#Rugby – Fed1 / J.Montbroussous (Graulhet) : Un joueur au cœur de l’épidémie.

Nous sommes allés à la rencontre d’une des personnes qui mène avec l’ensemble des soignants de France le combat face à la pandémie Coronavirus. Jérôme Montbroussous, vice-capitaine et 3/4 centre du Sporting Club Graulhetois, mais aussi pharmacien à la vie civile, a laissé temporairement le rugby hors de son esprit , pour monter au front comme l’ensemble de sa profession. Dans cette guerre contre le Covid19, celui qui avait à l’instar de nombreuses personnes issues du corps médical, senti depuis des semaines, venir la crise sanitaire, a tenté souvent en vain de sensibiliser son entourage sportif ou personnel. Au cœur de cette crise sans précédent, Jérôme Montbroussous, s’évertue lors de journées interminables, de perpétuer le nécessaire lien social avec ses patients ,dans une commune semi rurale comme graulhet, où le pharmacien est une figure tutélaire de la cité. Mais celui qui sur le pré de fédérale 1, n’est pas le dernier à monter à l’attaque, tient aussi à tirer la sonnette d’alarme sur le manque criant de moyens dont disposent les pharmacies. Au cœur de l’épidémie, celui qui joue derrière sur un terrain de rugby, se retrouve en première ligne face à la vague Coronavirus,mais affronte la situation avec courage et sens du devoir. Focus sur un héros en blouse blanche qui exhorte l’ensemble des français à lui venir en aide, en respectant les consignes sanitaires et gouvernementales.

 

 

Crédit photo Laurence Dubey

Jérôme, on te contacte tant comme joueur amateur de Fédérale 1 que de par ta profession de pharmacien, qui est au four et au moulin pour lutter contre cette crise sanitaire, cette pandémie mondiale du coronavirus. On va commencer par le volet rugbystique : toi, en tant que rugbyman amateur, tu ne peux certes pas exercer ta passion, tu ne peux pas aller ferrailler tous les week-ends en Fédérale 1 pour essayer d’accrocher ce maintien. Mais par contre, ça engendre beaucoup moins de tracas sur ton devenir professionnels. Tu es loin d’être au chômage technique vu la situation et ta profession

 

Non, c’est vrai que par rapport aux professionnels, et même par rapport à la plupart des gens, notre formation n’est pas du tout au chômage technique, au contraire. On a beaucoup de travail pour lutter contre ça, surtout aider les gens et être un petit peu en lien avec les médecins. Donc non, je ne suis pas au chômage technique. Après, c’est vrai que le sport et surtout le rugby me manque. Ça fait 10 jours et ça manque comme toute passion mais c’est vrai que là, c’est passé au second plan parce qu’on n’a même pas trop le temps d’en parler. 

 

On l’a vu dans le milieu du rugby, tant qu’il n’y avait pas eu les mesures, tout le monde se disait  » ça va continuer, le championnat va continuer bon an mal an « . Toi, en tant que professionnel du monde médical, tu avais senti venir toutes les restrictions et qu’en France, on prenait peut-être ça certainement un peu par-dessus la jambe ? 

 

Oui parce qu’en plus, le groupement de pharmaciens qu’on a reçoit les choses un petit peu en avance. On voyait ce qui se passait avec la Chine, on l’entendait, ça faisait trois semaines que l’on savait que ça allait arriver. Donc moi, je l’avais dit à mes copains de Graulhet après le match d’Albi, qu’on risquait de faire notre dernier match à Mauléon et qu’on risquait de ne plus jouer parce-que ça allait être très compliqué, parce qu’on avait pris du retard. Maintenant, ils disent  » oui, tu avais raison  » mais de toute façon, dans le milieu médical, on savait quand même que ça allait arriver. Dès qu’il y a eu les premiers cas en France, on savait que ce virus allait malheureusement toucher beaucoup de monde et que ça allait être une grosse épidémie donc oui, on s’en doutait un petit peu. 

 

Pour toi, la reprise du championnat et même des play-offs, parce qu’on sait que les derniers matchs de championnat ont quasiment 0,01% de chance de se jouer alors que les play-offs ont peut-être une fenêtre pour se jouer, tu penses qu’en Mai/Juin, il y aura possibilité de jouer des rencontres ? Ou bien la crise sanitaire est telle que pour toi, selon ton avis personnel, c’est vraiment trop tôt pour le dire ? 

 

Ce n’est qu’un avis personnel, il y a des personnes qui vont devoir prendre leurs responsabilités et des dirigeants qui vont décider de plein de choses, je pense en premier lieu à l’état. Même le président sera en second lieu, ce sera vraiment quelque chose qui va arriver bien après. Mais en tous cas, de mon avis personnel en plus du fait qu’on n’a pas assez de données, on ne peut pas savoir si cela va s’arrêter dans un mois, dans un mois et demi, dans deux mois. Ce qui est sûr, c’est qu’à propos des restrictions qui sont prises depuis lundi, on en aura les effets comme en Italie ou ce qui se passe en Chine, dans trois semaines ou un mois et pas avant à moins peut-être que la courbe ne baisse un peu. Donc effectivement, moi, le mois de Mai, je ne vois pas comment ça peut se jouer. Après, ce sont les enjeux économiques de certains clubs, pour moi, le sport passe vraiment en second. Si on peut sauver des vies, si le rugby peut repartir parce-que les entraînements reprennent et que les matchs reprennent, ce serait quand même ultra dommage de repartir sur 2 ou 3 mois et re-pénaliser l’année prochaine. La priorité, c’est quand même vraiment de stopper cette épidémie, que tout le monde fasse ce qu’il faut pour ça. Après, on sait qu’il va y avoir des problèmes économiques et dans le rugby, dans le sport en général, il va y en avoir. Et pour les clubs qui jouaient la montée, je pense à Albi ou certains clubs qui ont misé gros, effectivement, c’est le plus problématique. Le challenge Du Manoir, le maintien, c’est quand même moins grave économiquement même si pour tous les clubs, c’est une perte financière. Même pour Graulhet, les matchs qu’il restait à domicile ou autres, on sait très bien que c’est de l’argent qu’il n’y aura pas. Il y a quand même encore quelques dépenses parce qu’il y a quelques contrats pros. C’est une problématique pour tous les présidents, pour tous les clubs. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de cas dans le Tarn mais ça commence à arriver donc après, dès qu’on va être un peu touché par le corona, tout ce qui est sport passera au second plan. 

 

Toi, on le sait, sur un terrain, tu es 3/4 centre, la défense, ça te connaît. Il faut souvent sortir les barbelés, surtout à Graulhet parce-que vous jouez le maintien. Là maintenant, dans ta vie professionnelle, c’est pareil, il faut sortir les barbelés pour gagner cette guerre face au coronavirus. Qu’est-ce que ça a engendré dans ta vie professionnelle ? J’imagine que tu as de très, très longues journées et que tu dois être en première ligne sur le front ? 

 

Oui, c’est ça mais c’est le métier qui veut ça. On vit une crise sanitaire comme c’est annoncé aujourd’hui donc il y a les médecins, les infirmiers, les auxiliaires de vie et nous les pharmaciens qui sommes obligés d’être au premier plan. Je pense déjà aux gens qui sont dans les hôpitaux et qui sont au premier plan depuis un petit moment et puis nous, qui depuis 15 jours avons sûrement côtoyé des gens malades et on va en côtoyer d’autre. Moi, ce qui est le plus compliqué, c’est qu’en France, on a une pénurie de masques, de gel hydro-alcooliques, de gants donc, jusqu’à lundi, on a travaillé sans masque. C’est à dire que le risque était là depuis un petit moment et c’est le plus problématique pour mes équipes. J’ai 12 personnes, on a toujours ce risque d’être contaminé et si on est tous contaminé, c’est problématique. 

 

Vous êtes régulièrement testés vous, les pharmaciens ? 

 

Non, de toute façon, maintenant qu’on passe en Stade 3, il n’y aura plus de test, à part pour les cas graves. Donc, c’est ce qui est le plus pénible. On n’a pas assez de masques, on en a reçu aujourd’hui mais on en n’aura pas assez pour tenir les trois semaines donc, on fera avec les mêmes masques comme dans les hôpitaux qui vont devoir traiter les malades avec une pénurie de masques pour l’instant. Donc, c’est ce qui est le plus problématique actuellement, c’est à dire qu’il faut qu’on soit au front pour soigner les gens qui ne sont pas malades mais qui viennent pour leurs traitements au quotidien. Ça, il ne faut quand même pas l’oublier, les diabétiques sont toujours diabétiques, les hypertendus aussi, il y a des personnes qui sont gravement malades à qui il faut qu’on donne leurs traitements. Mais c’est vrai qu’on le fait avec des gens qui sont peut-être porteurs. Nous, on n’a pas de masque à part depuis deux jours donc c’est tout ça qui est un peu problématique à gérer, qui fait des longues journées parce qu’on essaie de faire au mieux pour contenter tout le monde. On essaie de respecter le mètre même s’il y a la queue dans la pharmacie et la queue dans la rue. Là, c’est une autre façon de travailler, de toute façon, je vous le dis, on arrive le matin à 8h, on part tard le soir mais le but est d’essayer de faire notre métier au mieux et de faire ce qu’on peut par rapport à notre échelle. Après, je pense que les hôpitaux ont encore plus de stress que nous même si nous, c’est déjà pas mal depuis quelques jours, oui. 

 

On le sait, les pharmaciens dans des villes ou des villages comme Graulhet, il est aussi vecteur de lien social, il est porteur de conseils. Malgré les consignes de distanciation, tu arrives malgré tout à toujours garder ce côté un peu  » lien  » avec le patient ? 

 

Oui, bien sûr. Après, comme tu le dis, Graulhet reste un grand village. Il y a pas mal de personnes qui ont mon numéro donc, ils m’appellent pour parfois se rassurer et en savoir un peu plus. Il y a le lien social par le téléphone et c’est ce qui est important. Après, ça fait 10, 15 jours que j’essaie de dire aux gens de ne pas se serrer la main et de ne pas se faire la bise mais bon, on sait que le Français n’est pas très, très civilisé. Je ne mets pas tout le monde dans le même panier mais on a perdu un peu de temps jusqu’à dimanche, où je trouve que les gens l’ont pris à la légère. Surtout que, dans le sud, on n’avait pas beaucoup de cas donc on ne s’en est pas trop, trop rendu compte mais c’est vrai que c’était aussi le rôle d’un pharmacien d’aller dans les milieux ruraux avec les médecins et de dire  » ne vous faîtes plus la bise, ne vous serrez plus la main, lavez-vous les mains, etc, etc « . Même si pour nous, on sait très bien que dans les épidémies rien que de gastro, se laver les mains, on en parle et on le dit tout le temps. Parfois, tout le monde le prend à la rigolade mais là, maintenant que c’est quelque chose d’ultra important, j’espère que les gens vont s’en rendre compte et continueront à faire ce geste ultra, ultra important. 

 

En parlant de se laver les mains, on a vu des réflexes un peu grégaires quand l’épidémie a commencé à pousser médiatiquement, parce qu’elle n’est pas encore malheureusement poussée à son paroxysme dans sa force de frappe sanitairement. Et quand l’épidémie a commencé à faire écho médiatiquement, on a vu les gens se ruer sur les gels hydro-alcooliques. Vous, les pharmaciens, vous avez été mandaté pour combler le manque et là aussi, tu as dû t’employer. Tu as peut-être des messages à faire passer aux gens de se raisonner aussi dans l’achat et de ne pas aller dans la compulsivité 

 

Complètement ! Ce qui est dommage, c’est que le gel hydro-alcoolique, c’est bien mais ça, on a toujours dit pendant tout l’hiver d’en avoir un petit peu chez soi, dans la voiture, de le porter dans son sac à main, etc. ll y a beaucoup de choses qui sont porteuses de virus comme l’argent, comme parfois le papier comme il est bien de désinfecter la voiture de temps en temps. Donc, le gel hydro-alcoolique, c’est bien d’en avoir un mais on peut le garde quelques temps. Le problème qui entraîne la pénurie, c’est que les gens en ont pris 4, 5, 6 alors qu’à la base, on allait en manquer au bout d’un moment mais pas aussi vite. C’est ce qui est un peu dommage parce qu’après, ce qu’il faut que les gens comprennent, c’est que se laver les mains chez soi avec un savon, c’est bien voire encore mieux. 

 

Pareil pour le paracétamol, s’il y a un message à faire passer ? 

 

Pareil pour le paracétamol. De toute façon, à partir d’aujourd’hui, le paracétamol est limité à une boîte. Mais c’est vrai qu’il est toujours dommage d’obliger les gens à ne prendre qu’une ou deux boîtes. C’est vrai que la civilité fait parfois un petit peu défaut, alors ce n’est pas tout le monde, il y a des gens qui demandent s’il y en aura d’autres. Mais bon, comme on a nous a dit, on est un peu en guerre, donc ce sont des réflexes qu’on a, on a envie de se protéger soi et après les gens. Mais le but, c’est qu’on va y arriver si tout le monde pense un peu à tout le monde. Parce qu’il n’y aura pas de pénurie de doliprane à part si tout le monde continue à prendre 12 boîtes par jour. 

 

Quand on est en guerre, les héros sont souvent les soldats, cette fois-ci, les soldats sont en blouse blanche. Et pendant les guerres, la population envoie des petits gestes affectueux. Est-ce que tu as eu des gestes de gens qui t’ont dit  » on est avec toi, on te sent fatigué  » quand ils te voient un peu dans le rush ? 

 

Oui, bien sûr. Il y en a qui ont toujours un peu de psychose, c’est normal. Au début, tout le monde le prenait à la légère, là, ils se rendent compte qu’il faut quand même faire attention. Il ne faut pas être alarmiste dans le sens de toujours regarder à la télé combien de morts il va y avoir. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut écouter ce que les gens nous disent. Si à la tête de l’Etat et à la tête du ministère de la Santé, s’ils nous disent de rester chez nous, ce n’est pas pour rien donc il ne faut sortir que pour les grosses causes utiles. On a des remerciements, ça fait toujours plaisir, un  » bon courage « , ça fait toujours plaisir. Après, c’est comme ça, je pense qu’il faut vraiment écouter ce qu’on nous dit parce-que, s’ils le disent, s’ils le font, il faut vraiment le respecter. 

 

On sait que le rugby est une école de la vie. La nation est en train d’être dans l’adversité face à cette crise sanitaire. Est-ce que tu as des conseils issus du rugby que tu pourrais dispenser aux gens pour qu’ils affrontent cette crise dans le civisme et aussi dans le calme ? 

 

Moi, je pense que c’est surtout ça, être dans le civisme sur tout. Penser bien sûr à soi, à sa famille, à ses proches, passer un petit coup de téléphone. Beaucoup de personnes vont être confinées chez elles donc, ça ne veut pas dire de ne penser qu’à soi ou autre mais un petit coup de téléphone à la voisine de temps en temps. Nous, il y a beaucoup de personnes qui vont faire des systèmes de livraisons, donc réfléchir à des systèmes pour aider les gens qui ont le plus de risques. En termes de rugby, c’est de rester soudés et de surtout croire que ça va aller mieux. Il y aura des jours bien meilleurs dans quelques temps, j’en suis sûr. 

 

Et comme dans un maul, aussi rester organisés ? 

 

Voilà, il faut rester organisé, chacun a sa place. Nous, les pharmaciens, on écoute toujours ce que nous disent les gens au dessus de nous. Il y a des gens qui doivent travailler dans les bureaux pour essayer d’enrayer cette épidémie le plus rapidement possible. Il faut que chacun reste à sa place, je pense que c’est ça, qu’on soit vraiment très, très raisonnables. Pour moi, on a perdu un peu de temps depuis quelques jours, quelques semaines, on doit le rattraper. Je vois les Italiens qui commencent un peu à ressortir alors qu’ils n’ont pas le droit, nous, on doit respecter jusqu’au dernier jour, jusqu’à ce qu’ils nous disent  » c’est bon, on a passé le plus dur « . Il y aura des meilleurs jours et, comme dans le rugby, quand on passe des vagues compliquées, des moments compliqués, il y a des meilleurs jours qui arriveront après. 

 

Après la pluie vient le beau temps ? 

 

Exactement. En tous cas, il faut que le monde du rugby montre l’exemple. Je vois qu’il y a des images de joueurs qui s’entraînent chez eux, qui continuent à faire du sport chez eux parce-que continuer à faire du sport est important pour le système immunitaire. Maintenant, il y a plein de choses sur internet avec du vélo en salle, des abdos, des choses qu’on peut faire à la maison. C’est moins marrant mais en tous cas, il faut s’habituer pendant quelques semaines à faire ça, que le monde du rugby en tous cas montre l’exemple. 

 

Merci Jérôme, tu es un de nos héros en blouse blanche. On espère que tu vas continuer à apporter ta pierre à l’édifice dans cette lutte contre le coronavirus et à bientôt

 

Merci beaucoup 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Retrouvez en intégralité l’itw audio de Jérôme Montbroussous, lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 20 mars 2020.

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-20-03-20/

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