#Rugby – Nationale / F.Landreau (UCS) : «Il faut que, cette Nationale continue à jouer même si c’est en pointillé!»

Ll’Union Cognac Saint Jean d’Angély pour cette première saison en Nationale, réalise un parcours intéressant, en occupant une 7eme place qui les loge au chaud, au cœur de ce peloton de costaud. Les charentais viennent de réaliser une belle prestation à Trélut, dans l’antre des Tarbais, un 9-9 qui vaut quasiment une victoire, et pour nous analyser ce match et ce début de saison, nous nous sommes rapprochés du manager de l’UCS, Fabrice Landreau. En outre, pour l’ex talon du Stade Français ou encore de Grenoble, ce championnat doit continue à jouer, même si les épidémies de coronavirus successives qui grève à tour de rôle les clubs , doit amener des instances, un aménagement du calendrier. Farouche opposant des péréquations, qu’il juge injustes, Fabrice Landreau espère vivement, malgré le re confinement et le contexte sanitaire, aller au bout de ce championnat dans lequel ses gars se régalent. Revenu, aussi sur ses terres natales, pour parfaire la formation aux côtés du duo Tessandier/Lacombe, celui qui a pioché dans son expérience de formateur en région francilienne, nous narre comment avec le club cognaçais et angerien, ils rebattent les pavés des cours d’écoles, pour développer le vivier des futurs quinzistes unionistes.

 

Crédit photo: UCS Rugby

 

Ce match à Tarbes était très attendu du côté de Cognac, c’était un peu un juge de paix ? 

 

Je ne sais pas s’il était très attendu mais je crois que tous les week-ends, nous sommes confrontés à des équipes très bien structurées et très bien en place. Le niveau de Nationale est élevé et Tarbes est l’auteur d’un excellent début de saison donc, nous étions vraiment sur nos gardes et nous n’avions surtout pas envie de prendre une déculottée là-bas. Et puis, on s’est dit que malgré tout, il y aurait peut-être des opportunités à saisir et nous sommes partis avec cet état d’esprit-là. Donc, ce match nul récompense nos efforts et notre investissement et il aurait même pu se transformer en victoire si nous avions eu plus de réussite, notamment aux tirs au but. 

 

Nous n’avons pas vu ce match de nos propres yeux mais quand on voit le score de 9 à 9, ça fleure bon les matches à l’ancienne ? 

 

Oui, c’est vrai que ça fleure bon les matches à l’ancienne mais, en l’occurrence, les deux équipes se sont procurées beaucoup d’occasion d’essais, il y a eu pas mal de contre-attaques. Après, ça s’est énormément neutralisé parce-que les équipes sont denses et plutôt correctes défensivement donc, personne n’a pris le pas sur personne. Nous avons été un peu plus conquérants sur l’axe des mêlées, on les a mis à mal à pas mal de reprises, nous avons eu deux belles occasions d’essais où nous n’avons pas réussi à scorer. Pareil de leur côté, ils auraient pu scorer, ils ne l’ont pas fait donc, ça a bien neutralisé et c’est vrai que le score n’est pas particulièrement ample mais en tous cas, pour les amateurs de rugby; c’était un vrai match d’hommes. Il y a malheureusement eu 5 blessés de leur côté et 4 du nôtre. Donc, ça ne s’est pas épargné, ça a été viril mais correct. 

 

 Il y a une analogie entre Tarbes et Cognac, c’est que les pronostiqueurs du mois d’Août vous pronostiquaient la misère et la mort dans cette Nationale en disant que Tarbes, Cognac et même d’autres clubs joueraient le bas du tableau. Là, vous avez quand même un peu claqué le bec à tout le monde ? 

 

Ce n’est que le début de saison, nous n’avons joué que 5 matches. En plus, de mon côté UCS, nous avons joué les équipes que nous avons estimé être de notre championnat. On a joué Suresnes, nous avons perdu à domicile contre Blagnac, nous sommes allés à Dijon, nous avons joué Tarbes et on va dire que le seul gros estampillé capable de monter en Pro D2, c’est Narbonne. On aurait pu faire un résultat à Narbonne mais ils ne font pas un bon début de saison. Donc, je pense surtout que ce championnat est très ouvert, que la compétition met la pression même sur les grosses équipes et que ces dernières ne pourront pas venir gagner n’importe où ni n’importe comment. Donc, il n’y a pas d’impasse cette saison, on s’aperçoit que tout le monde est capable de battre tout le monde et qu’il faut vraiment faire preuve de constance pour pouvoir espérer être dans les six premiers. Nous, notre objectif est surtout de rester durablement en Nationale mais le plus important est d’être régulier dans tous nos matches, que ce soit à domicile ou à l’extérieur. Pour le moment, hormis la défaite à domicile contre Blagnac, nous sommes à peu près cohérents par rapport à notre cahier de route. 

 

En parlant d’équipe dite  » grosse « , il y en a une qui vous a fait faux-bond pour cause de Covid, c’est Albi qui avait été impacté par une épidémie de Covid. Du coup, un terrain d’entente a été trouvé entre les deux clubs pour le 22 Novembre et ça va obliger Cognac à faire 9 matches d’affilée. Pour le manager que tu es, ça va quand même être un casse-tête pour faire tourner et pour la rotation ? 

 

D’une manière générale, Albi est un peu plus fourni en effectif donc, ils pourront assumer ça. Nous, nous allons essayer de gérer au mieux notre effectif, il faut que l’on essaie de s’épargner des blessés. C’est vrai que nous sommes un peu justes à certains postes mais enchaîner 9 matches ne me paraît pas difficile aujourd’hui. Les garçons qui sont plutôt habitués à la Fédérale 1, c’est pour eux un véritable changement de comportement et d’habitude mais, d’une manière générale, on arrive plutôt à les gérer. On fait des semaines un peu moins denses, on insiste un peu plus sur la récupération et je sais que nous, nous avons beaucoup insisté sur la préparation physique d’avant-saison pour justement avoir des semaines un peu moins chargées, faire seulement des rappels homéopathiques de prépa physique en cours de saison pour se ménager et faire en sorte que l’on puisse récupérer. Mais je pense qu’enchaîner 9 matches, sauf hécatombe de blessés, c’est jouable puisqu’il faut quand même savoir que, chez les professionnels, en Top 14, ils arrivent à enchaîner jusqu’à 16 matches d’affilée. Ça reste avant tout des hommes, même s’il y a de l’effectif, ils sont quand même capables de le faire donc, je pense qu’à notre échelle, on est bien. Et puis, le fait de jouer régulièrement laisse quand même les garçons toujours entraînés, avec du rythme et ça, c’est le plus important. On voit que les coupures systématiques posent des problèmes à pas mal d’équipes et peut-être que pour Albi, ce championnat pas mal en pointillés est peut être aussi ce qui explique le résultat de début de saison. 

 

Il y a une autre problématique pour les managers comme toi. D’habitude dans le rugby, la préparation mentale, la mise sous pression, la mise sous cocotte est prépondérante. Comment fait-on pour mettre des joueurs sous pression quand, toute la journée sur BFM et les chaînes d’infos, ils entendent  » peut-être qu’on sera confiné le week-end, peut-être qu’on sera confiné total, peut-être qu’il y aura arrêt des compétitions  » ? Ça doit quand même être compliqué ? (Itw réalisé avant les annonces présidentielles de ce 28 octobre 2020)

 

Très honnêtement, on n’en parle pas, peut-être certains à titre individuel mais, dans nos rapports collectifs, on n’en parle pas. Après, on sait que l’on doit vivre avec ça donc nous, dans nos têtes, on se prépare et on fait omission de ça. Nous sommes testés tous les mardis ou tous les mercredis, test Covid pour se prémunir du week-end et  surtout, être dans le respect des règles sanitaires. Ensuite, on s’isole, on prépare notre match, si le match est reporté, on se prépare pour le match suivant. Moi, ce qui m’inquiète surtout, c’est le nombre de matches et actuellement, on nous a simplement dit qu’il fallait trouver un accord avec l’équipe adverse et s’il n’y avait pas d’accord trouvé ni de date disponible, il y avait péréquation. Ça, je trouve que c’est un manque d’équité sportive incroyable et donc, c’est ce qui me dérange le plus dans cette adaptation du règlement. On doit faire avec le Covid et on sait que malheureusement, on ne jouera pas tous les week-end, le plus important, c’est que notre championnat, cette Nationale continue à jouer même si c’est en pointillés mais on doit continuer à jouer, déjà pour garder nos gars en forme. Et puis, pour maintenir l’intérêt de cette compétition qui est toute nouvelle. 

 

En parlant des péréquations, c’est vraiment un système vicieux parce-que ça surélève ceux qui sont dans une dynamique positive et ça sous-élèvent ceux qui sont dans une dynamique négative ? 

 

Voilà, c’est encore aider les équipes qui sont en haut du classement et qui n’en ont pas forcément besoin et condamner celles qui sont en bas de classement. Donc, c’est vraiment quelque chose qui n’est pas du tout équitable mais il n’y a eu aucun règlement qui n’a été pensé pour cette compétition. J’entends partout que c’est la 3e division professionnelle mais sous une réglementation de Fédérale donc, qui n’est pas du tout adaptée. Aujourd’hui, par exemple, si vous avez un joueur blessé, on ne peut pas prendre de joker médical s’il n’est pas licencié FFR depuis au moins 5 ans ou s’il n’a pas une licence dans une équipe professionnelle. Et aujourd’hui, en cas de Covid, vous n’avez pas un seul club qui lâche ses joueurs, ils ne peuvent pas se permettre de lâcher un joueur compte-tenu des problèmes de Covid, ils ont également besoin de jouer. Encore une fois, c’est un règlement qui n’est absolument pas adapté à la compétition que l’on joue cette année. 

 

Si la Fédé vous dit à Cognac qu’il faut jouer jusqu’à fin Juin, début Juillet ? 

 

Mais moi, je joue en Août, je joue en Septembre, l’important, c’est qu’on joue. Cette compétition est super, honnêtement, il y a énormément de plaisir qu’il y ait victoire ou qu’il y ait défaite. C’est un championnat qui est très intéressant, qui amène vraiment les jeunes, les moins jeunes vers le meilleur niveau de cette compétition-là. C’est agréable et c’est un véritable levier de motivation donc il faut vraiment garder ça et jouer nos matches. 

 

Quand tu es arrivé à l’Union Cognac Saint Jean d’Angély, il y avait deux missions, s’occuper bien sûr de l’équipe 1 mais aussi de la formation, de structurer cette formation à Cognac et à Saint-Jean d’Angély. Où en es-tu au bout de quelques mois de travail ? 

 

On essaie déjà de revenir dans les écoles, chose que nous avions abandonnée. Nous allons remettre le rugby dans les écoles, nous avons un bon retour des instituteurs mais aussi des proviseurs de lycées et des principaux de collèges, ça, c’est notre ligne de conduite. Nous allons avoir, je l’espère, une section sportive qui verra le jour en 2021 donc, nous pourrons accueillir pas mal de garçons avec de l’hébergement. Et puis, encore une fois, on essaie de faire de la formation d’éducateurs pour pouvoir donner le maximum de moyens à nos éducateurs pour former nos jeunes. C’est un travail de longue haleine parce-que la formation prend du temps, nous sommes sur du long terme avec un bassin qui n’est malheureusement pas très riche. Notre exigence sera là. 

 

Il faudra labourer pendant quelques années pour que les graines germent ? 

 

Oui, il va falloir labourer mais surtout fidéliser notre jeune public à jouer au rugby. Pour notre génération, c’était quasiment évident de jouer au rugby, aujourd’hui, ils ont plein de sollicitations, ce ne sont absolument pas les mêmes mentalités, ce ne sont pas les mêmes repères, nous ne sommes plus sur les mêmes valeurs ni sur une  » génération Zapping « . Nous sommes capables de passer d’un sport à un autre, on nous a transmis des valeurs complètement différentes mais aujourd’hui, ce n’est plus la même chose donc, nous devons nous adapter à ce public-là et surtout faire en sorte de les faire venir sur les stades et de leur montrer tous les bienfaits de notre sport. L’aspect collectif, retrouver des copains, le fait que l’on soit grand, gros, petit, rapide, pas rapide, adroit ou maladroit, il y a une place dans une équipe de rugby, on va forcément trouver une place et que l’on sera un maillon important de l’équipe. Donc, ça valorise aussi et ce sont des aspects de solidarité, d’altruisme et de tout ce dont a besoin aujourd’hui dans cette nouvelle société. 

 

Comme on dit, le rugby forme les citoyens de demain ? 

 

Exactement, le rugby aide à forger les hommes. 

 

On va revenir sur le championnat de Nationale. Quelle est la feuille de route pour l’UCS pour cette fin d’année 2020 ? 

 

On va rentrer dans des confrontations contre des équipes d’un niveau supérieur. Samedi, nous rencontrons Chambéry pour se déplacer ensuite à Massy avant d’accueillir Nice puis Albi et finir à Bourgoin. Nous allons vraiment passer au révélateur. 

 

Avec quel classement Fabrice Landreau sera-t-il un manager heureux à Noël ? 

 

Honnêtement, je ne me pose pas la question du classement. Ce que je veux, c’est voir la progression de l’équipe et si l’équipe travaille bien, que l’on garde une motivation importante et que l’on vit bien ensemble, les résultats suivront. Donc, à nous de continuer d’essayer d’améliorer notre collectif, d’ajuster au mieux tous les automatismes de l’équipe et garder cette énergie positive qui est la nôtre en ce moment, de prendre autant de plaisir qu’on en prend grâce à cette compétition et après, nous verrons. En tous cas, j’espère que le classement sera en notre faveur. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-27-ocotbre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Fabrice Landreau lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges du 27 octobre 2020

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