#Rugby – Fed1 / JP.Dastugue (Lannemezan) : «On ne sait rien, on n’a pas d’info et c’est très dur à vivre!»

Sur le plateau de Lannemezan le co-président du CAL, Jean-Philippe Dastugue, s’impatiente de voir la fédérale 1 reprendre. Pour celui qui conduit les destinées du club Haut Pyrénéen, avec son compère Bernard Duclos, cette situation sanitaire exceptionnelle, laisse beaucoup de zones d’ombres sportives et économique, ce qui l’amène à pousser un coup de gueule. Malgré cela Jean Phillipe Dastugue veut continuer à espérer voir la grande transhumance de l’ovalie fédérale se réenchanter. Focus sur un passionné qui aime autant son club que son sport .

Jean Philippe, on sait que la Fédérale 1 est toujours confinée alors qu’on a vu que pour la Nationale, ça se décantait précisément. Mais pour la Fédérale 1, pour l’instant, on n’y voit pas plus clair qu’un matin de brouillard sur le plateau ? 
Tout à fait et encore, il y a des matins d’hiver sur le Plateau où on y voit encore plus clair. Il y a toujours beaucoup d’incertitudes sur cette division, la seule chose qui a évolué est une autorisation pour pouvoir s’entraîner sur le plan physique avec distanciation de deux mètres, sans contact, comme les mineurs. La Fédération a négocié cela avec le Ministère des Sports donc effectivement, depuis le mardi 1er Décembre, nous avons le droit avec nos seniors de recourir ensemble par petits groupes mais uniquement sur du physique. Voilà la seule évolution à ce jour. 
Toi, en tant que dirigeant, ainsi que tes joueurs, comment vivez-vous cette situation car ça doit quand même être assez complexe de ne pas savoir de quoi demain sera fait ? 
C’est très compliqué parce qu’en plus, il y a pas mal d’hétérogénéité au sein du groupe. Même si nous sommes vraiment un club amateur, il y a des garçons qui travaillent et qui ont leurs vies professionnelles, le rugby est juste un à côté. Ensuite, il y a des joueurs qui sont un peu plus pros donc, c’est aussi compliqué pour eux car on ne sait pas de quoi demain sera fait. Pour nous, le mois de Novembre a vraiment été complètement chômé et à l’arrêt donc là, nous essayons de faire une tentative avec cette reprise d’entraînement uniquement physique mais c’est quand même très, très dur à gérer. Sur le plan physique, ça ne m’inquiète pas parce-que les garçons vont revenir mais c’est également sur le plan mental. On a vu qu’à la reprise, ils étaient pour la plupart très contents de se retrouver et de faire du physique ensemble mais il y a quand même beaucoup de points d’interrogation. Et ça, quand on est compétiteur, c’est très dur à gérer de savoir quand est-ce que l’on va reprendre, comment, sous quelle forme de championnat. C’est très dur aussi en tant que dirigeants parce-que nous sommes sollicités de toutes parts et nous n’avons pas de réponse. Ce n’est pas que j’en veux à la Fédé parce qu’avec le recul, ils ne peuvent pas faire autrement, c’est compliqué car, dans le sport amateur, on est complètement dépendants du Ministère des Sports et des mesures gouvernementales et on doit s’y plier. Ca, ce n’est pas le problème et on le fera toujours mais aujourd’hui, effectivement, c’est dur et les gens, les supporters, le public et même les partenaires pensent qu’on en sait toujours un peu plus mais non. A aujourd’hui, on ne sait rien, on n’a pas d’info là-dessus et c’est très dur à vivre. 
Au niveau financier, il y a des présidents de Fédérale 1 qui disent que cette pause a permis d’endiguer les pertes car vous jouiez quasiment tous à huis-clos ou avec très peu de supporters. C’est une réalité ou tu aurais préféré continuer à jouer bien que cela engendrait quelques pertes ? 
Non, pour moi, à Lannemezan, ce n’est pas le cas, nous n’avions que deux matchs à la maison et trois matchs sur six possibles. Comme tu le sais, il y a toujours un public important même si là, il l’était moins que d’habitude mais à Lannemezan, on a toujours du public. Nous étions vraiment pour continuer à jouer, on l’est toujours et on fera le maximum, toujours bien sûr dans le respect des règles sanitaires et du côté légal, pour jouer mais surtout pour reprendre car c’est le plus important. Nous avons plus à perdre en ne jouant pas plutôt qu’en jouant, ça, c’est certain. Après, chaque club a sa façon de gérer et ses caractéristiques donc, la vérité à Lannemezan n’est pas la vérité des autres clubs. Nous en avons conscience surtout en Fédérale 1 où il y a des écarts de budgets qui sont encore importants mais aussi des façons de monter les budgets qui sont très différentes. Mais ce qui est clair pour nous, c’est que nous perdons quasiment plus d’argent à ne pas jouer qu’à jouer, si on parle bien de jouer avec des spectateurs car, pour nous, il est impossible de jouer à huis-clos, que ce soit bien clair. 
On ne doutait pas de cette réponse. On sait que Lannemezan est au cœur des Pyrénées, on a entendu une phrase qui va rester dans la légende de la politique de Jean Castex  » les stations de ski pourront rouvrir sans remontée mécanique « . Tu n’as pas peur qu’on te dise  » la Fédérale 1 peut reprendre sans le ballon  » ? 
Si, on peut tout entendre, quand on entend ça, on peut tout entendre. On ne va pas faire de la politique mais aujourd’hui, ce qui se passe est dramatique pour les stations et pour toute l’économie des Hautes-Pyrénées, de la chaîne des Pyrénées et des Alpes également. On se doit d’être solidaires, nous avons beaucoup d’amis et de connaissances qui dépendent de cette économie-là, directement ou indirectement, que ce soit bien sûr les stations de ski mais aussi les restaurants, les loueurs de matériel ou les saisonniers. Dans notre effectif, nous avons des garçons qui sont dans ces milieux-là, qui déneigent ou qui ont un frère ou un cousin qui y travaillent. Tu connais la proximité de Lannemezan par rapport aux vallées, que ce soit la Vallée d’Aure, la Vallée du Louron et bien sûr, le Tourmalet pour Bagnères, c’est pareil, le Grand Tourmalet est partenaire du club, nous, nous avons Balnéa, Peyragudes. Ce sont des acteurs économiques importants et pour nous, c’est une très, très mauvaise décision, au-delà de l’absurdité de cette phrase mais, la réalité économique est quand même vraiment dramatique. 
Autre sujet de débat, on a entendu le Cosmos, cette association qui défend les intérêts des clubs amateurs, monter au créneau pour défendre et faire évoluer le statut de la Fédérale. C’est quelque chose qui, pour toi, est prépondérant et quelque chose qui te parle ? 
Bien sûr. C’est la 6e année que nous sommes à la tête du club dont trois en Fédérale 1 et nous avons vu l’évolution en montant de Fédérale 2. Administrativement, il y a un monde entre la Fédérale 1 et la Fédérale 2 surtout quand il n’y avait pas encore la séparation de la Nationale en Fédérale 1 et qu’il y avait encore ce fossé entre les clubs amateurs. C’est un fossé financier mais également administratif parce qu’il y a beaucoup d’hétérogénéité dans les joueurs et dans leurs types de contrats. Sur ça, je pense qu’il faut réformer la Fédérale 1, faire une grande table ronde et discuter du statut du joueur en Fédérale 1 parce qu’il y a des écarts très importants. Ça ne peut pas durer parce-que je pense que cette saison va faire très, très mal mais va aussi lever des lièvres là-dessus, chacun a sa façon de gérer mais c’est quand même compliqué aujourd’hui, d’attirer des joueurs de bon niveau en Fédérale 1. Il faut appeler un chat un chat, aujourd’hui, en Fédérale 1, il n’y a plus personne qui joue pour rien. En gros, tu as trois modes de rémunération avec en premier le contrat fédéral, qu’il soit exclusif ou pluriactif et ça, je pense que c’est une bonne chose parce qu’il y a un cadre légal mais ça coûte cher car il y a des cotisations dessus, si on pouvait, on ne ferait que ça mais bon. Il y a ensuite les dédommagements en indemnités kilométriques mais les années des IK bidons sont finies, je pense que ça parlera à tout le monde. C’est très réglementé et encadré et c’est tant mieux, on a un pourcentage qui est en fonction de ta masse salariale et qui, elle-même, est en fonction de ton budget. C’est quand même pénalisant pour les clubs comme nous qui avons des petits budgets car tu es très limité en termes d’indemnités kilométriques. Ensuite, il y a des franchises qui sont applicables à tous types de sports mais dans les associations donc, pour les clubs qui ont une partie pro, ce n’est pas possible de fonctionner comme ça. Quand on discute avec les autres présidents, chacun a ses méthodes un petit peu disparates donc, c’est un peu compliqué. Je pense qu’il y a un format qu’il faudra clarifier sur la Fédérale 1 tôt ou tard. 
Ce qu’on peut espérer, c’est que souvent en France dans les grandes crises, l’exemple type est la sécurité sociale qui a été créée à l’issue de la guerre, naissent les plus grandes et les plus belles réformes. On peut souhaiter cela pour la Fédérale 1 ? 
Oui, que ça serve au moins à ça. Il y a des choses à améliorer, c’est sûr et certain, donc il faut l’espérer car je pense que cette crise va quand même faire mal. Nos partenaires sont aujourd’hui souvent publics avec les collectivités et la ville, j’ai l’habitude de répéter que notre plus grand partenaire est la ville de Lannemezan. On a ensuite la région, le département, de façon moins importante, et ensuite, nous avons tous nos partenaires privés et sans eux, c’est impossible. Mais aujourd’hui, nos partenaires privés souffrent de cette crise et il y aussi le fait que l’on ne joue pas donc ils sont effectivement en droit de nous dire  » mais vous ne jouez pas « . C’est pour cela que je me bats avec Bernard et qu’on fait tout pour reprendre, il faut que l’on puisse rejouer absolument, dès Janvier si on peut. 
Pour reprendre, certains parlent du 7 Février, d’autres du 24 Janvier. Quel est pour toi le meilleur format, la meilleure solution de compétition pour reprendre et pour permettre d’aller au bout de cette saison qui risque d’être elle-aussi, comme celle de l’an dernier, hors du temps ? 
Moi, je disais que le plus tôt sera le mieux. C’est la passion qui parle mais aussi le besoin financier et pas forcément la raison parce qu’effectivement, quand on prend un peu de recul, ce n’est quand même pas fait. Mais sinon, pour nous, on souhaiterait reprendre la compétition le 24 Janvier, pas les entraînements. Cela veut dire que, pour reprendre le 24 Janvier, il faudrait quasiment pouvoir refaire des entraînements au 15 Décembre  » normaux  » et avec contact. On sait qu’il y a les fêtes au milieu et nous, nous avons quand même un profil de joueurs qui ne sont pas des pros. 
Et puis, à Lannemezan, on a quand même un bon coup de fourchette ? 
Oui, on a un bon coup de fourchette et c’est aussi une période où les gens vont avoir envie de se retrouver un petit peu, même s’il y a du confinement, et d’évacuer cette sale année 2020. Il ne faut pas se mettre le masque sur les yeux, on sait très bien comment ça va se passer donc, la reprise sera quand même compliquée dans cette période- c’est sûr et certain. Tout le travail et le physique qui avaient été faits en amont en début de saison sont tombés à l’eau donc il faut recommencer et il y a du boulot en prépa. Ensuite, il faut repartir sur quel type de compétition, grand point d’interrogation. Donc là aussi, je souhaiterais que les clubs soient consultés sur le mode de reprise. 
A l’image de ce qui s’est fait en Nationale ? 
Oui, c’est ça. Comme tu l’as dit, on sait très bien que cette année, cette saison sera tronquée et très particulière mais si on reprend le 24 Janvier, je pense qu’on peut imaginer un championnat qui soit encore attractif et intéressant. 
C’est tout ce que l’on espère. Pour finir avec la question un brin décalée, on a un bon coup de fourchette à Lannemezan mais on aime bien aussi lever le coude en 3e mi-temps. J’imagine que les 3es mi-temps doivent te manquer et surtout les mêlées simulées dans le club-house ? 
C’est vraiment la question décalée et piège (rires). Tu connais l’ADN de Lannemezan comme d’autres clubs autour mais c’est vrai qu’à Lannemezan, c’est un petit peu particulier. Bien sûr que ça nous manque, c’est malheureusement parfois fait avec un petit peu trop d’excès mais c’est aussi ce qui fait le charme du club et de ses joueurs. 
Au Mag Sport, on aime bien les excès
Ça ne se fait pas sous le chapiteau mais je pense que nous en avons certains qui ne sont pas complètement confinés à ce niveau-là. C’est pour cela que je pense que la préparation doit recommencer très, très rapidement (rires). 
Est-ce qu’avec Big Moustache, on aura le droit un jour d’être invités dans les mêlées simulées ? 
Non, non. 
C’est trop dangereux pour nous ? On n’est pas assez gaillards ? 
C’est aussi dangereux pour moi maintenant (rires). 
On va terminer cette interview avec la bonne humeur et le sourire parce-que ça aussi, ça fait partie de l’ADN de Lannemezan. On vous souhaite de bonnes fêtes sur le Plateau et surtout de garder le courage et la foi et de vous retrouver début Janvier plein fer sur les terrains et les pelouses pour faire vivre ce stade Sarrat
Merci et merci de continuer à faire vivre à ta manière la Nationale notamment mais aussi la Fédérale 1 qui a besoin qu’on parle d’elle car c’est un beau championnat qui est en souffrance aujourd’hui. Merci à toi de faire ce que tu fais pour le rugby en général et la Fédérale 1 en particulier. 

Comme on dit,  » la Nationale, c’est les amis, la Fédérale, c’est la famille « 
Tout à fait (rires). 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-4-decembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw Jean Phillipe Dastugue lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 4 décembre 2020

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