#Rugby – Nationale / B.Sicart (Albi) : «Nous avons tous envie de finir le travail et de remettre le club sur le droit chemin!»

Benoît Sicart, le 3/4 aile, 3/4 centre et arrière du Sporting Club Albigeois nous a accordé une interview a quelques heures du lancement de la saison 2020-2021, avec un premier match amical face à Aubenas. Pour ce cadre du vestiaire, qui a connus la Pro D2, la Fédérale 1 Élite , la Fédérale 1 et maintenant la Nationale l’appétit et les fourmis dans les jambes se font sentir dans ses propos. Mais l’historique récent du SCA lui fait penser que le noyaux dur du groupe agrémenté de recrues a fort potentiel va avoir à cœur de prouver sa valeur face à ce qui se fait de mieux dans le rugby fédéral. Entretien avec un frelon des lignes arrières jaunes et noires, qui a l’instar de ses partenaires est lié par un serment de vestiaires : tout faire pour ramener les albigeois en Pro D2.

 

 

Benoit, tu es avec nous pour un faire un peu le point sur la reprise des entraînements et du championnat qui pointe le bout de son nez pour le Sporting Club Albigeois. On va reprendre les choses dans l’ordre parce-que, comme d’habitude au Sporting, il y a eu foule de nouvelles. Pour commencer, comment s’est passée pour toi la reprise sur les terrains ? J’imagine que ça a été un soulagement après trois mois de confinement ? 

 

Ça s’est très bien, il était temps de retrouver les terrains et les copains, de recommencer une nouvelle saison avec de nouveaux joueurs. Donc, il y avait un peu d’excitation et il tardait vraiment de reprendre un petit rythme. 

 

Ça a quand même dû être pour toi une frustration de ne pas finir la saison 2019 / 2020, surtout que tu étais lancé comme un frelon. Au début de ce printemps, on te sentait remonté en puissance alors que, l’année d’avant, tu avais un peu vécu une saison de transition étant donné que tu revenais d’une grave blessure. Cette année, tu avais vraiment retrouvé la plénitude de tes moyens ? 

 

Oui, c’est ça. En plus, nous attaquions la partie la plus intéressante de la saison donc, forcément, j’étais prêt. Il ne me tardait que cela puisque, l’année dernière, j’avais vécu les phases finales un peu sur le banc donc, ça avait été assez compliqué à vivre personnellement. Mais là, nous étions vraiment sur la saison qui démarrait à fond parce qu’il y avait le match à Blagnac et qu’ensuite, on enchaînait avec les phases finales. 

 

Pendant ce confinement, il y a aussi eu tout un pan du rugby qui a été touché par le Coronavirus, à savoir l’économie des clubs sportifs. On sait qu’au Sporting Club Albigeois, tous les joueurs ont négocié en groupe, en maul face à la direction du SCA. Toi, comme tu es maintenant l’un des cadres du vestiaire, tu en as été un des porte-parole. Ce rôle dans les vestiaires est quand même assez neuf ? 

 

Oui, bien sûr. Cela venait d’une prise de décision avec plusieurs joueurs, des joueurs assez anciens et, vu que nous sommes de bons copains en-dehors du terrain, on s’appelait forcément et on prenait des nouvelles. Ça s’est fait naturellement, on ne s’est pas dit  » il faut absolument que ce soit nous « . Nous avons appelé les mecs un par un en disant  » ce n’est pas possible, il faut que l’on trouve des solutions « . Il ne fallait pas que l’équipe vole en éclat, pas après la saison que nous avions faite, ce n’était pas possible. Nous n’envisagions pas de finir le livre sans une fin heureuse. 

 

Ce serment que vous vous êtes fait après le match contre Rouen a quand même l’air d’être indéboulonnable et indéfectible ? 

 

Par la force des choses, nous avons vécu de sacrées péripéties et de sacrées histoires. C’est un groupe qui s’est forgé au gré des mauvaises nouvelles et, comme tu le dis, il y a un groupe qui s’est créé et depuis, nous avons tous envie de finir le travail et de remettre le club sur le droit chemin, de le remettre là où il devrait être, en pleine lumière. 

 

Je me souviens que, lors de la première interview que tu m’avais accordée il y a quasiment quatre ans maintenant, tu me disais que tu commençais à être un jeune chez les vieux. Quand on voit que tu prends du galon dans le vestiaire, est-ce que maintenant tu es devenu un vieux tout court ? 

 

Maintenant, on bascule du côté obscur (rires). Je me considère dans les vieux, je ne suis plus  » jeune vieux « , ça, c’est sûr. Je suis quand même plus proche de la fin que du début, j’en ai conscience et c’est pour cela que je prends ls choses avec recul et que je suis chaque jour content de mon sort. 

 

Et physiquement, tu commences à avoir le poids des âges après avoir connu une grave blessure. Est-ce que tu abordes différemment la prépa physique et le terrain ?

 

Bien sûr, forcément. Mais j’ai l’habitude, je connais mon corps, je connais bien les prépas aussi, je sais quels exercices on va faire à l’avance. J’essaie de les adapter le plus possible pour que ce soit au mieux pour moi, pour ne pas que je me blesse. Je m’écoute vraiment. Pour le coup, il y a des choses que je ne faisais pas cinq ans en arrière  et que je fais maintenant. 

 

Rassure-nous, tu n’as pas encore de rhumatismes ? 

 

Non, ça va, je n’en ai pas (rires). Ça serait chouette d’en avoir le plus tard possible. 

 

On te le souhaite. Au vu du recrutement qu’il y a eu au Sporting Club Albigeois, il y a eu de nouvelles arrivées au niveau de la ligne des 3/4, je pense à Josh Drauniniu, Gary Lo ou Quentin Pilet. On sait que tu es un compétiteur, le fait qu’il y ait de la concurrence et de l’adversité a du te piquer et te regalvaniser ? 

 

Je ne l’ai vraiment pas vécu comme une concurrence, je trouve ça chouette qu’il y ait des joueurs qui arrivent. Pas nombreux, c’est bien sûr très bien parce-que ça ne change pas tout un groupe. D’ailleurs, comme tu l’as dit, nous sommes allés voir le président justement pour garder le plus possible notre effectif et notre ossature pour ne pas recommencer à zéro. C’était donc chouette de voir les joueurs arrivés parce qu’il y en avait peu et en plus, ce sont de supers mecs et des joueurs qui apportent vraiment une plus-value. Cette année, ça fait vraiment la différence, nous avons de bonnes recrues qui ont, je pense, été recrutées avec pas mal de réseaux et de bonnes recommandations. Je crois vraiment que oui, ça fera la différence. 

 

Il y a eu des arrivées mais aussi des départs et des arrêts de carrière, entre autres Tunu Tavalea avec qui tu avais vécu la descente en Pro D2, Romain Casals, Benjamin Pètre, Lolo Magnaval et j’en oublie. Tu as un petit regard sur ces départs car j’imagine que cela fait toujours un pincement au coeur de voir des copains s’en aller ? 

 

Ce qui est malheureux, c’est surtout de ne pas se dire au revoir, de ne pas avoir fini l’aventure avec eux, de ne pas pouvoir se dire  » ça y est, on a fini le travail et maintenant, salut les gars et bonne route « . Il y a eu des départs vraiment un peu à la va vite, c’est vrai que nous n’étions pas préparés à ça et c’est malheureux. Cela fait partie d’une carrière de rugbyman mais c’est vrai que, quand on les voit partir comme ça, c’est triste. On se dit qu’on gardera contact et qu’on se verra après le rugby. 

 

Le meilleur cadeau de départ que vous pouvez leur faire, c’est en Mai / Juin prochain, d’aller chercher dans le money-time une montée en Pro D2 parce-que tous ces joueurs étaient dans le projet  » objectif Pro D2  » ? 

 

Clairement, ils ont fait partie de l’aventure et, mine de rien, ils ont été là avec le groupe et avec le club pour cette montée. Tout ce qu’on a fait avant servira pour cette montée et, forcément, si en Mai, on joue les qualifications et qu’on accède à la Pro D2, on va tous se retrouver et fêter cela tous ensemble, même avec les anciens, avec tout le monde. On fera une grande fête avec tous ceux qui ont participé à cette aventure. 

 

Tout le monde aura amené sa pierre à l’édifice comme on dit ? 

 

Exactement, c’est ça. 

 

On ne va pas revenir sur le grand débat  » Albi en Pro D2  » qu’il y a eu au printemps, c’est passé et évacué mais on va parler de cette poule Nationale. Tu as connu la Fédérale 1 Elite et là, c’est une Fédérale 1 Elite encore plus maousse costaud qu’il y a trois ans ? 

 

Oui, je pense que le niveau est encore plus élevé mais aussi que les clubs sont plus préparés. Il n’y aura pas, en tous cas je l’espère même si nous ne sommes pas à l’abri non plus, de dépôt de bilan ou quoi que ce soit d’un club en cours de saison. Il y a déjà des règles qui ont été établies pour cette montée en Pro D2 donc, je pense que ça va être un championnat qui va être intéressant sportivement et surtout pour les supporters et les spectateurs. Il va y avoir du niveau donc, forcément, ça va être sympa. Pour nous, ça va être beaucoup plus dur et il va falloir qu’on s’accroche. C’est encore une inconnue, on ne sait encore pas trop où on va, nous avons forcément nos certitudes avec notre effectif mais il faut se préparer au mieux pour cette saison qui s’annonce compliquée également par le biais des actualités. 

 

On se souvient qu’en Fédérale 1 Elite, un nouveau groupe s’était créé après la descente de Pro D2 ainsi qu’un nouveau staff avec Arnaud Méla et Jérémy Wanin qui étaient arrivés aux manettes. Il y avait eu à cette époque des erreurs de jeunesse car et le groupe et le staff étaient jeunes. Quelles sont les erreurs à ne pas reproduire ? 

 

C’était complètement différent parce qu’on ne connaissait pas. On descendait de Pro D2, un nouveau staff arrivait aux commandes avec une expérience quasi nulle en tant qu’entraîneurs. Comme je te l’ai dit, nous, nous allons avoir nos certitudes parce-que maintenant, on se connaît, on sait tous comment on travaille mais par contre, on a encore ce paramètre d’inconnue sur les équipes que l’on va prendre parce qu’il y a eu une intersaison vachement mouvementée du point de vue du recrutement. Il y a des équipes qui se sont hyper équipées et on ne sait pas trop ce que ça va donner, on sait que ça va être très dur mais on ne sait pas trop comment ça va se passer. On sait que, forcément, nous allons être attendus un peu partout parce-que, par la force des choses, nous allons avoir un statut de favoris.  Donc, cette saison va être tout à fait autre chose et en plus, avec les matches amicaux qui se dessinent mal, je ne sais pas trop comment les équipes vont se préparer. Même pour nous, je ne le sais pas mais ça, c’est un autre sujet. En tous cas, c’est vrai que ce championnat va être intense cette saison. 

 

Pour clôturer le sujet des similitudes en Fédérale 1 Elite et Nationale, un des défauts du Sporting avait été trois défaites à la piaule en phase régulière plus une en play-off. Rien que celles en phases régulières, ce sont trois défaites de trop ? 

 

C’est sûr mais, de toute façon, premièrement, on s’attend à perdre cette saison, même si on ne veut pas perdre, on sait qu’il va y avoir des matches très durs et que le niveau sera élevé. S’il y a défaite, il ne faut pas se laisser abattre et se laisser aller mais, au contraire, il faut aller de l’avant. Je trouve ça bien de le prendre comme ça parce qu’il ne faut pas se dire  » on va tout exploser et battre tout le monde « . Non, il faut être réaliste, le championnat est beaucoup plus élevé donc forcément, les matches vont se gagner avec 2 ou 3 points d’écart. Ca va vraiment être la différence entre la Fédérale 1 Elite et la Nationale, toutes les équipes vont être prêtes et tout le monde attend ce début de championnat. 

 

En parlant de ce début de championnat, suiveurs, staff, joueurs, supporters, nous étions tous comme des fous à se dire  » ça y est, ça va reprendre avec les matches amicaux et Narbonne « . Et patatras, le Covid est passé par là, le match a été annulé ainsi que celui face à Valence d’Agen. Certains vont dire qu’Albi est tout le temps en train de pleurer ou de s’apitoyer sur son sort mais il y a quand même un côté club maudit, La scoumoune suit le SCA jusqu’au bout ? 

 

C’est un truc de fou, c’est vraiment hallucinant. On a appris que le match allait être annulé le vendredi, à 13h et là, forcément, tu te dis  » putain, à quelques heures du coup d’envoi …  » alors que ça fait six mois que tu n’as pas rejoué au rugby et que tu te prépares pour ça depuis plus d’un mois et demi et là, tu arrives presque au coup de sifflet du coup d’envoi … Ça fait râler et tu te dis  » ce n’est pas possible, le sort s’acharne contre nous « . Mais, ce n’est qu’un match amical et le plus important, c’est qu’on n’est plus de cas positif, que tout le monde aille bien et qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux avec les personnes de notre entourage et les supporters. C’est ça le plus important, que tout le monde soit en bonne santé et pour nous, on attend que tout cela passe. Après, je ne sais pas de quoi vont être faites les prochaines semaines mais en tous cas, il faudra être prêt à rechausser les crampons et à se réentraîner. 

 

Tu vas entamer ta 5e saison au Sporting Club Albigeois. Avec toutes les péripéties qui sont arrivées, tu vas bientôt pouvoir écrire un livre pour tes enfants ou tes petits-enfants ? 

 

C’est vrai qu’il y a pas mal d’histoires à raconter mais c’est le charme du Sporting et c’est aussi ce qui fait que l’on s’attache à ce club. J’espère vraiment que cette saison est la bonne et surtout, que tout se passe bien parce qu’encore une fois, il y a tellement de paramètres que l’on ne peut pas contrôler sur ce championnat et cette saison que ça va être une saison particulière. Il est sûr et certain que ce ne sera pas une saison ordinaire. 

 

Il y a quelques mois, nous avions Jean-Christophe Bacca en interview qui nous parlait de sa génération, lorsqu’ils étaient remontés en Pro D2. Ils ont connu une certaine analogie avec vous, trois ans où ils avaient galéré, où ils avaient joué des finales, des play-offs, de nouvelles poules créées qui les avait empêchés de monter. Pendant trois ans, il y avait eu un sentiment d’injustice et au bout de trois, ils étaient enfin arrivés à monter pour, quelques années après, accéder au Top 14. Si l’histoire se répète, est-ce que tu signes ? 

 

Bien sûr et de suite, si tu as le papier, tu me le montres et je viens de suite te le signer (rires). C’est clair que ce serait chouette et puis, c’est tout ce que nous voulons, tout le monde veut cette montée et que l’on soit enfin récompensés, à juste titre. 

 

Quels sont ton état d’esprit et ton mot d’ordre à l’heure actuelle ? 

 

Pour le moment, c’est prendre son mal en patience, patienter et encore patienter. C’est rageant parce-que l’on touchait vraiment cette reprise du bout du doigt. On va attendre encore un petit peu et nous espérons que les feux seront au vert pour la reprise du championnat. Mais encore une fois, si nous reprenons le championnat sans avoir fait de matches amicaux, je ne comprendrai pas. Il y a aussi cette histoire de test, qui n’est pas obligatoire dans les clubs donc, certains clubs de Nationale ne se font pas tester et là encore, même si ce n’est pas obligatoire, je ne comprends pas que chaque club ne dise pas  » on va au moins tester un joueur « , ne serait-ce que pour la santé de chacun. Tu imagines, s’il s’avère qu’un joueur est positif et que tu le transmets ensuite à ton entourage, après, ça va loin. Je ne comprends pas pourquoi les clubs ne prennent pas les choses plus sérieusement. 

 

Nous, on ne va espérer qu’une chose : c’est qu’une fois que vous pourrez enfin lâcher les watts que vous avez dans les tripes,  » ça va piquer  » comme le dit la communication du club

 

C’est ça (rires)

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-25-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Benoît Sicart lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 25 août 2020.

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