#Rugby – Nationale / M.Ringeval (Chambéry) : «On se retrouve dans un classement, qui ne reflète pas la valeur de l’équipe!»

Michel Ringeval, le conseiller du président Yves Garçon au SO Chambéry Rugby, nous accordé un entretien grand format, pour faire un point sur la saison des savoyards a quelques heures du déplacement à Albi. Pour l’ex coach de l’ASM, Bourg, ou encore Grenoble, les chambériens qui pour le moment sont en fin de classement du championnat National, ce dernier ne reflète pas totalement la valeur des éléphants. Entretien avec une légende du rugby hexagonal qui nous dresse aussi les perspectives d’avenir du SOC Rugby.

 

Michel Ringeval Conseiller Sportif SO Chambery, Crédit photo : Le #MagSport / Studios H2G.

 

Cette première saison en Nationale touche quasiment à sa fin, on en est à l’avant-dernière journée. Quel bilan Chambéry, qui renoue avec l’élite du rugby semi-pro, peut commencer à tirer de cette aventure ? 

 

Une saison quand même un petit peu difficile pour Chambéry pour plusieurs raisons. La première a été le calendrier dû au Covid qui ne nous a pas été très, très favorable puisqu’à une certaine partie de la saison, nous n’avions joué que 4 matchs à domicile et ces 4 rencontres étaient pratiquement contre les 4 meilleures équipes puisque nous avions joué contre Massy, qui était l’un des prétendants à la montée dès le début de saison, Bourgoin, Bourg et Nice. Donc, c’étaient 4 matchs très, très difficiles, on en a gagné 2, on en a perdu 2 et donc, on s’est retrouvé dans un classement qui ne reflétait pas tout à fait la valeur de l’équipe. Derrière ce calendrier qui ne nous était pas favorable, nous avons eu beaucoup, beaucoup de blessures et notamment des blessures très, très importantes qui ont touché des joueurs qui nous ont rejoints cette année et que nous avions considéré comme des recrues phares. Je parle d’Anthony Maury, qui était au talonnage, qui venait de Nevers avec une grosse expérience, de Stian Van Blerk, 2e ligne Sud-Africain, un garçon sur lequel on comptait beaucoup. Depuis pratiquement deux mois, ces deux garçons ont été jugés inaptes au rugby, l’un pour des problèmes de commotions, l’autre pour un problème au niveau des cervicales. Donc, ces deux joueurs plus beaucoup de blessés tout au long de la saison, une saison perturbée, font qu’on se retrouve aujourd’hui dans une situation comptable qui ne nous est pas favorable, aussi parce-que nous avons eu 2 ou 3 matchs remis et que tous les matchs que nous n’avons pas jouer devaient se faire à Chambéry contre des équipes plutôt à notre portée. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on se retrouve dans un classement qui, je le pense, ne reflète pas la valeur de l’équipe.

Le Covid a beaucoup impacté le SO Chambéry et vous êtes obligés de passer par la péréquation. On sait que cette dernière est à double tranchant : ça magnifie les dynamiques positives mais ça accentue les dynamiques négatives. Pour Chambéry, la péréquation n’est pas comme pour Nice, ce n’est pas quelque chose d’avantageux ? 

 

Je le pense, notamment si on fait une péréquation par rapport à des matchs que l’on aurait dû jouer chez nous. Bien évidemment que nos adversaires ne seront pas du même avis mais nous, nous comptions gagner ces matchs-là et, se faisant, ça nous donnait des points qu’une péréquation ne nous donnera pas. Donc, c’est vrai que pour nous, cette péréquation ne sera pas favorable. Du fait qu’il n’y a pas de descente, les choses sont moins dramatiques mais malgré tout, comme tous les clubs de cette poule, on voudrait moralement éviter les deux dernières places. 

 

On va parler de maintien sportif, puisque l’administratif est acquis comme vous l’avez souligné. Il y avait un match capital, la réception de Dijon à Chambéry, et là, vous ne vous êtes pas aidés ? 

 

Là, on ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes, on est quand même passé complètement à côté de ce match, je pense que c’est l’un des plus mauvais matchs que l’on ait fait cette saison. Honnêtement, à un certain moment de la saison, je pensais qu’avec le calendrier qu’il nous restait, on avait un potentiel pour finir en milieu de tableau et puis, c’est un petit peu le moment où il y a eu toutes ces blessures, celui où on a eu plusieurs pépins qui font qu’on a perdu des matchs qu’à mon avis, on aurait pu gagner. Dijon fait partie de ces matchs-là, c’était une rencontre contre une bonne équipe de Dijon qui n’a pas volé sa victoire sur le match à Chambéry, elle a bien joué au rugby. Derrière, il y a eu un match contre Dax où, pareil, on n’a pas été à notre meilleur niveau face à une équipe dacquoise aussi qui est venue nous imposer son rugby. Donc aujourd’hui, par rapport à la situation dans laquelle nous nous trouvons, il y a un petit peu une part de notre responsabilité mais aussi une part de responsabilité des circonstances. 

 

Ce dimanche, vous vous déplacez dans le Tarn pour affronter le Sporting Club Albigeois, actuel 3e en chasse pour accrocher une seconde place. Vous allez aussi jouer un peu et votre maintien sportif et les arbitres des play-offs ? 

 

Effectivement, quand on a vu le calendrier de départ de la saison, le match à Albi était coché comme l’un des plus difficiles, Bourg, Nice, Albi, Narbonne faisaient quand même figure d’équipes un peu  » épouvantails « . Aujourd’hui, les Albigeois se retrouvent dans une situation où ils n’ont pas encore assuré leur place dans les 2 premiers donc, on peut s’attendre à un match engagé (rires). Mais je le redis, nous avons une équipe qui est capable de faire de très bonnes choses, si elle récupère un peu son effectif correct, on peut faire un bon match à Albi. Je sais qu’on peut y faire une bonne prestation. 

https://www.debardautomobiles.com

Vous qui avez aussi été entraîneur à Bourg-en-Bresse, comment jugez-vous la saison des Bressans ? On sait que c’est une équipe pour laquelle vous avez un peu d’affect

 

Sans parler d’affect, je suis concret. Je pense qu’aujourd’hui, si je devais nommer une équipe favorite pour monter, je dirais Bourg-en-Bresse bien qu’ils aient perdu un de leurs atouts puisque quand on évoque Bourg-en-Bresse, on parle souvent de leur public, c’est minimum 4 à 5 000 personnes à chaque match. 

 

Avec la fameuse tribune CGT

 

Oui, avec des inconditionnels qui supportent vraiment leur équipe d’une façon exemplaire. Et bien qu’ils aient perdu cet atout, ils ont quand même un jeu qui est bien maîtrisé, bien en place, je pense que c’est l’équipe qui maîtrise le plus ce qu’elle doit faire. Ils sont très pragmatiques, ils ne laissent pas passer beaucoup d’occasions dans un match quand elles se présentent et aujourd’hui, je les vois moi comme l’un des favoris pour la montée en Pro D2. 

 

En termes d’infrastructures, ils ont beaucoup évolué par rapport à l’époque où vous entraîniez Bourg-en-Bresse ? Quand on voit le nouveau centre de formation qu’ils ont, c’est le jour et la nuit par rapport à votre époque ? 

 

Bien sûr et toute leur structure a aussi été bien améliorée, leur pelouse, le stade, les vestiaires et petit à petit, ils se sont donné les moyens, je crois qu’ils n’ont pas mis la charrue avant les bœufs. Même s’ils ont déjà été en Pro D2, je crois qu’aujourd’hui, ils se sont redonné les moyens de pouvoir rester en Pro D2 s’ils y remontaient et je pense que c’est une chose très importante dans les équipes qui visent cette accession, celle de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. A Chambéry, par exemple, on a flirté deux fois avec la montée et j’ai toujours dit au président  » la meilleure des choses qui puissent nous arriver, c’est de ne pas être monté en l’état actuel  » parce qu’à ce moment-là, nous n’avions pas les structures adéquates et c’était plutôt le sportif qui tirait un peu le reste du club. Aujourd’hui, les choses se sont inversées, le club s’est bien structuré, a nommé un directeur général en la personne de Jo Colliat qui a fait un gros, gros travail avec le président et son équipe. Le club est dans une situation très saine puisque nous faisons quand même partie des 7 clubs qui ont été reconnus aptes à monter en Pro D2. Aujourd’hui, avec la création du nouveau stade qui a déjà commencé, toutes ces choses-là qui sont des choses qui se mettent en place progressivement devraient nous permettre à un moment donné de dire  » bon, maintenant, on peut essayer d’accéder à l’étage supérieur avec une chance d’y rester « . 

https://www.debardautomobiles.com

On a vu Jo Colliat, le directeur général du SOC dire récemment dans la presse locale chambérienne que la Pro D2 était un objectif à moyen terme. Qu’est-ce que le SOC doit mettre en place pour arriver bien en Pro D2 ? 

 

Ce qu’il faut mettre en place, c’est déjà la livraison de notre stade, c’est quelque chose sur lequel on compte beaucoup pour développer le club. Il y a aussi en même temps un projet de création de structures du club qui se fera derrière la grande tribune du stade dans lesquelles il y aura tout un projet de développement avec un restaurant, le centre de formation, les bureaux, tout ce qui fait que le club aura toutes ses structures sur place et pourra évoluer dans un très, très grand confort, ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à présent. C’est un peu ce que je vous disais en disant qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs : on fait d’abord les fondations et une fois qu’on les a, on construit ce qui reste. Donc là, on est en train de mettre en place les fondations puisqu’elles sont commencées et la première des choses est d’attendre la livraison du stade et parallèlement à cette dernière, c’est de constituer une équipe qui soit performante pour pouvoir jouer les premières places. 

 

Quand vous avez joué les montées, il y a quelques saisons de cela, vous avez su pérenniser le travail d’un staff qui s’était inscrit dans la durée et dont vous faisiez partie. Aujourd’hui, Antoine Nicoud va partir à Pau et vous êtes en train de reconstruire un nouveau staff pour l’année prochaine. On a parlé de Cyril Vilain mais d’autres noms circulent, s’inscrire sur un projet à moyen terme pour pouvoir amener le club jusqu’à la Pro D2 sera la feuille de route que vous donnerez aux candidats ? 

 

Oui, tout à fait. Je pense qu’on peut presque dire que le club part sur un nouveau projet puisque là, il y a concrètement des dates de fixées pour savoir quand nous aurons notre nouveau stade. On sait qu’on est un peu à un virage pour reconstituer une équipe puisqu’il va y avoir un nouveau manager donc, aujourd’hui, il faut que cette équipe soit performante et que lui ait à sa disposition un effectif qui lui permette d’atteindre les objectifs que le club veut se fixer pour les deux années qui arrivent. 

 

Pour vous, j’imagine que c’est loin d’être un regret de vous être inscrit en Nationale. Quels sont les axes d’amélioration et de développement qu’il faut faire pour ce championnat ? 

 

C’est un peu difficile d’en faire un bilan précis cette année parce qu’il y a eu tellement de choses qui ont contrarié le déroulement de ce championnat avec des dates perturbées, des matchs remis, des matchs non joués, des péréquations. Mais je pense que, globalement, le constat est positif parce qu’on a évité tous ces déséquilibres qu’il y avait sur certains matchs de Fédérale 1 avec une poule qui n’était pas du tout homogène en haut comme en bas de tableau. Ça, ça a été complet parce-que malgré tout, aujourd’hui, il n’y a pas match facile, Albi va recevoir le dernier mais je pense qu’ils ne sont quand même pas très, très rassurés, ça veut dire que, quelque part, l’homogénéité sportive a été créée. Il y a encore quelques équipes qui méritent de participer à ce championnat, je ne vais pas les nommer et je ne sais pas combien il y en a mais il y en a encore quelques-unes qui travaillent bien, qui ont de bons effectifs et qui pourraient prétendre jouer dans ce championnat. J’ai entendu dire qu’il y avait un projet de faire une Nationale 2 avec peut-être deux poules, je ne sais pas s’il y aura suffisamment de clubs pour en faire deux mais je trouve que ce n’est pas une mauvaise idée de faire une Nationale 2 avec des clubs qui se rapprochent le plus possible de la Nationale 1, avec une interaction entre les deux championnats et des montées / descentes qui prépareraient les clubs de Fédérale 1 à monter en Nationale comme ça prépare les clubs de Nationale à monter en Pro D2. Et ce, même si je pense qu’il y a encore un gouffre entre la Pro D2 et la Nationale. 

Patrick Buisson, le vice-président de la Fédération Française en charge du rugby amateur, parle de pyramide de compétitions qui ressemble plus à une toupie qu’à une pyramide. Il est peut-être temps de revoir l’ensemble de la pyramide pour le rugby amateur et semi-professionnel ? 

 

Je pense que oui, c’est normal. Il faut absolument revoir tout l’ensemble de l’organisation des championnats mais ça s’est quand même déjà un peu mis en place avec la création de cette division qui n’existait pas. On se retrouve avec une véritable 3e division donc, est-ce que cette dernière doit passer sous le contrôle du monde professionnel ? Je ne sais pas, je crois qu’il y a des présidents qui sont plus ou moins pour puisque, même s’il n’y en a pas beaucoup, il y a encore des clubs qui fonctionnent avec des pluriactifs et qui s’entraînent plutôt le soir, un peu moins que d’autres. Ca, c’est un choix des présidents qui est tout à fait respectable car je crois qu’il faut aussi penser à l’avenir des joueurs de rugby et se dire que ce n’est pas avec les salaires qu’ils touchent dans beaucoup de clubs de Nationale, pas tous, qu’ils peuvent assurer leur avenir et l’après-rugby. Donc, je crois qu’il faut quand même penser à ça d’une façon essentielle. 

 

Nous allons maintenant poser une question au conseiller sportif du président du SOC que vous êtes. Vous avez parlé de nouvelles ambitions, d’ambitions plus élevées pour la saison prochaine et d’un nouveau staff qui va arriver. On peut s’attendre aussi à voir de nouvelles têtes chez les joueurs avec, non pas un gros turn-over, mais un nouveau cycle qui se met en place ? 

 

Oui, tout à fait, c’est le travail sur lequel nous sommes plongés en ce moment. Ce n’est pas un travail facile parce-que nous sommes confrontés à plusieurs problèmes, dès qu’on s’adresse à certains joueurs qui sont plus ou moins bien informés de savoir s’ils vont être conservés dans les clubs où ils sont. Les joueurs qui descendent du niveau supérieur espèrent toujours trouver un niveau identique donc, ils hésitent un peu à s’engager maintenant. Mais c’est vrai qu’il y aura un turn-over par rapport à ce que je vous ai expliqué et les blessés qu’il faudra remplacer, il y aura des joueurs qui ne seront pas conservés. Donc oui, il risque d’y avoir pas mal de chamboulement et une équipe new look. 

 

Un nouveau visage pour Chambéry l’année prochaine avec des éléphants qui garderont leur ADN mais qui changeront un peu de physionomie ? 

 

J’espère qu’on va retrouver notre véritable ADN.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/_vvMys7NVog

Retrouvez en intégralité, des 14h45, en live vidéo la 25 eme journée de Nationale : Albi Vs Chambéry.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s