#Edito – Rugby / Pro D2 : La déclaration du Pdt ASBH va t’elle enflammer la Nationale ?

Il y a fort à parier que la petite phrase sortie par Jean-Michel Vidal, président de l’AS Béziers, la semaine dernière (dans le midi libre) ne va pas lui apporter que des amis. En affirmant que « Nul ne sait encore combien de clubs vont descendre » (en Nationale, NDRL). Les discussions avec la Ligue parlent, en tous cas, pour l’instant, d’une seule descente. », le dirigeant héraultais vient de relancer une compétition, loin d’être sportive, celle-là entre la Pro D2 et sa désormais antichambre, la Nationale. Au delà de sa résonance néfaste au niveau de la division nationale, cette affirmation du président biterrois, est un véritable casus beli dans l’écosystème français de l’ovalie hexagonale.

Et de facto, de relancer insidieusement ou non, la petite « guéguerre » entre les deux entités du rugby français que sont la Ligue Nationale de Rugby, patronne du rugby professionnel, et la Fédération Française de Rugby, patronne du rugby amateur à laquelle est rattachée la Nationale malgré son statut hybride (Pro/amateur). Un conflit qui avait laissé de nombreuses cicatrices à l’orée du printemps 2020 et qui, si les propos de Mr Vidal se confirment, pourrait prendre une toute autre dimension. 

La genèse

Pour bien comprendre pourquoi cette déclaration sonne pour le monde de la Nationale comme une nouvelle invitation au combat, il nous faut faire un bref retour dans le passé. Nous sommes le 28 Mars 2020 et le premier confinement de l’ère Coronavirus met à l’arrêt les championnats de rugby amateur, ôtant ainsi la possibilité de lutter sur le terrain pour acquérir une montée sportive. Le 3 Avril, France Rugby annonce qu’il n’y aura pas de descente mais uniquement des montées, maintenant ainsi l’espoir des premiers de poule de pouvoir accéder au Graal suprême, la Pro D2. Mais, après presque 3 mois de lutte et devant une LNR qui ne cède pas d’un pouce, Bernard Laporte et son équipe doivent s’incliner : aucune équipe venant de Fédérale 1 n’évoluera lors de la saison 2020 / 2021 dans le monde professionnel. Afin de trouver un consensus, la Nationale voit le jour, un nouveau championnat regroupant les 14 meilleures équipes de F1 version 2019/2020 (dont 4 invités, Vienne, Trélissac, Saint-Jean-de-Luz et Mauléon ayant refusés l’accession) et surtout, les plus gros budgets disposant déjà d’un statut pro. D’autant plus, et ceci aura son importance par la suite, que la Ligue Nationale de Rugby s’est investie à hauteur de 675 000€ dans la création de cette nouvelle division.  Bref, même si le Coronovirus planait toujours au-dessus des têtes, ces clubs étaient parés pour viser la montée dès cette saison. En outre la FFR voyant cette division comme une vitrine du rugby fédéral, a mis tout en œuvre pour que ce championnat passerelle naissant avec la ProD2, ait toutes les armes pour prétendre dignement à son sésame.

Coronavirus, épisode 2

Comme on pouvait malheureusement s’en douter, le Covid est encore venu faire des siennes. Le 3 Novembre 2020, la FFR prononce à nouveau l’arrêt des compétitions amateurs. Il faut dire que, depuis la reprise de Septembre, on ne comptait plus les matchs reportés suite aux cas Covid, contacts ou avérés, les matchs à huis-clos, les matchs avec jauges. Pour la Nationale, majoritairement constituée de clubs professionnels mais sous égide du patronat amateur, ce fut un coup dur. Lors d’un vote, 4 présidents (Albi, Massy, Nice et Suresnes) ont voté pour la poursuite immédiate de la saison malgré les normes sanitaires mais c’est logiquement que la majorité l’a emporté. Résultat : un stop et une reprise annoncée pour Janvier avec un calendrier modifié qui permettrait néanmoins la tenue des phases finales avec 4 qualifiés au lieu de 6 et, par conséquent, deux accédants à la Pro D2. Il a fait très chaud chez tout le monde mais le sport et surtout la compétition allaient pouvoir reprendre leurs droits. Pas de blague cette année, la logique des vases communicants serait bien respectée ! 

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Et Jean-Michel Vidal parla

Et voilà que ce 3 Février 2021, Mr Vidal s’exprimait quasiment au nom de la Ligue Nationale de Rugby, provoquant bien évidemment émoi et courroux dans le monde de la Nationale. Au même titre que les clubs de Top 14 et de Pro D2, les 14 équipes de cette division font de gros efforts : matchs à huis-clos, aucune recette liée à la billetterie, le réceptif, le festif, les boutiques ou autres. De plus, à la différence de leurs « grands frères » qui sont encore visibles sur Canal +, ils ont été lâchés par la chaîne l’Equipe TV en termes de retransmission. Ils ont donc retroussé leurs manches pour proposer à leurs supporters et à leurs partenaires des autodiffusions via le net, qui ravissent tout le monde et ont provoqué un engouement qu’on n’aurait peut-être pas soupçonné. Comme leurs joueurs, les dirigeants se battent jusqu’au bout pour leur visibilité, prouvant bien à chaque fois que c’est l’esprit et l’inventivité autant que l’argent qui font le professionnalisme.  Alors, pourquoi la LNR viendrait-elle une fois encore doucher les ambitions légitimes des clubs de Nationale de rejoindre son giron ?

Toujours selon Mr Vidal, cette réflexion d’une seule descente de Pro D2 vers la Nationale résulterait du fait que « le championnat de Nationale ne s’est pas joué dans son entièreté ». Dans sa grande mansuétude, la Pro D2 a-t-elle l’impression de faire une fleur à ses « amis du dessous » en leur accordant une montée malgré une saison à ses dires tronquée ? Car, si en effet la 3e division s’est vue amputée de 6 journées, 20 matchs seront au total disputés. Largement suffisant pour déterminer des qualifiés, jouer des play-offs et désigner deux équipes pour la montée … Surtout que la Nationale peut retourner ces propos à son avantage : le championnat de Pro D2 se jouant en intégralité, n’est-il pas sportivement éthique que les deux moins bonnes équipes ne descendent ? 

Bip, argument refusé, on attend le suivant. Et à l’heure actuelle, il ne semble pas y en avoir d’autres. Bizarre, vous avez dit bizarre ? 

Alors que revoilà la ligue fermée

On a beau tourner la chose dans tous les sens, on aboutit à une seule conclusion : les clubs de Pro D2 ne veulent définitivement pas voir de clubs venus du monde dit amateur troubler leur tranquillité. Ont-ils trouvé leur rythme de croisière entre eux ? Pensent-ils repousser les débats à l’infini pour grapiller encore plus de temps, du temps pour certains de se « refaire la cerise » tant sportivement que financièrement ? Ou bien, en cette année électorale à la Ligue, s’agit-il de faire pression sur les candidats allant dans leur sens pour garantir le fauteuil de président à celui qui se montrera le plus complaisant ? N’oublions pas que le sport est devenu politique et il n’est vraiment pas impossible que ce débat venu de nulle part dans un moment où la discipline devrait se serrer les coudes envers et contre tous ne trouve son origine dans les urnes. Est-ce un appel du pied biterrois au candidat Tingaud ou au candidat Merling ? Mystère… Toujours est-il qu’on ne voit pas un autre motif qu’une peur, illégitime et non fondée d’une chose parfaitement abstraite, pour expliquer une telle sortie médiatique. 

Crédit photo Sophie Pointaire / France 3 Occitanie

L’enjeu de la retransmission

Il est également étrange de voir cette réflexion naître alors que les cartes de la visibilité du rugby sur Canal +. La chaîne cryptée vient de récupérer les droits de diffusion du championnat de Foot de Ligue 1, remaniant ainsi la grille du Top 14. Alors que la saison n’était pas encore commencée, les clubs de Pro D2 se désignaient déjà comme les cocus de l’histoire, ne ramassant que les miettes avec des horaires certes pas adaptés au grand public. Il est indéniable que les chiffres des auto-diffusions des clubs de Nationale sur le web ne cessent d’augmenter de dimanche en dimanche et que l’intérêt du public pour cette division est grandissant. La Pro D2 a-t-elle tout simplement peur de cesser d’exister et a-t-elle trouvé dans la polémique le moyen de se faire entendre ? A-t-elle un sentiment de cloisonnement entre un Top 14 vitrine du rugby pro et une Nationale laboratoire du rugby fédéral? Ou se contrefeux serait il l’arbre qui cache l’inquiétude d’énormes berezina a financière en juin ? Pourtant, il a été prouvé que chaque division, que chaque club, a son public, ses suiveurs et qu’il y a largement de la place pour tout le monde. Une fois de plus, diviser le rugby n’est pas la solution, rassembler les rugbys l’est certainement plus. 

Le nouveau Pdt AS Béziers Hérault, Jean Michel Vidal (à droite) / Crédit photo : (D.R)

Info ou intox ? 

Attention tout de même, nous n’avons entendu à ce jour que ce qu’a bien voulu dire Mr Vidal. Ni la Fédération via Bernard Laporte ni Paul Goze pour la Ligue (à moins que ce dernier n’attende tranquillement de refiler la patate chaude à son successeur qui sera désigné le 23 Mars prochain) ne se sont fait écho de cette potentielle hypothèse. Jean-Michel Vidal a t’il trahi le secret des Dieux ou bien a-t-il plutôt pris ses désirs pour des réalités ? Est-il le porte-parole de ses 15 homologues ou bien a-t-il jeté un pavé dans la mare espérant rallier des soutiens à son pavillon ? Car, soyons logique, pourquoi la Ligue Nationale de Rugby aurait-elle dépensé 675 000€ dans cette Nationale si ce n’était pas pour voir deux clubs rejoindre son sein ? On ose espérer que ce n’était pas juste pour calmer les ardeurs au plus dur de la crise du mois de Juin car on pourrait vraiment parler d’argent jeté par les fenêtres et Dieu sait que ce n’est pas le moment ! Du côté de la Nationale, ce sont les suiveurs et les supporters inquiets qui se sont manifestés, rien n’est sorti du côté des acteurs. Marque du peu de crédit accordé à ces affirmations ? Pour la pérennité de la suite du et/ou des championnats, c’est à souhaiter. Mais également parce qu’un jour ou l’autre, il faudra bien que les tensions entre monde pro et monde amateur s’apaisent si on veut que le rugby en sorte grandi, enfin, que le rugby s’en sorte tout court. 

https://esalbi.com

Tout ça pour quoi ? 

Toujours est-il que cette petite phrase a vraiment un effet pernicieux et de mauvais goût, particulièrement actuellement. Alors que, comme évoqué plus tôt, les présidents de Nationale redoublent d’ingéniosité pour maintenir leurs clubs à flot, voilà que la Pro D2 vient de leur rajouter un problème. Quelles conséquences cela va-t-il avoir pour ceux qui ont clairement annoncé leurs ambitions d’échelon supérieur ? Abattement, découragement voire renonciation ? Même Don Quichotte avait ses limites et à force de se battre contre des moulins à vents, on s’épuise … Quelles conséquences dans les têtes des joueurs ? Ils ont déjà encaissé deux mois d’arrêt, ont tout fait pour s’entraîner malgré les restrictions mais surtout pour garder l’envie, motivés par une seule chose : la possibilité de jouer les play-offs et cette fameuse montée. Est-ce que, pour une seconde année consécutive, on va à nouveau leur ôter tout espoir ou, en tous cas, un demi-espoir ? La Fédération Française de Rugby va-t-elle marquer officiellement sa désapprobation et son courroux ? Où sont l’éthique, la morale et la justice ? Mais surtout, où est l’esprit sportif ? Vous avez quatre heures, on ramasse les copies. 

Article rédigé par Steph.M / Loïc . C

https://youtu.be/TJ5JJ5G6n-k

Le replay du match Albi Vs Bourg #J16 #Nationale

 

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