#Rugby – Coup de Gueule / JC.Laur (SJAO XV) : «S’il n’y a plus de bénévole dans les clubs, nos gamins on les retrouvera dans la rue!»

Nous sommes aller faire un tour dans le ter-ter du rugby tarnais avec le Saint-Juery Arthès Olympique XV et son co-président Jean-Claude Laur qui nourrit de vives inquiétudes quand à la situation sanitaire et aux conséquences de cette dernière sur son club. Remonté après l’interdiction de vestiaires pour le sport amateur, suite à un arrêt préfectoral, le Co Pdt du club Tarnais tire la sonnette d’alarme et se fait le porte-parole d’une corporation qui voit ses bénévoles se désespérer et ses licenciés trépigner face aux mesures actuelles. Cherchant des solutions, tentant d’ouvrir des canaux de discussion, Jean Claude Laur pose un regard sur l’impact sociétal et sociologique de telles mesures. Rencontre avec un passionné qui défend son activité et le sport amateur en général.

 

On a vu qu’à Saint-Juery, la pilule Coronavirus est assez amère à avaler puisque vous n’avez pas le droit d’utiliser les vestiaires. Et comme beaucoup de clubs, ça vous met dans la panade ? 

 

Ça, c’est le constat factuel, effectivement, nous n’avons pas le droit d’utiliser les vestiaires. Mais le constat et mon souci sont beaucoup plus larges, c’est qu’aujourd’hui, j’ai tous mes bénévoles qui commencent à se dire que leurs rôles, qui est quand même d’encadrer, de faire passer des messages comme des notions de valeurs et de sécurité pour les éducateurs de l’école de rugby, du mieux-vivre ensemble pour mes bénévoles quand on propose de faire un repas auprès de nos seniors, de nos cadets ou de nos juniors, est en train de voler en éclat. Et moi, c’est ce côté-là qui me fait le plus peur, ce n’est pas uniquement le fait qu’on ne puisse pas faire la compétition. C’est que demain, s’il n’y a plus de bénévole dans les clubs, et c’est ce qui va se passer si on continue à avancer comme ça, les clubs seront morts et nos adhérents et nos gamins, on les retrouvera dans la rue. C’est ce qui m’inquiète le plus. 

 

Tu sens un vrai cri d’alarme de la part de tes bénévoles, un peu un cri de désespoir en disant  » où on va, que va t’on devenir  » ? 

 

Oui, c’est exactement ça. Ils se rendent compte que cette réalité, qui était celle du monde associatif, un monde associatif qui est avant tout de l’intérêt public distribué par les bénévoles, n’est plus à l’ordre du jour. Encore une fois, nous ne sommes pas fous, moi le premier, les bénévoles sont pour la plupart du temps des retraités donc, des personnes qui sont plus à risques que les autres. Je ne suis pas fou, je n’ai pas envie de les envoyer en réa, je comprends  que cette pandémie est quelque chose de très grave. Maintenant, ce que je comprends aussi, c’est qu’il faut malheureusement vivre avec et c’est là où j’ai l’impression que tout le monde ouvre des parapluies là où parfois, sur du bon sens et des protocoles qui existent et qu’on a mis en place, on pourrait peut-être continuer à vivre. Et je le dis, je pense qu’un jour, les bénévoles claqueront la porte et s’en iront sans faire de bruit, parce-que c’est toujours comme ça les bénévoles, ça ne fait pas de bruit et puis ça partira. Ce jour-là, on se retournera et on dira  » qu’est-ce qu’on fait maintenant de nos gamins ? On n’a plus d’éducateur pour les encadrer, on n’a plus de bénévole pour leur préparer le goûter et on ne peut plus les recevoir. « . Et si on ne peut plus les recevoir, tant pis, ils feront autre chose. Le problème dans notre société, c’est que quand les jeunes sont désœuvrés, on les retrouve vite dans la rue en train de brûler des boîtes aux lettres ou de faire des petites conneries, des rodéos à moto. Et ce jour-là, qui prendra la responsabilité ? Est-ce que ça ne coûtera pas plus cher ? Est-ce que ça ne sera pas plus négatif que de les avoir laissé rentrer dans un vestiaire pour prendre une douche ? 

 

Tu as pu échanger un peu avec tes confrères présidents de clubs et d’associations dans le coin ? Quel est leurs points de vue, est-ce qu’ils partagent le tien ? 

 

La démarche que nous avions faîte au sein du club de Saint-Juery, c’est un courrier à Alain Rey, le président du comité Départemental pour qu’il soit un peu notre porte-parole. Je ne te cache pas que ça a dépassé ce qu’on pouvait imaginer puisque ce courrier a été lu plus de 30 000 fois donc, il n’y a pas que dans le Tarn qu’il a été lu. Aujourd’hui, il y a effectivement des retours, je suis en contact avec d’autres présidents de rugby pour essayer de voir ce que l’on peut mettre en place comme protocole. Je suis également en contact avec des présidents de foot parce qu’à Saint-Juery, que ce soit le président du foot Alexandre Courrèges ou moi-même, nous sommes solidaires  et on se rencontre assez régulièrement, il y a quelques jours, j’ai rencontré Pierre Meynadier qui est le vice-président de l’ARL, le XIII. Je dirai que nous sommes tous dans la même barque et nous avons tous envie d’avancer. Encore une fois, si la Préfète nous prouve par A + B qu’il y a du danger et qu’il faut arrêter pendant trois semaines toute activité, OK, elle prendra cette décision, nous arrêterons toutes activités pendant trois semaines et on verra bien ce que ça donne. Moi, ce qui me gêne le plus, c’est qu’on oppose les amateurs aux professionnels : les professionnels sont soi-disant plus responsables puisqu’on leur tolère beaucoup de choses mais je n’en suis pas convaincu. On oppose le milieu scolaire aux écoles de sport : on a le droit de faire du sport à l’école, on a le droit d’utiliser les vestiaires quand on fait du sport à l’école alors qu’on n’a pas le droit de les utiliser à l’école de rugby ou à l’école de foot. Ca, ça me gêne parce-que c’est quand même le même gamin qui est à l’école et qui, après, vient faire son activité hebdomadaire de sport dans le club et c’est ça que j’ai du mal à comprendre quand on me dit  » les écoles scolaires peuvent le faire, les écoles de sport ne le peuvent pas « . Quand on m’explique que des gamins de moins de 11 ans ne sont pas touchés par le virus, laissons nos gamins de l’école de rugby accéder aux vestiaires, se doucher et qu’on continue à les éduquer. Ces gamins-là ont le droit d’aller à la cantine mais n’ont pas le droit d’aller au club-house pour chercher le goûter, où est la logique ? C’est ce qui me gêne et j’aimerai qu’on en discute avec la Préfète pour trouver des protocoles qui nous permettent à nous bénévoles de continuer à faire notre boulot d’intérêt général et qui permettent surtout à tous nos gamins et adhérents de continuer à profiter de leur passion. 

 

J’imagine que, quand on t’interdit d’avoir 5 gars dans le vestiaire avec du savon partout donc propres et que tu entends qu’à Radio Albigès, on a le droit de faire une assemblée générale avec 400 personnes au Parc des Expos, ça doit te faire monter au plafond ? 

 

Là, tu m’en apprends une bonne (rires) ! C’est là où je ne comprends pas parce-que nous, on nous demande de mettre des gens dans la tribune avec une place sur deux, avec des masques bien sûr. Encore une fois, nous sommes tous responsables alors, tu m’expliques maintenant que ce que je devrai peut-être demander, c’est d’aller faire du sport dans le hall du Parc des Expos. 

 

Peut-être, je pense que ça doit être une bulle sanitaire

 

C’est ça (rires). Il faut peut-être que l’on se renseigne de ce côté-là et peut-être qu’effectivement, les pouvoirs publics nous prêteront le hall puisqu’à 500, on pourrait réunir beaucoup de joueurs facilement. Encore une fois, je ne cherche pas à polémiquer avec la Préfète, je cherche surtout à trouver des solutions. C’est pour cela qu’aujourd’hui, on se réunit en collectif du monde du sport en général et je pense aussi que ça touche le monde de la culture et de tout un tas d’autres associations. C’est pour cela que je ne hurle pas sur les toits et que je ne me mets pas en Gavroche du monde associatif mais l’idée est quand même que tout le monde veuille bien à un moment donné mettre du bon sens aux choses. Et le bon sens, c’est que nous sommes aussi responsables dans nos associations pour le faire respecter mais ça, j’ai l’impression que ma Préfète ne l’entend pas. Les clusters qu’elles nous annoncent dans les clubs de sport, moi, à Saint-Juery, j’ai eu un cas de positif qui est venu par le monde extérieur. Quand nous avons eu ce cas, nous avons géré notre crise, nous avons fait tester tous les gars qui avaient été en contact avec lui et il n’y en a aucun qui soit ressorti positif au Coronavirus. Elle a très certainement des chiffres que nous ne connaissons pas, je ne sais pas, je l’imagine, et que c’est pour ça qu’elle prend ce genre de mesures. Mais, encore une fois, je suis le défenseur de certaines façons de faire et je trouve que là, nous sommes un peu dans de l’injustice en opposant des professionnels et des amateurs. Si on maîtrisait la circulation de ce virus, on serait des bons parce-que tu sais comme moi qu’on nous dit que le sport nous fait résister et nous permet de travailler un peu notre immunité. On nous dit qu’il faut faire du sport, la Ministre monte souvent au créneau pour dire  » n’arrêtez surtout pas le sport « . Et là, dans notre département, j’ai l’impression qu’on nous dit un peu le contraire donc, là aussi, il y a un peu d’incompréhension. 

 

Pour arriver à des choses productives, il faut souvent causer ensemble. Vous avez causé entre clubs mais est-ce que vous êtes arrivés à ouvrir un canal de discussion avec les services de la Préfecture ? 

 

Il semble que notre président Alain Rey ait effectivement réussi à discuter, il a envoyé un mail jeudi soir dans ce sens suite à ces échanges. Mais je t’avoue que je n’en ai pas encore pris connaissance, j’ai vu par contre qu’elle avait répondu à Christophe Nadalin, le président de l’ARL via la presse. Donc, j’ose espérer et imaginer qu’elle est ouverte au dialogue et que oui, nous allons pouvoir continuer à dialoguer. 

 

Comment vois-tu l’avenir de ton club dans ces temps assez moroses ? 

 

Nous avons beaucoup travaillé au sein du club pour justement développer ce que j’appelle  » le Social Rugby Club « . Ce que je dis depuis un mois, c’est que les pouvoirs publics ne sont justement pas là pour subventionner tout le temps les associations, il faut qu’on se débrouille pour trouver un peu de pognon pour faire vivre nos budgets. Bien sûr que, quand on fait des animations, un loto ou autres, ça demande de l’investissement de la part des bénévoles mais en contrepartie, nous avons cette satisfaction de rentrer du pognon pour pouvoir payer un goûter ou un bus à nos enfants pour qu’ils puissent aller jouer et se faire plaisir. Nous avons énormément travaillé là-dessus, nous avons fait un agrandissement de notre club-house pour pouvoir mettre en place des idées d’aide aux devoirs pour les petits par les plus grands, pour éventuellement faire de la garderie et de tout un tas de choses comme cela. Ça, ce sont des projets qui sont plus que positifs, qui me semblent dans l’ère du temps si on veut avancer, non pas que dans notre club de rugby mais dans la société. Et aujourd’hui, on nous coupe un peu l’herbe sous le pied donc il y a un peu de morosité mais tu sais, nous n’allons pas toucher le fond et y rester. Nous allons rebondir mais, encore une fois, il faut qu’on nous aide et l’objet du cœur et de mon appel est le suivant :  » Mme la Préfète, aidez-nous a travailler, donnez-nous des solutions, trouvons des solutions ensemble pour trouver des protocoles et que l’on puisse continuer à jouer ce rôle social que nous avons dans la société d’aujourd’hui « . 

 

On te remercie pour ce cri du cœur et ce cri d’alarme de la base du rugby, d’un club qui fait vivre un territoire, qui, comme tu le dis, occupe des jeunes et qui essaie de faire sa passion avec les moyens du bord et les conditions du moment

 

Merci pour ce moment passé ensemble et à très vite. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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