#Rugby – Fed1 / F.Panafieu (Issoire) : «J’ai des garçons qui attaquent à 6h du matin à l’usine!»

Alors qu’une fracture et un débat sur la « ProD3 / Nationale1 » ébranlent le pacte social de la fédérale 1, nous sommes allés à la rencontre de Franck Panafieu , le manager de l’US Issoire. Dans le Sud – Puy de Dôme, après une 1ere année dans l’élite fédérale, ou Issoire ferraillait pour le maintien, le départ annoncé dès gros calibres vers une division intermédiaire avec le Pro D2, n’est pas pour déplaire. Mais au delà des tergiversations sur l’avenir de la fédérale 1, au cœur du massif central, à l’ombre tutélaire du grand ASM, on espère surtout s’inscrire durablement dans ce championnat. Focus avec un manager, qui fait abstraction des remous médiatiques pour renouer avec les fondamentaux.

Franck Panafieu a l’USI, un peu comme Vincent Lagassé a Drancy, vous étiez promus et vous avez découvert cette Fédérale 1 des  » brassages  » entre professionnels et amateurs, qui permettaitaussi d’aller se tester face aux grosses écuries. Que pensez-vous de cette nouvelle formule  » Fédérale 1 2020 / 2021  » qui risque de sortir dans les jours à venir ? 

 

FP (Issoire) : Au club, nous sommes très partagés par rapport à cela. Partagés parce-que, d’un point de vue sportif, nous avons été contents de recevoir des clubs comme Massy, Dijon, Chambéry qui sont de grosses écuries de Fédérale 1. On a vu qu’on a pu les accrocher à la maison, par contre, ça a été très, très compliqué à l’extérieur où ça a été 50 à chaque fois. Donc, l’après-midi est longue, le retour est long et chez nous, tous les garçons sont pluriactifs. Quand le lendemain matin, j’ai des garçons qui attaquent à 6h du matin à l’usine, si je leur dis tous les 15 jours  » on va aller à l’extérieur, on va en prendre 50 et le lundi matin, il faudra que tu sois à 6h du matin au taf. Par contre, le samedi d’après, on va essayer d’accrocher un gros chez nous « , au bout d’un moment, sur la durée, ce n’est pas jouable et en plus, on joue avec la santé des joueurs. Cette année, nous avons ciblé certains matches, à l’extérieur notamment, et moi, je préfère aller jouer à Rumilly et accrocher le match jusqu’à la dernière minute, puisqu’on y prend le bonus défensif. Je préfère, comme l’an dernier, aller jouer à Périgueux et y décrocher le match nul que d’aller à Massy et d’en prendre 50. Au niveau public, nous n’avons pas de derby dans le Massif Central en Fédérale 1 donc, nous sommes tranquilles avec ça. Le derby cette année, c’était Villeurbanne à 200 km donc, c’est réglé. Par contre, nous n’avons pas eu beaucoup plus de monde au stade pour les réceptions de Massy ou de Dijon que pour la réception de clubs d’un standing un peu moins important. On a eu la chance de faire entre 1 300 et 1 500 personnes sur tous les matches à domicile donc ce sont quand même de belles affluences. Les gens se retrouvent dans cette Fédérale 1 où les matches sont accrochés et je pense que ça tend vers la progression du joueur. On progresse quand on peut accrocher les matches que quand on en prend 50. Un point d’interrogation qui nous interpelle un peu, c’est le calendrier de cette proposition de réforme. Comme le disait Mr Bonachera, il y a 6 mois, on décide à Marcoussis de rester comme on est pendant deux ans. Après, on passe à 60, maintenant, on passe à 60 mais on va en mettre certains sur un autre standing. Tout ça est un peu compliqué à suivre et c’est vrai que je rejoins Frédéric Moine : préparer une saison avec tous ces éléments qui changent ou évoluent quasiment toutes les semaines, c’est compliqué. 

Franck, au Mag Sport, nous avons une grosse question par rapport à Issoire : à quelle sauce géographique allez-vous être mangés ? Parce-que vous êtes au milieu de tout mais en même temps au milieu de rien. Quelle que soit la poule où vous serez, vous allez faire des déplacements assez XXL ? 

 

FP (Issoire) : Oui, effectivement, côté déplacements, cela fait 5 ans que l’on passe les saisons dans le sud-ouest et l’année dernière, on y a joué toutes les phases finales. Le Pays Basque, c’est très beau, il n’y a aucun souci mais par contre, il y a 9h de bus ! Tu rentres à 3h du matin donc, c’est compliqué. Pour rebondir sur le sujet de la formation, nous, cela fait quelques années que l’on vit dans l’ombre de l’ASM. C’est une bonne ombre, il y en a qui font mal à la tête et d’autres qui font du bien. Moi, je suis très content d’être voisin de l’AS Montferrand et, depuis quelques temps, on a mis en marche un processus de formation des joueurs. Tous les bons jeunes d’Auvergne n’iront pas jouer ni ne passeront le cap à Clermont, ce n’est pas vrai et notre objectif est de travailler avec les Montferrandais et en complément de ce qu’ils peuvent proposer. C’est à dire que, depuis deux ans, nous avons fédéré un réseau d’une dizaine de clubs voisins de chez nous sur tout le département, puisque nous sommes au sud du Puy-de-Dôme. Nous sommes en train d’essayer de faire que les meilleurs jeunes jouent ensemble. Ceux qui passent le cap continuent à évoluer au plus haut-niveau de la catégorie, nationale pour les cadets par exemple. La Fédération nous a proposé pour la saison prochaine de faire les brassages en Alamercery et en Crabos. C’est une très bonne chose, parce-que ce n’est pas qu’avec Issoire et une ville de 15 000 habitants qu’on va s’en sortir pour avoir une équipe en Fédérale 1, mais l’intérêt est d’avoir les meilleurs jeunes du territoire qui jouent à leurs meilleurs niveaux. Si pour certains, leurs meilleurs niveaux est le Top 14 et la Coupe d’Europe avec l’ASM Clermont-Auvergne, tant mieux, on ne peut qu’en être fier ! De voir Alexandre Fischer, qui sort d’Issoire, rentrer au Michelin, on en est tous fiers au club. Mais pour certains, cela ne sera pas ce niveau-là et de les voir jouer en Fédérale 1 à Issoire, c’est le top. Et puis, le gros avantage, c’est que ça ramène du monde au stade parce-que les gens se reconnaissent dans cette équipe. 

 

Le sentiment d’appartenance ? 

 

FP (Issoire) : Et oui, les gens se reconnaissent. Je suis Aurillacois de cœur mais j’ai des gens qui préfèrent venir voir un match de Fédérale 1 à Issoire que d’aller voir des Fidjiens qui se rentrent dans la figure au Stade Aurillacois parce qu’à Issoire, ce sont des gamins du coin, de Vichy, de Clermont, de Brioude, de Haute-Loire, du Cantal pour certains, de la Haute-Corrèze. C’est quelque chose qui demande vraiment qu’on aille dans ce sens. Un droitier aujourd’hui, c’est 1 500€ et nous n’en avons pas les moyens. Nous avons un budget de 800 000€ avec, comme tu le disais, des déplacements qui sont longs et qui ont un coût. On ne peut pas mettre 1 500€ sur un droitier donc, on essaie d’en former trois en espérant qu’un jour, il y en ait un qui soit au niveau. 

Pour conserver cet esprit club vous devez travailler sur la formation et l’école de rugby ?

FP (Issoire) : Depuis la saison dernière, nous avons mis en place un travail spécifique sur les 1ères lignes. Et moi, je suis content quand je vois arriver sur ces entraînements spécifiques, qui ont lieu sur une séance tous les 15 jours, plus de 25 gamins de tous les clubs du secteur et de tous niveaux. On travaille séparément, par catégorie d’âges -16 et –18 mais au moins, ces garçons vont pratiquer en sécurité quel que soit leurs niveaux. Et si parmi ceux-là, il y en a un qui, un jour, se révèle être un peu plus performant que les autres et si la Fédérale 1 peut-être un niveau, ça sera très bien. Au moins, il sera préparé à jouer à ce niveau et à ce poste-là. Parce-que nous, le droitier, on ne pourra pas aller le chercher. 

Dans ce débat sur les formules de compétition, Je parle de la dialectique et surtout du champ lexical, on entend de choses fortes. Le mot  » mouroir  » est quand même sorti, c’est assez dévalorisant pour certains clubs. Je me rappelle qu’Albi a gagné à Saint-Jean-de-Luz à la 87e minute en 2019 et je peux vous dire qu’on  » faisait de l’huile  » en commentant derrière le micro. Pourtant sur le papier pas grand monde l’aurait parié , ça démontre la valeur de ces équipes. Ça vous pique quand vous entendez ce genre de propos, comme mouroir ?

 

FP (Issoire) : Quand Massy est venu à Issoire, ils nous ont aussi un peu pris pour des guignols sauf qu’à la 75e, ils avaient trois points d’avance. Ils étaient dans leur 20m et heureusement qu’on a un ou deux joueurs, je ne leur en veux pas parce-que ce sont des gamins adorables, qui ont peut-être un peu eu la trouille de battre l’ogre. Sinon, je pense qu’on pouvait peut-être les passer  » au trapèze  » comme on dit. J’aurai bien aimé aussi, que le match de Suresnes ait lieu parce-que Suresnes sont assez sûrs d’eux pour rester poli. J’aurai bien aimé qu’ils viennent à Issoire car nous, on aurait joué notre maintien ce jour-là. J’aurai aimé les voir sur le stade à Issoire avec nous qui jouions notre maintien. 

Ça aurait valu son pesant de cacahuètes comme on dit

 

FP (Issoire) : Avec nos valeurs (rires)  

On sait que la création de cette Pro D3 était assujettie à la non montée d’Albi et Massy . Vous en pensez quoi ?

FP (Issoire) : J’ai un joueur d’Issoire qui vient d’Albi, Antonin Ollier, donc pour ne pas le vexer, je dirai que je serai content qu’Albi monte mais, on prendra ce qu’il y a. Si effectivement, il y a cette Pro D3 / Nationale 1 qui se créée, ce sera plutôt meilleur pour nous, ça fera des matches un peu plus abordables. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-15-mai-2020/

Retrouvez l’intégralité du débat fédérale 1 lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 15 mai 2020.

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