#Rugby – Nationale / Regis Bauché (Nice) : «Il faut vraiment avoir l’esprit assez court pour croire qu’à Nice tout est facile!»

Focus sur le Stade Niçois avec Regis Bauché le Directeur Général de la SAOS du club qui nous dresse un bilan extra sportif et financier des azuréens après un quinquennat de montée en puissance. Le club Méditerranéen qui évoluait encore en fédérale 2 en 2017/2018 a vu son statut sportif et social évoluer à grand pas autour d’un projet ambitieux qui veut amener le rugby Niçois en Pro D2. Le DG des nissarts nous a donc parlé de la santé financière du club, de sa structuration économique, mais aussi des enjeux de demain pour faire du Stade Nicois une véritable entité ancrée dans le sport moderne. Rencontre avec un dirigeant dont la vision du rugby est en adéquation avec son temps et qui démonte au passage les lieux commun persistant dans la Nationale, qui voudrait qu’à Nice tout soit simple . En clair du côté des Arboras, l’ex joueur d’Aurillac participe activement au développement des Azuréens sans oublier que le rugby est un combat de tout les instants.

Crédit photo Stade Nicois

Il y a un an et demi, le Stade Niçois opérait une révolution sociologique en passant de plein pied dans le monde pro, même si c’était déjà à moitié la cas, avec une structuration autour d’une SAOS et une holding. Où en est-on de ce grand chantier de ce Stade Niçois  » du futur  » ?

 

On continue de travailler avec beaucoup d’humilité. C’est vrai que l’on essaye d’orienter notre budget de façon peut-être un peu plus ciblée, on a travaillé en amont sur la formation qu’on essaie de faire perdurer avec des jeunes qui croient dans le projet, qui aiment le territoire et qui veulent rester avec un Pôle Universitaire. Au niveau de la structuration professionnelle, on est très, très content car on a créé une 2e holding qui est complémentaire de la première. La première était la holding des entrepreneurs azuréens dans laquelle on a été sourcé des entreprises qui sont plutôt des ETI du territoire, qui donnent une stabilité, qui sont autant dans l’accompagnement du territoire que dans l’accompagnement du rugby, des entreprises qui font plusieurs dizaines voire centaines millions d’euro. Et là, on a créé une 2e holding assez complémentaire qui est la holding du grand public azuréen, un peu dans l’esprit des Socios à Barcelone et qui regroupe des passionnés du rugby, pas forcément des gens qui sont sur Nice, on a par exemple des gens dans les Emirats ou en Angleterre. On a fait une levée de fonds en crowdfunding sur un peu plus d’une centaine de personnes et donc, cette structure est en place. Elle a une vocation qui n’est pas business mais plutôt une vocation d’aller vraiment porter des opérations solidaires mais aussi des opérations autour des jeunes azuréens. C’est quelque chose d’assez inédit mais que l’on est très content d’avoir mis en place et qui est maintenant effectif. 

Souvent, quand on entend parler les gens du Stade Niçois, ils disent  » c’est facile pour Nice de trouver des partenaires car ils ont un corps économique qui est diversifié, varié, riche et attractif « . Mais il y a quand même de la concurrence à Nice avec l’OGC Nice mais aussi pléiades de sports ? 

 

Oui, il y a beaucoup de concurrence mais aussi une vraie manne économique au même titre que Paris, Lyon ou Marseille. On sait tous que le rugby progresse dans les grosses métropoles, beaucoup plus que dans les villages que l’on a connus mais, pour autant, il faut aller chercher ces partenaires. Au niveau des PME, il y a aujourd’hui à peu près 8 000 entreprises sur Nice, on a un club partenaires de 150 entreprises donc, il y a un travail de fond qui est fait et qui permet d’aller chercher ces entreprises. Maintenant, quand on me dit qu’il y a de la concurrence, il y a l’après Covid qui n’est pas forcément simple avec des PGE (prêts garantis par l’Etat) qui commencent à être mis en amortissement mais aujourd’hui, on a la chance d’avoir des pouvoirs politiques qui nous aident comme Christian Estrosi, Renaud Muselier sur la Région, Eric Ciotti sur le Département avec Mr Ginesy. C’est un vrai travail qui est intéressant mais il n’y a toujours par d’argent au bout des arbres, rien n’est facile pour autant, comme pour les autres (rires). 

On sait qu’à Nice, et vous ne vous en cachez pas, vous avez l’ambition de monter en Pro D2 au plus court terme possible et non à moyen terme. Est-ce qu’il y a un club qui vous inspire, du style Rouen ? Là-aussi, c’est une grosse métropole qui a réussi à fédérer tout un territoire derrière son projet rugby

 

Honnêtement, on regarde ce qui se fait ailleurs, on n’est pas plus intelligent que les autres et, encore une fois, on y va avec beaucoup d’humilité. Quand on voit Massy qui est monté en Pro D2 avec des moyens raisonnables, raisonnés et un centre de formation, ça nous inspire, quand on voit, dans un autre monde, ce qui a pu être fait au LOU, c’est hyper intéressant aussi. On a aujourd’hui un partenariat qui perdure avec le Stade Français, on est évidemment pas sur le même modèle mais on picore à droite, à gauche, ce qui peut se faire sachant qu’on est quand même très excentré. L’Italie est aux portes de Nice et c’est un sujet qui n’a pas forcément été très, très creusé donc on est très, très open et, honnêtement, on ne s’inspire pas d’un club en particulier mais d’un peu tout le monde en sachant que nous avons des spécificités qui sont de vraies forces sur certains secteurs tandis que d’autres sont des points de faiblesse. 

On va également parler d’un sujet qui tient Nice à coeur, celui d’investir les banlieues pour trouver de nouvelles ressources sportives mais aussi de nouveaux aficionados du rugby ? 

 

Vous avez raison. Avec Nice Métropole, on est à peu près à 450 / 500 000 habitants avec des quartiers qui ne sont pas toujours faciles donc on a mis des actions en place avec les collectivités pour aller dans les quartiers Pasteur ou l’Ariane où ça peut parfois être chaud par moment. On s’appuie sur les structures et les associations locales et ça permet d’être dans une logique RSE mais on ne veut surtout pas que ce soit du discours, on veut que ce soit une réalité et avoir des jeunes qui soient vraiment une force pour le club demain. Franchement, on a eu quelques très, très belles pioches comme Mr Yameogo il y a quelques années mais l’année dernière, aussi bien chez les garçons que chez les filles, et d’ailleurs presque mieux chez les filles, on a trouvé des joueurs hyper intéressants. C’est important pour nous d’être un acteur du territoire et c’est vrai que ce sont beaucoup de temps et d’efforts mais ça paye et c’est hyper intéressant donc on va continuer d’aller au rugby cœur des cités. 

Actuellement, on est en train de faire au #MagSport un article transversal sur les budgets de Nationale et on s’est aperçu qu’une légende urbaine était en train de tomber. L’année dernière, tout le monde, et la presse les premiers, disaient  » Nice est le PSG de la Nationale  » mais que nenni puisqu’on s’aperçoit que sur votre budget de 4M3, il y a 1M3 dédié à la formation et  » seulement  » 3M pour l’équipe professionnelle ? 

 

En fait, il faut surtout se rendre compte qu’il y a deux ans, nous étions sur des budgets d’1M5, 1M8 avant de passer à 3M2 et l’année dernière, c’était en fait faussé car il y avait eu une augmentation de capital. Ce sont des opérations one shot qui nous ont permis de travailler sur notre centre de formation et de le labelliser mais aussi de travailler sur nos infrastructures, les espaces partenaires ont doublé. Donc, globalement, c’est plus une augmentation de capital qui a plus faussé le budget de l’année dernière qu’une vraie réalité. Aujourd’hui, notre budget est assez stable et on voit bien que ce n’est pas une histoire de moyens pour les clubs qui ont fait de gros recrutements. L’année dernière, nous avions 19 nouveaux joueurs et, honnêtement, on n’a pas l’impression d’avoir été plus performant en ayant de nouveaux joueurs et c’est pour ça que, cette année, on a joué la stabilité budgétaire et la stabilité sur le nombre de joueurs, je crois qu’on a 6 nouveaux joueurs qui nous ont rejoint et qui ont été très ciblés par l’équipe sportive en place. Il faut vraiment avoir l’esprit assez court pour croire qu’à Nice, tout est facile et qu’à un moment donné, tout n’est qu’histoire de budgets. Encore une fois, je prends l’exemple de Massy, car je crois que c’est un bon exemple, ils y sont allés avec budget qui, je crois, devait être dans les 5 / 6 de Nationale et ils ont survolé la poule toute l’année.

L’un des gros chantiers pour Nice est aussi le stade des Arboras que vous voulez mettre un peu plus près des canons de Pro D2 ? 

 

On l’a déjà fait avec les éclairages, on a mis en place des terrains d’entraînement, une salle de musculation qui répond aux attentes de l’équipe de France qui est venue à plusieurs reprises. Début Septembre, on accueille l’équipe de France féminine de rugby à XV contre l’Italie donc c’est quand même bien. Il a de gros atouts mais, pour autant, c’est un stade de 3 000 places et on sait très bien qu’en Pro D2, il faut que l’on soit sur un standard de 7 000 places donc la Mairie a déjà voté un budget supplémentaire de 10 à 15M d’euro qui va permettre de travailler nos espaces réceptifs et un peu nos hospitalités car aujourd’hui, il y a beaucoup de choses que l’on fait à la force du poignet donc c’est un peu limite. Il y a des partenaires qui ont vu leurs partenariats revus nettement à la hausse et qui s’attendent à un certain niveau de prestations et on y arrivera que par des hospitalités et des tribunes à la hauteur de clubs de Pro D2. 

Aujourd’hui, les gens qui viennent au stade ne viennent pas consommer que du rugby. Il y a un côté  » consommation  » d’un package total avec une vraie offre avant et après un match de rugby ? 

 

Totalement, on essaye d’y travailler. On fait également de la promotion car dans les faiblesses du club, on a encore un déficit de notoriété et c’est pour ça qu’il est intéressant d’avoir ce focus sur le Stade Niçois. Aujourd’hui, beaucoup de gens et même certains Niçois ne savent pas qu’il y a un club de rugby à un certain niveau et c’est vrai que c’est toujours embêtant donc on a besoin de travailler en profondeur. 

On va dire que David Bolgashvili a posé les fondations du  » Stade Niçois sportivement nouveau « . Vous avez deux coaches qui arrivent, Arnaud Vercruysse et Alexandre Compan,  à eux maintenant de faire les murs et la toiture ?

 

C’est ça (rires). David a fait un excellent travail, c’est une très belle personne qui nous a permis de faire 3 montées en l’espace de 5 ans mais il y a des cycles et on pense qu’on était sur une fin de cycle. Il y avait aussi la nécessité de créer un staff plus élargi c’est à dire qu’il y a Sébastien Bruno qui est avec nous qui fait un super travail, Romain Guérin et Viktor Maquaire sur les prépas physiques. En fait, globalement, on s’est rendu compte que, quand on était en Fédérale, on pouvait avoir un staff avec une ou deux personnes fortes mais aujourd’hui, on a besoin d’avoir un staff qui est beaucoup plus élargi, beaucoup plus professionnel que ce qu’on pouvait faire avant. David a fait un super boulot mais il faut que l’on passe un cran et une étape, ce qui est choquant, c’est que l’année dernière est la première année où on n’a pas réellement progressé, je suis au club depuis une quinzaine d’années, je vois qu’on a travaillé, qu’on a avancé sur pas mal de sujets mais on s’est rendu compte qu’on était arrivé à un palier. Encore une fois, le modèle du rugby à Nice, à mon avis, ne passe que sur un rugby de haut niveau donc à savoir du niveau Pro D2 voire Top 14 un jour. Malheureusement, je ne crois pas beaucoup au rugby à Nice en Fédérale, les grosses métropoles attendent un certain niveau de performances donc c’est ce qu’on est en train de faire avec David, Arnaud et l’ensemble de l’encadrement. 

On va vous poser une question un peu plus  » fiction  » : comment rêvez-vous le Stade Niçois de 2025 / 2030 ? 

 

2025, clairement en Pro D2 et, honnêtement, on est en train de tout faire pour ça. En 2030, je pense qu’il faudra qu’il y ait d’autres acteurs c’est à dire qu’aujourd’hui, ce n’est pas un club avec un chef d’entreprise qui met 6M et qui attend des résultats mais un ensemble d’entreprises. Pour aller en Top 14 en 2030, et on fait vraiment tout ça pour ça mais il faudra qu’il y ait de nouvelles personnes. Encore une fois, que ce soit Régis Brandinelli sur le côté SAS, Patrice Prévôt sur le côté association, moi-même ou les autres dirigeants du club, on ne s’est pas accaparé le club. On a la volonté de mettre le rugby niçois à son juste niveau et ça va passer par d’autres acteurs, il faut qu’il y ait des personnes qui viennent, qui soient passionnées, qui soient saines car c’est vrai qu’il y a parfois cette difficulté que des gens viennent plus pour prendre que pour donner. Mais si on arrive à trouver quelqu’un dans ce cadre-là, on sera très heureux et ce qu’on espère tous, c’est que le rugby rayonne à Nice comme ailleurs parce qu’honnêtement, quand j’entends dire  » Nice n’est pas une terre de rugby « , ce sont tout simplement des conneries. La seule chose, c’est que Nice a besoin d’avoir un club à un certain niveau et c’est vrai que, quand vous êtes en Fédérale 2 dans certains villages, c’est génial et c’est la vie mais à Nice, sur une métropole de 500 000 habitants, si vous avez 10% de la population qui aime le rugby, et je pense que c’est bien plus que ça, on devrait être plus que complet tous les week-end et aujourd’hui, ça n’est pas vrai. 

 

Merci pour cet éclairage sur la structuration du Stade Niçois

 

Merci beaucoup

Propos recueillis par Loïc Colombié

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