#Rugby – Nationale / G.Belzons (Narbonne) : «Oui, Albi est un test!»

En amont de ce derby occitan entre Albi et Narbonne, nous sommes allés à la rencontre de l’un des co-présidents du RCN, Gilles Belzons, pour réaliser une interview grand format. Un entretien/bilan emplit de passion pour ce dirigeant qui se partage entre ses prérogatives au RCN et son métier de restaurateur. L’hommes fort du Racing, espère lors de cette 20eme journée de Nationale, voir ses hommes perpétuer la dynamique positive actuelle, et marquer les esprits face à un candidat à la ProD2. Un co-président du RCN qui témoigne aussi de son respect et de son affection pour les adversaires albigeois.

 Suivez en direct vidéo, le match Albi Vs Narbonne des 15h45 sur la page you tube du SCA

 

Vous êtes l’un des 5 présidents du RCN qui, depuis deux ans, a l’objectif de ramener ce club mythique là où il aurait dû rester à savoir en Pro D2. Où en est-on de la restructuration du RC Narbonnais ? 

 

Les saisons d’avant avaient été compliquées et l’objectif N°1 avec mes 4 copains était de commencer par le sportif. Le côté atypique de la chose, c’est qu’on s’est dit qu’il fallait une équipe compétitive d’entrée pour essayer de ramener les gens au stade et qu’ils aiment à nouveau cette équipe. Donc, nous avons essayé de faire une équipe pour jouer le haut du tableau, nous n’avons pas parlé de Pro D2 et, pour être sincère, on n’en a jamais parlé et même au moment où je vous parle, nous n’en sommes toujours pas là. C’était essayer de faire une équipe compétitive pour jouer les premiers rôles et nous y étions arrivés l’année dernière puisque nous aurions pu jouer les quarts de finale mais, malheureusement, le Covid nous a arrêtés. Cette année, nous sommes restés dans la même logique à savoir d’essayer encore une fois de faire une équipe qui compte dans cette Nationale tout en sachant qu’il n’y aurait pas beaucoup de week-end de vide, contrairement à l’année dernière avec des équipes un peu plus basses. Nous avons compris de suite la difficulté et qu’il n’y aurait que des matchs au couteau avec des équipes de qualité. Donc, nous nous sommes structurés et sommes restés dans cette logique au niveau du sportif. Sur les à-côtés, nous avons bien sûr des projets puisque nous faisons partie des rares équipes de Nationale à être encore en association et, dans les jours ou les semaines qui vont arriver, nous allons créer une SASP. Nous sommes sur des projets un peu plus intellectuels pour que ce club prenne un peu plus d’épaisseur. 

 

Avec ce contexte sanitaire, vous avez mis en place un mur de soutien. C’est actuellement la grande mode mais ça a l’air de très, très bien marcher à Narbonne ? 

 

Oui, c’est vraiment bien. C’est un projet que je voulais déjà lancer l’année dernière, j’avais vu ça dans un club mais je ne sais plus où. Mais, il y a tellement de choses à faire dans un club de rugby et c’était tellement loin que je n’ai pas eu le temps. Au moment du Covid, au printemps, nous avons donc décidé de le sortir et ça marche remarquablement bien. Il y a un engouement derrière ce mur qui est énorme car aujourd’hui, nous en sommes déjà à 1 700 briques vendues, on en vend régulièrement et il y a beaucoup de gens qui s’identifient à ce mur. C’est donc une grande fierté. 

 

Il y a quelque chose d’autre qui est révélateur de votre état d’esprit, votre slogan  » notre force sera collective « . Quand on voit que vous êtes 5 co-présidents, c’est vraiment un slogan qui vous colle à la peau ? 

 

Oui, c’est tout à fait ça. On a cherché à se fédérer et à se regrouper autour d’une phrase qui, pour nous, a beaucoup de sens. A la base, nous voulions prouver aux gens qu’avoir 5 présidents dans un club de rugby était possible car nous avons tous des pensées différentes et une façon différente d’aborder les choses. Mais en fait, nous sommes sur un fil conducteur qui est de faire avancer ce club et personne n’est plus haut qu’un autre, ce qui prouve que l’on peut travailler. Parfois, l’une des choses les plus compliquées est l’égo et nous essayons tout simplement de prouver aux gens qu’avec l’amour du club que l’on porte tous, on peut arriver à faire des choses correctes. On le prouve, c’est le slogan que nous avons donné à nos joueurs, pour l’équipe, toutes ces choses-là qui montrent qu’ensemble, on peut faire de belles choses. 

 

Vous fonctionnez comme les grandes entreprises qui ont un conseil de surveillance ? 

 

En fait, nous sommes tout. Au moment où je vous parle, nous sommes 5 présidents, nous sommes au conseil de surveillance et quand on fait des réunions, on n’a pas besoin de changer de place pour aborder des sujets (rires). On le fait comme ça mais, bien entendu, ça ne pourra pas rester comme ça car nous sommes forcément en train de décortiquer un petit peu le squelette dans le sens où il faut trouver un président de l’association, un président de la SASP, un conseil de surveillance. Ça, c’est le travail que nous allons faire dans les mois prochains pour la saison d’après mais, actuellement, nous sommes tout. 

 

On va également parler du registre sportif. A Narbonne, il y a eu deux visages : un timoré en début de saison, on a d’ailleurs eu écho que vous aviez poussé un gros coup de gueule dans les vestiaires après un match qui a fait trembler les murs

 

Oui, c’était après la défaite à Aubenas. 

 

Et puis, l’année 2021 vous sourit puisque vous êtes l’équipe avec la plus belle dynamique depuis le mois de Janvier où vous marchez quasiment sur l’eau ? 

 

On ne se cherche pas d’excuse : quand on est bon, ce sont les joueurs et quand on ne l’est pas, on dit que c’est l’ensemble du club. Le truc, c’est que nous avons été contrariés dans notre préparation d’été car nous avons été l’un des rares clubs à adopter la procédure Covid comme elle l’était en Top 14 et en Pro D2 avec obligation de tester tous nos joueurs. Au tout début, la Nationale n’avait pas les mêmes règles mais nos entraîneurs, notre staff et nos médecins ont voulu à tout prix que l’on soit très strict sur les tests. Il s’est avéré qu’en été, avant le début de saison, beaucoup de nos joueurs ont été positifs et nous n’avons donc pas fait de matchs amicaux. On s’entraînait les uns après les autres et ça s’est rapidement vu en début de saison, c’est ce qui a fait que nous n’étions pas dedans. Nous n’étions pas dedans sportivement, nous avions des joueurs mais pas une équipe, vous parliez de ce coup de gueule mais c’est anecdotique. J’ai presque envie de dire que ce break de Novembre nous a permis de nous réunir autour des joueurs, a permis aux entraîneurs de trouver ce qui n’allait pas mais aussi que les joueurs prennent conscience qu’à Narbonne, il fallait à tout prix qu’ils rentrent dans notre objectif de redorer le blason et ils l’avaient un petit peu oublié. On ne peut pas se fédérer autour d’un club si l’équipe et les joueurs ne le perçoivent pas. Donc, à force d’entraînements durant tout le mois de Novembre, et les entraîneurs y sont pour beaucoup, les joueurs ont pris conscience du message des 5 présidents. C’est pour cela que, dans la nouvelle saison depuis le mois de Janvier où nous avons repris à Tarbes dans des conditions très difficiles, les joueurs ont adhéré à ce discours et c’est vrai que, pour l’instant, ça marche bien. Mais il faut continuer car ça reste du sport et que dans le sport, comme dans tout, tout est fragile et il faut donc rester sur cet objectif-là. 

 

Ce match à Tarbes fut vraiment fondateur : un vrai match à l’ancienne, un vrai match d’hommes. Vous êtes allés chercher une victoire à l’extérieur qui avait beaucoup plu à votre compère Marc Delpoux ?

 

Oui parce qu’il ne faut pas perdre de vue que, sur 5 présidents, nous sommes 3 anciens joueurs donc, j’ai presque envie de dire que dans l’âme, nous sommes plus joueurs que présidents. Dans les trucs pour se resserrer, on fait les déplacements en voitures, pour Albi, on prend 5 joueurs chacun, on est testé et on s’en va ensemble, on fait un convoi et on s’arrête ensemble. On a expliqué aux joueurs que l’on voulait casser les codes donc, on fait un déplacement sur deux en voiture. Quand on est parti à Tarbes, on a dit  » le club est là même si on n’a pas les supporters « , on s’est arrêté sur une aire, on l’a fait un peu à l’ancienne. Quand on a passé Tarbes, il neigeait, c’était compliqué mais les joueurs ont répondu aux messages que l’ensemble du staff et nous-mêmes avons donnés et ça a marché. 

 

Rassurez-moi, il est quand même plus simple de faire les déplacements en voiture à Albi ou à Tarbes qu’à Dijon ou à Suresnes ? 

 

Oui, les joueurs font les longs déplacements en bus, on part la veille mais je ne te cache pas qu’on en a fait beaucoup. Notre équipe espoir avait repris la compétition en Novembre et c’est nous qui avons emmené notre équipe espoir partout où nous sommes allés et on refait pareil pour Albi. 

 

En parlant du match d’aujourd’hui, c’est un choc et il y en a deux sur cette journée, celui entre Nice et Bourg dimanche et celui entre Albi et Narbonne ce samedi, ça sent bon les joutes de Pro D2. Ce genre d’affiches doit vous mettre le sourire car ça rappelle de très beaux souvenirs ? 

 

C’est un week-end qui est joli, un week-end test puisque le 1er reçoit le 2e et que le 3e va chez le 4e donc, c’est hyper, hyper bien. Ces matchs ne seront pas une finalité mais je pense que ça peut être un bon test car après, quelque chose me dit qu’avec ces 4 équipes, on va se revoir en fin de saison (rires). Restons prudents car d’autres équipes peuvent rentrer dans le groupe mais c’est un bon test. 

 

Une équipe qui doit vous impressionner comme tout le monde, c’est celle de Nice qui a un britannique énorme. Tout le monde les attendait au coin du bois mais peut-être pas aussi haut d’entrée de jeu ? 

 

Si, moi, je le savais. Rien qu’au niveau budget, c’est l’une des rares équipes par rapport à l’année dernière à avoir augmenté son budget alors que tout le monde a un peu réduit la voilure. Ils ont sacrément bien recruté, il y a une passerelle entre les frères Moni et le Stade Français qui fait qu’ils ont recruté à l’intersaison des joueurs du Stade Français. Comme je le dis, parfois, tu as les joueurs mais pas l’équipe et Nice a et les joueurs et l’équipe puisque la mayonnaise prend aussi de leur côté. Donc, on peut dire que Nice et Bourg-en-Bresse sont les deux grosses valeurs sûres. 

 

Si vous battez Albi, vous faîtes un gros pas vers les play-offs. Du côté de Narbonne, on pourra vraiment commencer à parler d’ambition de monter en Pro D2 ou vous voulez la garder pour plus tard et déjà prendre le plaisir qu’il y a à prendre dans cette phase régulière ? 

 

Même si c’est peut-être une façon détournée de le dire mais je le répète, moi, je suis tellement chauvin que je ne parle pas de victoire et de défaite, je parle simplement de comportement et de match. C’est ce qui nous anime donc aujourd’hui, on vient faire un match de rugby, je ne parle ni de victoire ni de défaite mais simplement du fait qu’il faut jouer tous les matchs. Ça ne sert à rien de se mettre une pression inutile, oui, Albi est un test mais il faut aborder ce match comme quand nous sommes allés à Aubenas, à Blagnac ou à Tarbes parce qu’il faut respecter toutes les équipes. Aujourd’hui, c’est un test car c’est le 3e qui va chez le 4e et c’est plutôt comme ça que j’ai envie de l’aborder. Même si ça se précise, nous sommes encore trop loin de la fin pour parler d’autre chose. 

 

Si je fais la synthèse, c’est de porter haut les couleurs orange et noire et de se dépouiller sur le terrain ? 

 

Se positionner sur le terrain et se préparer à faire un beau match de rugby, tout simplement. Et si après, nous avons la chance d’être dans les 4, comme Albi, on sait tous qu’il n’y aura pas ou très peu de phases finales car tout a été modifié, tout va se faire sur un match. Tout va se jouer sur un match, on a la chance d’en jouer 9 et c’est pour cela qu’il n’y en a pas un qui est plus important que l’autre. Il faut s’entraîner à faire un match plus un match plus un match pour que, lorsqu’on aura LE match important, on l’aborde de la même façon pour le gagner si, bien entendu, nous sommes dans les 4. Il y a aujourd’hui des équipes qui peuvent rentrer dans le groupe au dernier moment et ça s’est déjà vu. 

 

Un mot pour les groupes de supporters orange et noir que vous avez ? Je pense à Irange Armada et tous ces supporters qui sont toujours là au départ du stade pour vous faire un petit clin d’œil ou amener leur ferveur. J’imagine qu’il vous tarde de les retrouver dans votre stade et de les revoir en 3e mi-temps pour partager tous ces bons moments ? 

 

Pour être sincère, je suis heureux d’être dans cette aventure avec mes copains et que, pour le moment, le club marche et que l’équipe se positionne comme on l’avait souhaité mais il y a un petit coin de tristesse en moi, c’est justement qu’on ne puisse pas vivre ça avec nos supporters. Ils sont remarquables, les pauvres, ils arrivent parfois 30 ou 45 minutes avant sur un rond-point pour nous voir passer 30 secondes, comme pour le Tour de France. 

 

Avec les fumigènes orange et noir

 

Parfois, ils restent au péage. Je ne sais pas ce qu’ils vont nous faire aujourd’hui mais parfois, ils sont aux berges, en plein vent, pour voir passer un bus. Quand on joue, ils ne voient pas le match, ils sont derrière la tribune, car le Parc des Sports de Narbonne est un complexe, et on les entend crier. Ils ne voient rien du tout mais ils sont là et c’est vrai que c’est vraiment fort. J’ai un peu de peine pour eux mais leur soutien nous fait un bien énorme. Ça faisait aussi des projets, avec mes copains présidents, qu’il y ait un maximum de gens qui aiment ce club et c’est pour cela que nous sommes contents. C’est tout le travail que nous faisons au quotidien pour qu’on soit tous Racing. 

 

Merci de nous avoir donné le ton de ce match. On l’a bien compris, même s’il n’y a pas les supporters, Narbonne jouera à 16 contre Albi avec toute la marée orange et noire qui poussera derrière les écrans

 

Avec beaucoup de volonté mais je pense qu’Albi va aussi être dans cette configuration-là. Pour la petite anecdote, cela fait 25 ans que je regarde des matchs de rugby et si je devais retenir un match qui m’a mis le plus de colère et d’injustice, je te jure que je suis sincère, c’est le Rouen-Albi. 

 

Avec « l’affaire Cardona » ? 

 

Je ne voulais pas citer l’arbitre (rires). Sincèrement, pour tous les Albigeois, pour Arnaud Méla, quand on voit tout le travail qu’il faut faire pour en arriver là … Je n’ai strictement rien contre Rouen parce qu’ils se débrouillent bien en Pro D2 mais là, c’est la solidarité sportive. Encore une fois, tu peux perdre mais je pense que s’il y a un match ces 20 dernières années qui résume l’escroquerie, et il y en a eu, c’est bien celui-là. Quand on sait le travail qu’avait fait Albi car, quand tu bascules en Pro D2, il y a un nouvel élan qui se fait et cette année-là, Albi avait les clés en main. A Narbonne, cela fait déjà deux ans que l’on fait ça et on se rend compte de la difficulté, eux, les pauvres, ça fait trois ans qu’ils en sont là. Ils se sont fait voler le match contre Rouen car ils devraient être en Pro D2, l’année dernière, ils étaient premiers de leur poule et ils auraient pu aussi monter en Pro D2 et cette année, au moment où on parle, ils sont dans le club des 4 pour essayer d’y aller. Nous, cela fait deux ans que l’on travaille mais par contre, pour Albi, ça fait un peu plus de temps et ils sont tout le temps là. 

 

Ça nous donne une belle perspective d’un beau match entre cousins occitans et, comme on dit, que le meilleur gagne

 

Entre cousins occitans, entre deux clubs qui ont un joli petit passé derrière eux. Que ça se passe bien, qu’il y ait un gros match de rugby et que le meilleur gagne. 

 

Merci pour cette interview pleine de passion

 

Il en faut ! (rires)

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://youtu.be/W35lCRBrnOE

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