#Football – D1F / T.Uvenard (HAC) : «Notre montée n’est pas usurpée du tout!»

Thierry Uvenard, le manager du club doyen du football français, le Havre Athlétique Club, nous accordé un entretien quelques heures avant le coup d’envoi du championnat de D1F Arkema. Pour cette première dans l’élite du foot féminin français, « raisin » comme on le surnomme chez les ciels et marines, nous dresse les perspectives d’une saison qui fera date en pays normand. Pour l’ex coach adjoint d’Alain Casanova au TFC et au RC Lens (Ligue 1 / Ligue2), c’est accession est loin d’être usurpée et il compte bien avec ses filles, le prouver sur le pré chaque week-end, en tentant d’accrocher le maintien le plus rapidement possible. Focus sur une des nouvelles entités professionnelles de la D1F, dont l’ambition est certes mesurée, mais à l’appétit grandissant.

 

 

Thierry Uvenard, on va déjà commencer par revenir sur la saison passée. L’année dernière, pour votre 3eme saison à la tête du HAC, vous avez réussi à accéder à la D1. J’imagine que c’est une saison qui a été accomplie en termes de résultats, puisque vous arrivez au bout de votre objectif, mais avec une grosse frustration, celle de ne pas avoir pu ferrailler jusqu’au bout sur le pré ? 

 

C’est exactement ça. C’est la 4e saison que je suis à la tête des féminines du Havre Athlétique Club. Effectivement, l’année dernière a été accomplie en termes de résultats et d’objectifs mais il y a une grosse frustration de la façon dont nous avons obtenu l’objectif, c’est à dire la montée en division une. On aurait vraiment souhaité et aimé gagner cette montée en jouant tous les matches et notamment en bataillant dur contre Saint-Etienne sur le match retour qui devait avoir lieu lors de l’avant-dernière journée. Ca aurait pu être une très jolie fête, une belle fête et vraiment être un moment inoubliable. 

 

Il y a eu une petite polémique autour de cette montée. Cette année, il y a une double mission : vous maintenir en D1 parce-que c’est l’objectif du club mais aussi en termes de conscience, pour montrer à tout le monde que cette place en D1 n’est pas du tout usurpée ? 

 

Non, pas du tout, je ne le vois pas comme ça. Quand le championnat s’est arrêté, Le Havre était premier avec trois points d’avance sur Saint-Etienne qui, effectivement, avait un match en retard mais un match en retard n’est jamais un match gagné. Et contre Izeure, l’adversaire N°1 de l’AS Saint-Etienne, je pense que ça n’aurait pas été un match facile à négocier et à jouer. Donc, ce match en retard, ils ne l’ont peut-être pas joué mais ils ne l’ont pas gagné non plus. Moi, je trouve que cette montée n’est pas du tout usurpée mais j’ai aussi été le premier à dire que Saint-Etienne méritait de monter. J’aurai souhaité et aimé que Saint-Etienne monte comme Le Havre, que les deux équipes montent ensemble en Division 1. Et la première chose que j’ai faite lorsque j’ai appris le résultat, c’est d’appeler l’entraîneur de Saint-Etienne pour lui dire que je souhaite vivement que Saint-Etienne monte en D1. Mais notre montée n’est pas usurpée du tout, du tout, du tout. 

 

Ca, c’était le clin d’oeil au passé, maintenant, on va se projeter sur l’avenir. Le futur, c’est que Le Havre ait les deux pieds bien vissés en D1 et j’imagine que vous arrivez quand même avec une certaine ambition dans cette division ? Parce-que vous êtes une écurie professionnelle avec des infrastructures qui pourraient faire rêver beaucoup de clubs de D1 ? 

 

L’objectif est d’essayer de se maintenir mais pas en jouant le maintien comme beaucoup d’équipes le font, en jouant la 10e place et étant tout le temps sur le fil du rasoir tout au long de la saison. Nous, ce qu’on souhaiterait, c’est jouer le maintien en essayant de se maintenir au milieu du championnat aux alentours de la 6e place. J’ai la chance d’entraîner une équipe féminine avec le soutien du président du Havre Athlétique Club, un président qui met toute son énergie et tous les moyens qu’il peut avoir pour que le football féminin existe vraiment au Havre. 

 

On dit souvent qu’il existe un grand fossé entre la D2 et la D1 Féminines. Je pense qu’au Havre, vous avez du vous équiper en conséquence comme on dit dans le jargon ? 

 

On a essayé de faire un recrutement intelligent, on va dire. Nous avons essayé de recruter en qualité avec des joueuses pas spécialement aguerries à jouer en Division 1 mais des joueuses et notamment de jeunes joueuses de qualité comme Santana Sahraoui ou Lina Boussaha. Ce sont des joueuses qui ont un niveau technique très intéressant et qui ont une expérience, notamment internationale, chez les jeunes. Ce sont surtout des joueuses qui promettent. 

 

Des joueuses à forts potentiels et qui, dans le futur, pourraient apporter une grosse plus-value ? 

 

Plus-value, oui mais plus-value surtout pour elles, une plus-value sportive. Aujourd’hui, je ne sais pas si on peut parler de plus-value financière dans le football féminin. 

 

On n’en est pas encore là

 

Non, on n’en est pas encore là mais plus-value sportive, c’est sûr. Moi, sincèrement, j’imagine bien une Santana Sahraoui en équipe de France au poste de défenseur latéral droite. Parce qu’aujourd’hui, je pense que c’est un poste qui est possible à obtenir pour une joueuse comme elle. 

 

Pour un technicien comme vous, récupérer une joueuse en D2, l’amener en D1 et voire même, comme vous lui souhaitez, en équipe de France, ce serait une fierté ? 

 

Le projet a commencé il y a quand même déjà trois ans. Personnellement, quand j’ai pris l’équipe, je ne l’ai pas prise en Division 1, je l’ai prise en Régionale 1 donc oui, je suis assez fier de ça. Je suis fier de faire deux montées, non pas successives parce-que nous avons eu une année de transition en 2e division, mais de la faire monter de D1 en R1 en trois ans. C’était l’objectif fixé par le club, cet objectif a été atteint et effectivement, j’en suis fier. Je ne suis pas un grand technicien, je pense que très peu de techniciens de mon niveau, peut-être, ne l’auraient pas fait en tous les cas. 

 

On connaît votre carrière dans le foot masculin, qu’est-ce qui vous a amené à pencher vers le foot féminin ? Etait-ce une opportunité, un choix philosophique ? 

 

Quand je suis parti de Lens, je suis rentré chez moi et six mois après, l’opportunité est arrivée, j’ai rencontré Vincent Volpe qui m’a proposé le projet. J’ai toujours une phrase en tête, à savoir que, quand il m’a présenté le projet, il m’a dit  » l’objectif est de monter en D1 dans les trois ans et d’aller titiller les meilleurs « . Je lui ai dit  » écoutez, on va y aller, c’est parti « . Et puis en plus, c’était chez moi. 

 

Pour rappeler votre carrière aux plus jeunes, vous avez fait plus de 200 matches sous le maillot du HAC dont les 3/4 en D1. Vous avez ce club chevillé au corps ?

 

Vous savez, puisque vous me parlez de ça, j’ai eu un entraîneur, Guy David pour le citer, qui disait  » Thierry a le sang ciel et marine  » et c’était un peu ça. 

 

Sur un terrain, quand vous étiez joueur, on vous appelait  » raisin  » parce-que vous vous donniez toujours à 100%. On peut s’attendre à ce que l’équipe féminine du Havre soit une belle grappe cette année ? 

 

Une belle grappe, oui, j’espère que ce sera un bon cru. Dans le bureau, on parle souvent de salade de fruits, il y a la pomme, raisin, c’est marrant (rires). 

 

La pomme de Montauban ! 

 

(rires). Effectivement, ça pourrait être un bon cru. 

 

On est à quelques heures de la J1. Quel est l’état d’esprit au HAC actuellement ? Un peu d’impatience et d’excitation mélangées ? 

 

Oui, de l’impatience parce-que ça fait deux mois aujourd’hui que nous avons repris. Nous avons repris progressivement et notre objectif, effectivement, c’est le premier match du 5 Septembre. On s’en approche, je sens beaucoup d’envie d’attaquer la compétition le plus rapidement possible. 

 

En montant en D1, vous avez aussi musclé le staff, entre autres avec la venue d’un jeune technicien d’Albi, Samuel Fau. Comment avez-vous repéré ce jeune puisque vous n’étiez pas dans la poule d’Albi ? Ce sont les échos que vous en avez eus ? 

 

Je ne l’ai pas repéré, je ne le connaissais même pas. On m’a parlé de lui, j’ai eu l’occasion de discuter avec la personne avec qui il travaillait pour une joueuse, pour être sincère. On a eu une bonne discussion alors que je ne connaissais pas du tout Patrice Garrigues. J’ai senti quelqu’un qui aimait énormément le foot, qui connaissait le foot. Il m’a posé une question par rapport à mon staff et je lui ai dit que je recherchais un entraîneur adjoint, c’est là qu’il m’a parlé de Samuel. Ensuite, nous nous sommes appelés, on a discuté et j’ai rapidement penché en sa faveur. 

 

On va aussi parler de deux clubs que vous avez fréquentés en tant qu’entraîneur, le TFC et le RC Lens. Ils ont des parcours croisés : l’un descend en Ligue 2 alors que l’autre remonte en Ligue 1. Vous avez un petit regard sur leurs parcours ? 

 

Déjà, ce que je peux dire, c’est que j’ai passé 7 ans extraordinaires au TFC. Je ne l’oublierai jamais et 7 ans extraordinaires avec l’entraîneur qui était en place à l’époque, Alain Casanova. Je n’ai passé que 5 mois à Lens parce-que ça a été un peu plus compliqué pour différentes raisons que je garde pour moi. Je suis très heureux pour le RC Lens parce-que c’est un grand club, un club extraordinaire avec des supporters extraordinaires, avec un personnel administratif vraiment, vraiment, vraiment très sympa. Tout était extraordinaire au RC Lens, c’est quand même assez incroyable : le centre technique est extraordinaire, il y a tout pour réussir au RC Lens. 

 

Et puis, c’est aussi un stade qui met la chair de poule ? 

 

Tout à fait. Tout est réuni pour que ce soit un grand club donc, je suis très heureux que le RC Lens retrouve la Ligue 1 cette saison. Et d’un autre côté, je suis très malheureux pour le TFC parce-que, comme je le disais, j’y ai passé 7 ans extraordinaires et de voir le TFC en Division 2 aujourd’hui, ça me fait beaucoup de peine. 

 

Vous pensez que la nouvelle direction peut amener un nouveau souffle au TFC ? 

 

Déjà, ce que je peux dire, c’est qu’Olivier Sadran a été un grand président. Il a quand même repris le club lorsque le club était en grande, grande difficulté et il a réussi à obtenir de très bons résultats. C’était un peu plus compliqué sur la fin mais c’est quelqu’un qui a superbement bien géré le club. Aujourd’hui, j’espère que les nouveaux propriétaires en feront un grand club. 

 

On va revenir sur le foot féminin. Quel est l’objectif des trois premiers mois, jusqu’à Décembre, pour le HAC ? Tenir déjà la bonne corde pour le maintien ? 

 

Je ne sais pas si vous avez regardé le calendrier mais il nous propose 4 matches fin Novembre / Début Décembre ce qui est quand même assez exceptionnel. C’est à dire que nous rencontrerons les 4 meilleures équipes sur les 4 derniers matches de la phase aller. Donc, aujourd’hui, notre objectif à court terme est vraiment sur les deux mois à venir où là, il va falloir qu’on prenne un maximum de points. Parce-que je pense que sur ces matches, et même si j’espère prendre des points contre les meilleures équipes, ça va quand même être compliqué, il faut aussi être réaliste. 

 

Les deux équipes amateurs, Fleury et Soyaux, sont pour vous des concurrents désignés au maintien ou il peut y avoir des surprises ? 

 

Non, Fleury est peut-être un club avec une base amateur mais avec de gros moyens. 

 

On va dire semi-pro / semi-amateur

 

Oui, contrairement à Soyaux qui a beaucoup moins de moyens que Fleury. Fleury a de gros moyens, peut-être plus de moyens que certains clubs professionnels. En plus, je suis très mauvais en pronostic. 

 

Pour vous, est-ce que cette spécificité d’avoir des clubs semi-amateur / semi-pro en D1 féminine est, à court terme, amenée à disparaître ?  

 

Malgré tout, j’espère que non. Je pense que, si on veut un championnat féminin de très haut-niveau et qu’on veut une équipe de France avec de gros résultats, il faut effectivement un championnat de D1, voire de D2, professionnel mais à 100%. Et c’est dommage pour tous ces clubs parce-que ce sont des clubs historiques. Après, rien n’empêche des clubs comme Fleury et Soyaux d’être des clubs professionnels et d’avoir de gros moyens. 

 

Une question décalée pour terminer : est-ce que Samuel Fau, votre nouvel adjoint, a réussi à vous entraîner à aller voir un match de rugby ? 

 

J’adore le rugby donc, il n’a pas besoin de m’entraîner. Quand j’étais à Toulouse, j’ai eu évidemment l’occasion de voir quelques matches mais je suis le rugby depuis toujours, depuis que je suis gamin. J’adore et je connais très bien le rugby. 

 

Samuel a un gros défaut, c’est qu’il n’aime pas le Stade Toulousain, lui, c’est Montauban 

 

C’est Montauban lui ? (rires). Je n’ai pas vu Montauban jouer mais j’ai vu des matches de rugby et de très bons matches de rugby. 

 

On vous laisse sur cette note d’humour et on vous dit à très bientôt dans le Mag Sport et nous vous remercions de nous avoir accordé cet entretien

 

C’est moi qui vous remercie et à bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-4-septembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Thierry Uvenard lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 4 septembre 2020.

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