#Rugby – Fed1 / V.Lagasse (Drancy) : «C’est l’année pour tester des choses!»

Le manager du RC Drancy, Vincent Lagassé est venu participer à notre débat sur la réforme de la fédérale 1, avec son franc-parler légendaire. Tout en mettant un tampon à la formation à la Française, celui qui va entamer une seconde saison avec l’équipe de Seine Saint-Denis, espère que la ProD3/Nationale 1 voit le jour, pour permettre aux petits clubs comme le siens, d’exister dans une fédérale1 « light ».

Vincent Lagassé dans son Tarn natal, en compagnie de son fidèle taureau qu’il prénomme « Pageot »/ Crédit photo Lagassé

Vincent, ton point de vue est un peu différent car tu as vécu une saison un peu galère avec Drancy. De voir les pros  » s’échapper « , ça te fait un appel d’air et un peu de bien ? 

 

VL (Drancy) : Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que, quand on parle de division semi-professionnelle, on voit souvent le verre à moitié plein. Il faut aussi regarder celui à moitié vide c’est à dire que, qui dit semi-professionnel dit aussi semi-amateur. Nous, la plupart de nos joueurs sont pluriactifs, voire même actifs, et ce côté un peu  » esprit Coupe de France  » que l’on a rencontré avec un club de Drancy, qui montait de Fédérale 2, et qui joutait contre de belles équipes comme Massy, Dijon, Chambéry avec des débats qui étaient déséquilibrés, ça va un peu. C’est stimulant de se confronter à de grosses équipes mais quand vous n’êtes pas équipés pour le faire et que vous voyez de tels déséquilibres, à l’image d’autres poules avec Mazamet, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait cette année les frais de cette exigence et de cette disparité de niveau. Ce débat, tu l’as eu toute l’année, il a existé tous les samedis et tous les dimanches en Fédérale 1. Il y a un réel écart et un réel fossé entre des équipes qui sont semi-amatrices et d’autres qui sont semi-pros voir professionnelles. Donc moi, je suis favorable à la Pro D3, tout simplement parce-que de façon ascendante, ça peut aussi permettre à un club de se préparer au mieux à la Pro D2. Je laisse les critères d’exigence et les ressources aux spécialistes, de définir en quoi un club peut être en Fédérale 1, en Pro D2 ou en Pro D3 ne relève pas de mes compétences. Mais, je suis favorable à retrouver une Fédérale 1 où il y a plus d’équilibre, plus d’homogénéité et où, finalement, l’équité sportive peut être respectée. Le président de Saint-Jean-de-Luz a décrié plusieurs annonces qui ont été faîtes. Moi, je pense que la crise sanitaire et le Covid-19 doivent justement permettre de tenter des expérimentations et de partir sur de nouvelles formules mais, encore une fois, il faut le faire avec une certaine communication. Il ne faut pas dire qu’on réforme, il faut dire qu’on expérimente et je pense que la pilule sera mieux avalée.  Ceci est mon point de vue par rapport à la communication de Bernard Laporte et je crois que c’est l’année pour tester des choses et des choses qui soient faîtes en concertation, en écoutant ce que les clubs ont à dire et, à partir de là, trouver un consensus. Mais, je pense que la saison 2020-2021 pourrait faire l’objet d’expérimentations, dont la Pro D3. 

Vincent, avec le nombre d’équipes qui montent de Fédérale 2 et avec les gros qui s’en vont, tu espères peut-être jouer un peu plus haut et aller décrocher une place en Du Manoir ? Pour Drancy, cela peut être une porte qui s’ouvre ? 

 

VL (Drancy) : On s’aperçoit avec ce débat qu’il y a des gestionnaires, des présidents qui sont eux préoccupés par les ressources du club et c’est à juste titre. Et puis, il y a des spécialistes du sport et on s’aperçoit que les préoccupations sont différentes. Bien évidemment que la conjoncture fait que les clubs de rugby, qui sont des associations lorsque vous n’êtes pas professionnels, tout comme les entreprises ou les autres associations, subissent cette crise sanitaire. On en revient toujours à la même chose, on peut tourner pendant des heures autour du pot à moitié vide ou à moitié plein, ce qui est primordial, ce sont les finances. Donc, si vous jouez en Fédérale 1, en Pro D3, en Pro D2 et que vous êtes le plus petit budget, c’est malheureusement compliqué sur toute une quand le débat est déséquilibré. Je vais donner un exemple simple : cela fait 3 / 4 mois que je cherche désespérément un droitier. Si vous voulez trouver un droitier français, vous êtes vraiment ambitieux parce qu’on n’a pas de droitier français morpho-type. Ensuite, ceux qui sortent d’espoirs ne sont pas prêts, ils réclament de l’argent. Il y a aussi le fait qu’un joueur peut être attiré par un endroit, les montagnes de Chambéry, l’Île-de-France, pour toutes les bonnes choses qu’il y a aussi ou Saint-Jean-de-Luz et le Pays Basque pour la mer. Mais je crois que, si vous n’avez pas 1 500€ dans la tirelire sur 10 mois pour un droitier, vous vous tirez une balle dans le pied. Moi, je préfère ne pas être hypocrite avec tout ça. C’est bien d’entraîner des joueurs, c’est bien d’être persévérant et de chercher la performance mais quand vous avez des joueurs qui ne sont pas prêts dans une division, que ce soit la Fédérale 1, la Pro D3, la Pro D2, et qui travaillent à côté face à des joueurs qui sont prêts, qui ont connu le haut-niveau et qui en plus ne travaillent pas, le débat est là. Que vous ayez été victimes du coronavirus par rapport à vos budgets respectifs, tout le monde a été imputé, tout le monde est en difficulté. Maintenant, je crois que les cases à remplir ne sont pas forcément des centres de formation ni le nombre de licenciés à l’école de rugby, c’est l’argent. Combien avez-vous de budget ? La Fédé établit une grille sur combien il faut pour jouer en Pro D2, combien il faut pour jouer en Pro D3 et combien il faut pour jouer en Fédérale 1 et à partir de là, les choses vont s’équilibrer. Je suis un défenseur des valeurs  » Coupe de France  » au foot c’est à dire le petit qui va chatouiller le gros. Je peux vous dire que, quand j’ai joué Massy et Suresnes, moi, je croyais qu’on pouvait gagner parce-que, si tu n’es pas sportif et compétiteur, tu ne fais pas de rugby. 

 

Tu as un peu gagné à Suresnes, tu as gagné la bagarre

 

VL (Drancy) : (rires) Le président de Saint-Jean-de-Luz disait qu’il n’y avait pas de monde au derby Suresnes / Massy. J’y suis allé en voisin et il y avait du monde malgré les mauvaises conditions. Je ne vais pas défendre le rugby d’Île-de-France mais, en tant que tarnais pur souche, je peux vous dire qu’il y a quand même de beaux derbys, du public, de l’engouement autour du rugby. Il y a des clubs qui réfléchissent, qui essaient de progresser, l’exemple de Suresnes est quand même parlant. Je dirai que, peut-être que ce n’est pas le moment par rapport au timing et que tous les budgets sont revus à la baisse, mais que maintenant, il faut vraiment se pencher sur la question de  » qui a combien ?  » et du coup, avec combien pouvez-vous jouer parce qu’on ment beaucoup aux joueurs. 

Que penses-tu de la formation, tu trouves qu’elle se fait à bon escient en fédérale 1?

VL (Drancy) : A Drancy, aussi, bien entendu qu’il y a de la formation, que ça bosse bien , et qu’on crée du lien social. Avec tout ce que Franck a décrit par rapport au souci de formation et que Frédéric a bien dépeint, j’ai travaillé dans beaucoup de centres de formation et je ne fais plus de langue de bois dans ce milieu du rugby. Je n’en peux plus de l’hypocrisie et donc, je le dis : le français coûte cher, ne veut rien faire, est fainéant. Moi, j’en suis là et quand j’étais à Sud Radio il y 4 ans, j’étais le premier à dire qu’il fallait jouer avec des français, qu’il fallait qu’il y ait des quotas et arrêter de jouer avec des étrangers. Sauf que les étrangers, ils sont prêts, ils sont travailleurs et ils ne vous  » cassent pas les couilles  » donc, il faut surtout arrêter avec les centres de formation et les espoirs. Il faut déjà arrêter avec le mot  » espoir  » : ce n’est pas parce-que j’ai un blazer et une cravate que je suis un espoir du rugby français. Moi, je pense que la solution est d’avoir une passerelle et des tutorats, le tutorat le plus jeune possible, à 18 ou 19 ans avec un club de Fédérale 1 ou Fédérale 2 sans mettre la santé des gamins en danger. Mais, on doit leur montrer où ils vont mettre le nez pendant 10 ans de rugby, s’ils sont capables de tenir. Parce qu’on a tous fait ce constat des jeunes espoirs que l’on récupère : ils prennent de l’argent, ils ne sont pas prêts. Alors, qu’on arrête avec les centres de formation : quand ces derniers formeront, il y aura d’autres chiffres par rapport aux espoirs qui jouent en Top 14 mais pour l’instant, ça reste très, très insuffisant. C’est ce qui me fait rejoindre l’idée que le rugby va très mal. Nous avons des gamins qui arrivent en cadet passionnés par le rugby et avec de grands potentiels : soit ils arrêtent, soit ils se blessent, certains meurent aussi. Oui, on en est là, certains ne sont pas prêts à jouer au rugby et on les envoie sur le terrain. C’est un autre débat mais je pense que l’on travaille très mal et que l’on est un rugby très amateur en France et non pas professionnel. 

Ton jugement est dur Vincent envers la formation française, quand même?

VL (Drancy) : Soyons pragmatiques, on en revient toujours à la même chose. Si vous avez bien formé votre pilier et qu’il est prêt mais que, parce-que vous n’avez pas le budget, il travaille à côté en Fédérale 1. Et qu’en face, vous avez un club qui a un budget, qui a aussi bien formé son jeune, qui a un gaucher et un droitier français bien formés à leurs postes. Du coup, il y en a un qui a les moyens de faire en sorte que son gaucher soit professionnel, c’est à dire qu’il ne travaille pas la journée, qu’il fait 2h de rugby ou de musculation par jour ou d’analyse vidéo, il développe son aspect perspectif, son acuité visuelle, son aspect cognitif. Et l’autre, il a bossé à l’usine à Issoire à 6h du matin et pourtant, il a été formé au centre de formation de Clermont, il a de très bons tests, Franck Azéma était content mais on le renvoie à Issoire, il est prêt, il sort d’espoirs. Mais, on en revient toujours à la même chose, à cet aspect quantitatif : le fait d’avoir ou pas les moyens de mettre le joueur dans le confort. Et là, je ne parle pas de leur filer des bagnoles avec un autocollant du club qui est la cerise sur le gâteau pour le sentiment d’appartenance. Ou encore, comme j’ai pu le voir à Dijon ou à Chambéry, des structures qui sont magnifiques et qui sont de véritables outils de rugby professionnel. Encore une fois, si vous n’avez pas l’argent, que vous avez un petit algeco et que votre joueur a travaillé toute la semaine, il est fatigué le soir et ne va pas s’entraîner pareil. Du coup, le dimanche, il est  » rincé  » et en plus, il faut parfois rajouter le trajet à faire, J’en reviens à ça, on peut faire tous les débats que l’on veut sur la formation et sur ce qu’on veut : soit vous avez des joueurs dans un confort maximal, soit vous avez les autres qui sont à l’usine. Et quand vous mettez face à face ces deux publics-là, oui, il y a danger. 

Ce qu’à fait Rumilly pour son retour en fédérale 1 (6 ex æquo), ça t’inspire ?

 VL (Drancy) ; Je m’intéresse beaucoup aux clubs qui réussissent et effectivement Rumilly, qui a été promu au même titre que Drancy, a eu des résultats en Fédérale 1. Ça m’intéresse vraiment de savoir combien de contrats pros ils ont, combien de joueurs sous licences B ou C ils ont et ensuite, surtout, combien de joueurs formés à Rumilly ?

Ils ont quand même battu des équipes comme Suresnes ?

VL (Drancy) : Suresnes a le mérite de jouer avec beaucoup de joueurs français, c’est la première des choses. Donc, c’est sûr que les Fidjiens, les Géorgiens et les Néo-Zélandais de Rumilly étaient en forme ce jour-là. 

 

 Ils n’étaient pas titulaires, , Vincent, tu en as pour ton argent .. (rires)

 

VL (Drancy) : (Rires) Ils y sont quand même et on ne s’y trompe pas, Rumilly sait parler de formation mais aussi aller chercher  ce qui va bien la première année pour se maintenir en Fédérale 1. C’est une belle opération et une belle manœuvre. Je ne vais pas surenchérir par rapport à Suresnes, je pense que c’est un club qui s’est construit sur la durée, qui pèse lourd mais qui a d’énormes moyens financiers. C’est un club avec lequel il faudra compter à l’avenir parce qu’au-delà de l’attitude et de ce que le club peut dégager, je crois qu’on a tous compris qu’ils sont un peu imbus de leurs personnes quand ils se déplacent à l’extérieur. Ce qu’il faut retenir, c’est que le rugby reste quand même un sport de combat et qu’on le voit en Fédérale 1 avec ce que peut susciter ou générer Saint-Jean-de-Luz, Issoire à la maison. Ça reste important et je crois que c’est ce qu’il faut garder dans notre rugby et dans notre Fédérale 1. C’est cette histoire de fierté à domicile, là on est dans du rugby et là, c’est important d’avoir un sentiment d’appartenance. Je crois que Saint-Jean-de-Luz bénéficie d’un bassin comme il ‘a dit : quand tu nais au bord de l’océan, avec la montagne et l’Espagne à côté, que tu as du rugby partout et que tu as envie de mourir pour le maillot, ça n’existe pas partout. Il y a des territoires qui sont beaucoup plus compliqués à développer mais ne croyez pas que je baisse les bras sinon, je serai redescendu dans ma campagne et je serai dans un club chez moi, dans ma région du Tarn. Je pense qu’à Drancy, dans le 93, il y a un très beau truc à faire, on est en train d’y travailler. Je pense que Saint-Denis et Bobigny, qui sont des voisins d’à côté, sont dans le même état et je crois que, dans 10 ans, vous aurez un beau club voire un club professionnel dans le 93, avec effectivement une logique de territoire mais également une logique financière derrière. 

Vincent, quel est ton point de vue sur le débat sur la montée ou non d’Albi et Massy ? Et quelle solution préfères-tu ? 

 

VL (Drancy) : Tu veux la réponse du Drancéen ou la réponse du Tarnais ? 

 

Les deux, tu me fais un mix (rires)

 

VL (Drancy) : C’est compliqué mais le drancéen que je suis, comme je l’ai argumenté, est pour une Pro D3 pour qu’il puisse y avoir une équité sportive. Et l’ancien albigeois, joueur en entraîneur que je suis, est évidemment favorable à ce qu’Albi retrouve la Pro D2. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-15-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité de notre débat sur la fédérale 1 lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 15 mai 2020

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