#Rugby – Fed1 / K.Courties (Rennes) : «Je trouve bizarre qu’il ne soit pas envisageable d’avoir une Nationale un peu plus riche!»

Lors de notre grand débat sur la fédérale 1, Kevin Courties, le manager du Rennes Étudiants Club, nous a livré avec conviction sa position sur l’évolution souhaitée de l’élite du rugby fédéral. Rennes qui a découvert il y a 3 saison la Fed1, en accrochant une place en Du Manoir dès le 1er exercice, a depuis grandît a vitesse grand V, se structurant comme une équipe professionnelle, et ambitionnant dorénavant la Nationale. Pour ce club à l’ADN breton accroché au cœur, dont l’isolement rugbystique l’a déjà habitué aux grands périples à travers l’ouest ou le nord de la France, basculer dans un championnat à dimension hexagonale n’est aucunement un obstacle. Rencontre avec un coach qui va dans le sens des 12 présidents de fédérale 1 qui prônent la création d’une Nationale 2. Un technicien rennais qui pense, à l’instar de ses 11 camarades pouvoir accentuer le développement de son club, en « débrassant » le monde amateur et semi Pro, 2 mondes dont les intérêts divergent au grand jour depuis l’apparition de la pandémie Covid-19, et son cortège de conséquences pour le rugby français.

Kevin Courties Manager Rennes Etudiants Club / Crédit photo : Le #MagSport / Studios H2G

Kevin, en tant que technicien, comment as-tu vécu cette saison qui sort de tous les canons et qui ne porte pas son nom ?


KC (REC) : Je dirai que c’est formateur car il est sûr qu’on ne nous apprend pas à travailler dans ces conditions (rires). Pour nous, ça a été une déception de ne pas pouvoir aller plus loin que ce que nous avions fait jusque là. Nous avons la chance d’être bien soutenus par notre Municipalité et d’avoir des dirigeants qui se donnent les moyens de répondre aux attentes sportives. Finalement, nous n’avons eu qu’une toute petite coupure sportive, une semaine au mois de Novembre, les 15 jours de vacances de Noël ensuite plus quelques arrêts ici et là donc nous avons pu, dans le respect des consignes sanitaires, garder une activité physique. J’estime qu’il est très important de garder l’athlète entraîné car un si long arrêt, pour des joueurs qui font un sport comme le nôtre qui demande de la préparation, amène un risque de blessure à mon sens. Donc, nous avons avant tout travaillé pour que le joueur continue à être en forme, à ne pas se désentraîner et à ne pas connaître de relâche musculaire ni de potentielles pertes d’activité ou de motivation sur le jeu.


On peut aussi parler de grosse frustration pour Rennes car vous aviez de grandes ambitions cette année, déjà d’aller en play-off voire plus, avec un petit œil qui lorgnait sur la Nationale. Là, tout a été remis à zéro ?


KC (REC) : On avait bien démarré la saison mais il nous restait quand même entre 16 et 18 matchs à jouer donc, c’était encore long. Mais c’est vrai que, quand on démarre bien, on a envie de surfer là-dessus, on avait envie de se qualifier et une fois qu’on est qualifié, on a toujours envie de regarder vers le haut. Je pense que toutes les personnes qui font un sport de compétition ont toujours dans un coin de leur tête d’aller chercher les meilleures places. C’était encore long, ça reste un coup d’objectif même s’il y a ce coup d’arrêt par rapport au bon début que nous avions fait mais ce n’est pas une fin en soi, ça donne de l’énergie au moteur.


Comme on dit dans le jargon, c’est formateur ?


KC (REC) : Voilà (rires).

A l’intersaison, on entend souvent les techniciens dire  » je suis obligé de préparer un recrutement sur quelques mois, je n’ai jamais le temps et je suis dans le rush « . Cette année, vous n’aurez pas cette excuse-là car vous n’aurez jamais eu autant de temps pour préparer une saison ?


KC (REC) : Oui, il est sûr que nous avons du temps mais nous n’avons jamais été du genre à recruter les derniers mois de la saison ou de l’intersaison. Je pense que c’est un travail qui se fait de longue date car derrière, il ne faut quand même pas trop se tromper. On a du temps, on en profite, l’arrêt nous permet aussi de plus travailler autour du joueur, de prendre le temps de soigner les petits bobos, de plus accompagner les projets professionnels des joueurs parce-que même si nous avons des joueurs qui sont en structure professionnalisante ou sur des contrats professionnels, on ne les laisse pas faire que ça. On essaie de les accompagner sur le travail de tous les jours, nous avons quand même les 2/3 de l’équipe qui sont sur un projet étudiant ou un projet professionnel, un double projet réel, seulement 1/3 de l’équipe ne fait que du rugby. Donc, il ne faut pas mélanger, nous avons aussi des contraintes et le couvre-feu de 18h n’est pas simple à gérer. Nous avons réussi à trouver des solutions de par les dérogations de l’ensemble du collectif mais nous avons aussi des contraintes. Quant à la préparation de la saison, on se concentre un peu sur le recrutement en ce moment qui ne sera pas riche en nombre, déjà parce-que nous ne sommes pas forcément fans de ça. Nous avons dû le faire lorsque nous avons connu l’accession à la Fédérale 1 parce-que nous avions besoin d’avoir des joueurs de niveau mais sinon, nous sommes plutôt du genre à beaucoup travailler avec notre vivier du coin et notamment nos espoirs. Je sais que le fait que nous ayons eu le temps de travailler avec les joueurs nous a quand même permis de faire progresser pas mal d’espoirs à potentiel. Ça va nous permettre d’en avoir 5 qui vont intégrer le collectif de la Fédérale 1 l’année prochaine et c’est hyper encourageant, de jeunes bretons en plus. On comblera derrière sur les quelques postes dont nous avons besoin pour assurer un peu de rotation car une saison, c’est long et qu’il y a aussi les blessures, chose que l’on redoute et qu’on ne souhaite pas avoir avec nos joueurs. C’est également pour éviter d’avoir à tirer sur les organismes car je peux comprendre qu’il y a de la distance à faire, les voyages, c’est long, il y a deux jours tous les week-end. Avec en plus les espoirs dans le bus, quand on est 50 et qu’on fait 1m95 / 2m, ce n’est pas le même voyage que le mien qui suis plus petit.

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C’est quasiment Koh-Lanta ?
KC (REC) : Oui (rires). Quand la fatigue s’accumule, si on peut se permettre derrière de donner un peu de rotation à des joueurs pour qu’ils récupèrent dans leur vie de tous les jours, le recrutement va être fait dans ce sens.

A Rennes, vous avez de l’ambition. Vous étiez en Fédérale 2 il y a quelques années, vous vous êtes patiemment installés en Fédérale 1 en vous qualifiant en Du Manoir pour votre première saison puis en allant chercher le maintien sur la seconde. Aujourd’hui, des échos que j’en ai, vous aspirez à un peu plus haut parce-que le modèle de la Fédérale 1 ne convient plus à Rennes ?


KC (REC) : C’est un grand mot que de dire qu’on veut continuer à monter parce-que le modèle ne nous convient plus, on a toujours besoin de prouver et de montrer. La problématique, c’est que lorsque nous sommes montés de Fédérale 2 à Fédérale 1, la Fédération nous a demandé de nous mettre à la page et à jour réglementairement, sur l’aspect contractuel envers les joueurs, de déclarer, de ne pas mettre un joueur au-dessus d’un certain taux d’indemnités kilométriques et autres donc, d’être dans un cahier des charges ou du moins dans un cadre strict, ce que je comprends entièrement. Aujourd’hui, le club se structure pour pouvoir allier à la fois la cohérence administrative, économique, la  » sécurité sociale  » du joueur en fonction de son statut et la volonté de progresser sportivement. Ça nous demande un besoin de nous structurer quand même assez conséquent car, quand on déclare tout pour l’URSSAF et autres, ça donne quand même une somme assez importante. Sans jeter la pierre aux autres structures qui font d’une autre manière, quand on nous demande de nous structurer carré et que, dans notre mode aujourd’hui, on nous empêche de pouvoir jouer au rugby, on nous empêche de pouvoir pratiquer notre sport, on a un peu le même sentiment qu’un restaurateur. On a demandé à ce dernier de mettre tout le monde à un mètre, de mettre du plexiglass, de servir avec des gants, de devoir tout nettoyer, on va bientôt faire  » du cirque  » dans les restaurants pour pouvoir être au normes et au final, on lui dit  » vous fermez  » et il repart dans l’embarras. Donc, nous sommes un petit peu dans ce sentiment-là, dans celui de devoir répondre à tout un tas d’exigences qui ne sont jamais reconnues. A un moment donné, l’accession à la Nationale passera forcément par du résultat sportif et par le fait de montrer qu’on peut y aller, on ne peut pas simplement monter un dossier financier et accéder à ce niveau-là. Nous, nous sommes sur le fait que l’on doit prouver pour monter en Nationale et on ne peut pas être écouté pour rester à jouer en Fédérale 1, on doit s’aligner sur les fonctionnements des clubs qui ont décidé de faire autrement. Les clubs font comme ils veulent, c’est un fait, ce n’est pas à moi de décider de comment ils procèdent mais nous sommes toujours ballotés entre deux situations où on a plus le sentiment d’être des jouets que d’être des joueurs et d’être considérés. Quand on sait que l’ensemble des clubs se défendent de ne pas avoir de joueurs pros, c’est leur mode, ils y arrivent et c’est top, j’ai même envie de dire que c’est excellent, je ne vois pas en quoi le huis-clos pose autant de soucis si les joueurs n’ont pas l’impact économique que nous, nous pouvons avoir. Donc, c’est un tout où nous avons le sentiment que la parole du jeune Breton qui vient de monter ou du club du Nord qui fait un pseudo post-Lille ou des camarades de Beauvais qui viennent, puisque nous ne sommes pas ancestraux ou que l’on vient d’une terre qui, aujourd’hui, ne parle pas suffisamment ovalie n’est pas écoutée. Lorsque le président de Saint-Jean de Luz parle de 22 clubs sur 20 km, c’est que nous, nous connaissons en foot, handball, basket mais pas encore en rugby (rires).

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Il y a quand même Vannes ?


KC (REC) : Oui mais il y a quand même 1h15 de route jusqu’à Vannes (rires). On est vraiment sur un milieu qui est différent et ce sentiment de ne pas être considérés par notre Fédération, c’est un peu dommageable, sans rentrer dans le jugement sur ce que font les autres. Chacun mène sa barque comme il veut, même si je sais que ça embête parfois des entraîneurs ou autres de venir jouer en Bretagne parce-que ça ne parle pas au rugby, je trouve ça dommage parce-que la richesse est justement de pouvoir rencontrer des gens et de parler différentes cultures. C’est vrai que pour moi, qui suis issu de la région, qui a connu tous les niveaux ici et dans le 35, plus on monte de niveau, plus on arrive à rencontrer d’autres choses et c’est une richesse. On a juste envie de profiter de ça, de jouer même s’il y a des contraintes mais d’avoir la possibilité de jouer.


Pour toi, quelle est la solution ? Faire une Nationale 2 ou une poule Jean Prat et trois Du Manoir en Fédérale 1 ? Ou alors, il y a peut-être d’autres solutions qui te viennent à l’idée

KC (REC) : Personnellement, je trouve que la Nationale est une super idée car avoir les gros qui bataillent, pour moi qui suis le championnat, je trouve que c’est hyper intéressant à voir et que ça prépare vraiment à la Pro D2. Pour ce qui est de la Fédérale 1, elle est défendue par tout le monde en tant que haut-niveau amateur et je pense que, lorsqu’on est dans le mode de haut-niveau, il faut savoir y rester, notamment sur l’aspect sportif. La meilleure solution est de jouer, quelles que soient les contraintes. Je pense qu’à un moment donné, si on est dans l’obligation de devoir se tester pour jouer, il faut qu’on le fasse, s’il faut qu’on s’astreigne à certaines choses, faisons-le. En ce qui concerne les vestiaires, je suis d’accord avec tout le monde, je trouve ça désolant. Nous devions aller jouer à Langon dans ces conditions-là, on trouvait ça un petit peu absurde mais on avait accepté de se changer à l’hôtel et de faire au plus vite. Il est clair que ça tue une part du rugby mais on aime avant tout le rugby pour ce qu’il se passe pendant 80 minutes. Je pense que la meilleure solution, c’est quand même que ça joue. Jouer contre qui ? Je m’en fiche, il y a deux points que j’aimerai surtout soulever : qu’on rejoue et qu’on soit en capacité de réaliser des poules qui soient liées sur un classement national ou sur une équité de déplacements et de contraintes sportives. Comme je l’ai dit à mes dirigeants, il faut que l’on se batte pour qu’on rejoue en Septembre, il faut rejouer. On parle des gamins, c’est terrible et je suis entièrement d’accord pour dire que, quand on parle d’un gosse qui sort de minimes, qui n’a pas joué pendant deux ans et qui se retrouve en junior, c’est dur. Il faut qu’on rejoue, qu’on s’astreigne à des contraintes sanitaires s’il le faut mais il faut qu’on joue au rugby.

Kevin, tu voulais aussi rebondir sur le fait qu’il n’y ait pas l’obligation de créer une division pour accéder à la nationale. Comment cela est il envisageable. Cette solution hors du registre sportif risque de faire grincer des dents ?

KC (REC) : Je me permets de rebondir mais, ce que je trouve aussi en décalage par rapport aux échos, j’attends d’avoir les écrits pour confirmer, c’est qu’il se dit que des clubs de Fédérale 3 vont avoir accès à la Fédérale 2, idem pour les clubs de Fédérale 2 pour la montée en Fédérale 1. J’en suis très heureux pour les clubs qui pourraient bénéficier de ça mais du coup, je trouve bizarre qu’il ne soit pas envisageable d’avoir une poule Nationale un peu plus riche, sans créer de division. Je ne pense pas qu’il y ait besoin de créer une division, il y a peut-être juste besoin d’apporter un peu de monde en Nationale. Ca calquerait un petit peu sur le modèle anglais qui fonctionne très, très bien et je pense que ça ne serait pas grand-chose.

Pour finir sur une note d’humour. A Rennes, le plus beau cadeau que pourrait vous faire la Fédé, c’est de vous remettre Nantes. Vous auriez déjà un point d’ancrage un peu moins loin pour aller faire un déplacement ?

 

KC (REC) : On a un très beau championnat de l’Ouest qui va de Beauvais jusqu’à Niort, la Bretagne est une belle région (rires). Pour nous, les derbys se comptent à une heure de route, on en avait un en Fédérale 2 avec nos voisins de Rosoy, c’était chouette, ça mettait un peu de vie dans notre bassin rennais. On sait que nous n’avons pas beaucoup de derbys mais on sait par contre que chaque match est un plaisir.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/z4PclYvQ07c
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Retrouvez le replay du grand débat fédérale 1, lors de l’émission « Le #MagSport by H2G » du 9 avril 2021.

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