#Rugby – Nationale / E.Escribano (Blagnac) : «On a fait que 26 passes mais on a gagné les 400 rucks!»

Durant cette 21e journée de Nationale deux matchs ont attiré l’attention des suiveurs tant ils ont renversé l’ordre établi. Le premier, c’est Dax qui a fait tomber le leader niçois et le second qu’on peut allègrement qualifier d’exploit a eu lieu pendant le derby occitan, auquel le #MagSport a pu assister, entre Blagnac et le Sporting Club Albigeois. Les parieurs avaient mis une grosse pièce sur Albi et les Caouecs de Blagnac ont renversé la situation et toutes les prévisions. Pour nous parler de ce match qui restera dans les anales du club haut garonnais, Eric Escribano, le coach du Blagnac Rugby nous a accordé un entretien grand format.

 

 

Comme je le disais, tous les bookmakers en ont été pour leur argent ce week-end ? 

 

C’est la loi du sport, et surtout de notre sport, que les petits peuvent terrasser les gros. Je crois que ce week-end, mes joueurs ont été exemplaires dans ce que je leur avais demandé. Personne ne s’y attendait, nous, nous avions mis un plan de bataille en marche pour essayer de les faire douter et c’est ce qui s’est passé. Le plan a fonctionné, encore plus à la mi-temps, ça nous a remobilisés et c’est top pour mon groupe de joueurs d’avoir réalisé cet exploit, parce qu’il faut parler d’un exploit. J’avais 17 blessés, c’est vrai qu’on les a entendus dans les tribunes, ils étaient 17, ils ont mis la pression, ils ont supporté leurs potes parce-que nous sommes un groupe d’amis et c’est ça qui fait notre force. 

 

On va revenir un peu sur le déroulé de ce match. Il y a eu une première demi-heure où Albi a envoyé du jeu plein fer et domine territorialement mais ne sort qu’à 7-0. Le fait qu’Albi n’ait pas su capitaliser les points qu’il fallait sur ce gros temps fort représente le tournant du match ? 

 

Ils n’ont pas su capitaliser. Kevin Boulogne manque les trois points sur la pénalité de la première action, ce qui était déjà étonnant de la part de ce grand joueur. Ensuite, ils enchaînent, ils mettent cet essai mais n’arrivent pas à marquer à nouveau. Ils ne veulent pas prendre les points, ils veulent marquer des essais mais dans ce sport, il faut savoir prendre les points quand on les offre. Trois points de plus en fin de match auraient peut-être permis la victoire albigeoise. 

 

Le second tournant du match est cet essai que vous marquez à quelques encablures de la mi-temps pour rentrer aux vestiaires à 7 à 7. Ça a dû te donner un levier énorme pour re-galvaniser tes troupes dans les vestiaires ? 

 

Oui, ça les a galvanisés. Les joueurs d’Albi les avaient galvanisés un peu avant sur de petits accrochages qui n’ont pas été vus à un moment donné et ça a réveillé mes joueurs. Comme quoi, parfois, un petit geste anodin a permis de réveiller tous mes joueurs et tout le staff, ça les a réveillés sur cette fin de première mi-temps. Comme tu le dis si bien, j’ai galvanisé mes joueurs à la pause parce-que j’ai vu ces joueurs d’Albi rentrer aux vestiaires qui ne savaient plus où ils étaient, ils étaient perdus. Je savais très bien que Mr Méla allait mettre les choses en place mais moi, j’ai galvanisé mes joueurs en leur disant  » on a raison, on est dans ce qu’il faut, dans ce qu’on avait prévu et tout fonctionne à merveille « . 

 

Le résultat de tout cela et de cette causerie de la mi-temps, c’est que vous êtes revenus plein fer des vestiaires et que c’est là que vous faites le trou. Dans les 20 minutes de la seconde période, vous mettez deux essais d’affilée qui vous permettent ensuite d’entrevoir la victoire et vous ne l’avez jamais lâchée. Une fois que vous avez eu  » la proie  » entre les dents, vous n’avez jamais desserré l’étreinte ? 

 

Non, nous n’avons jamais desserré et nous avons eu de la chance. C’est vrai que sur les essais, ils nous contrent en touche et on marque derrière, ils nous contrent à 5 mètres de la ligne et ça gagne pour nous. On a enfin été heureux dans les zones de marque et c’est super. Après, quand on tient la victoire, les joueurs n’ont rien voulu lâcher et même les joueurs qui sont rentrés à la fin n’ont rien lâché pour apporter la victoire à ce groupe. Bien sûr, nous avons fait moins de passes, nous n’avons pas fait un beau jeu et, comme le dit si bien Méla, on a fait que 26 passes mais à l’arrivée, nous avons gagné les 400 rucks et on a été très forts. 

 

Pour faire une analogie, l’équipe de France a parfois gagné certains matchs sans faire beaucoup de passes ? 

 

Exactement. Nous savions que, contre cette équipe d’Albi, il fallait faire attention à ne pas se montrer à faire du spectacle. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de descente qu’on va jouer au rugby pour jouer au rugby, on est là pour gagner des matchs de rugby. On l’a dit depuis le début, on ne veut pas  » gâcher  » ce championnat mais montrer à tout le monde qu’on ne lâchera rien jusqu’au bout car je crois que c’est aussi cela la mentalité de notre sport. On n’offre pas des victoires donc, on continue dans cette devise. Contre Albi, on savait qu’il fallait gagner cette guerre des rucks, c’est une stratégie que nous avions mise en place et elle a fonctionné. Sur la première action, je vais être honnête, je me suis dit  » aïe, la journée va être longue  » et après, la machine s’est mise en route et ça s’est déréglé comme on l’espérait, ça a fonctionné. Je dirai que, pour une fois, et je vais faire un petit clin d’œil à quelqu’un qui touche sûrement Mr Méla autant que moi, Éric Béchu, on l’a fait avec du caractère. Éric a été mon entraîneur étant jeune à Colomiers, il nous avait appris ces valeurs et on n’a rien lâché au combat. Je crois que ça a été le piège à Albi. 

 

On peut aussi faire une autre analogie sur tes joueurs, c’est qu’ils ont repris les recettes de Mauléon et de Nafarroa en Fédérale 1 qui avaient les plus petits budgets qui faisaient parfois trembler les Albi, Tarbes et Blagnac. Il y a aussi de l’expérience qui a été prise de cette façon de faire qu’avaient les petits clubs pour mettre en déroute les armadas bien huilées au jeu parfois un peu stéréotypé ? 

 

Tout à fait. Non seulement on s’en sert mais on se galvanise avec ça cette année, en disant que nous sommes le Mauléon de la poule Nationale. Ça nous fait plaisir parce-que moi, je les adore, il y a de supers coachs que j’adore et qui arrivaient à faire déjouer tout le monde, même nous l’année dernière. Donc, on se sert de ça, de ce qu’ils faisaient et c’est top, ça nous permet de faire déjouer Albi et de réaliser l’exploit du week-end. 

 

Autre moment fort, la fin de ce match où Albi a essayé de mettre beaucoup de volume et d’intensité. On a parfois vu Blagnac quasiment en surrégime mais vous n’avez rien lâché. Par contre, dans les points négatifs, il y a quand même eu un peu de casse ? 

 

Ça, ça continue, on a un peu de casse, on se rend compte que ce rythme et ces journées effrénées sont dures à gérer physiquement pour nous. J’en ai trois de plus, on va arriver à 20, c’est malheureux pour moi et pour mes joueurs mais je me rends compte qu’il y a des jeunes qui arrivent à éclore et ça, c’est top pour la formation. Je crois aussi qu’on apprend dans des matchs comme ça. 

 

Luca Lecomte et Ugo Seunes sont un peu la quintessence de ces jeunes qui tapent à la porte et qui même, s’installent en équipe première ? 

 

Pour Hugo Seunes, on le savait depuis l’année dernière. C’est la vraie révélation de l’année parce qu’il a confirmé, il y a encore du travail à faire pour lui car le plus dur est de rester dans la longueur. Lucas Lecomte a mis du temps à rentrer dans le club et dans le moule mais il nous rend satisfaction de dimanche en dimanche. C’est un garçon qui me surprend car il répond à beaucoup d’attentes et je suis très content pour lui parce qu’il a su se taire comme l’ensemble de ce groupe et il a été très performant. 

 

Dans le projet Blagnac 2023, cette victoire contre Albi vous permettra-t-elle de grandir et de poser des jalons pour le futur ? On sait qu’à Blagnac, vous êtes déjà en train de préparer la saison suivante. Par exemple, est-ce que ça vous a permis de passer un cap tactiquement pour gérer ce match de bout en bout ? 

 

Je dirai que oui, ça nous a servi. Ce qui nous a servi contre Albi, c’est la défaite contre Bourg-en-Bresse où on avait bataillé et cravaché mais où on avait voulu proposer d’autres choses et où on avait perdu. Ça nous a servi de leçons, on a mis un jeu en place différent contre Albi qui s’attendait à ce que l’on mette du jeu et du rythme et on les a surpris. Ça va nous permettre de grandir pour la saison prochaine parce qu’on se rend compte que, dans cette poule qui est magnifique, tous les points comptent et qu’on ne peut annoncer personne vainqueur d’un match le dimanche à 15h

 

Vous avez atteint l’un des sommets de votre saison, le plus dur maintenant va être de garder les gars sous cocotte pour qu’il n’y ait pas une décompression et que vous finissiez la saison en roue libre. Ce côté prépa mentale va être le plus compliqué pour toi, en tant que coach ? 

 

Oui, ça va être dur. On a réalisé l’exploit et on va aller à Tarbes donc, je sais que ça ne va pas être facile cette semaine pour remobiliser mes hommes. Pour le prochain bloc, on reçoit Chambéry et on va à Massy avant d’avoir Nice donc, je crois qu’il y aura encore des leviers. Avec les joueurs, on s’est promis une chose, c’est de ne surtout pas finir ni 13e ni 14e, on veut gagner notre place sur le terrain et pas ailleurs. 

 

On te remercie pour le débrief de ce match qui restera dans les mémoires du club Caouec

 

Exactement, il restera vraiment dans nos mémoires pour tous les dirigeants qui font un travail vraiment extraordinaire et surtout nos sponsors qui continuent à nous soutenir. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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