#Rugby / P.Folliot (Amicale Parlementaire) : «Sans ce socle du rugby amateur, il n’y a pas de rugby pro, il n’y a pas de rugby du tout!»

Nous avons reçu lors de notre émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 26 mai 2020 le député du Tarn et président de l’amicale parlementaire de rugby Philippe Folliot. Pour cet amoureux de ballon ovale et de son territoire, les problématiques actuelles liées au Covid 19, l’amène lui ainsi que l’ensemble des parlementaires à se porter forces de propositions pour trouver des perspectives éclairantes et structurantes. Focus sur un président de l’amicale parlementaire du Rugby, qui vient au déblayage dans n ruck financier et sanitaire qui fait vaciller l’ovalie.

 

 

On sait que vous êtes le président du XV Parlementaire, qui est bien sûr un groupe force de propositions à l’Assemblée Nationale et au Sénat sur l’ovalie et sur le rugby. Dans cette crise du coronavirus, l’amicale du XV Parlementaire est au soutien, voire même à la relance ? 

 

Effectivement, l’Amicale Parlementaire du Rugby s’est saisi un petit peu de la situation. Nous avons organisé deux réunions par visio-conférences, une avec la Ligue autour du président Paul Goze et une autre avec la Fédération autour du président Bernard Laporte. Au sein de l’Amicale Parlementaire de Rugby, nous sommes toutes et tous conscients que notre sport se trouve un petit peu à la croisée des chemins à bien des égards et que cette crise met quand même en grande difficulté l’ensemble du rugby mais plus particulièrement le rugby professionnel. Nous sommes tout à fait conscients qu’il y a nécessité d’un accompagnement si on ne veut pas qu’une grande partie des clubs de Top 14 ou de Pro D2, voire de niveau fédéral, ne se retrouvent dans une situation de dépôts de bilan et c’est un peu ce qui menace, à certains égards. A partir de là, nous sommes intervenus auprès des pouvoirs publics et au niveau de trois ministres plus particulièrement pour essayer d’accompagner et d’appuyer par rapport à cette situation parce-que ça nous paraît important et essentiel de le faire dans ce moment difficile. 

 

La grande menace qui pèse sur le rugby professionnel, ce sont les matches à huis-clos. Est-ce que c’est une donnée que vous avez rentré dans vos paramètres de réflexion ? 

 

Oui, tout à fait. Les trois démarches que nous avons engagées se situent à trois niveaux. C’est tout d’abord auprès du ministre de la Santé pour pouvoir débloquer les tests assez rapidement afin que les joueurs puissent être testés toutes les semaines pour que les protocoles de reprise en 6 phases puissent se dérouler dans de bonnes conditions. Sachant que les clubs ont dit qu’ils prendraient ces tests en charge financièrement, c’est une mesure à coût nul pour l’Etat. L’objectif par rapport à cela est de faire que cela puisse se lancer le plus rapidement possible et nous avons bon espoir de réussir par rapport à cette première mesure. La seconde mesure est par rapport à la problématique du chômage partiel à savoir de demander une prolongation de ce dernier jusqu’à ce qu’il puisse y avoir la reprise des compétitions. En fait, les clubs vont aujourd’hui reprendre l’entraînement, ce qui va du reste être plus long qu’en temps normal, mais ils n’auront aucune rentrée financière, que ce soit en droits TV ou en hospitalité au stade et autres. Donc, c’est aussi un point sur lequel nous espérons avoir de bons retours parce-que cela nous paraît être un élément essentiel. Le ministre du Travail a été sensibilisé par rapport à un courrier qui a été cosigné par les parlementaires de toutes les tendances et de tous groupes politiques pour pouvoir aboutir à cette mesure. La troisième mesure sur laquelle nous nous battons, c’est d’essayer de faire en sorte qu’il puisse y avoir un accompagnement fiscal pour les entreprises qui souhaiteraient continuer à aider les clubs de rugby. Là, c’est un petit peu plus compliqué parce qu’on ne peut pas différencier le rugby d’autres sports ou le sport d’autres activités type culture donc, c’est vrai qu’il va y avoir des enjeux par rapport à cela. Mais au moins, ce que l’on souhaitait, c’est par rapport à des entreprises qui avaient pris des engagements qui, finalement, n’auront pas pu être respecté par les clubs parce-que la saison précédente a été arrêtée plus tôt que prévue. Donc, en fonction de cela, on aimerait que les engagements qui ont été pris en termes de soutien publicitaire puissent être reconduits sous forme de mécénat pour les entreprises, ce qui leur permettrait de pouvoir économiser 60% de charges. Je pense que ça pourrait être une bonne mesure mais ça risque d’être un peu plus compliqué parce-que, comme je vous l’ai dit, limiter les choses au rugby ou au seuls sports professionnels ne va pas être simple. En dernier point, je pense qu’il faut que l’on ait conscience du fait que le rugby est totalement différent du football. Si le football vit grâce à ses droits TV, pour le rugby, c’est en moyenne 20% du budget des clubs professionnels. Et donc, en fonction de cela, une reprise du championnat à huis-clos serait complètement catastrophique. Je pense que les pouvoirs publics ont été sensibilisés par rapport à cela. Il faut que, non seulement, cela puisse se jouer devant public mais devant un public quasiment normal, je crois que ça, c’est un élément essentiel. Ça impliquera peut-être que tous les spectateurs viennent masqués au stade, du moins, il y aura sûrement un certain nombre de mesures à prendre en matière d’accompagnement par rapport à cela mais je crois que c’est un élément important. Car, un rugby qui se joue à huis-clos, c’est la mort économique assurée d’un nombre de clubs, c’est peut-être la fin de notre championnat et avec toutes les conséquences catastrophiques que cela peut avoir à trois ans de la future Coupe du Monde de rugby. Donc, je crois qu’il y a nécessité de se mobiliser et c’est le sens de l’action que nous avons menée au niveau des parlementaires par rapport à cela. 

 

On a entendu des clubs qui évoluent en Fédérale 1, entre autres Cognac qui l’a dit via son manager Christophe Hamacek, mais aussi Châteauneuf-du-Pape, Beaune, et à Nuits-Saint-Georges aussi, le fond de la pensée doit être le même, dire qu’un petit aménagement de la loi Evin sur des territoires viticoles comme le sont Cognac ou Beaune, ça pourrait permettre aux clubs d’avoir de nouvelles mannes financières parce-que certains dénonçaient l’hypocrisie de la loi Evin. Ça n’empêche pas des clubs français d’aller jouer la Heineken Cup, par exemple ? 

 

C’est vrai qu’on est dans l’hypocrisie puisqu’on ne parle jamais d’Heineken Cup mais de H Cup alors que tout le monde sait qui est derrière le H en question. C’est une question, c’est comme la possibilité qui puisse être donnée de pouvoir vendre de l’alcool dans les stades. Je pense que ce sont des éléments importants qui font que toute cette économie autour du rugby doit pouvoir fonctionner de la meilleure façon qui soit. Nous, parlementaires, nous devons essayer de  » mettre de l’huile dans les rouages  » de telle sorte que, finalement, les choses puissent se passer au mieux. 

 

On entend aussi un bruit qui monte des entrailles du rugby français, c’est à dire de la Fédérale 1, ce championnat de brassage. On parle de fracture, non pas sociale mais peut-être sociologique entre pros et amateurs. Au milieu, il y a Albi, un club de votre circonscription, et Massy qui voulaient monter en Pro D2. La Ligue a refusé et s’est refermée sur elle-même. Temporairement, le lien entre les amateurs et les professionnels est rompu. Qu’en a pensé l’Amicale du XV Parlementaire et quelle réflexion cela vous a t’il amené ? 

 

L’Amicale Parlementaire de Rugby a pris position sur un principe de toujours qui est de défendre l’idée d’avoir un échelon intermédiaire entre la Fédérale 1 et la Pro D2 parce-que la marche est trop haute. On le voit aujourd’hui, les deux clubs qui étaient en situation de relégation de Pro D2 cette année sont les deux clubs qui étaient montés l’année dernière, à savoir Valence-Romans et Rouen. L’autre point, c’est qu’une Fédérale 1 avec de tels écarts entre des clubs qui sont totalement amateurs avec des joueurs qui s’entraînent trois fois par semaine et de l’autre côté, des professionnels, cela donne des matches très déséquilibrés et somme toute, pas très intéressants. Donc, pour nous et sur ce principe-là, c’est un accompagnement positif au regard de cette future division intermédiaire, qu’elle s’appelle Nationale, Pro D3 ou je ne sais pas comment. Ceci étant dit, le député du Tarn Philippe Folliot, lui, est navré par rapport à cette situation parce qu’Albi a été victime d’une injustice flagrante l’an passé. Malheureusement, la situation fait que les chances qui pouvaient être celle d’Albi de remonter cette année n’ontfinalement pas lieu. Donc, c’est une forme d’injustice et moi, je le regrette, parce-que je pense que le rugby professionnel a toute sa place à Albi. C’est le 2e club de mon cœur avec le Castres Olympique et je regrette bien vivement. Après, les choses sont ce qu’elles sont mais malgré tout, je pense que la situation, et on l’avait vu l’an passé, d’avoir finalement une saison qui se joue sur deux matches, c’est jouer son avenir aux dés et ça a été le cas. Je ne sais pas si, à terme, on n’ira pas vers d’autres systèmes avec véritablement trois échelons professionnels à 12 clubs, car il va probablement falloir resserrer le Top 14 pour gagner des dates et pouvoir faire Coupe d’Europe, Coupe du Monde des clubs, les problématiques internationales. Je ne sais pas s’il n’y a pas non plus une option dans un cadre comme ça qui appartiendra aux instances concernées, Ligue et Fédération, de pouvoir en parler. Au niveau de l’Amicale Parlementaire de Rugby, nous allons de toute manière continuer ces échanges avec d’une part l’Union Professionnelle des Clubs de Rugby que nous allons auditionner très prochainement mais aussi avec le syndicat Provale début Juin, ce qui nous permettra d’échanger avec les clubs et les joueurs pour également avoir leurs analyses sur ces enjeux. Le dernier point sur lequel je voudrai insister, c’est que finalement, si cette crise permet de régler un certain nombre de problèmes, et notamment la problématique de l’adaptation du calendrier international entre le Nord et le Sud et le fait que World Rugby veuille se préoccuper de cela, ça serait peut-être une bonne chose. Profiter de cette situation de crise pour remettre à tous les niveaux un peu d’ordre dans tout ça pour que notre sport puisse se re-projeter dans l’avenir de la meilleure façon qui soit. 

 

La question que je vais vous poser concerne plus le député du Tarn que le président de l’Amicale Parlementaire. Il y a aussi un rugby amateur qui est le maillage sportif de notre département avec des clubs comme Saint-Juery, Gaillac, Graulhet, Mazamet ou encore Lavaur. Est-ce que vous avez des inquiétudes pour ce rugby amateur qui a lui aussi des problématiques par rapport à cette crise du coronavirus ? 

 

Bien entendu. Il y a deux types d’inquiétudes dont les inquiétudes sanitaires par rapport aux éléments de reprise mais cela est vrai pour un club de rugby comme pour une association culturelle ou dans le cadre d’une entreprise et autres avec par contre un élément de différenciation. Par définition, le rugby est un sport de contact donc qui, dans son essence même, nie les gestes barrières puisque l’objectif est d’aller au contact. Et, même si on peut faire de l’évitement, en tous cas pour l’attaque, l’objectif pour la défense est d’aller au contact. 

 

Les petits clubs comme Sor-Agout par exemple, n’auront pas les moyens d’aller acheter des tests pour que toute leur école de rugby et que tous leurs joueurs puissent jouer ? 

 

Non, c’est clair. En fonction de cela, il y aura des éléments d’adaptation qui vont faire qu’en accord avec les services de l’état, s’il y a un cas suspect, il y aura dépistage massif et généralisé de l’ensemble des personnes qui auront été concernés. Pour l’instant, c’est un peu tôt parce qu’on n’a pas encore vu les effets du déconfinement. A l’heure actuelle, tout se passe bien, la situation sanitaire est maîtrisée dans notre département donc on espère que cela va continuer. Si ça continue, je crois que ça ouvrira quand même un certain nombre de perspectives parce qu’il faut pouvoir revenir à la normalité car c’est important. C’est important pour ceux qui jouent, pour les éducateurs, pour les dirigeants des clubs, pour les spectateurs aussi, qu’on puisse retrouver cela. Sans ce socle du rugby amateur, il n’y a pas de rugby professionnel, il n’y a pas de rugby du tout. Donc, il est essentiel de le préserver et d’essayer de faire en sorte que les choses puissent fonctionner dans de bonnes conditions et le plus rapidement possible. 

 

Est-ce que vous pensez qu’avec les mesures gouvernementales qui sont mises en place actuellement et le travail des Fédérations, les compétitions pourront reprendre mi-Septembre comme cela a été envisagé et que le supporter du CO que vous êtes pourra vibrer à Pierre Antoine dans un stade comble ? 

 

Je l’espère et en tout état de cause, on fait tout pour essayer d’accompagner à ce niveau-là parce-que c’est un élément important de la vie de nos territoires. Et puis, ne l’oublions pas, il y a une dimension économique et sociale liée au fait que ce sont quand même des entreprises de plusieurs dizaines de salariés et qui ont un impact sur l’économie locale. Il y a aussi un élément essentiel qui est le fait de pouvoir se retrouver ensemble après cette période où chacun a été dans son coin. Le fait de pouvoir se retrouver au stade va quand même être un élément et un signal fort d’un retour d’une forme de normalité, qui ne sera jamais totale tant que nous n’aurons pas trouvé le vaccin. Mais, en tout état de cause, je pense que c’est un point important. 

 

J’espère que quand vous rencontrerez l’UPCR, en bon député du Tarn que vous êtes, vous ferez remonter le petit ressentiment qu’à le Sporting Club Albigeois par rapport au vote de l’UPCR qui a refusé au SCA l’accès à la Pro D2

 

Je le ferai avec tact, doigté mais aussi fermeté

 

On n’en doute pas et on vous remercie d’avoir répondu à nos questions

 

Merci beaucoup

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-26-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Phillipe Folliot lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges » du 26 mai 2020.

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