#Rugby – Fed1 / B.Perié (Drancy) : «Est-ce que les clubs vont vouloir venir jouer dans un cluster?»

Nous sommes allés prendre des nouvelles du RC Drancy avec son président Benjamin Périé. Pour sa seconde année en fédérale 1, le club du 9.3, compte tirer les enseignements du précédent exercice et vise une nouvelle fois le maintien. Obligé de restructurer son staff suite au départ de Vincent Lagassé pour raison professionnelle, le RCD espère passer un cap grâce à un recrutement qualitatif l’ex manager Tarnais avait apporté son œil et sa science de l’ovalie. Mais le président des franciliens tire aussi la sonnette d’alarme face à un contexte sanitaire alarmant, à quelques semaines du début de championnat. Focus sur un dirigeant qui fut un des rares présidents à s’opposer à la réforme fédérale du printemps 2020, mais qui en bon démocrate s’adapte au choix de la majorité.

 

 

Benjamin, On s’était laissé pendant le confinement avec beaucoup d’incertitudes sur le format de championnat. C’est maintenant acté, il y aura une Nationale et une Fédérale 1 et Drancy fera bien sûr parti de cette Fédérale 1 pour la seconde année d’affilée ? 

 

Tout à fait. On nous a laissé le choix, Bernard Laporte m’a appelé comme tous les clubs de Fédérale 1, je pense. Comme nous étions en bas de la liste, nous étions prêts à descendre et il nous a donc proposé de rester en Fédérale 1. C’est un choix que nous avons fait parce-que nous avions déjà préparé un budget et que nous étions sensiblement au même niveau que l’année passée. Donc, nous nous sommes dits  » allez, continuons l’aventure  » et nous serons, je pense, un peu plus préparés. 

 

Il y a un paradoxe : vous vouliez rester en Fédérale 1 mais, à Drancy, vous avez voté contre ou vous vous êtes abstenus sur la réforme fédérale ? 

 

Non, je ne me suis pas abstenu, moi, j’ai voté contre. 

 

Quelles ont été tes motivations ? 

 

Je l’ai expliqué lors de la visio avec Bernard, Serge Simon et tous les présidents de Fédérale 1. Je n’ai pas voté contre le fait que l’on fasse une poule Elite qui me paraissait évidente parce-que, quand tu rencontres des Dijon ou des Massy, tu ne joues pas dans la même cour. J’étais contre le fait qu’ils rajoutent un niveau, c’est pour cela que j’ai voté contre et je me suis expliqué sur le pourquoi. Quand des clubs comme Drancy, qui a quand même un budget dont 25% correspondent à ce peuvent donner le Département ou la Région, vont défendre leurs dossier devant ces institutions, on ne parle plus de 3e niveau national mais de 4e niveau national et c’est donc beaucoup plus difficile. Mon choix de dire  » non  » , enfin, le choix du club, était justement à cause de cette problématique-là. Sinon, j’étais plutôt pour avoir une poule Elite mais pas forcément pour rajouter un niveau. 

 

La proposition qu’avait faite Benoit Trey il y a un an de cela de faire une compétition Jean Prat et une compétition Du Manoir t’aurait plus plu ? 

 

Oui, un petit peu comme s’était il y a quelques années. Mais, ce qui est étonnant dans ce choix, c’est que j’ai été assez étonné que la majorité des clubs votent pour alors que nous avions fait une réunion à Marcoussis en début de saison où tous les clubs de Fédérale 1 étaient invités avec Bernard Laporte, Serge Simon et tout le monde et que, globalement, la majorité des clubs étaient contre une poule Elite ou un Jean Prat. Ils étaient contre, nous n’avions pas voté mais, globalement, tout le monde était contre. Donc, j’ai trouvé un peu étonnant ce revirement de situation mais bon … 

 

Cela vient peut-être d’une bulle médiatique et politique ? 

 

Je ne sais pas trop. Moi, j’ai été surpris et étonné, je ne m’attendais pas forcément à ce que les clubs soient contre mais qu’il y ait un petit peu plus de gens défavorables. Nous étions très peu, je crois que j’étais peut-être le seul à avoir dit non clairement ou alors, nous étions deux. 

 

Ca a frôlé les 80% de  » oui  » ce qui est assez large surtout que, l’ancien vote dont tu parles était plutôt à 80% de  » non « . C’est là que l’on voit qu’il peut vite y avoir un changement de sociologie dans le rugby ? 

 

Tout à fait, exactement. Moi, j’ai été très étonné, je ne le pensais vraiment pas. Mais en tous cas, c’est comme ça, c’est démocratique et tout le monde a pu voter, c’est parfait. 

 

On va maintenant revenir sur la saison de Drancy, on connaît l’objectif, c’est  » l’objectif maintien « . Et pour ça, vous vous êtes quand même équipés, vous vous êtes équipés assez lourd et épais ? 

 

Ce qu’il s’est passé, c’est que la période Covid nous a vraiment permis de préparer la saison, aussi bien budgétairement que sportivement. Vincent Lagassé a certainement dû t’en parler, nous avons eu le temps d’aller chercher des joueurs à des postes dont nous avions vraiment besoin, des postes où nous avions pêché et sur lesquels nous avions des problématiques comme pilier droit, 2e ligne, des choses comme cela. Ce sont vraiment des postes qui nous ont manqué cette année, en tous cas avec des joueurs de niveau Fédérale 1. Donc, nous avons effectivement recruté deux Sud-Af dont Pieter Stemmet qui vient de Trélissac, un pilier droit dont on espère bien qu’il va nous tenir la mêlée. Nous avons aussi recruté un jeune de Vannes, qui a 21 ans et qui doit aussi être au niveau de ce poste-là. Il y a aussi Cornell Hess qui est un 2e ligne Sud-Af qui, à la base, avait signé à Angoulême mais qui a eu des problèmes de papiers et qui, en fin de compte, s’est retrouvé dans un club de Fédérale 2 donc, nous l’avons récupéré et il est aussi une pièce maîtresse dans notre recrutement. Nous avons également ciblé au niveau des centres en recrutant des joueurs de qualité. Avec le staff technique, Vincent, Sam, le directeur sportif du club,  je pense que nous avons vraiment ciblé et que nous avons préféré choisir la qualité par rapport à une quantité un peu moindre. Nous verrons ensuite au niveau du banc mais je pense que le recrutement a été bien fait. 

 

On parlait de Vincent Lagassé. Son destin professionnel l’a obligé à quitter le club et son poste de manager car il a été nommé proviseur dans son Sud natal. J’imagine que pour toi, ça a été un crève-cœur de te séparer de Vincent parce qu’on avait quand même l’impression que la mayonnaise avait bien prise ? 

 

Ah oui, nous sommes déçus mais en même temps, nous sommes heureux pour lui. Professionnellement, il a réussi un concours qui n’était forcément pas facile, il a eu des points conséquents pour aller un peu où il voulait. Moi, je suis et déçu qu’il ne reste pas avec nous et content pour lui. C’est vrai que nous avions commencé à bosser la saison avec Vincent depuis déjà quelques mois, il était impliqué comme d’habitude. Nous perdons quelqu’un qui amenait le club un peu plus haut mais c’est la vie, malheureusement, c’est comme ça. 

 

Avec le départ de Vincent, comment va s’organiser le club ? Qui va prendre un peu la place et comment va se réorganiser le staff ? 

 

Sam Mouliom, le directeur sportif du club, va chapeauter tout cela un petit peu plus qu’il ne le devrait. Nous avons 4 entraîneurs, 2 spécifiques pour la première et 2 spécifiques pour la B, qui se connaissent déjà depuis un petit moment et je pense que la mayonnaise a bien pris et je crois qu’une fusion, qu’une entente va se faire naturellement. Après, nous verrons qui va se dégager en N°1 mais Sam est là pour chapeauter tout cela donc, je n’ai pas de problématique particulière. 

 

Là, nous sommes sur le registre sportif. On se rappelle aussi qu’au cœur du confinement, tu avais une grosse inquiétude : c’était le prisme économique avec la crise sanitaire du Covid et le contre-coup que cela a mis à l’économie française. Où en est-on à Drancy et avez-vous réussi à affronter ce nouveau challenge ? 

 

Tu sais que l’économie du rugby est quand même quelque chose de particulier, ce sont beaucoup de partenaires qui sont censés te financer en fonction de l’économie. Chez nous, à priori, les partenaires vont être là mais, comment va être la reprise économique à partir de Septembre, on ne le sait pas trop, ça reste toujours un petit peu hypothétique. Je croise les doigts, j’espère que ça va le faire. Nous avons aussi une problématique sur les petits partenariats, les petites entreprises locales, les petits artisans car, pour eux, c’est beaucoup plus compliqué et je pense que ça va être difficile pour eux de faire un effort comme on le faisait auparavant. C’est une chose que l’on peut comprendre mais que nous allons devoir prendre en compte mais on va voir. Je n’ai pas de boule de cristal, je suis assez confiant mais il va falloir que l’on attende. Je suis confiant mais, en fin de compte, je ne sais pas trop. 

 

On voit qu’à Vienne, ils ont un sérieux souci avec le Covid-19 avec 14 joueurs qui ont été infectés par cette cochonnerie de maladie. Ça ne commence pas à t’inquiéter par rapport au début de championnat et à la façon dont ce dernier va être appréhendé avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ? 

 

Si, je pense que nous n’y échapperons pas non plus et que nous allons devoir vivre avec. Je ne sais pas trop comment parce-que je ne vois pas comment nous ne pourrions pas être infectés aussi. Nous sommes en Ile-de-France qui est une énorme métropole. 

 

C’est un cluster géant ? 

 

Oui, tout à fait. En plus, là où nous sommes, dans le 93, c’est vraiment un cluster où il y a énormément de cas. Maintenant, comment allons-nous le vivre ? Et bien, nous ferons ce qu’il faudra faire, nous gérerons par rapport aux infections, on mettra à l’isolement, nous ferons tester les gars. Je ne sais pas trop comment ça va se dérouler parce-que dans un groupe, avec quelqu’un d’infecté, il faut que tu mettes tout le monde en quatorzaine avec des tests. Cela veut dire que, pendant 14 jours, tu n’as pas tes gars et, si ce sont des veilles de match, je suis très interrogatif de cela. Je pense que la saison va être un peu perturbée pour tout le monde et je ne sais pas trop, je suis un petit peu dans l’expectative. Je pense que tout le monde est un peu comme moi même si, en fonction des régions, certains sont un peu plus épargnés que nous. Mais, par exemple, tu as vu notre poule et est-ce que tous les clubs vont vouloir venir jouer là-haut dans un cluster un peu plus particulier parce-que c’est un peu plus contaminé qu’ailleurs ? Je ne sais pas, ce sont aussi des questions que l’on peut se poser. 

 

Partant de ce constat et de ce postulat, tu ne penses pas qu’il serait salutaire que la Fédération Française de Rugby oblige tous les clubs à se tester au moins une fois pour voir où ils en sont ? Ça éviterait qu’il y ait des resquilleurs qui viennent contaminer tout le reste des équipes ? 

 

Moi, je trouve que ce serait plus prudent mais je pense qu’ils ont certainement la crainte de faire cela parce-que, franchement, je crois que toutes les équipes de France ont des joueurs infectés. Maintenant que l’on peut tester et que l’on sait, je pense qu’il y a des gens qui sont asymptomatiques et qui portent le virus. 

 

On voit la partie immergée de l’iceberg ? 

 

Tout à fait. Je pense que la crainte de la FFR de ne pas vouloir faire tester tout le monde est surtout par peur que l’on constate cela et qu’il n’y ait pas de championnat et que ça va être compliqué. C’est un peu comme ça que je le vois. 

 

Malgré ce contexte sanitaire qui est pesant et lourd, on va essayer d’ouvrir des perspectives. Quel va être le credo, le mot d’ordre pour Drancy pour cette seconde saison en Fédérale 1 ? 

 

Comme je l’ai souvent dit, nous, nous allons encore apprendre cette année. Je pense que nous allons être un peu plus armés et nous allons aussi défendre nos couleurs et nos valeurs. J’espère donner du fil à retordre à beaucoup d’équipes. 

 

En plus, vous avez un nouveau statut : vous êtes maintenant l’unique représentant du rugby francilien en Fédérale 1. Il va falloir s’en montrer digne ? 

 

Tout à fait, dans notre poule, nous sommes les seuls d’Ile-de-France. Nous allons essayer de porter le drapeau et de faire bonne impression partout, aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Ça va être notre challenge (rires). 

 

On te remercie d’être venu nous apporter un peu une lumière sur ce rugby du 93 et on te souhaite la meilleure des saisons pour toi et tes gars

 

Je te remercie et bonne saison à tout le monde

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-18-aout-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Benjamin Périé lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 18 août 2020

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