#Rugby – Fed1 / P.Laurent (SAT) : «On avait pris le club en série avec une bande de copains, on est arrivé en Féd1»

Le président du SA Trélissac, Pierre Laurent, a quelques jours d’une passation de pouvoir en douceur, à bien voulu nous faire un point sur la situation du club. Pour celui qui pendant 12 ans a présidé les destinées du club de la Dordogne, le bilan est des plus probants avec une finale de Fédérale 1 Jean Prat en 2018, et même une invitation dans la nouvelle poule nationale, il y a quelques jours de cela. Malgré le refus d’intégrer ce championnat passerelle, le SAT a vécu ce droit d’accès comme un honneur et une récompense pour le labeur effectué depuis des décennies, et a tenté par ce prisme un rapprochement avec les voisins de Perigueux. Mais pour cette entité ou l’ADN rugby village est vivace, passé l’emballement médiatique, et les sarcasmes « d’ami(e)s qui vous veulent du bien » , la saison 2020-2021 en fédérale 1 classique, laisse entrevoir des perspectives sportives fort intéressantes. Focus sur un président qui va passer la main à la nouvelle génération, mais qui restera auprès d’un club devenu une seconde famille, pour chapeauter le domaine sportif.

Pierre Laurent, comme tous les 18 premiers du classement national de Fédérale 1, vous avez reçu lors du séminaire de la FFR en visio-conférence une invitation pour aller en Nationale 1. Qu’en est-il à Trélissac et est-ce que votre club va plonger dans cette nouvelle Nationale et relever ce défi ?

Dans un premier temps, Trélissac a été agréablement surpris par cette invitation à participer à cette poule Nationale. Le classement national étant ce qu’il est à ce moment de la saison, cette dernière n’étant pas terminée, ça donne ce résultat. Maintenant, pour un club comme Trélissac qui est un petit village gaulois du Périgord, il va de soi que nous avons un petit budget. Il est très difficile pour nous de pouvoir accéder à cette poule, déjà financièrement. Il est sûr que cette année, on se l’est pelé sportivement mais cela va être très difficile économiquement. En plus, dans le bassin économique de l’agglo, il y a beaucoup d’associations, comme dans beaucoup de villes mais l’agglomération n’est pas très importante. Il y a une équipe de basket à Boulazac, juste de l’autre côté de la rivière, en Jeep élite, il y a le CA Périgueux qui est maintenant au même niveau que nous en Fédérale 1, une équipe de football à Trélissac qui prétend monter en Nationale. Pour le bassin économique et compte-tenu du contexte actuel avec ce qui est arrivé avec le Covid, il va être très difficile d’aller solliciter nos fidèles partenaires et nos sponsors à hauteur de ce qu’ils nous aidaient avant sachant que cela va être compliqué pour eux.

Cette division Nationale n’arrive peut-être pas à point pour essayer de re-fédérer les partenaires vers un nouveau challenge avec une visibilité accrue pour le Périgord ? On sait que cette division Nationale sera sûrement médiatisée et il y a aura aussi sûrement un enjeu sportif qui pourra permettre aux partenaires de venir ?

Bien sûr mais aujourd’hui, les entreprises et les commerces sont plus dans l’interrogation qu’autre chose. Ayant moi-même une entreprise, c’est très, très compliqué. Bien évidemment qu’il faut vivre avec l’avenir, le présent étant ce qu’il est mais ça va quand même être difficile. Aujourd’hui, nous sommes en Fédérale 1, notre staff est en place, notre recrutement est quasi terminé, être invité à ce niveau nous fait très plaisir. Sportivement, on aimerait bien relever le défi mais clairement, nous allons décliner l’offre.

Pour monter dans cette division, il faut quand même être outillé ?

Il faut être outillé parce qu’il y a des équipes, comme Albi, qui sont déjà équipées Pro D2. Nous, nous sommes trop justes financièrement pour y prétendre.

Donc, Trélissac a décliner l’offre ?

C’est ce que nous avons fait, oui.

Vous avez peut-être pensé que c’était un cadeau empoisonné ou une marche prise trop tôt cette année ?

Non, ce n’est pas un cadeau empoisonné. Nous étions très flattés et tout à fait contents d’être invités, c’est le classement national qui fait ça. Mais, comme on dit, il faut savoir raison garder (rires). Je pense que la marche est un peu haute pour nous.

Est-ce que vous pensez que, si vous aviez accepté la proposition de la FFR, ça aurait pu mettre votre club en danger en allant un peu trop vite un peu trop tôt ?

Absolument et c’est pour cela que nous avons décliné l’offre. C’est dommage qu’on ne l’ait pas su plus tôt dans le sens où, peut-être qu’en mutualisant les moyens avec Périgueux, ça aurait pu être possible.

Mutualiser les moyens, c’est imaginer une fusion ou une entente avec Périgueux ?

Exactement, pour faire un grand club de l’agglomération périgourdine. Là, je pense que c’était tout à fait possible.

Est-ce que vous pensez que ceci arrive à terme serait le sens de l’histoire ?

Périgueux ayant des moyens et nous des moyens financiers moindres mais, sportivement, nous pouvions les faire Périgueux de notre acquis sportif, je pense donc que c’était bien.

Comment sont les relations entre Périgueux et Trélissac maintenant que les deux vont se frotter en Fédérale 1 ?

Elles ne sont pas mal, chacun vit sa vie de son côté. C’est dommage parce-que, si vous connaissez un peu la région, c’est petit. Trélissac est un village et Périgueux n’est pas si énorme que cela.

Ce côté village, comme nous le disait Sylvain André récemment, c’est l’ADN de Trélissac. Vous allez continuer à le cultiver en Fédérale 1 et en plus, ce petit village en Fédérale 1 pourrait avoir cette année de belles chances de faire une belle aventure humaine ?

Oui, c’est ce que l’on cherche tous les ans. On a un petit peu l’esprit famille qui fait que notre club avance.

On a vu sur les réseaux sociaux que vous aviez aussi profité de cette Nationale pour lancer un appel aux partenaires en leur disant  » attention, venez aux côtés de Trélissac, nous sommes attractifs. Nous sommes invités dans cette Nationale, pensez à nous et venez « . Comme on dit, vous avez remis un petit coup de klaxon ?

Ca nous fait un beau coup de pub, c’est pour cela.

On va aussi parler de l’avenir de Trélissac. Vous n’allez pas tarder à passer la main, vous auriez dû déjà l’avoir fait mais comme le Covid est passé par là, vous n’avez pas pu faire l’Assemblée Générale. Il ya aussi une fin de cycle sportif puisque Sylvain André a raccroché les crampons d’entraîneur et pas mal de changements au niveau joueurs. Quelles sont les perspectives pour Trélissac dans les mois à venir et avec ce nouveau cycle ?

Le club est en train de prendre un virage. Nous avons rajeuni les troupes, on essaie de faire monter les jeunes de chez nous qui ont le niveau. Le recrutement est très, très jeune mais malgré tout avec des qualités. Donc, on va essayer de s’en sortir avec ça, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas.

La Fédérale 1 d’aujourd’hui va de plus en plus ressembler à la Fédérale 1 que vous avez connue en 2018, année où vous êtes allés en finale contre Lavaur. Refaire ce genre de parcours est maintenant dans votre objectif et votre carnet de route ?

Nous n’avons pas l’habitude de fonctionner comme cela. Notre ambition est toujours de viser le maintien le plus tôt possible et après, l’appétit venant en mangeant, on joue match après match, comme on l’a fait il y a deux ans. On ne lâche rien ce qui fait que, par moment, ça nous permet de rattraper des matches perdus à l’aller avec parfois un écart de points un peu important. Et, quand on rejoue chez nous, les mecs sont sublimés et, avec le public, on arrive à renverser des montagnes. Par exemple, à la Seyne-sur-Mer, on avait perdu de 15 points chez eux et gagné chez nous de +17 sur une pénalité dans les derniers instants. C’est la magie du sport.

Et des phases finales. Vous qui n’étiez passé à rien, j’imagine que, dans la tête des joueurs, le fait de ramener le bout de bois doit encore trotter dans les têtes ?

Oui, c’est l’ambition de chaque joueur. C’est vrai que nous étions passés très, très près mais bon, c’est comme ça, c’est la loi du sport.

Lorsque vous vous êtes positionnés sur les réseaux sociaux en disant que vous pourriez peut-être être intéressés par la Nationale, quelques esprits chafouins ont émis des commentaires désagréables en disant  » que fait Trélissac ? Pourquoi y vont-ils ? « . De un, comme je le disais, vous vous l’êtes pelés sur le terrain et de deux, on pourrait rappeler à ceux qui ont la mémoire courte que, l’année dernière, vous êtes la seule équipe à avoir battu Rouen ?

Absolument.

Donc, ça donne quand même la valeur de cette équipe de village avec un rugby un peu  » d’antan  » où une bande de copains arrive à soulever des montagnes ?

Exactement. Le rugby, c’est beaucoup dans les muscles mais ça se passe aussi beaucoup dans la tête.

Et le supplément d’âme comme on dit ?

Voilà, l’âme, moi, je l’ai dans la tête (rires)

On va finir par une question un peu plus personnelle. Cela ne vous fait pas un pincement au cœur de passer la main dans ce club qui est très, très famille ? On sait qu’il y a encore la famille Daudou qui est au soutien et qui fait partie de l’ADN de ce club. Même si j’imagine que vous ne resterez pas loin du club, passer la main doit quand même un peu vous fendre le cœur ?

Cela fait 12 ans que j’y suis, on avait pris le club en série avec une bande de copains, on est arrivé en Fédérale 1 et même invité à participer à la poule Nationale. Je serai toujours autour du club, toute la famille est dans le rugby, mes petits-enfants jouent, commencent à grandir et vont devenir intéressants, je m’en occupe. A un moment donné, disons même que je vais avoir un peu de soulagement parce qu’administrativement, c’est compliqué. S’occuper d’un club, c’est du boulot, il y a beaucoup de travail. On ne prend pas toujours que du plaisir, même si on le fait quand même, mais c’est du boulot. Il y a une nouvelle équipe avec des jeunes qui va se mettre en place avec plein d’envie et d’enthousiasme. On les aidera sans problème, tout le monde va essayer de tirer la charrue dans le même sens.

En clair et pour résumer, vous prenez votre retraite de président mais vous passez le flambeau la conscience tranquille parce qu’il y a du boulot qui a été fait à Trélissac et que vous avez gravi des marches ?

C’est exactement ça.

On vous remercie d’être venu nous parler de l’avenir de Trélissac et de ce tournant du rugby français avec la création de cette Nationale où vous avez été invités. Mais, la voix de la sagesse l’a emportée en disant  » pas cette année, peut-être dans le futur « . Qui sait, dans deux ou trois ans ?

Ce sera peut-être plus difficile mais bon …

Qui sait, s’il y a la fusion avec Périgueux, ça peut être dans un futur proche ?

Globalement, je pense que Périgueux vont y arriver tout seuls. Mais, c’était vraiment une opportunité, avec la création et l’invitation, c’était plus facile.

Ça permettait de porter très haut les couleurs du Périgord ?

Exactement

On vous remercie et on souhaite une belle saison au SAT pour cette première saison post-coronavirus

Je vous remercie

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-9-juin-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Pierre Laurent lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 9 juin 2020.

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