#Rugby – Nationale / JB Di Martino (Massy) : «Nous avons un intérêt à retrouver le niveau de Pro D2.»

Jean-Baptiste Di Martino, l’entraîneur des lignes arrières du RC Massy Essonne, nous a accordé un entretien pour faire le point sur l’intersaison et se projeter sur la saison à venir. Pour ce second exercice en Nationale, les gars de l’ Essonne, tout en humilité et fort de leur ADN formateur et joueur comptent bien être partis prenante de la lutte aux qualifications pour les playoffs d’accession. Fort d’un recrutement qualitatif et ciblé, le RCME s’avance a quelques semaines de la reprise avec détermination et sérénité. Pour le club du président Guionnet, une remontée en Pro D2 n’est plus claironné, mais serait indéniablement l’assurance de pouvoir conserver les meilleurs éléments de la pépinière massicoise. Focus sur un club qui la saison passée à fait une course contre la montre après un départ compliqué mais qui cette année espère bien dès le prologue de ce championnat prendre la bonne échappée.

 

 

Pour Massy, c’est une seconde année en Nationale avec, j’imagine, une ambition encore chevillée au corps à savoir aller chercher les play-offs ? 

 

Oui, on a vu ce qu’était la Nationale l’an dernier puisqu’on a pu mesurer au fur et à mesure de la saison que c’était très homogène et qu’il était difficile de gagner partout et que c’était tout le temps accroché. On a aussi vu le recrutement des différentes écuries donc, on va dire qu’on est également content du recrutement que l’on a fait et que l’objectif est d’aller chercher les 6 premières places pour pouvoir jouer les phases finales. 

 

Avec un second objectif qui sera peut-être de changer la méthode de l’année dernière où vous aviez fait  » une course par handicap  » avec un début de saison qui avait été quasiment catastrophique suivi d’une résurrection au printemps ? 

 

Il y a deux points. Le premier, très clairement, est que l’osmose au sein du groupe ne s’est pas créée comme on l’aurait aimé. On savait que ça allait être compliqué car on avait eu une saison de Fédérale 1 il y a deux ans qui a été tronquée, pas que par le Covid, mais par une Fédérale 1 où le niveau reste hétérogène et où tu joues des matchs contre des équipes de niveaux vraiment très différents donc, tu te rends compte que tu n’es pas au point sur différents secteurs quand tu joues contre de grosses équipes. On va dire que le fait de gagner des matchs plus sur nos individualités que sur nos valeurs collectives ne nous a pas donné un retour, et à nous et à nos joueurs, sur les lacunes que l’on pouvait avoir collectivement. Le 2e point, c’est que nous n’étions pas prêts rugbystiquement au mois de Septembre pour le premier match parce-que nous n’étions pas suffisamment rôdés, que nous étions rentrés certainement trop tard dans les repères collectifs et nous avons couru après ça pendant tout le début de saison. Et puis, quand tu es dans une spirale négative et que tu n’as pas un groupe fort prêt à affronter ces moments-là, ce n’est pas facile. Ce que nous avons voulu créer humainement est arrivé un peu tard, notamment grâce à cette période délicate où les joueurs se sont pris en main, où les leaders se sont affirmés et on va dire que l’on a eu un réveil malheureusement trop tardif. 

Si on veut chercher des prétextes ou des excuses, on peut aussi dire que l’année dernière, Massy, comme tous les 3 ou 4 ans, s’était un peu fait piller sa jeune génération et les jeunes que vous aviez formés ?

 

Oui mais ça, on y est maintenant habitué (rires). 

 

C’est cyclique ? 

 

C’est cyclique et on sait que tant qu’on sera en Nationale, malheureusement, ça ne fera pas rêver les jeunes qui sont convoités de plus en plus tôt et à qui on propose des ponts d’or. Aujourd’hui, il faut qu’ils aillent se casser les dents et végéter en espoirs dans les clubs de Top 14 pour se rendre compte après que, finalement, la Nationale était peut-être une bonne porte d’entrée vers le haut-niveau. Il y en a plein partout en France qui sont aujourd’hui dans cette situation-là et il faut peut-être un peu de temps pour que ces jeunes comprennent qu’il vaut peut-être mieux gagner un petit peu moins d’argent tout de suite et d’avoir l’occasion d’aller matcher à haut-niveau plutôt que de faire 3 années en espoirs pour après rechercher un club de Nationale ou de Fédérale, c’est plus compliqué comme parcours. Donc, nous sommes habitués à perdre nos 2 / 3 meilleurs jeunes chaque année et c’est pour cela que nous avons un intérêt à retrouver le niveau de Pro D2 pour pouvoir être un peu plus attractif. Le dernier point, c’est que nous sommes aujourd’hui à un échelon fédéral où tu es très peu indemnisé pour tes joueurs, tu es très peu protégé par les indemnités comme sur les championnats professionnels Top 14 et Pro D2, les clubs de l’élite l’ont bien compris et donc, ils viennent se servir car ils savent que ce n’est pas cher et que c’est à minima un investissement pour eux puisqu’ils récupéreront des indemnités au moment où ils lâcheront ces joueurs. Pour un club qui veut être formateur, être en Nationale n’est pas très confortable.

 

Après avoir fait un peu le bilan de la saison passée, on va basculer sur celle qui arrive. On va commencer par le début avec un nouveau staff et une nouvelle organisation où tu es le dernier des Mohicans, le seul à être resté ? 

 

Le seul non puisque dans le staff, on a quand même gardé le préparateur physique en chef, Vincent Cocoynacq mais aussi l’analyste vidéo et le kiné en chef. On n’a pas non plus tout renouvelé, il y a un entraîneur, Julien Maréchal, qui vient remplacer Mathieu Bonello et Benoit Denoyelle qui nous renforce sur le secteur de la mêlée donc, on va dire qu’on s’est étoffé, on a récupéré un prépa physique supplémentaire. Oui, il y a eu des changements mais on ne repart pas à zéro. 

 

Souvent en début de saison ou à l’intersaison, le président convoque le staff pour donner la feuille de route. Quelle a été celle du président Guionnet ? 

 

Déjà, que l’on soit tous prudent dans les discours et qu’on garde de l’humilité car aujourd’hui, le club qui dit qu’il va survoler la Nationale et viser la 1ère place, c’est soit un club qui a un gros, gros budget par rapport aux autres soit un club qui manque d’humilité. Je pense qu’aujourd’hui, avant de se lancer dans la bataille, ce serait un peu prétentieux de dire qu’on veut être tout en haut de cette Nationale, il faudra être dedans pour voir ce à quoi on peut espérer. De manière concrète, l’objectif qui a été formulé aux joueurs de la part des dirigeants du club, c’est les 6 premières places et les phases finales. 

 

Pour arriver à ces 6 premières places, vous avez quand même mis les petits plats dans les grands avec un très, très beau recrutement ? 

 

On a essayé d’aller chercher ce qui nous manquait à nos yeux c’est à dire des joueurs d’expérience sur le 5 de devant, des joueurs qui nous apportent un petit peu de densité, de combat et d’agressivité. Pour les postes de derrière, on a plutôt fait un recrutement pour remplacer les partants sur du poste pour poste. 

On a vu que vous aviez fait un match amical contre le CS Beaune dont vous aviez récupéré quelques joueurs, Joseph Penitito il y a déjà quelques années, et Jaun Kotze cette saison. On voit que la filière Massy / Beaune marche quand même bien ? 

 

C’est vrai que Jaun est le 2e en trois ans qui nous rejoint. On s’entend bien, ils ont récupéré un entraîneur qui vient d’Ile-de-France donc, ça a favorisé en plus la passerelle. On a eu de très bons échanges avant et après le match et on a aussi beaucoup d’anciens massicois qui partent là-bas parce-que, finalement, la route n’est pas la plus longue vers l’échelon juste en-dessous donc il y a beaucoup, beaucoup d’anciens massicois qui passent par Beaune. Karim Qadiri était là-bas, Moïse Bibi Biwizu y est actuellement ainsi que 2 / 3 jeunes qui sont à Beaune donc oui, les passerelles fonctionnent bien. 

 

On va aussi parler des recrutements des autres équipes car il y en a un qui fait parler, c’est celui du Stade Niçois. Ils ont déjà un surnom qui leur a été donné par quelques clubs,  » le PSG de la Nationale « . C’est quand même un recrutement qui fait trembler et ça va être le mastodonte de cette Nationale, un peu comme Rouen à l’époque ? 

 

C’est vrai parce qu’ils avaient déjà un effectif qui était impressionnant l’an dernier, ils jouaient avec beaucoup de joueurs qui venaient du dessus. On va dire qu’ils ont gardé les meilleurs et qu’ils en ont fait venir donc, je crois qu’ils doivent avoir les postes doublés et, pour le coup, doublés par des joueurs de très haut-niveau. Donc oui, ça va certainement être l’un des gros favoris de la Nationale. 

 

Quel va être le planning de cette fin de préparation puisqu’on est quasiment à 15 jours du départ de la Nationale ? 

 

Nous étions en stage dans le Jura la semaine dernière. Les joueurs arrivent à la 7e semaine d’entraînement donc on savait qu’on arrivait sur une semaine un petit peu de transition car ils commencent à être fatigués. On s’est un peu entraîné durant la semaine de stage mais on a surtout permis aux joueurs de lâcher un peu, de se reposer et de pratiquer des activités de cohésion autres que le rugby. On a essayé d’amener un peu de fraîcheur mentale sur cette semaine qui s’est terminée par un dernier match amical contre Dijon, à Lons-le-Saunier. C’était une dernière répétition et ça tombait bien puisque c’était contre une bonne équipe de Nationale donc, on a pu un petit jauger où nous en étions. Derrière, on leur a laissé trois jours de repos en retour de stage pour passer sur une semaine courte. 

Pendant les Jeux Olympiques, on entendait souvent les commentateurs d’athlétisme dire que l’essentiel dans cette discipline, c’est le premier virage. En rugby, on peut transposer ça avec le premier bloc qui est souvent ce qui détermine une dynamique. Ça va être un impératif pour Massy de vraiment bien l’appréhender ? 

 

Notre travail est aussi de faire comprendre aux joueurs que notre qualité collective va grandir au fur et à mesure des matchs parce qu’on repart quand même avec l’effectif renouvelé à moitié et donc, ça prend du temps de créer les repères collectifs donc, on fait comprendre aux joueurs qu’il ne faudra pas s’affoler. Maintenant, on sait que, encore plus par rapport au début de saison de l’an dernier, si tu te loupes au début, après, tu cours toute la saison. La réception de Blagnac va être le lancement de la saison et là, on n’aura pas le droit à l’erreur sur celui-là donc nous sommes plutôt focus sur cette réception de Blagnac le 4 Septembre que de faire des calculs ou de fixer des objectifs aux joueurs sur le bloc. On reste focus sur Blagnac d’autant plus qu’on a Albi derrière qui sera un déplacement très compliqué et on recevra Soyaux-Angoulême à la fin. Donc, déjà battre Blagnac, en tirer les enseignements et derrière, on aura un gros test à Albi. 

 

En parlant de ce test à Albi, il y a quelques mois, tu faisais binôme avec Mathieu Bonello et dès la seconde journée, tu débarques en terre tarnaise avec tes hommes contre une équipe maintenant managée par ce même Mathieu Bonello. Ça doit quand même te faire bizarre de le retrouver de l’autre côté de la barrière ? 

 

Déjà, on est content de se retrouver parce-que c’est vrai que ces deux années ont été riches et que nous avons tissé des liens d’amitié avec Mathieu. Après, on est à égalité, il va savoir comment on va jouer et nous, on sait comment ils vont jouer donc, nous sommes à égalité sur ça. 

 

Une vraie partie d’échecs ? 

 

Oui (rires). 

On sait que Massy a un ADN très joueur. On peut espérer continuer à voir du beau jeu dans les rangs massicois ? 

 

Oui et puis, de toute façon, on va dire que les joueurs qui sortent de chez nous sont profilés pour ça. Aujourd’hui, on arrive avec des joueurs qui ont des qualités de mouvement, des qualités pour déplacer le ballon, qui ont de la vitesse donc, si on voulait faire autrement, il faudrait revoir tout notre processus de formation. On va essayer de mettre du volume, de déplacer le ballon, de faire courir l’adversaire et pour ça, il faut que l’on soit prêt physiquement. Rugbystiquement, c’est peut-être un jeu qui est un peu moins simple à mettre en place rapidement donc, on y travaille. 

 

Est-ce que les nouvelles règles sont plus à l’avantage d’une équipe comme Massy qui est joueuse ou non ? 

 

Pour nous, jouer dans notre camp est quelque chose que l’on faisait déjà donc, ça ne nous change pas trop. Les règles complexifient tout ce qui est jeu au sol donc, sur chaque phase où tu vas passer au sol, tu vas un petit peu jeter la pièce et ça pourra siffler d’un côté ou de l’autre. Ce qui est le plus difficile, c’est de faire automatiser en très peu de temps des comportements aux joueurs et on l’a vu. On a travaillé plein de choses mais quand tu es dans le match, dans la fatigue et dans le combat, l’automatisme prend un peu de temps donc je pense qu’en début de championnat, il y aura pas mal de soutiens et pas mal de gratteurs qui seront sanctionnés. Oui, il y aura pas mal de joueurs qui pourront être en difficulté sur l’application des nouvelles règles.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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