#Rugby / H.Broncan : «Il est normal que le SCA ait envie de se retrouver en Pro D2»

Le sorcier gersois, Henry Broncan, nous a accordé une interview pour nous donner son sentiment dans cette situation sanitaire grave. Pour l’ex coach d’albi, de Auch ou encore d’Agen , la situation actuelle doit ramener le rugby moderne à la raison, après quasiment deux décennies d’emballement frénétiques . Henry Broncan dans ses périodes d’adversités nous délivre un message emplît de sagesse et qui porte à méditation. Celui qui est une figure tutélaire du rugby français, rappelle aux acteurs de l’ovalie, à relativiser leurs petit problèmes rugbystiques au vue des événements qui se déroulent en France et dans le monde. En grand passionné de rugby et du Sporting Club Albigeois, « Papy Broncan » oublie pas, néanmoins, de passer un petit clin d’œil aux jaunes et noir du SCA, dans leur désir de ProD2.

Henry ça nous fait plaisir de vous avoir avec nous, et de prendre de vos nouvelles dans ces périodes compliqué. Comment allez-vous et comment vivez vous ce confinement dans le Gers

 

Ça va bien, il y a pire. J’ai des amis qui, actuellement, sont positifs au coronavirus, qui sont dans des situations difficiles et qui s’accrochent. Je pense bien sûr bien fort à eux et en particulier à un de mes tous meilleurs amis qui est à l’hôpital d’Auch et qui se bat. Un ancien du rugby, président d’ailleurs de mon club et je pense à lui comme je pense à beaucoup d’autres. Je pense à Alain Carré, à Frédéric Boitier de Colomiers, à Marc Daroque, l’arbitre délégué d’Auch, qui s’accrochent et qui se battent. Il est certain que le monde du rugby est touché, tout le sud-ouest commence à être touché aussi. Le Gers a été longtemps un peu à l’écart et puis ça arrive. C’est normal et on doit aussi porter notre part de souffrance. Moi, j’ai ma mère dans un EHPAD et qu’on ne peut pas voir, qui a 100 ans mais qui a toute sa tête. Elle vit des moments très difficiles parce-que, bien sûr, la famille est sacrée pour elle. On a tous notre part et je sais qu’il y a des situations encore bien plus dramatiques que la mienne à l’heure actuelle et je pense beaucoup à eux. Ma génération n’aurait jamais cru connaître ça, même si il y a eu des alertes mais on ne pensait pas que ce serait possible et puis finalement … Je me souviens très bien des récits de ma grand-mère sur la grippe espagnole à la fin de la guerre 14-18. Pour moi, c’était une chose de légende et en fait non, on retrouve cela 100 ans plus tard. Enseignant l’histoire, j’ai longtemps enseigné les épidémies de peste au Moyen-Age et on retrouve beaucoup de points communs. Les hommes se retrouvent face à ces difficultés-là et on s’aperçoit que, chez les hommes, il y en a vraiment d’extraordinaires qui se battent. Et souvent, bien sûr, ce sont les héros du quotidien, on le dit assez souvent, les aides-soignants mais aussi beaucoup d’autres. La plupart de mes joueurs de l’entente Mirande/Mielan sont agriculteurs ou dans l’agro-alimentaire et continuent à travailler pour nous nourrir. Ils sont très nombreux, les pompiers, les docteurs, je vais en oublier bien sûr mais sachez qu’il y a des gens qui sont réels dans notre pays et qui sont extraordinaires. 

 

Qui vont au front ? 

 

Voilà, qu’on a certainement sous-estimés ou dont on a sous-estimés l’importance dans les années précédentes. 

 

On sait que le rugby a des valeurs, vous en êtes l’un des meilleurs ambassadeurs. Dans des situations comme celles-là, il va falloir se raccrocher à ces valeurs pour faire face à l’adversité ? 

 

Oui, bien sûr. Je vois que, d’après la presse, d’après les réseaux sociaux un petit peu, il y a beaucoup de gens du rugby qui sont là-aussi en première ligne. Je regardais le reportage sur France 3 sur Gaëlle Hermet, je suis très fier. Ses deux frères étaient cadets au Sporting quand j’étais là, on la voit jouer avec beaucoup de brio avec l’équipe de France dont elle est d’ailleurs la capitaine. Je m’aperçois qu’elle est là, ergothérapeute, elle travaille à l’hôpital de Cadour, elle est présente. Elle mais il y en a beaucoup d’autres, beaucoup moins connus, beaucoup moins célèbres mais qui défendent les valeurs que leur a inculquées le rugby et qui les défendent dans la situation difficile qu’est la nôtre actuellement. Je suis très fier d’avoir pratiqué et de continuer à être dans ce sport parce-que je m’aperçois qu’on est présent. 

 

On sait que vous avez ce sport chevillé au corps, que vous ne pouvez pas passer une seconde sans y penser. Là, il doit quand même y avoir un grand manque. Plus de match, plus d’entraînement et, même s’il y a des choses bien plus importantes à l’heure actuelle avec des gens qui luttent contre la mort, ça doit quand même être dur pour vous et un grand vide, ce manque de rugby ? 

 

Oui, bien entendu. Après, ma situation et le vide que je peux ressentir, ce n’est rien du tout par rapport à ce qui se passe autour de nous, ce n’est rien du tout. C’est vrai que c’est difficile de ne plus avoir une composition d’équipe à faire, un programme d’entraînement à préparer, c’est très difficile. Quand on prend de l’âge, on dort un peu moins la nuit et les mois précédents, pendant la nuit, vous faîtes vos compositions d’équipe, vous réfléchissez à votre rugby, c’est comme ça que ça se passe. Là, quand vous vous réveillez, vous n’avez plus rien à penser par rapport à ça mais ça n’empêche qu’on essaie de s’occuper en préparant la saison prochaine, en appelant les joueurs, en appelant les dirigeants, en essayant quand même de penser à autre chose par moment. Et surtout, c’est pour ça que je vous félicite de continuer ce que vous faîtes avec votre émission parce-que ce sont des moments qui nous permettent de penser à autre chose, de penser au rugby, d’aller derrière lui. Ça ne veut bien entendu pas dire qu’on n’accorde pas d’importance aux autres choses, aux événements les plus importants, mais ça fait aussi du bien de se détendre. On ne peut pas être que sur les chaînes d’info tout le temps. 

 

C’est anxiogène ? 

 

Bien sûr mais c’est normal, c’est très anxiogène. Et je le dis, je m’aperçois que très certainement à la fin, car j’espère que la fin arrivera bientôt, il faudra faire très attention à ces traumatismes que subissent notre pays et les autres pays parce-que c’est très dur à vivre. Je reviens aux EHPAD en particulier, ce sont des personnes qui ne peuvent plus communiquer, c’est vraiment terrible pour eux mais c’est aussi terrible pour nos jeunes, pour tout le monde. Donc, il y aura certainement des assistances, des aides à faire et pas seulement des aides pécuniaires. Je pense que l’argent passe vraiment au second plan, ce sont d’abord les femmes et les hommes de ce pays qu’il faut soigner, les enfants. Nous, la chance que l’on a, c’est de vivre à la campagne, tout à l’heure, je vais aller faire ma petite promenade d’une heure, je vais voir des arbres, des oiseaux, des écureuils. 

 

Des choses telluriques ? 

 

Oui, mais je me mets à la place de ceux qui sont dans un appartement, à 3, 4 dans un appartement, qui ne peuvent pas bouger. On a la chance nous, de pouvoir vivre dans le Gers pour la plupart à la campagne et de pouvoir encore admirer un spectacle, un paysage, des animaux et de marcher un petit peu. 

 

Cette maladie a un impact direct, c’est qu’actuellement, beaucoup de gens sont en souffrance et luttent, mais ils risquent aussi d’y avoir un impact indirect. Une fois qu’elle sera partie, et comme vous le disiez, on l’espère le plus tôt, il va y avoir des pans de l’économie, des pans de la société qui risquent d’être en souffrance dont le sport et le rugby. Je pense entre autres au Sporting Club Albigeois qui est entre parenthèses sur son devenir. C’est quand même inquiétant, il y aura vraiment un avant/après cette crise ? 

 

Il faut quand même remettre les choses à leurs places, il y a des choses beaucoup plus graves que le sort du Sporting Club Albigeois. Je suis supporter du Sporting Club Albigeois, je l’ai entraîné pendant 4 ans, je connais très bien leurs ambitions actuelles mais il faut quand même tout relativiser. L’histoire montre justement qu’après ces crises-là, bien qu’il y a des moments difficiles mais que les hommes ont toujours su se relever, se retrouver et re-avancer. Peut-être aussi que cette crise-là va nous servir un petit peu de leçon et j’en reviens justement au rugby. Le rugby s’est quand même emballé depuis quelques années donc on risque de revenir à des valeurs un peu plus conformes au potentiel rugby dans le monde. Il ne faut quand même pas oublier que le rugby, c’est quelque chose qui concerne peu d’états, ce n’est pas un sport universel, même si j’aimerai bien. Mais ce n’est quand même que le rugby et il faut faire très attention avec ça. Dans l’économie, on va avoir des secteurs encore beaucoup plus impactés que le rugby. Le rugby s’est quand même un petit peu emballé, il a été très vite. Je suis revenu habiter à Samatan parce-que ma maison est là, j’ai quitté Mirande pour me confiner à Samatan et j’ai un président ici avec qui j’ai travaillé pendant 27 ans et qui est absolument hostile au rugby professionnel. Il lui est facile aujourd’hui de me montrer que  » tu vois, le rugby pro est en train de pleurer, ils sont en train de se plaindre. Je te l’avais dit qu’il ne fallait pas devenir professionnel, que le rugby devait rester amateur « . Et là-dessus, j’argumente parce-que moi, je suis d’abord pour le rugby et je pense que le rugby pro a fait progresser le rugby en général mais, ce n’est quand même pas un secteur de l’économie essentiel. Dans le monde, vous avez des pays qui vivent sans rugby, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie un peu moins et d’autres pays qui souffrent actuellement et dont le problème, ce n’est pas le rugby. Chez nous, c’est un peu plus le rugby parce qu’on est très attaché au rugby, parce qu’on est du sud-ouest, parce-que le rugby est très développé chez nous mais encore une fois, je le répète, il faut relativiser par rapport aux événements que l’on connaît actuellement. Mais ça n’empêche que je comprends que les dirigeants du Sporting Club Albigeois soient inquiets de la tournure actuelle parce qu’ils étaient quand même très  bien partis dans ce championnat. Ils sont la première équipe de cette Fédérale 1 et je sais qu’il est très important pour eux de se retrouver en Pro D2 la saison prochaine sachant que, s’ils sont les meilleurs cette année en Fédérale 1 et que, si on gèle la compétition et que le Sporting  » malheureusement  » pour lui est obligé de repartir en Fédérale 1, il sera quand même certainement le meilleur club de Fédérale 1 la saison prochaine, voilà ce que je veux dire. Après, il est normal que le Sporting, et je le comprends, en tant que sportif veuille aller le plus haut et le plus vite possible et ait envie de se retrouver en Pro D2 la saison prochaine. Je le comprends parfaitement, les dirigeants sont allés chercher les joueurs, ils ont fait des sacrifices financiers, les entraîneurs ont bien travaillé, les résultats sont très bons et à la sortie de ça, à deux mois de la fin à peine, on vous dit  » on arrête les compétitions « . L’arrêt des compétitions, c’est quand même la sagesse. Quand je vois qu’en Top 14 et en Pro D2, la Ligue est en train de réfléchir à  » on reprend là, on va repartir là « , c’est très grave ce qu’ils font parce qu’on va mettre sur le terrain des joueurs qui ont interrompu leurs entraînements. Le rugby, ce n’est pas n’importe quoi, quand vous reprenez et que vous n’êtes pas prêts, vous vous blessez. Et puis même, il faudra attendre beaucoup plus longtemps pour que tout le monde soit en état de rejouer, par exemple que les porteurs sains soient rassurés par rapport à eux. La solution de sagesse, c’est quand même  » stop et on recommence l’année prochaine « . Les Jeux Olympiques sont reportés, qu’est-ce que c’est que trois mois d’interruption ? Vous imaginez les aspects que l’on connaît chez les pros à l’échelle des principaux secteurs de l’économie française ? Ce n’est rien du tout. 

 

Vous qui avez une fibre sociale très développée, vous avez peur qu’il y ait une casse sociale dans le rugby après ces événements ?

 

Non, moi je pense que ça va nous resserrer dans le rugby, je pense que ça devrait nous resserrer. Les gros un peu moins gros, bien sûr les pauvres seront un peu plus pauvres, je parle d’un club comme le mien mais il y a pire. On est en Fédérale 2, on n’est pas très fort économiquement mais, moins vous êtes forts économiquement, moins vous êtes touchés quand même en gros, même si vous l’êtes un petit peu. Je pense à ces petits clubs qui étaient déjà en grosse difficulté, chez les clubs de séries régionales, on s’apercevait d’une chute des licenciés, de difficultés pour beaucoup d’équipes à constituer un groupe pour le dimanche après-midi. Il va y avoir tout ça mais d’un autre côté aussi, pourquoi il y avait tout ça ? Parce-que ça correspondait à l’égoïsme un petit peu ambiant dans notre pays, à l’individualisme. Égoïsme et individualisme, quand vous en parlez dans le rugby, ce n’est pas bon et je crois qu’on reviendra vers un esprit un peu plus rugby, vers le collectif, vers le groupe, vers la solidarité parce-que je crois qu’il y en a quand même et ça, ça va faire du bien. Bien sûr que la crise économique ne nous fera pas du bien mais ce sera peut-être un retour. Moi, je suis né en 44, après la guerre mais je me souviens très bien de l’hiver 56 où on croyait tous y passer, c’était terrible. On était à -20 pendant 3 semaines, on ne se lavait pas, on mettait trois tricots et on essayait de lutter contre le froid et on s’est battus. Une orange quand même à Noël en 50, une orange à l’arbre de Noël, c’était magnifique. Vous comprenez ce que je veux dire ? 

 

Bien sûr

 

Là, on ne fait plus attention, la preuve, c’est qu’on a négligé nos services médicaux. On ne faisait plus attention à nos aides-soignants, on n’a plus pensé à eux, peut-être moi le premier par moment. Le fait que ma mère soit dans un EHPAD, ça m’a ré-ouvert les yeux et j’ai vu des gens dans le dévouement. Ils ne sont pas dévoués depuis maintenant, ils étaient dévoués quand elle y est rentrée il y a 3 ans. 

 

Les gens dans le milieu médical ont de toute façon la vocation ? 

 

Ce sont des gens exceptionnels et bien sûr, pas assez considérés. M’Bape et Neymar, si je suis malade, ce ne sont pas eux qui vont me sauver. On le disait mais on s’aperçoit que leurs salaires sont vraiment indécents même si je vois que des clubs de foot nous aident, que des joueurs de foot font des dons. Plus ils en font, plus ça veut dire qu’ils peuvent en faire mais ce sont des sommes colossales et on se demande comment ils peuvent donner ça. 

 

Merci Henry de nous avoir donné cette voix de la sagesse, c’est pour cela que nous vous avions contacté. On savait que vous sauriez, dans ces moments compliqués, nous donner un ton et une vision de la situation emplis de sagesse. On vous souhaite à vous, à tous vos proches et à tout le milieu du rugby d’affronter au mieux cette épidémie et cette guerre sanitaire et que, dans quelques mois, on se retrouve tous au bord des terrains avec la joie et la flamme de l’espoir qui re-brille. 

 

Transmettez mes amitiés à tous les supporters du Sporting. j’aieu longuement au téléphone Pierre Chamayou , qui est un grand serviteur de ce club. Il a toujours la voix claire avec son ami Molinier. Bonjour d’abord à eux et aux autres bien sûr. Je pense beaucoup à eux, à mon ami Raymond aussi, je pense beaucoup à eux. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

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