pour lui aussi, ça va être une séquence émotion assez grande de revenir en tant que président d’Albi dans le jardin de son enfance. 
C’est sûr. Alain a connu le rugby à travers le SC Graulhetois. Son père était président emblématique derrière ? et il fait partie de la tradition graulhetoise j’ai envie de dire, comme président. Donc, lui se retrouvant à Albi aujourd’hui, je pense que son cœur balancera un peu entre les deux. Mais, bien sûr, en tant que président d’Albi, il soutiendra son club, ce qui est normal, mais je pense qu’il aura aussi à cœur d’être présent à ces deux matches là parce que ça aura une connotation particulière pour lui aussi. 
Dans cette poule, comme tu le disais, Graulhet ne joue pas dans la même catégorie qu’Albi. Albi tend vers le Jean Prat et essayer d’accrocher cette satanée Pro D2. Graulhet, on le sait, c’est affiché, c’est claironné, vous jouez le maintien et plus si affinités. Dans cette course du maintien, quels vont être les adversaires principaux avec qui il va falloir se frotter ? 
Je crois que, statistiquement, les deux promus sont toujours dans cette catégorie là, même si on a vu des promus qui s’en sortaient très bien dans leur nouvelle division. Mais voilà, en terme de statistiques, on peut penser qu’on va batailler avec des équipes comme Pamiers, avec des équipes comme Mauléon. 
Des équipes que tu as étudiées un peu déjà ? 
Des équipes qu’on ne connaît pas du tout. Moi, j’ai vu jouer Pamiers à Gaillac. Des forts tonnages, des équipes qui ont des arguments à faire valoir. Et puis, qui se sont renforcés, ça c’est sûr. Il faudra les étudier un peu plus cette année parce qu’ils vont sûrement changer de braquet. Mais voilà, il y a toujours un tant d »adaptation de ces équipes promues qui fait que, en général, elles sont dans la course au maintien. Des fois, elles s’en sortent plutôt bien, des fois plus difficilement. Donc voilà, je pense que et Pamiers et Mauléon seront avec nous à la lutte. Après, on va y rajouter des équipes comme, des équipes qui ont un statut … 
Bagnères, Lannemezan, Oloron ?
Voilà, un statut un peu sur le même système que le notre, c’est à dire qu’à partir du moment où les clubs sont purement amateurs, comme peut l’être Graulhet, avec des garçons qui travaillent toute la semaine et trois entraînements par semaine voire deux le soir. Voilà, ce type d’équipe se retrouve tous à la bataille. Mais alors, vu le nombre d’équipes comme ça sur cette poule, on peut espérer aussi qu’il y en a certains qui vont se retrouver qualifier dans le du Manoir. Donc voilà, je pense qu’en dessous des 3, 4 grosses équipes du haut de tableau, le reste est assez homogène. Mais nous, on part sur le principe qu’on va d’abord batailler pour le maintien et puis, si le maintien est acquis assez rapidement on va dire, on verra ce qu’on a comme opportunités. Mais, ce qui est important surtout, c’est de bien démarrer, qu’on marque notre territoire au départ à Graulhet et puis après, voir jusqu’où ça nous porte. Mais la priorité bien sûr, ça reste le maintien qu’on essaiera d’acquérir le plus rapidement possible. 
Un petit mot sur les autres poules ? On a vu que les voisins mazamétains ont ramassé velu comme on dit dans le jargon. 
Oui, c’est la problématique. C’est l’avantage et l’inconvénient dans le sud-ouest. L’avantage, c’est qu’on peut refaire une poule où on a, comme cette année, des déplacements qui sont relativement courts parce qu’on est très nombreux dans le sud-ouest à évoluer en Fédérale 1. Ca, c’est l’avantage. L’inconvénient, c’est que, étant donné qu’il y a un club tous les 20 km ou tous les 30 km, que ce soit de F2, F3 ou F1, voir au-dessus, et bien, le recrutement est toujours difficile, faire venir des joueurs, c’est très compliqué. Donc, le petit avantage qu’on a, c’est de pouvoir se retrouver dans une poule géographiquement très près. Le désavantage, c’est qu’étant géographiquement très près …
Tout le monde ne peut pas y rentrer
Voilà, c’est ça, exactement. Donc, c’est toute la difficulté. Mais, c’est vrai que les autres poules ont l’inconvénient des déplacements mais avec l’avantage, prenons un club comme Bourg-en-Bresse, qui peuvent réunir toute la jeunesse autour parce qu’à 5 km autour de Bourg, il n’y a pas un club de F1 qui joue la montée régulièrement en Pro D2. Donc, c »est sûr que c’est un avantage en terme de formation, c’est un désavantage en terme de géographie. Mais c’est sûr que pour Mazamet, qui se retrouve dans une poule excentrée avec le sud-est, ça reste très compliqué. Mais je pense aussi à Castanet qui est aussi dans cette situation-là, qui aura aussi une saison sans doute difficile à ce niveau-là. 
Pour un promu, pour Mazamet, c’est assez costaud. Mais bon, l’adversité ne fait pas peur à Philippe Guicherd alias  » La Guiche ». J’imagine qu’il va relever le défi avec bravoure. 
C’est ça, je le pense aussi. 
Et tu vois qui sortir de ces poules, dans la poule de Graulhet et dans les autres ? 
A l’arrivée, je crois qu’aujourd’hui, on en avait parlé l’année dernière, si tu t’en souviens. J’avais annoncé Rouen et Valence très en avance parce que budgétairement, structurellement, malgré une très belle demi-finale d’Albi, c’est un club qui, sur la saison, a eu des résultats un peu meilleurs qu’Albi. Donc, c’est un club qui était structuré déjà pour la Pro D2. Cette année, je vois Bourg-en-Bresse parce qu’ils n’ont perdu quasiment personne de leur effectif donc ils vont être sans doute à la  bataille jusqu’au bout. Et après, je pense que ça va être très ouvert. Albi, bien sûr, grandissime favori avec Bourg-en-Bresse. Et puis après, je sais qu’il y a des clubs en train de se structurer. Je sais que, par exemple, un club comme Nantes cette année a 25 contrats pro avec un système d’entraînements sur la base d’Albi, c’est à dire deux fois par jour quotidiennement. Donc, tous ces clubs là, Blagnac … 
Dijon aussi qui se structure de façon très intéressante ?
Dijon, voilà. Tous ces clubs là qui se structurent dès la Fédérale 1 comme une équipe professionnelle, ont déjà un avantage, sans parler de la qualité des joueurs, ont déjà un avantage structurel : la possibilité de s’entraîner deux fois par jour quelque soit le niveau des joueurs permet de vraiment travailler sur le détail et donc, comme le rugby est un sport de détails, les victoires se jouent sur le détail, à partir de là, les équipes qui se structurent comme des professionnels ont la possibilité de travailler longuement, de se préparer mieux et, bien sûr, ont un avantage conséquent sur toutes les équipes dites amateurs. C’est un peu le rugby à deux vitesses qu’on retrouve en Fédérale 1. On va pas toutes les citer mais c’est sûr que des équipes comme Dijon, Nantes, 
Narbonne, qui recrute très épais
Narbonne, qui fonctionne sur un système professionnel. Moi, je vois une finale Albi/Bourg-en-Bresse, comme ça là, aujourd’hui. Mais, il ne faut pas penser non plus que Massy, chaque année, sa formation arrive à chaque fois à revenir dans le giron professionnel, faut pas les oublier non plus. Ils sont pillés chaque année mais ils ont un réservoir derrière. 
Tout comme Dax, qui est un grand club, et qui reste un club qui sera toujours présent en phase finale. 
Exactement, qui est encore là en 1/4 de finale. Donc, attention à ces équipes même si considère que Bourg-en-Bresse et Albi ont un avantage sur ces autres équipes, c’est à dire sur les individualités. 
Albi aura certainement un petit supplément d’âme en plus avec ce sentiment d’injustice et de  » revanchada  » par rapport à ce qui s’est passé dans l’épique demi-finale retour en Normandie. 
Je pense que c’est tout à fait louable. De chaque défaite, il faut tirer des enseignements et se servir de cette abnégation qu’ils ont pu avoir pendant cette demi-finale. Ces deux matches de demi-finale parce qu’il ne faut pas oublier qu’ils ont été aussi très, très bons à Albi contre Rouen sous la pluie. 
Le match référence de l’ère Méla?
Voilà, je pense aussi. Il faut reconnaître, il faut s’en servir. C’est ce qu’a fait avec ce groupe, avec ses différents groupes, Eric Béchu quand même des années. C’est à dire, on est seuls contre le monde entier et tout le monde veut notre peau, il faut qu’on s’en sorte. Ca nous a amené là où ça nous a amené. 
Avec cette maxime  » Ensemble, on ne risque rien « !
Voilà, c’est une bonne formule et il faut essayer de continuer à la faire fonctionner sur le club d’Albi. 
Revenons sur le SC Graulhetois. Les malheurs du Stade Rodez Aveyron ont fait le bonheur du SCG qui est une nouvelle fois repêchés administrativement. Certains disent que vous êtes les grands veinards de la Fédérale 1, 4 repêchages consécutifs. Par contre, pour toi manager, ça a dû être compliqué de commencer à préparer un recrutement Fédérale 2 pour à la fin basculer en Fédérale 1. Et, à la fin, est ce que tu as une petite pensée pour les ruthénois qui sont en train de boire le calice jusqu’à la lie ? 
Une pensée pour les Ruthénois bien sûr parce que je pense que ce club méritait autre chose qu’une relégation. C’est une place forte du rugby depuis très longtemps, c’est toujours dommage de voir un club tomber comme ça.
En plus, avec un technicien de grande qualité. Arnaud Vercruysse, c’est quelqu’un qui fait du très bon boulot à Rodez. 
Voilà, exactement, il a des joueurs de qualité. Par contre, à partir du moment où on se structure d’une façon professionnelle, ça a un coût. Tout le monde ne peut pas assurer ce coût là, peut-être qu’il faut être un peu plus patient, ce que je me permettrai de donner comme conseil à mon humble niveau si j’étais président de n’importe quel club que ce soit. C’est sûr que, par rapport à nous, ça a été intéressant de se retrouver en Fédérale 1 mais je pense que , c’est pas une question d’être veinard. Je trouve que, une des valeurs qui restent dans notre sport, c’est de récompenser un petit peu les vertus morales. On peut pas dire qu’on s’est maintenus sportivement depuis quatre ans, ça c’est indéniable. On aurait préféré se maintenir sur le terrain que sur le tapis vert. Mais, ce qui est sûr, c’est que les dirigeants font, depuis des années, un travail énorme. C’est à dire que, malgré un budget faible, on arrive encore à recruter sans dépenser un sou de plus. C’est la force de Graulhet. 
La gestion du bon père de famille on va dire.
La gestion comme on peut le dire de bon père de famille. Et bien sûr, ça paie à un moment. Là, c’est tombé sur Rodez mais, on est d’accord pour dire que, dans le rugby d’aujourd’hui, il y a beaucoup de clubs qui font le pari du professionnel en se disant  » je fais tapis sur la table. Si je passe, tant mieux « . Parce qu’il ne faut pas oublier que les droits TV de la Pro D2 sont énormes (1M7) donc il y a beaucoup de clubs qui fonctionnent à crédit la dernière année de Fédérale 1 en pensant monter. Si ça monte, ils se disent ‘ bah voilà, on a travaillé un peu à crédit mais avec les droits TV, ça y est, on rentre dans nos frais ». Si ça monte pas, par contre, ça devient très compliqué. 
Ca me rappelle un club ça …
(Rires) Il y en a eu plusieurs qui ont fonctionné comme ça. Je vais pas les citer parce que tout le monde va me dire après que on assassine certains clubs et pas d’autres. Mais, il y a des clubs qui ont, et chaque année fonctionne comme ça et à tous les niveaux, et c’est déplorable. Je crois qu’il faut passer à autre chose. Il faut rester sur une gestion quand on n’a pas les moyens d’avoir Valence, Rouen. On est bien d’accord, ils se retrouvent avec des budgets faramineux pour la Fédérale 1. Mais, quand on se trouve dans une région qui a moins d’argent parce qu’il y a beaucoup de clubs, il passer sur un autre modèle économique. Je pense que le modèle économique qui fonctionne aujourd’hui dans notre région par exemple, c’est s’appuyer sur la formation et s’appuyer sur un recrutement régional. Et, là-dessus, bien sûr, ça demande plus de temps. Bien sûr, ça demande plus d’investissement au niveau des éducateurs. Ca demande tout un état d’esprit que je revendique la plupart du temps, que ce soit dans tous les clubs, sur l’historique du club. C’est à dire s’appuyer sur l’historique du club. Et ça, c’est vrai que c’est moins clinquant, ça brille moins, mais, par contre, je crois que c’est efficace dans notre rugby actuel. Et on doit s’appuyer là-dessus. Et, aujourd’hui, Graulhet se sauve là-dessus. Graulhet, c’est sa gestion saine et donc, ils sont récompensés pour cette gestion saine. Ce que j’ai envie de dire, ce n’est que presque que de la normalité. A partir du moment où, il y a des clubs autour, et encore une fois, je n’accable pas Rodez, qui ont essayé de fonctionner à crédit pendant longtemps, bien sûr, au bout d’un moment, c’est obligé de s’effondrer. Donc, c’est dommage pour Rodez parce que ce sont les Aveyronnais qui aiment le rugby qui vont se retrouver un peu orphelins pendant un temps mais Rodez renaîtra de ses cendres. Mais, je pense que pour des clubs comme Rodez, comme Graulhet, même comme Albi, bon après Albi, il y a un tissu économiste un peu plus vaste (ça reste la préfecture), malgré tout, il faut s’appuyer sur la formation, il faut s’appuyer sur l’histoire du club, il faut s’appuyer sur des recrutements de joueurs qui sont du coin. Peut-être que, quand on parle de mouiller le maillot, c’est un peu désuet aujourd’hui parce que …
Mais avoir une identité de club c’est pas désuet ?
Avoir une identité de club, c’est important du rugby de demain dans nos rayons. Alors, on est bien d’accord que Nevers a pas besoin d’avoir une identité de club. Nevers, avec ses millions d’euros, peut se permettre d’aller acheter des stars, on le voit de suite. C’est un autre modèle économique. Pour avoir e modèle économique là, il faut vraiment des moyens que les clubs du sud-ouest, que très peu de clubs du sud-ouest ont. Donc, je pense qu’il faut passer à autre chose. 
Et alors, le recrutement, tu as renforcé un peu ton équipe avec des jeunes si j’ai de bons échos ? Entre autres, Paul Armengo qui était en espoirs à Albi mais pas que?
D’abord, le premier recrutement qu’on a fait, c’est d’essayer de conserver un maximum du groupe graulhetois existant. C’est à dire qu’on s’est séparés que des joueurs sous contrats plus 2 ou 3 autres joueurs qui pouvaient pas faire autrement, notamment un garçon qui est très attachant et à qui je souhaite bonne chance, qui était un de nos ailiers cette saison, qui est parti à Saint-Sulpice. Il pensait qu’on allait en Fédérale 2, il travaille chez EDF avec son statut de sportif de haut niveau donc avec un emploi du temps aménagé. C’est un garçon qui est parti, je dirais pas avec le cœur lourd mais, il regrettait quand même de quitter Graulhet. Il l’a fait parce qu’il fallait qu’il se maintienne en Fédérale 1. Il s’était engagé quand on a su qu’on était en Fédérale 1 mais il nous a félicité, il était très content qu’on soit en Fédérale 1 et on le retrouvera à St Sulpice, en face de nous le week-end. 
Avec la patte de Victor Labat.
Voilà, c’est ça. Là-dessus, on a quelques joueurs qui sont partis dans ce registre là, sous contrats que l’on ne pouvait plus honorer à partir du moment où on pensait qu’on était en Fédérale 2, on les a aussi laissés partir. Tout le reste, tout le groupe, 85 à 90% du groupe a été conservé. C’était notre premier recrutement. Et autour de ça, ce sont des garçons qui ont entre 25 et 30 ans, le plus vieux a 31 ans de ce groupe de graulhetois historiques, donc ce sont des garçons à maturité. Donc, on y a greffé d’autres joueurs qu’on est allé chercher à Albi mais pas que. On est allé en chercher à Rabastens. 
On veut des noms. (rires)
Oui, par exemple le capitaine de Rabastens, qui est un jeune jouer de 21 ans, qui s’appelle Lardet. Un 3e ligne de fort potentiel, un peu à la Vincent Calas, grand, 1m95, longiligne et qui s’est engagé, et qui vient nous rejoindre pour tenter l’aventure. Souvent, c’est comme ça. J’ai récupéré un garçon, qui m’a donné son accord hier, Vlad Bida, qui est un pilier gaucher d’Albi, un gamin qui faisait partie de la génération si tu te souviens, des minimes qui ont très, très bien fonctionné sous l’ère Moroni. Moroni, qui était l’entraîneur des minimes qui avait beaucoup travaillé sous l’ère Broncan. 
C’est la génération Raphaël Merancienne ça?
Un peu plus jeune. C’est juste derrière Raphael Merancienne puisque c’est un garçon qui a 22 ans aujourd’hui. Et donc, c’est un gaucher qui a fait toute son école de rugby au SCA, qui avait un projet de partir en 2021 sur le Canada et qui avait un peu mis le rugby en stand-by. Je suis allé le récupérer parce que c’est un très, très bon joueur et que je trouvais dommage qu’il mette le rugby un peu en stand by parce que les études ne lui permettaient pas de continuer. En lui faisant un petit temps aménagé, il a accepté de nous rejoindre. Voilà, c’est ce type de joueurs qu’on est allé chercher. On est allé chercher le droitier de Balma, qui est un garçon revanchard, qui a commencé lui par contre le rugby plutôt à 24 ans, qui en a aujourd’hui 28, 29. Il a envie de tenter l’expérience de la Fédérale 1 donc on est allé le chercher. On est allé chercher des garçons comme Paul Oro aussi, qui est un ancien albigeois. 
Et dont le père va devenir ton binôme comme entraîneur
C’est ça, à la place de Jean-Marc Aué qui a signé à Castres. Et donc, son fils a signé. C’est un joueur que j’avais moi, quand j’entraînais les espoirs à Albi. Ben Roudière qu’on est allé récupérer, qui était parti sur Fos-Sur-Mer et qui revient dans la région par rapport à son boulot. Sa belle-famille étant d’Albi, il est revenu à Graulhet parce qu’il avait des amis comme Anthony Poujol. Surtout, je le connaissais parce que je l’avais entraîné. Il y avait cet attachement et à ses potes de club et, j’espère, peut-être un petit peu à moi aussi. Donc, des joueurs de ce type là et après des jeunes comme certains espoirs de Castres qui nous ont été envoyés par Philippe Carayon, que je remercie ici, parce qu’il nous a permis de récupérer un ou deux joueurs espoirs de Castres qui n’étaient pas conservés dans l’effectif et qu’on a pu reprendre. Donc, voilà, une équipe plutôt régionale, une équipe plutôt jeune qui a envie de prouver à ce niveau-là et on verra bien jusqu’où ça nous porte. Mais c’est vrai que ça a été un peu difficile au départ, parce qu’on a commencé en étant en Fédérale 2 et on finit le recrutement en étant en Fédérale 1,donc c’est pas toujours évident. 
Et puis, à l’image aussi d’avoir pris Philippe Oro comme co-entraîneur avec toi, maintenant, tu vois le rugby d’une façon assez différente peut-être d’avant. Tu l’avais dit déjà l’année dernière, tu pars dans des aventures humaines, que ce soit pour les joueurs, on le sent, que ce soit pour Philippe Oro ce sont des gens avec qui tu partages un ADN, des valeurs. Et pour toi, maintenant, pour faire du rugby pour une aventure sportive, il faut aussi autour de belles valeurs humaines ? 
C’est ça. Je ne me ferai plus violence sur le fait de comment est en train de s’organiser le rugby professionnel dans son ensemble. C’est à dire qu’on prend des hommes à droite, à gauche, pour former un staff, pour former une équipe, qui ont pour certaines fois ont des affinités et ça c’est très bien, ou ne se connaissent pas du tout dans d’autres cas. Et ça, c’est plus compliqué je crois. Je crois qu’on a besoin pour être efficaces de se connaître, d’avoir des valeurs communes dans le rugby et moi, à 50 ans, dans le rugby, j’ai la possibilité de choisir un peu ça reste une condition sine qua non de mon engagement dans un club. Bien travailler avec des gens que je connais, que j’apprécie, qui ont une vision rugbystique qui se rapproche de la mienne, qui ont des valeurs qui se rapprochent aussi des miennes. A partir de là, je peux fonctionner à n’importe quel niveau et avec n’importe qui. Mais, aller entraîner, je ne sais pas Lyon, qui ne m’appellera jamais on est bien d’accord, avec un staff que je ne connaîtrais ni d’Eve ni d’Adam, j’aurai du mal à fonctionner avec ça. 
Donc, Philippe Oro rentre dans ces critères humains ?
Exactement, comme Jean-Marc. Jean-Marc, c’est quelqu’un que j’ai énormément apprécié en tant qu’entraîneur. Je connaissais l’homme, j’avais joué contre puis on se connaissait très bien mais j’avais jamais entraîné avec lui. Vraiment, ça a été une belle aventure, une belle découverte que je regrette encore d’avoir quitté puisque je lui souhaite bon vent à Castres
C’est une offre qui ne peut se refuser le CO?
Exactement. J’espère qu’il va réussir et je lui souhaite tous mes voeux de réussite derrière lui. Et, j’ai choisi quelqu’un qui lui ressemble, au moins rugbystiquement et que je connaissais au moins autant, c’est à dire Philippe Oro, avec qui j’ai joué. Je voulais recréer ça. Je sais pas si j’y arriverai parce que Philippe est quand même quelqu’un de très attachant aussi. C’est surtout ça qui me fait vibrer. Puis après, les compétences sont reconnues de l’homme aussi. Mais voilà, c’est aujourd’hui ce que je recherche maintenant essentiellement un peu dans le rugby. Parce que je trouve compliqué aujourd’hui. D’ailleurs, le meilleur exemple aujourd’hui, si tu me le permets je clôturerai avec ça sur ce sujet là, c’est le Stade Toulousain. Le Stade Toulousain vivote depuis, vivote à son niveau on est bien d’accord, il faut être relatif, mais vivote à leur niveau depuis deux, trois saisons. Aujourd’hui, l’arrivée de Didier Lacroix qui a remis l’historique, les anciens sur le devant. Parce que je pense qu’il y a des anciens qui interviennent sur toutes les sections du Stade Toulousain. Je crois que, symboliquement, Lamboley qui va intervenir sur les poussins, c’est quand même fort. C’est quand même un champion de France, un international, qui intervient quelques fois sur les poussins. Et, comme par hasard, à partir du moment où on a remis dans toutes les strates du Stade Toulousain, des anciens joueurs mais pas que, je pense qu’il y a aussi des anciens historiques dans les dirigeants, à tous ces postes là, et bien ils sont champions de France. Et ils sont champions de France haut la main, il faut le dire, avec la manière. Quelque part, quand je dis qu’il faut s’appuyer sur une identité, s’appuyer sur l’historique d’un club et s’appuyer sur la formation, parce qu’aujourd’hui, le Stade Toulousain est champion de France et truste toutes les places de finalistes ou de demi-finalistes dans toutes les sections. C’est à dire espoirs, Crabos, cadets, dans toutes les sections, le Stade Toulousain figure dans le carré final. 
Le retour de l’hégémonie toulousaine?
Je sais pas si c’est l’hégémonie, je sais pas si ça va durer. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, ils sont incontournables dans le rugby français. Je ne dis pas que le modèle est le seul responsable de ça. Mais aujourd’hui où les moyens sont quasiment égaux sur les clubs du haut du panier en Top 14, celui qui diffère vraiment des autres clubs par son fonctionnement, c’est le Stade Toulousain en s’appuyant sur autant d’historique, autant d’anciens que ça. Et on le retrouve que là. Et comme par hasard, un petit peu à Montferrand, qui est la 2e équipe qui met vraiment en avant ses anciens, avec des hommes comme Jean-Pierre Romeu, ou la capacité qu’ont les anciens aussi d’exister dans toutes les strates de ce club. Et par hasard, c’est la finale qu’on retrouve cette année au Stade de France. 
En clair, si on te comprend bien, ton Graulhet rêvé, ton Graulhet optimum, ce serait un club à l’échelle humaine bien ancré, bien enraciné dans son identité et ses valeurs ? 
Je pense que, sur un club comme Graulhet, c’est la seule voie possible. S’appuyer sur ses valeurs, s’appuyer sur son histoire et s’appuyer sur sa formation. A partir de là, le budget qui n’a rien à voir même avec des budgets comme celui d’Albi, leur permet de s’ancrer dans la Fédérale 1. Si un club comme Graulhet essayait de vivre comme vit Albi, aujourd’hui, il n’en a pas les moyens et ce serait une erreur monumentale. Aujourd’hui, Graulhet doit s’appuyer là-dessus. Il en a les moyens et ça peut l’ancrer durablement dans la Fédérale 1, en attendant peut-être qu’un jour … 
De nouvelles heures fastes reviennent en terre graulhetoise?
Je sais pas. Mais en tous cas, aujourd’hui, l’existence de ce club en Fédérale 1 passe par ça. J’en suis intimement convaincu. Et par le jeu, il ne faut surtout pas renier le jeu. 
Dernière question pour conclure. Il y a peu de temps, tu nous disais au téléphone que tu sentais qu’à Pélissou, ce stade qui a été bouillant, qui a été un chaudron, il ne manquait qu’une petite étincelle pour que la fièvre du public Graulhetois se remette en marche. Ces derbys face à Lavaur et Albi, ce sera peut-être ça l’étincelle ? 
Je l’espère et je le crois. Je crois que si par le plus grand des bonheurs, on arrivait à accrocher à Noël Pélissou une équipe comme Albi, comme a pu le faire Nafarroa sur ses terres ou Oloron, je crois que ce serait vraiment un détonateur sur cette ville de Graulhet qui ne demande que ça, qu’à revivre ses heures d’antan, avec un public qui a envie de revoir un peu son équipe briller. Peut-être pas en haut de cette poule mais en tous cas à la bataille pour le ventre moi et pourquoi pas une qualification. Mais bon, on rêve encore un peu là et on va se concentrer surtout sur le maintien. Et je crois que ce club à cette force là, c’est à dire qu’il y a tout un peuple derrière qui attend le réveil de cette équipe. Le jour où ça va se passer, ça peut être un grand moment pour une renaissance tel le phénix pour ce club là. 
Rendez-vous est pris pour voir vibrer, monter en pression le stade Pélissou et revivre les grandes heures des derbys tarnais, quelque soit la date. 

C’est cela un beau derby en perspective et une belle fête du rugby Tarnais.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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