#Rugby – Nat / Docteur N.Micheau (Albi) : «Il est sûr que je préférerai que tout le monde soit testé!»

On va faire un point santé sur le Sporting Club Albigeois avec l’un des acteurs prépondérants actuellement avec la crise sanitaire du Covid-19, le Docteur Nicolas Micheau. Spécialisé dans la médecine du Sport, celui qui entame dans le club de la préfecture sa 4ème saison, est sur le feu des projecteurs depuis le début de la crise du Coronavirus, tant du fait de la pause à rallonge qu’à entraîner le confinement et l’arrêt prématuré des compétitions, que de la gestion de la Covid19. Ayant endiguer un début de contamination au sein du groupe professionnel du SCA, le « Doc Micheau » nous livre sa vision de la situation et son œil d’expert. Focus sur un homme qui se dévoue corps et âme pour l’équipe d’Arnaud Méla et dont la sagesse n’a d’égal que la compétence.

 

 

Jusqu’à présent, tu étais un peu l’un des rouages de l’ombre du Sporting Club Albigeois. Depuis quelques mois, tu es devenu un maillon essentiel des jaune et noir ? 

 

Essentiel, je ne sais pas mais disons que toute l’équipe, kinés et médecins, nous sommes bien mis à contribution en ce moment. Nous sommes bien occupés. 

 

Cette crise du Coronavirus est apparue, il y a eu un arrêt des compétitions. Il y a déjà eu une reprise où il a fallu mettre des protocoles en place, des protocoles pas banals par rapport à la norme habituelle des inter-saisons. Comment tout cela s’est mis en branle ? 

 

Pour le début de saison, nous avons respecté ce qui nous a été préconisé par la Fédé avec des reprises progressives par petits groupes, avec une intensité contrôlée pour éviter, déjà de un, de se contaminer et de deux, d’éviter d’avoir des blessures à la reprise des contacts trop rapide après cette longue période d’arrêt. On s’est adapté, on a fait ce qu’on nous a demandé et nous avons même peut-être été plus prudents que ce qu’on nous a demandé. Nous avons vraiment été très progressifs et, en tous cas, pour ce qui est des blessures, nous n’avons à déplorer pour le moment aucun gros pépin et nous sommes assez contents de cela. 

 

Eviter les blessures après pratiquement quatre mois d’arrêt était quasiment un vrai challenge ? 

 

Oui, totalement. Nous nous sommes bien gratté la tête, nous avons fait pas mal de réunions et bien bossé notre sujet pour essayer de mettre en place ce début de saison. On ne maîtrise pas tout mais nous avons essayé de faire en sorte de laisser le moins de place possible à l’inconnu. Maintenant, nous n’avons pas fait de début de matches amicaux ou de championnat donc peut-être que nous aurons de la casse à ce moment-là. Mais, cela fait déjà plus d’un mois et demi que nous avons repris, les joueurs ont vite repris les habitudes et c’est plutôt rassurant. 

 

Il y a eu un tournant dans cette saison, il y a maintenant quasiment un mois. En collaboration avec le staff sportif et le staff médical, vous avez pris la décision de tester les joueurs alors que le protocole FFR ne vous y obligeait pas mais vous êtes allés au-delà de ce protocole. Quel en a été le tournant ? De voir tous les clubs pros avec des cas qui fleurissaient un peu partout ? 

 

Le tournant a surtout été d’avoir accès aux tests parce qu’avant le décret de fin Juillet, le test était payant et pas remboursé à 100%. L’accès n’était pas facile donc, nous aurions aimé nous tester dès le début mais nous n’avons pas pu le faire systématiquement. Nous l’avons rendu systématique lorsque l’accès au test a été rendu plus simple. Pour nous, ça a été une évidence qu’il fallait tester les joueurs régulièrement. Nous ambitionnons de faire partie de l’élite du rugby français, on se doit de suivre au mieux le protocole de la Fédé et de se rapprocher au maximum de ce qui se fait en Pro D2. Tout ce que l’on peut mettre en place dès maintenant sera déjà bien rôdé si on accède à la Pro D2. 

 

Ce sera un acquis comme on dit ? 

 

Voilà, ce qui est déjà fait, ce qui est déjà intégré comme pratiques courantes seront déjà ça de fait pour la saison prochaine si nous devions monter. Nous nous sommes dit qu’il fallait tester les joueurs et que c’était important. Cela sécurise les joueurs ainsi que leurs familles, les personnes fragiles, les parents, les grands-parents. Nous nous sentions mal à l’aise de ne pas tester les joueurs et de faire comme si il pouvait ne pas y avoir de virus alors que l’on sait très bien qu’il circule un peu partout. 

 

On sait que dans la société, il y a une part d’hypocondriaques mais à l’inverse, il y a aussi une part de réfractaires à ce qu’est la médecine. Est-ce que tu as eu affaire à des joueurs qui étaient, non pas réticents mais qui sont allés se faire tester en traînant un peu des pieds ? 

 

Il y a toujours quelques réticents mais, dans l’ensemble, personne n’a refusé d’y aller. Je ne dis pas que tout le monde y va en courant, ça traîne un peu des pieds parfois. Je ne sais pas si tu l’as déjà fait mais ce n’est pas excessivement agréable. Mais, il faut le faire et tout le monde a bien compris qu’au-delà de son problème personnel, il s’agit de se protéger soi-même, de protéger le groupe et ses proches aussi, sa famille. Chacun est conscient de cela et donc, je n’ai pas eu de grosses réticences. 

 

On va en venir au point noir, à savoir Vendredi dernier où vous recevez des cas de Covid dans l’effectif. J’imagine qu’à partir de ce moment, quand vous avez reçu les résultats positifs de certains joueurs ce vendredi vers 10h/11h du matin, ça a été branle-bas de combat, alerte rouge ? 

 

Et oui (rires). A quelques heures du coup d’envoi du match, ça a été un peu le feu. En même temps, c’est le risque, nous savions qu’à tester les joueurs, nous allions finir par tomber sur des tests positifs et des joueurs asymptomatiques. Nous avons des prises de températures tous les matins, les joueurs sont informés de ne pas venir au stade au moindre symptôme et de me contacter. On essaie de minimiser le risque mais il est compliqué de prévenir les cas asymptomatiques. Donc, nous savions que ça pouvait arriver et on s’est fait un peu prendre par le délai de retour des résultats. Si nous avions eu des résultats plus rapides, nous aurions pu isoler les cas positifs plus vite. 

 

Il y avait aussi un risque de développement du virus avec ce temps de latence ? 

 

Oui, c’est ça. Mais bon, on fait comme on peut, on fait avec les infrastructures que nous avons sur l’Albigeois et puis, on s’adapte. Nous avons maintenant mis en place des contrôles bi-hebdomadaires, le lundi et le jeudi, pour essayer de rattraper d’éventuelles contaminations de joueurs qui seraient encore en incubation afin de pouvoir les isoler le plus rapidement possible. A l’heure actuelle, nous n’avons pas de nouveaux cas positifs sur l’ensemble de l’effectif donc on va voir comment ça évolue. 

 

Ce qui a permis une reprise de l’entraînement jeudi matin 

 

Oui, tout à fait. 

 

J’imagine que ça a quand même dû être une reprise médicalement encadrée ? 

 

Tout à fait. Le protocole de la Fédé nous impose de repasser en phase 2 donc, avec des entraînements par petits groupes. Nous, vu la latence de ces résultats, nous avons préféré mettre tout le monde au repos sur le début de semaine, en petite quarantaine, le temps de récupérer tous les résultats et ne pas prendre le risque de faire des re-contaminations en faisant des petits groupes de 5 joueurs. Nous avons préféré mettre tout le monde au repos et d’attendre les fameux résultats des tests. 

 

Peut-être que c’est une chimère ou bien une réalité mais beaucoup parlent d’immunité collective. Avec le Coronavirus, est-ce que cela existe, est-ce que cela n’existe pas ou est-ce qu’on n’en sait rien du tout ? 

 

Tu sais, nous sommes très humbles avec ce virus, nous avançons en même temps que la science, nous n’avons pas trop de recul. Il est sûr que, quand dans un club comme Paris, tu as 20 positifs, tu peux te dire que tu es plus tranquille que si tu en as 0. A un moment donné, quand tu n’as plus personne à contaminer, le virus ne circule pas à l’intérieur de ton groupe. Maintenant, on préférerait en avoir 0 que 20. 

 

Il y a une autre question qui se pose : beaucoup parlent de lésions pulmonaires ou cardiaques a posteriori, après avoir eu le virus. Cela peut aussi être un risque qui n’est pas banal car ces sportifs de haut-niveau vont quand même à 100% voire 200% de leurs moyens ? 

 

Les myocardies cardiaques, donc les pathologies cardiaques, suite au Covid sont plutôt pour les symptomatiques. Les porteurs sains et les porteurs asymptomatiques ne font pas vraiment beaucoup de pathologies cardiaques. Sur ça, nous ne sommes pas très inquiets, les joueurs positifs sont pour le moment en quarantaine. Ils sont à l’isolement et on guette un peu l’apparition des symptômes. Quant à leur reprise effective sportive, on verra au cas par cas comment ça se passe. 

 

Et comme au Stade Français, quand il y a des lésions pulmonaires, ça peut être handicapant pour une bonne partie de la saison ou c’est juste quelque chose de temporaire ? 

 

Ces lésions pulmonaires permettent en fait de confirmer le diagnostic, cela fait partie des signes qui permettent d’affirmer le diagnostic au même titre que les tests Covid. C’est moins simple à réaliser que les tests dans le nez mais, quand ce sont de petites lésions, il n’y a pas forcément de grosses répercussions sur les capacités pulmonaires derrière. On parle bien là sur les joueurs asymptomatiques, sur les joueurs sans symptôme. Il est bien évident que des joueurs qui feraient une forme sévère et qui auraient des lésions pulmonaires, on ne les remettrait pas sur le terrain comme ça. Je crois qu’à Paris, ils ont instauré un protocole d’une semaine d’isolement de plus pour les joueurs avec des lésions pulmonaires mais plus par mesure de précaution que vraiment par grosse inquiétude. 

 

Il y a également un débat qui s’instaure actuellement entre les clubs qui testent et ceux qui ne testent pas. On t’enlève ta casquette du SCA  et on parle purement au professionnel de la médecine, est-ce que pour toi, il est dangereux de laisser ces joueurs non testés pour certains clubs ? 

 

Je ne veux pas critiquer ce que font untel ou untel. Moi, je préfère que mes joueurs soient testés, je préfère savoir ce qu’il se passe et je suis plus rassuré de jouer contre une équipe qui est testé que contre une équipe qui ne l’est pas. Maintenant, chacun fait ce qu’il veut et je me doute que, d’un point de vue pratique, ce n’est pas évident à imposer par la Fédé. Moi, il est sûr que je préférerai que tout le monde soit testé. 

 

Après, il y a aussi une question de conscience et de citoyenneté parce qu’un joueur de contaminé, et on l’a vu à Vienne où il y a eu 19 cas et où ça a contaminé 35 personnes autour du club, ça peut aller très vite avec, parfois, des personnes qui peuvent être à risque ? 

 

Tout à fait. Après, d’un point de vue pratique, pourquoi le faire en Nationale et pas en Fédérale 1 ? Si on le fait en Fédérale 1, pourquoi ne pas le faire pour toute la Fédérale et les Séries ? Les laboratoires ont déjà du mal à suivre la cadence, s’il faut tester tous les sportifs au-delà du rugby, on ne va pas y arriver. Donc, je ne sais pas, je n’ai pas de réponse à te donner vraiment définitive. Moi, je préfère que mes joueurs soient testés, je serai plus rassuré de savoir qu’ils jouent contre des équipes dont les joueurs sont testés mais je ne décide de rien. 

 

C’est un avis consultatif que l’on te demandait. Quitte à avoir un expert de la médecine, autant te demander ton avis

 

Oui, bien sûr. 

 

C’est le moment de la question décalée. Est-ce que tu ne vas pas trop t’ennuyer une fois que cette épidémie de coronavirus sera passée ? On souhaite qu’elle parte vite aux oubliettes parce qu’elle ennuie et fige la société et le sport français mais j’imagine qu’après, tu vas voir une routine revenir ? 

 

J’ai peur de m’ennuyer oui, je ne sais pas ce qu’on va pouvoir faire de tout ce temps libre (rires). Il me tarde aussi que ce soit derrière nous, on ne sait pas quand est-ce que ce sera mais il nous tarde que ça rentre vite dans l’ordre. Et au-delà du sportif car, dans la vie de tous les jours, c’est vrai que c’est contraignant pour les rugbymen mais ça l’est tout autant et même plus pour la vie économique et la vie de nombreux français. 

 

Il y a aussi tout un secteur médical sous tension, vous ne pourrez pas tenir le rythme comme cela ad vitam aeternam ? 

 

Et on n’a pas envie de revoir dans les hôpitaux les images que l’on a vues au printemps. Pour le moment, ce n’est pas encore le fait dans nos hôpitaux mais il est sûr que l’on n’a pas envie de revoir ces images-là. 

 

On va espérer qu’avec la nouvelle année 2021 arrivant bientôt, tout cela passe derrière nous, qu’il y ait un vaccin, des solutions et qu’on puisse revenir à une vie plus normale pour que tu puisses un peu goûter au repos

 

C’est ça, on va l’espérer

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-27-et-28-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw du Docteur Nicolas Michaud lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 27 août 2020

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