#Rugby – Nat / B.Noirot (Dijon) : «Un retour aux sources.»

En Bourgogne, au stade dijonnais, un ex-international, vient de poser ses valises, pour venir suppléer Renaud Gourdon et Aurélien Vacheret sur le secteur de la touche. L’ex talonneur de Biarritz, Toulon, Dax ou encore du Métro-Racing 92, Benjamin Noirot, fait son comeback sur des terres, qu’il a foulé dans sa jeunesse dijonnaise. L’ex-manager de l’AS Mâcon Rugby, qui avait remporté avec ces derniers l’ultime challenge Yves Du Manoir (2019), vient relever le nouveau défi de la Nationale, dans un club qui truste les 8 premières places de fédérale 1 depuis 2 exercices. Focus sur un technicien en plein rebond, qui aura en outre, la mission d’apporter de la transversalité entre formation stadiste et équipe senior.

 

 

Le rugby est un sport de rebonds, parfois capricieux, mais là, le rebond est aussi beau. Vous étiez manager de l’AS Mâcon Rugby, vous avez décroché le Du Manoir à la fin de la saison 2018 / 2019 pour votre première saison en tant que coach et derrière, il y a eu quelques soubresauts puisque vous avez quitté le club de Mâcon pour maintenant rebondir au Stade Dijonnais. On ne va pas revenir de suite sur le passé mais se projeter d’abord sur l’avenir : qu’est-ce qui vous amène à Bourillot 

 

Bourillot, c’est ma ville natale, je suis de Dijon. Après être parti du club de l’AS Mäcon, là où j’ai passé une très belle saison avec ce titre Yves du Manoir, j’ai été invité quelques fois par le président Verney à des matches pour manger avec les partenaires, étant donné que je connais très bien le club parce-que j’y ai joué de 94 à 99, de cadet jusqu’à espoir. 

 

Une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ? 

 

Exactement (rires). Ce fut de belles années, nous avions fait une finale Crabos donc c’était de bons moments et puis, j’étais en pleine évolution rugbystique. Ce qui est important, c’est que je connais bien ce club et que je connais beaucoup de monde. 

 

En clair, c’est un retour aux sources ? 

 

Un retour aux sources et puis, il y a peu de temps, Mr Verneym’a demandé à ce qu’on se rencontre et m’a demandé d’intégrer le club. 

 

Quelles vont être vos prérogatives au Stade Dijonnais ? On a vu que vous alliez vous occuper de formation mais que vous interviendrez aussi sur la touche en équipe senior

 

Oui, je vais intervenir en suppléant sur la touche en équipe senior en échangeant beaucoup sur diverses choses car   » seul, on va vite, ensemble, on va loin « . L’échange sera basé sur l’expérience, la technicité et sur tout le rugby en général. Ce qui est important et ce que voulait Mr Verney, c’est aussi faire la transversalité du projet de jeu sur les équipes des catégories inférieures et donc, j’interviendrai sur les moins de 14 jusqu’aux espoirs pour que le discours de la première se décline et que les jeunes joueurs ainsi que les entraîneurs aillent plus vite. 

 

Cette transversalité permet aussi d’avoir une identité de club ? C’est un peu à l’image de ce que fait le Barça dans le foot ? 

 

Oui et pendant un an, j’ai été au SU Agen, où j’ai fait mes armes, et j’étais en plein là-dedans en étant manager des cadets Gauderman. On utilisait déjà le plan de jeu de l’équipe première. 

 

Est-ce que vous avez pu échanger avec Renaud Gourdon, qui est le manager en place, pour voir un peu ce qu’il attendait de vous et comment vous alliez combiner vos compétences ? 

 

Oui, j’ai en effet eu un entretien avec lui et il était ravi de ma venue. Il était impatient que la saison reprenne, nous sommes sur le début de saison pour voir comment tout cela va fonctionner et comment nous allons pouvoir nous perfectionner pour être compétents de suite car la saison va être chargée. 

 

Vous avez connu le Stade Dijonnais dans les années 90 et j’imagine que vous l’avez toujours suivi du coin de l’oeilpuisque vous êtes Bourguignon d’origine. Ce club a quand même bien rebondi et bien évolué puisqu’il se retrouve maintenant en Nationale. Il est en pleine structuration, c’est un joli  » joujou  » pour venir coacher ? 

 

En effet, il y a une certaine stabilité depuis maintenant 3 / 4 ans. C’est un club qui s’est très bien restructuré, qui a des projets et retrouver ce club dans la Fédérale 1 Nationale va être très intéressant. Il y a du potentiel, il y a des joueurs, il y a des supporters, il y a des partenaires qui sont présents depuis quelques temps et il y a tout pour que ce club puisse bien évoluer dans cette compétition. Et pourquoi pas, dans quelques années, aller chercher la Pro D2 ? 

 

Le fait que Dijon soit en Nationale a participé à votre choix de les rejoindre ? S’il n’y avait pas eu la Nationale mais la Fédérale 1 classique,  » à l’ancienne « , cela aurait pu vous faire changer d’avis ? 

 

Non, j’y serai quand même allé parce-que c’est un club que je connais bien et que le projet est intéressant. Même s’il avait été en Fédérale 1, je serai venu épauler ce club. 

 

Quel est le regard de l’ex-joueur, ex-international et maintenant coach sur cette Nationale ? Pour vous, c’était le bon moment pour la créer ? 

 

Je pense qu’on le saura au bout d’un an, certains vont dire que c’est précipité, d’autres que ce n’était pas préparé parce qu’ils n’étaient pas préparés ou bien vont trouver des arguments. Moi, en tous cas, je trouve que c’est très bien et même si c’est arrivé plus tôt que prévu, on retrouve plus d’homogénéité dans cette Fédérale Nationale. Quand on jouait contre des clubs qui ont 2M et après jouer contre des clubs qui en ont 400 000, ce n’est pas marrant pour toutes les équipes. Même si on sait que jouer les grosses équipes, ça forme et que ça donne de la progression aux joueurs, le fait de retrouver des clubs plus homogènes fait que l’on devra être plus compétitifs tous les week-end, ne pas se relâcher, avoir plus d’effectif. On rentre vraiment dans une Pro D3 plus intéressante et je suis sûr que ça va aussi aider les équipes qui vont monter en Pro D2, ça va les préparer beaucoup plus vite du fait que le niveau soit plus fort. 

 

Pour vous, la place du Stade Dijonnais dans cette Nationale est d’essayer d’aller titiller les play-offs ? Dijon avait goûté aux play-offs face à Albi, il y a un an de cela. Cette année, il tenait largement la corde pour être de nouveau en play-off de Jean-Prat. La suite logique des choses serait d’être aussi en play-off en Juin 2021 ? 

 

Je pense qu’il y a le potentiel mais je laisserai le manager fixer le cap. 

 

On va également parler de votre passé à l’AS Mäcon. Comme vous le disiez en introduction, vous avez décroché la timbale et le bout de bois, ce Du Manoir en 2019 et quelques mois après, vous quittez le club. Qu’est-ce qui s’est passé ? Nous, dans le Sud-Ouest, nous avons un peu suivi tout ça par presses interposées mais quel est votre version des faits sur ce départ de l’AS Mâcon Rugby ? 

 

Est-ce qu’il est important d’en parler ? J’étais le manager et du jour au lendemain, je suis revenu dans le bureau et je ne l’étais plus. C’est tout simplement ça et aujourd’hui, les choses sont faîtes pour qu’il y ait une justice. Mais en tous cas, l’important n’est pas ce qui arrive mais ce qu’on en fait. J’ai beaucoup appris cette année parce qu’en tant que manager,  arrivé avec 85% de nouveaux joueurs, avec un nouveau projet de jeu, des joueurs que je n’avais pas spécialement recrutés, ça a été une année difficile mais nous avons réussi à trouver de la cohésion. L’équipe a dû s’affirmer, combattre chaque semaine avec des hauts et des bas mais, en tous cas, tout le travail qui a été fait s’est retraduit lors de la finale. Les joueurs n’ont rien lâché jusqu’au bout et c’est comme ça que l’ASM a remporté son premier titre en 110 ans. 

 

En début de saison, il y a souvent des moments-clé et des moments charnières. Comment d’une saison où ça patinait dans la semoule au début avec un calendrier difficile sur les premiers matchs, vous êtes arrivé à appréhender ces phases finales lancés comme des frelons ? Que s’est-il passé, il y a bien dû y avoir un match déclic ? 

 

Comme je vous l’expliquais, la première des choses, c’est que j’avais 7 semaines pour préparer le début du championnat. Ce que je veux dire, c’est que l’AS Mâcon a fini en demi-finale donc, derrière, il faut laisser des semaines de récupération aux joueurs. C’est pour cela qu’il y a eu un début de saison décalé. 

 

C’était une demi-finale contre Lavaur qui a fini champion en 2018

 

C’est ça. Donc, nous n’avons pas tous repris le début de saison en même temps car certains étaient en vacances depuis deux mois, deux mois et demi. Le plus important, c’est de connaître ses joueurs, l’humain, la proximité, beaucoup parler avec eux ensuite vient le projet de jeu, la mise en place. Ça prend du temps, regardez Toulouse et le travail d’Hugo Mola qui s’est fait pendant trois ans avec la confiance d’un club et d’un président. 

 

Avec en plus des hauts et des bas car ça n’a pas été un chemin tracé tout droit. Hugo Mola a dû passer par quelques sentiers escarpés pour arriver à ses fins

 

Exactement, l’important n’est pas l’arrivée mais le voyage et c’est ça qu’il faut retenir. C’est de savoir ce qu’on a fait dans ces moments de difficultés pour y arriver et ce qu’on a mis en place. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mon staff à l’AS Mâcon juste avant le titre. 

 

Il n’y a pas une part de regret parce qu’on a quand même l’impression que le chemin entre vous et l’AS Mâcon devait être plus long et a bifurqué avant d’arriver au bout de ce que vous aviez l’intention de faire ? Vous, les techniciens, vous avez tous un gros côté humain et, lorsque vous avez quitté l’AS Mâcon, il n’y avait pas un regret de quitter ce groupe ? Il avait du potentiel et vous auriez peut-être pu le porter un peu plus haut ? 

 

Pour moi, il y a un goût d’amertume parce-que j’avais fait le recrutement et que je voulais aller au bout des choses. Il faut au minimum deux ans de travail au sein d’un club pour le faire avancer, surtout après la première année et un premier titre, avec un recrutement qui me semble bon, sauf que je n’ai pas pu le faire. Il y a eu beaucoup d’incompréhension de la part des joueurs quand, du jour au lendemain, le manager est destitué de ses fonctions. Eux n’ont pas compris, je pense que ça a déstabilisé l’équipe sur l’ensemble de la saison. Donc oui, il y a un goût d’inachevé. 

 

On va maintenant se projeter sur le futur avec Dijon. On sait que vous avez joué à Toulon, Biarritz dans le rugby pro, avec Mâcon, vous avez connu le rugby semi-pro. Vous arrivez maintenant à Dijon, dans une structure professionnelle en Nationale. Quelle est la patte Benjamin Noirot, qu’est-ce que vous allez amener au Stade Dijonnais, quelles valeurs ? 

Déjà, la patte ne sera pas celle de Benjamin Noirot mais celle d’une équipe et d’un staff. Après, l’expérience, l’échange, ce qu’on connu chacun, c’est ça qui fera que le club avancera et amènera le plus rapidement possible des réponses à nos problématiques. Et construire, en permanence. 

 

Quel regard posez-vous sur le rugby actuel ? Vous êtes parti de Bourillot dans les années 90 pour tenter la grande aventure du rugby professionnel, vous revenez à Bourillotaprès ce long voyage, pour reprendre votre sémantique, et ainsi boucler la boucle. Qu’est-ce que vous en tirez ? 

 

Je trouve qu’il y a de très bons joueurs en France, on voit que la Fédération Française a fait un gros travail sur la formation, qu’il y a plus de plaisir, que ça va plus vite, que les joueurs a 20 ans peuvent déjà être prêts pour jouer tout en haut de l’affiche. Ça, en tous cas, c’est une satisfaction car, si vous regardez bien, nous, nous jouions en équipe de France à 30 ans et il fallait déjà avoir fait une dizaine de matches en Coupe d’Europe. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas parce-que la formation est performante et c’est toujours un plaisir de regarder le Top 14 comme la Pro D2. 

 

Et bientôt la Nationale

 

Et la Nationale, oui. Je me posais la question sur le championnat, le calendrier et comment il allait être composé. 

 

Ces problèmes calendaires vont être le grand débat des semaines et des mois à venir avec cette volonté de World Rugby d’harmoniser les deux hémisphères

 

Et oui, on verra

 

Nous verrons encore une fois à quelle sauce vont être mangés le rugby amateur et le rugby semi-professionnel 

 

Le changement peut faire du bien, à nous de nous adapter au mieux et de tirer les conséquences de tout cela tout en se remettant en question chaque année pour pouvoir être au mieux chaque saison. 

 

On vous remercie pour cette interview et on vous souhaite le meilleur pour ce come-back à Bourillot, sur votre terrain de jeu d’enfance quasiment

 

Merci beaucoup 

 

 

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-23-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Benjamin Noirot lors de l’émission le #MagSport du 23 juin 2020.

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