#Rugby – Nationale / Une victoire Hitchcockienne en mode sfumato du SC Albi.

Les Albigeois sont passés par tous les sentiments, ce samedi, au Stade Pompidou, dans une rencontre qui s’est totalement emballée au grè des minutes pour devenir complètement folle dans son épilogue. Entre le pragmatisme et la solidité affichés en première période, la reprise tonitruante lors du second acte, le grand trou d’air de 20 minutes alors que les Drômois venaient de récolter un carton rouge, conclu par une révolte salvatrice dans le Money-time, le SCA était en mode caméléon lors de cette 21eme journée. Pour ce choc entre une équipe de VRDR «Câblée Pro D2» comme la définissait le manager Albigeois, Mathieu Bonello, et un SCA qui arrivait pour faire un coup, l’ensemble du panel des visages affichés durant cette saison par les Tarnais, sont apparus au grand jour durant 80 minutes. Mais au bout du bout, d’une rencontre indécise conjuguée à un scénario des plus trépidant, l’abnégation et la solidarité albigeoises ont fait rompre les ex pensionnaires de Pro D2. Albi dont le manager a adopté depuis le début de saison, un langage empli d’humilité feinte,digne d’un Guy Roux de la grande époque auxeroise, se retrouve tenir une bonne corde pour se qualifier directement en demi finale. Avec cette victoire 24-26, Albi voit enfin un succès sur un des cadors de Nationale lui ouvrir les bras et prend une grande bouffée d’énergie positive avant la dernière ligne droite. Focus sur une rencontre au scénario Hitchcockien en forme de sfumato jaune et noir.

Crédit photo VRDR

Une Conquête orpheline de ses cadres

Mathieu André blessé, Arthur Castant et Jacques Engelbrecht sur le banc c’est un SCA sans ses 3 capitaines qui a déboulé dans la Drôme au coup d’envoi. Mais le bondissant Souletin, Gilen Queheille, sorti des méandres d’une longue blessure a pris le relais avec la grinta qui le caractérise pour mener ses hommes au cœur de l’antre du VRDR. Malgré cela, les absences et sûrement un brin d’appréhension ont vu la conquête albigeoise se faire chahuter en début de match. Heureusement pour Albi, que les Drômois n’étaient pas dans un grand jour sur le secteur de la touche, car les soubresauts initiaux du 8 de devant Tarnais, auraient pu vite devenir rédhibitoires des espérances du SCA.

La solidité défensive et le pragmatisme en étendard jaune et noir .

Fort de ce constat les jaunes et noirs ont compensé par une défense de fer qui a endigué la puissance valentinoise durant l’ensemble du premier acte. Seule exception faite de l’interception du demi de mêlée du VRDR (Dupas), qui venait avec opportunisme crucifier les efforts albigeois. Un self control à toute épreuve et la botte de l’inévitable Vidal venaient compenser ce coup de dague et permettaient aux Albigeois de rentrer à la pause avec un débours d’un seul petit point (7/6).

Une seconde période Hitchcockienne

De retour des vestiaires les tarnais rendaient la monnaie de la pièce aux joueurs de Valence-Romans sur un démarrage au ras d’un ruck tonitruant, du tout aussi puissant que véloce Touks Vasuinubu, qui s’envolait le long de la ligne de touche pour aller s’allonger en terre promise. Après une transformation du serial buteur jaune et noir Théo Vidal, suivie d’une pénalité une poignée de secondes plus tard , Albi menait 16-7 et mettait un caillou dans la chaussure des Valentinois. Le VRDR vexé, passait la surmultipliée et envoyait les watts, à l’image de son jeune centre néerlandais qui arborant le maillot à Damiers pour la première fois, ramenait les siens à 4 points des visiteurs (12-16).

Coup de théâtre à Pompidou

Albi vacillait, et les damiers sentaient qu’il était temps d’enfoncer le clou face à des tarnais n’étant pas loin de craquer voire de rompre. Comme un symbole, alors qu’un groupé pénétrant emportait la défense jaune et noire, l’ex talon du SC Albi Mehdi Boundjema, s’extirpait pour inscrire un essai plein de rage. Mais coup de théâtre au Stade Pompidou! Alors que le buteur local allait tenter la transformation, l’arbitre de touche prennait ses responsabilités et mettait un coup de klaxon au directeur du jeu. Goumat tout juste rentré avait commis l’irréparable sous ses yeux, en frappant au sol Gilen Queheille durant l’avancée du maul. L’arbitre central inflexible et droit dans ses bottes: annulait l’essai et infligeait un carton rouge direct pour le seconde ligne du VRDR. Le score restait à 12-16 et les 3 navettes de supporters jaunes et noirs garnissant les travées dromoises (après avoir une fois de plus traversées la France pour soutenir leur «pitchouns ») pensaient légitimement que le match était dans la poche . Il restait 30 minutes de jeu et les locaux menés et en infériorité numérique ne pesaient pas bien lourd chez les bookmakers.

La furia dromoise

Mais le sport à l’instar de l’amour a des raisons que la raison ignore. Contre toutes attentes, ce fait de match faisait naître un sentiment de révolte profond chez les damiers. Durant 20 minutes, sans réelles solutions, les jaunes et noirs subissaient la furia locale, comme si cette infériorité numérique avait développé un supplément d’âme inaltérable. Tout d’abord Mehdi Boundjema se faisait un honneur de marquer un essai sur un énième maul destructeur du VRDR (manière de laver l’affront), puis le jeune batave Bart Wierenga s’offrait le luxe d’un doublé un soir de première. 24-16 pour le VRDR alors que pointaient les dix dernière minutes, Pompidou s’embrasait et l’ensemble du public pensait allègrement que ses favoris allaient marquer au fer rouge ces 15 tarnais submergés par 14 dromois «on fire ».

Le réveil de l’espoir

La maison jaune et noire était pas loin de brûler voire de s’effondrer, quand Théo Vidal réveilla les espérances des gars de la préfecture tarnaise. De son pied d’or, l’enfant de Bigorre enquillait trois points, qui permettait d’entrevoir un bonus défensif et de ressusciter la flamme albigeoise. Émoussé par 30 minutes en infériorité numérique , éreinté par une révolte certes salvatrice mais énergivore, VRDR devenait moins saillant sur les collisions et voyait sa lucidité s’étioler. Il n’en fallait pas plus pour qu’Albi se glisse dans cet infime trou de souris.

Cardiaques s’abstenir!

Alors qu’une des figures tutélaires du bénévolat et du supporterisme jaune et noir, Reynal Bruned cloué dans son lit d’hôpital par un malaise cardiaque récent, devait voir son cœur un brin fatigué se serrer aussi fort que son amour inconditionnel pour le SCA, les joueurs de Mathieu Bonello retrouvaient la grinta. Les dromois devenaient fébriles, le Stade Pompidou voyait les clameurs s’estomper et un silence pesant s’installait. Quand comme dans un remake du premier essai, l’international tunisien Moshen Essid , récupérait un ballon à la lisière d’un ruck et transperçait en mode obus les lignes défensives valentinoises. 24-24 et une balle de match pour un Jérémy Russell venant tout juste de faire son entrée. Serein, le sourire vissé aux lèvres, fort d’un sentiment de revanche certain après des matches et des minutes passés sur le banc, l’ex ouvreur Montois passait la transformation et faisait virer Albi en tête à quelques secondes des arrêts de jeu (26-24) . Deux frayeurs plus tard, une touche volée en suivant alors que Valence Romans Drome Rugby campait à nouveau dangereusement dans les 22 du SC Albi, et Charly Trussardi pouvait catapulter le ballon hors de ce champs de bataille dromois.

Un sfumato jaune et noir qui ne devra pas troubler la perception.

Les albigeois exultaient, les 50 supporters tarnais ayant fait le déplacement sortaient de longues minutes d’apnée tant l’air était devenu irrespirable en pays valentinois. Albi faisait chuter VRDR dans son antre et marquait les esprits du microcosme de la Nationale. Mais le manager du SC Albi, ramenait un peu de raison dès le coup de sifflet final, en rappelant qu’Albi « s’est accroché, mais n’a pas été bon tout le temps ». Car à l’image du Sfumato cette technique picturale de la renaissance initiée par Leonardo Da Vinci pour peindre la Joconde, ayant pour précepte la surperposition d’imprécisions générant une clarté aux regards lointains, Albi est loin d’avoir fait un match abouti malgré la beauté du résultat. Certes l’esprit de résilience fut admirable mais le contenu inconstant devra sûrement être opposé aux esprits qui s’emballeront irrémédiablement dans les jours à venir. Tout un travail de perception pour ne pas perdre le sens des perspectives en somme. Tel un judoka, le SCA a su s’appuyer sur les faiblesses de son adversaire pour asséner un ippon rugbystique lors de cette 21 eme journée, mais le chemin reste encore long vers le match référence. En tout état de cause les joueurs albigeois pourront, la conscience tranquille s’offrir quelques jours de repos, car avec ce scénario Hitchcockien et le courage démontré au stade Pompidou, ils ont très certainement conquis le cœur du peuple jaune et noir .

Article rédigé par Loïc Colombié

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