#Rugby – Fed1 / A.Vercruysse (ASBC) : «Le dépôt de bilan de certains clubs va arriver!»

Arnaud Vercruysse, le manager de l’AS Bedarrides-Chateauneuf du Pape est venu apporter son éclairage sur la situation de la fédérale 1 et du rugby français lors de notre « Grand Débat : Que va devenir la Fed1 » du 31 octobre 2020. Pour ce coach qui dispose de nombreuses appétences pour les sujets périphériques au sport, de nombreuses questions l’assaillaient comme par exemple la valorisation des partenaires en ces périodes compliqué, la médiatisation du produit fédérale 1, ou encore la capacité des clubs de fédérale 1 à tenir financièrement dans ce contexte. Bien entendu, la flamme du compétiteur et du passionné de rugby brille encore en lui, et il aurait aimé malgré les huis clos et les recettes réduites à peau de chagrin, ferrailler aux côtés de ses gars en championnat. Échanges avec un technicien qui essaye de comprendre son sport au delà du carré vert.

Arnaud, à Bédarrides-Châteauneuf du Pape, vous étiez lancés comme des frelons, vous faisiez un très beau début de saison. Et là, la Fédérale 1 n’est pas autorisée à jouer, il y a une dynamique qui va s’arrêter. Il va falloir tout recommencer à zéro puisqu’il va falloir une prépa au cœur de l’hiver ? 

 

AV (ASBC) : Il est évident que les informations dont tu nous fais part sont réelles. Nous sommes dans l’expectative de savoir ce que l’on fera, je pense que cela ne dépend pas que de nous. En tant que compétiteur, je m’associe à mes joueurs qui ont pleinement envie de jouer, j’ai envie de dire peu importe que nous ayons fait un bon début de saison ou pas,  la période d’inactivité a été tellement longue qu’aujourd’hui, nous avons des joueurs qui trépignent d’impatience. La difficulté sportive, c’est comment entretenir à la fois le niveau athlétique des joueurs et leurs motivations intrinsèques. Ce que je redoute le plus, c’est que, si on a encore une période d’arrêt qui est longue, on se retrouve avec des blessures sérieuses. Pour information, entre Juin et Juillet, en phase de reprise, sans contact, sans rien d’extrêmement intense, on a eu deux ruptures de croisés. C’est cette problématique qui aujourd’hui, au niveau sportif, nous dérange nous en tant que coordinateurs d’un projet de jeu et d’un projet sportif. Après, on sait très bien que le rugby fait vivre une économie et qu’il a aussi besoin d’une économie pour le faire vivre. C’est le serpent qui se mord la queue mais que faire ? On ne sait pas trop, je pense que tout le monde peut avoir de bonnes idées mais avoir LA bonne idée, c’est aujourd’hui le plus dur. 

Arnaud, est-ce que tu as maintenant l’impression que la Fédérale 1 est dans l’ombre de la Nationale ? Et pour vous, à Bédarrides, est-ce que le huis-clos serait acceptable ? 

 

AV (ASBC) : J’entends qu’on parle de la Fédérale 1 mais moi, mes pensées vont vers tous les joueurs et joueuses de rugby, quel qu’ils soient et quels que soient leurs niveaux de pratique, qu’ils jouent en séries territoriales, en Fédérale 2, en catégorie espoirs, en U18, en U16. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes tous en grande difficulté mais, comme je le disais en préambule, la bonne décision n’est pas évidente. Je crois qu’il y a des éléments placés, des données chiffrées que peut-être nous n’avons pas et puis, à un moment, il faut faire des choix. Je ne pense pas que la FFR nous ait laissée tomber, bien au contraire, je trouve qu’elle nous accompagne avec beaucoup de bienveillance depuis de nombreux mois, avant cette pandémie. Il est certain que ce critère économique qui est de dire  » on joue, on ne joue pas  » sera certainement le pivot de toutes les décisions. Pour en revenir plus précisément à la Fédérale 1, la réalité est que nous sommes vraiment sur un système hybride, avec des joueurs professionnels, des semi-professionnels, des pluriactifs et d’autres qui ne sont dans aucune catégorie et qui font les mêmes efforts que les joueurs professionnels. J’entends qu’aujourd’hui, pour certaines équipes qui ont une constitution d’effectifs avec beaucoup de professionnels, il est plus intéressant de s’arrêter pour bénéficier d’aides gouvernementales. Pour le moment, je pense que ce serait plutôt une question d’éthique et de morale par rapport à une situation de solidarité dont on doit faire preuve. Je crois qu’en France, on est peut-être un peu trop assisté et que l’on a souvent la volonté de se satisfaire de cela. Moi, je pense que l’on pourrait peut-être trouver des opportunités de jouer même à huis-clos ou peut-être avec un effectif réduit en le réservant aux partenaires. Parce-que, comme le disait le président de Saint-Jean de Luz, il est évident qu’il faut satisfaire en premier lieu les partenaires parce qu’ils mettent en place des moyens financiers importants et qu’ils ont besoin d’avoir des hospitalités. Quid de L’Equipe 21 qui aujourd’hui aurait, je dis bien aurait, les droits de retransmission des matches de Fédérale 1 ? Pour l’instant, ils vont se positionner sur la Nationale, pas sur la Fédérale 1, peut-être que l’on peut envisager d’avoir la capacité de diffuser nos matches peut-être avec un réceptif réservé à un minimum de personnes. Je ne sais pas, ce sont peut-être des pistes à explorer, je lance des idées. 

 

Éric Bonachera s’est récemment lancé dans la diffusion de match avec Saint-Jean de Luz. Ce n’est pas si évident que cela de diffuser ces matches parce-que certes, les Facebook Lives, c’est sympa mais s’il n’y a pas derrière du matériel assez professionnel, pour celui qui en bénéficie, c’est quand même très difficile à suivre. On ne filme pas un match avec un smartphone comme peut le filmer la chaîne L’Équipe et pour que les partenaires soient visibles et qu’il y ait de l’engouement derrière, il faut aussi une certaine qualité de produit ? 

 

AV (ASBC) : Bien entendu mais pense néanmoins qu’aujourd’hui, il y a énormément de structures qui sont capables de faire de la communication visuelle. Si j’en parle, c’est parce qu’à Bédarrides-Châteauneuf du Pape, un village de 5 000 habitants et un autre de 2 200, nous avons déjà été sollicités par des sociétés de télécommunication et de diffusion audiovisuelle donc, je me dis qu’il doit y avoir de telles sociétés quasi partout en France qui auront envie de participer à cet élan de solidarité pour permettre de pratiquer un sport qui va procurer un spectacle. Aujourd’hui, il faut aussi se mettre à la place de tout le monde, nous allons rentrer dans une société qui devient de plus en plus morose parce-que les conditions font que nous allons nous recroqueviller sur nous-mêmes. Peut-être que d’avoir la capacité à regarder des matches même sur des ordinateurs, ça permettra de créer un peu d’enthousiasme. Et puis, je parle sur l’aspect sportif, nous avons vraiment envie de jouer, nous avons eu une réunion jeudi avant l’entraînement pour expliquer aux joueurs quelle était la situation avec des points conditionnels, puisque nous attendions la décision vendredi dernier mais il se trouve que la réponse a été reportée. Maintenant, effectivement, si nous n’avons pas d’aide quelle qu’elle soit, c’est compliqué parce-que si tu ne fais pas de rentrée, ne serait-ce que le coût de rétribution ou de défraiement du corps arbitral sera à ta pure charge. 

 

Ou pour les clubs de Nationale, le service de sécurité qui est obligatoire

 

AV (ASBC) : Voilà, il y a ça aussi, c’est un problème. Je pense que tout le monde peut avoir de bonnes idées, il faut peut-être les mutualiser. Bien entendu, on ne satisfera pas tout le monde mais il faut que l’on arrive encore plus à se serrer les coudes, c’est ce que je disais et je continue de le dire. Aujourd’hui, mon adversaire n’est pas Vienne, Rumilly, Nîmes ni Saint-Sulpice ou Saint-Jean de Luz, même si nous ne sommes pas la même poule, nous sommes tous ensemble contre un adversaire qui est vraiment insidieux et c’est potentiellement la suspension ou l’arrêt d’un sport que l’on aime tous. 

Arnaud, est-ce que les décisions qui vont être prises dans les jours à venir détermineront aussi la sociologie de demain de la Fédérale 1 ? Quand on voit Mâcon dans ta poule, par exemple, qui a 2M de budget et qui ont plus de budget que des équipes de Nationale, on peut plus les considérer comme pros que comme amateurs ? Là, on ne peut pas parler de petit poucet ? 

 

AV (ASBC) : Il faut faire attention quand on parle de budget, il faut savoir comment on répartir le budget. Je ne suis pas dans le saint des saints pour savoir comment Mâcon a structuré son budget ou comment il le structure, comme d’autres clubs. Tu peux voir 2M de budget et affecter entre 500 et 700 000€ à ton équipe fanion et le reste pour la formation, il y a des clubs qui sont très bons. Je crois que le but aujourd’hui est d’essayer de trouver un consensus qui soit le plus à même d’apporter de la sérénité aux clubs et aux joueurs quels qu’ils soient parce-que, si on rentre dans les comparaisons, ça va être compliqué. Comparer Bédarrides et Saint-Sulpice, c’est absolument différent, le bassin de vie, le bassin d’apport de joueurs, c’est pareil pour Vienne, il y a des environnements comme ça. Ce qui est certain, je vais m’avancer mais on connaît la décision, on sait qu’il va y avoir une suspension. Les présidents des clubs de Nationale ne sont pas très chauds pour jouer, même chose pour les présidents de clubs de Fédérale 1, tout le monde attend des subsides financiers. Je le dis une fois de plus, à mon sens, on est beaucoup trop assisté et on se dit qu’on attend, comme les citoyens. On est dans un pays qui a favorisé les aides en permanence donc, on se dit  » pourquoi le rugby n’en aurait pas ? « . Je le dis certainement moi aussi mais pour moi, ce qui est important, et je me fais le porte-parole de tous les joueurs, c’est qu’on a envie de jouer. Mais, et ce que soulignait très bien mon homologue de Vienne, comment jouer sans la ferveur du public ? Ça serait aussi faire une expérimentation car, jusqu’alors, je n’ai jamais fait un match à huis-clos donc, je ne sais pas quelles seraient les sources de motivation des joueurs. Est-ce que cela va favoriser certains joueurs et certaines équipes au détriment d’autres ou au détriment de tout ce qu’il peut y avoir ? Comment est-ce qu’on se comportera ? Ça, ça peut être une expérimentation à mener s’il peut y avoir des matches. Si on doit s’arrêter jusqu’au mois de Janvier ou Février, il ne restera plus longtemps pour faire une saison et jouer des phases finales. 

 

Finir en Juillet, c’est concevable ? 

 

AV (ASBC) : Je vais te répondre de façon très, très absurde : tant qu’on peut jouer, il faut jouer. Aujourd’hui, même si ça doit durer jusqu’en Juillet ou en Août, nous sommes dans une poule de 11, nous avons 20 matches dans la saison, 20 matches dans une année de 52 semaines. On joue en moyenne un week-end sur 2 1/2 ou 3, on reçoit une fois par mois presque … J’entends que le rugby a évolué et qu’il faut préserver les joueurs mais, plus tu joues, plus tu arrives à avoir du rythme. Pour moi, on ne joue pas assez, il n’y a rien dans les compétitions chez les jeunes, les catégories espoirs d’élite sont en poules de 7. Raisonnons d’abord pour savoir comment on peut faire pour pratiquer le rugby en multipliant les opportunités de jouer et après, on verra si on doit jouer jusqu’en Juin, Juillet ou Août. Si on s’arrête jusqu’en Janvier, il va falloir 5 à 6 semaines de réathlétisation, on va faire un tableau un peu pessimiste mais, si on doit s’arrêter 8 semaines, les joueurs vont repartir à zéro. Ils vont être motivés pendant 15 jours / 3 semaines, ils suivront des programmes les 5 dernières semaines mais comment ? De façon très aléatoire donc, il va falloir les réathlétiser. On joue quoi ? On ne joue plus donc, peut-être qu’il ne faudra faire que la phase retour. Tant pis, on ne fait qu’un match sec, il n’y aura pas d’aller-retour et, potentiellement, on enclenche des phases finales derrière. On sait que l’année sera blanche, qu’il n’y aura pas de montée ni de descente. 

 

A priori, la Fédé voudrait qu’il y ait des montées et des descentes mais parfois, entre ce qu’on veut et ce qu’on peut, il y a une marge

 

AV (ASBC) : Pourquoi ne pas faire qu’une phase et on joue en matches secs sur les matches qui ont été disputés ? Je parle vraiment de l’aspect sportif, sur l’aspect financier, je crois vraiment que si nous avons la possibilité d’avoir, non pas du huis-clos, mais des jauges très réduites où nos partenaires peuvent être prioritaires, et je m’excuse des propos qui pourront choquer les supporters qui pourraient venir au stade, mais si on doit faire des choix, il vaut mieux aujourd’hui pérenniser un club ou reporter le fait qu’il soit amené à faire un dépôt de bilan. Parce qu’on peut aussi parler de ça, le dépôt de bilan de certains clubs va arriver et pas que dans le rugby, il y a toutes les disciplines sportives où il y a des joueurs et des joueuses qui sont amenés à percevoir des émoluments et des défraiements de par l’association ou l’entité qui les emploie. C’est tout cela et nous, aujourd’hui, nous sommes confrontés à ça , peut-être que cette discussion de comptoir autour d’une visio-conférence nous est agréable parce qu’elle nous permet de nous exprimer. Mais on sait aussi pertinemment que la décision ne nous reviendra pas. 

 

C’est un peu notre credo de laisser s’exprimer toutes les voix de Fédérale 1 et de Nationale. Et comme on n’avait pas beaucoup entendu la Fédérale 1, ça nous fait bougrement plaisir que les acteurs de la Fédérale 1 puissent dire ce qu’ils ont sur le cœur

 

AV (ASBC) : Bien sûr, et ça nous fait toujours plaisir à nous aussi de pouvoir nous exprimer à travers ton canal de diffusion parce qu’on sait que tu es quelqu’un de passionné et qui partage la même passion que nous. 

Arnaud, tu nous a bien exposé quelles étaient tes attentes et tes inquiétudes. Du coup, on va te demander quelles sont tes espérances ? 

 

AV (ASBC) : Déjà, je voudrai remercier tous nos partenaires quels qu’ils soient parce-que j’arrivais dans un club, nous avons développé le partenariat avec un joueur et avec des dirigeants et nous avons eu un accueil hyper favorable. Il est vrai que certains secteurs d’activités ont été moins touchés ou ont eu une activité qui a augmenté, notamment ce qui avait trait à l’habitat et aux connexions périphériques. Moi, j’ai une grosse pensée pour nos partenaires et je rejoins ce que disait le président de Saint-Jean de Luz, il faut que l’on arrive à les recevoir dans de bonnes conditions parce qu’ils ont aussi besoin de faire des échanges, créer du réseau, faire du B to B ou des choses comme cela. Mes espérances sont que l’on puisse enfin, au-delà d’avoir un stade avec beaucoup de monde, boire un coup avec les joueurs le soir après une victoire parce-que pour l’instant, nous n’avons pas pu le faire. 

 

En fait, tes espérances sont les rêves de Victor Labat ? (Rires)

 

AV (ASBC) : (rires) On est du même sang et je crois que nous sommes tous pareil, on sait pourquoi on fait ce sport, il est basé sur la convivialité. On peut mettre de la rigueur sur les entraînements, dans la façon d’amener les joueurs à se préparer et avec des objectifs précis de développement de club mais on ne peut pas perdre ce qui est l’essence ou le carburant de notre sport à savoir le fait de se retrouver et de passer de bons moments. On n’a pas pu le faire et je sais que la frustration est importante chez nos joueurs comme chez les autres joueurs que nous avons pu rencontrer. Je soulevais le point suivant, pour avoir échangé avec d’autres entraîneurs avant que cette suspension de saison n’arrive et c’est pour cela que mon espérance est là. Samedi matin, je regardais Australie / Nouvelle Zélande et la semaine d’avant Nouvelle Zélande / Australie, les stades sont pleins, c’est vrai que tu aimerais revoir ça et surtout, passer du temps après. Tu vas jouer à l’extérieur et si tu gagnes, faire comme tu faisais avant, que le car s’arrête dans un endroit isolé, dans un café presque inconnu où il n’y a personne et où tu passais deux heures à refaire le monde. On vieillit mais ce côté festif, on en a vraiment besoin. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-31-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat « Que va devenir la Fed1? » Lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 31 octobre 2020

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