#Rugby – Top14 / W.Hounkpatin (Castres): «Je suis reconnaissant envers M.Reggiardo !»

C’est une des belles histoires , accompagnant ce XV de France de la résurrection. Le pilier droit du Castres Olympique Wilfrid Hounkpatin qui évoluait il y a moins de deux ans en fédérale 1 au Rouen Normandie Rugby, a participé au squad de l’équipe de France. Faisant parti des 42 joueurs qui ont préparé le crunch face au XV de la rose, l’ex footballeur et Kick – Boxeur, a tutoyé un rêve de gosse, malgré un épilogue cruel. Blessé alors qu’il devait participer à France-Angleterre 48h plus tard, Wilfrid Hounkpatin a pris date avec les bleus. Mais pour celui qui va lutter ce dimanche avec le Castres Olympique pour le maintien en top 14 face à Agen , un des grands artisans de cette révélation au grand jour , n’est autre que son coach actuel : Mauricio Reggiardo.

 

 

Crédit photo France Rugby

Wilfrid, que de chemin parcouru depuis la première fois où nous avions parlé ! C’était lors de la première demi-finale entre Albi et Rouen, on était en 2018. Même pas deux ans sont passés et on te retrouve aux portes de l’équipe de France puisque tu as failli connaître ta première sélection il y a maintenant deux week-end ? 

 

Oui, c’est vrai que le chemin a été et très long et très court, il y a eu beaucoup de nouveautés. Premier appel en équipe de France, deux semaines de stage qui se sont bien passées, malheureusement une petite blessure qui m’a fait défaut mais oui, content d’avoir parcouru ce chemin. 

 

Ce n’est que partie remise pour toi, tu sens que là, tu n’es pas loin d’avoir le bon wagon ? Il faut encore un brin de travail et un zeste d’abnégation et ça peut le faire ? 

 

Oui, je pense que ça va le faire. Je reste optimiste, je me dis que j’en suis arrivé là et qu’il n’y a pas de raison pour ne pas que ça se reproduise à nouveau. Donc, je vais continuer dans l’état d’esprit dans lequel je suis, continuer à bosser comme je le fais. Ils m’ont appelé une fois, peut-être qu’ils m’appelleront une deuxième fois. Je vais garder cette motivation en tête pour continuer à travailler dur. 

 

Quelles ont été tes premières impressions quand tu es arrivé en équipe de France ? Ca devait quand même être magique pour toi qui, il y a deux ans, jouait en Fédérale 1 ? 

 

Ah oui, c’était … J’ai du mal à réaliser en fait parce-que le fait de mon appel a aussi été un peu soudain puisque ça s’est fait sur blessure. Je n’ai pas eu le temps de réaliser parce-que le lendemain, j’étais sur les lieux. Ce n’est qu’avec la dotation sur le dos que j’ai vraiment réalisé (rires). C’est vrai que ça m’a fait quelque chose, j’ai reçu pas mal de messages de copains, notamment de copains qui jouent encore à Rouen. Ils me disaient  » tu te rends compte ! Il y a deux ans, on était encore ensemble en Fédérale 1, c’est énorme ! « . Du coup, c’est comme ça que j’ai réalisé le chemin parcouru et la chance que j’avais d’être là. 

 

Une fois qu’on est là, il ne faut pas faire de la figuration. On dit souvent que les séances en équipe de France sont encore plus lourdes, encore plus chargées, encore plus exigeantes que celles en Top 14. Tu confirmes ? 

 

Oui, je confirme. C’était très fatigant, très éprouvant physiquement. Ça n’a pas manqué puisque je me blesse sur un entraînement, là où d’autres ont pu se blesser puisque j’étais le 7e a quitté le groupe sur blessure mais moi, ce n’était pas une grosse blessure. C’est vrai que les entraînements étaient très physiques, très intenses, beaucoup de distances parcourues donc oui, c’est encore un autre niveau. C’est logique, c’est le niveau au-dessus, c’est le niveau international, les gros volumes, c’est ce qui est recherché. 

 

Gaby Lacroix nous confiait qu’il avait eu des échos comme quoi l’ambiance était très bonne dans ce groupe. En tant que petit dernier arrivé, ton intégration s’est bien passée, cela a été facile ? 

 

Franchement, je me suis vite plu dans le groupe et oui, j’ai été très bien intégré. Il y avait quelques anciens qui avaient déjà des sélections et pas mal de nouveaux appelés. Ça a été bien de se découvrir et de passer des moments ensembles. 

 

J’imagine que tu as dû être bizuté. Quel était ton bizutage, si ce n’est pas indiscret ? 

 

Je n’ai pas le temps de le faire du coup parce-que je devais le faire le soir et je me suis blessé le matin. 

 

Ça aussi, ce n’est que partie remise ? 

 

Oui, ce n’est que partie remise s’ils ne m’ont pas oublié (rires). 

 

Oui, j’imagine. Le bizutage des joueurs fait quand même partie des traditions et du folklore qu’il y a autour de l’équipe de France. Si on se replace deux ans en arrière, avant la demi-finale retour Rouen/Albi qui se jouait à Albi, c’était la première double confrontation pour les albigeois et les rouennais en vue de la montée en Pro D2, un certain Arnaud Méla, lors de la conférence de presse avec toute la presse locale, nous avait à tous déclaré :  » Le pilier droit de Rouen, le petit Wilfrid Hounkpatin, dans deux, trois ans, il est en équipe de France « . Arnaud Méla peut quasiment se reconvertir en voyant ? Il a eu le nez creux sur le coup ? 

 

C’est vrai qu’il a bien senti la chose et que, deux ans plus tard, ça a été exactement ça, j’ai été appelé en équipe de France. C’est aussi qu’il a l’œil. 

 

Bien sûr. Tant qu’on parle d’Arnaud Méla, on va encore un peu parler d’Albi et du rugby albigeois. Avec Rouen, la première année, vous aviez passé l’écueil albigeois pour aller échouer à Bourg-en-Bresse pour monter en Pro D2. La seconde année, vous avez éliminé Albi, tu n’étais déjà plus côté rouennais mais déjà en terre tarnaise mais on imagine que ton cœur penchait vers Rouen, ton ancienne équipe dans laquelle tu as quand même lutté pendant quelques années. Ce match a été assez polémique. Qu’as-tu pensé de tout ça, que c’était une tempête dans un verre d’eau ou qu’il y avait quand même matière à polémique ? 

 

Au vu du travail de l’équipe d’Albi, c’est vrai que certaines décisions étaient discutables. Je comprends aussi la frustration des joueurs d’Albi et du staff parce-que c’est toute une saison de travail qui, au final, ne se concrétise pas. Je comprends cette frustration et c’est vrai que certaines décisions étaient discutables. Après, c’est comme ça, c’est aussi le rugby, on ne peut pas toujours gagner et des décisions qui sont discutables, on en voit tous les week-ends. 

 

Comme lors du Crunch de l’équipe de France il y a une semaine ? 

 

Oui, comme je te le disais, tous les week-ends. Tous les week-ends, tu peux discuter les décisions de l’arbitre et c’est comme ça, ça fait aussi partie du rugby. Parfois, c’est bien triste pour une équipe et parfois, ça fait le bonheur de l’autre. 

 

En parlant de ce match entre Albi et Rouen, parlons maintenant un peu de Rouen, ton club de cœur. Première année en Pro D2, ils sont allés au bout de leur rêve mais là, c’est quand même compliqué pour Rouen. Pourtant, ils étaient financièrement armés, ils avaient un gros recrutement mais on voit qu’il y a une grosse marche entre la Fédérale 1 et la Pro D2. Rouen et même VRDR qui, l’an dernier, surnageaient sur la Fédérale 1, sont obligés de sortir les rames en Pro D2 ? 

 

C’est sûr qu’il y a un fossé entre la Fédérale 1 et la Pro D2. Je ne pense pas qu’ils s’y soient pris au dernier moment mais il fallait s’y attendre, les premières saisons en Pro D2 sont toujours compliquées. Il faut arriver à passer ces premières saisons pour pérenniser le club mais le plus dur est de passer cette première saison. On le voit, ils sont dans le dur et c’est bien dommage parce qu’au vu des prestations qu’ils font, je crois qu’ils perdent 6 matchs de quelques points. 

 

Dont le dernier contre Béziers 

 

Béziers qu’ils perdent d’un point alors qu’ils ont la victoire à deux minutes de la fin. C’est aussi ça la Pro D2 et le monde professionnel, une petite erreur peut entraîner une défaite et les défaites peuvent parfois être fatales. Mais, je crois encore en eux et j’espère qu’ils vont le faire en tous cas, je suis de tout cœur avec eux. 

 

Tu as d’anciens amis du Rouen Normandie Rugby parfois au téléphone, avec qui tu échanges sur la situation, sur comment ils le vivent ? Parce-que ça doit quand même être compliqué de passer à une année où tu gagnes tout à une année où tu ne gagnes pas souvent ? 

 

Je suis sur Rouen en ce moment et j’ai pu voir d’anciens coéquipiers. C’est sûr que c’est difficile mais ils gardent cette motivation, cette niaque qui est un peu caractéristique de Rouen. Ils savent que ça va être dur jusqu’à la fin et que va certainement se jouer jusqu’au dernier match. Il faut qu’ils essaient de garder cette motivation, qu’ils essaient de garder la tête hors de l’eau et qu’ils ne se laissent pas abattre sinon, ils vont couler. Donc oui, ça va être compliqué. 

 

J’imagine que tu te feras fort d’aller leur porter le message ? 

 

Oui, c’est sûr (rires)

 

Revenons- un peu sur l’équipe de France. Lors du Crunch, il y a eu un magnifique match. Tes coéquipiers, tes nouveaux coéquipiers, ont réussi à aller faire trébucher cette équipe d’Angleterre et avec la manière. Comment as-tu vécu ce match ? Avec, j’imagine, un brin d’amertume puisque tu étais à quelques encablures de fouler la pelouse du Stade de France mais avec aussi beaucoup de fierté d’avoir participé avec ces gars à toute cette préparation ? 

 

C’est clair, j’étais très content pour eux. J’avais envie d’être avec eux, de partager cette joie, de fêter la victoire avec eux. Et j’étais un peu triste pour moi de devoir regarder ce match à la télé mais j’étais tellement heureux pour eux parce-que je les ai côtoyés pendant deux semaines. Ce sont des gars fantastiques, ils sont formidables, je sais que l’équipe est vraiment soudée. Je sens qu’il y a vraiment quelque chose. 

 

Ils sont prêts à faire des sacrifices pour y arriver ? 

 

Oui, ils vont tout donner et ils ont tout donné. Ça se voyait sur le terrain, ils ne lâchaient rien. En défense, ils montaient comme des chiens et c’est vrai que ça s’est vu. Ils ont su montrer une belle image de l’équipe de France et j’espère que les Français ont apprécié. Moi, franchement, je ne leur souhaite que le meilleur pour la suite. Ils sont capables de faire de grandes choses et j’espère qu’ils vont le montrer et montrer un nouveau visage dans ce tournoi. 

 

On va finir en parlant de ton club, le Castres Olympique. L’année dernière, vous avez quasiment accroché les play-offs. Ça s’est joué sur un dernier match qui a fait couler beaucoup d’encre. Depuis, on a l’impression que le ressort est cassé parce-que c’est vraiment compliqué cette saison pour le CO. Comment toi, en tant que joueur, tu vis cette situation ?

 

Ce n’est pas facile d’être dans cette situation, on aimerait jouer autre chose que le maintien. C’est vrai qu’en ce moment, on parle plutôt de maintien que d’aller jouer les phases finales. C’est toujours difficile quand tu es dans une équipe de devoir entretenir cette mentalité d’aller chercher le maintien. Mais il faut regarder les choses en face, il faut savoir faire la part des choses et travailler encore et encore, ne rien lâcher. Je pense qu’on est capable de faire beaucoup mieux, on l’a prouvé cette saison. Il y a des matchs où on a retrouvé notre rugby et c’est dommage qu’on ne puisse pas le retrouver tous les week-ends. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se laisser abattre, je pense qu’il faut continuer à travailler dur et ne pas perdre de motivation, sinon, c’est cela qui nous fera défaut. Rester forts, rester soudés, c’est surtout ça, une équipe qui n’est pas soudée, elle part en miettes. Il faut rester bloc et faire face toutes ces difficultés. 

 

Pour toi, c’est quand même une saison un peu paradoxale. Collectivement, ce n’est pas trop ça par contre individuellement, c’est la saison de l’accomplissement. Tu as de plus en plus de temps de jeu au CO, tu commences à toucher du doigt l’équipe de France. Ça ne doit pas être simple à vivre puisque tu dois être dans ta petite bulle alors que c’est loin d’être le cas pour le groupe ? 

 

C’est paradoxal parce-que oui, moi je me sens bien et je suis le plus heureux parce-que j’ai de la réussite. Mais c’est vrai que j’ai aussi cette frustration de ne pas avoir cette réussite avec l’équipe, de ne pas avoir cette joie avec mon équipe. J’essaie de donner le maximum à l’équipe comme je l’ai toujours fait, je m’entraîne encore plus, j’essaie d’apporter le maximum. Ce n’est pas comme si je fanfaronnais, je reste toujours le même. 

 

Humble ? 

 

Oui, j’ai toujours été sur terre, j’ai ma femme qui est derrière moi et qui me le rappelle sans cesse. Je reste le même travailleur et je reste dévoué à l’équipe avant tout. 

 

Ta relation avec Mauricio Reggiardo, elle est comment ? C’est quelqu’un que tu prends un peu en exemple, vous avez un peu une relation filiale ? Parce qu’on sait que c’est quelqu’un qui a un côté très paternaliste. 

 

C’est exactement ça. C’est vrai que je suis conscient de tout ce qu’il m’a apporté, je le remercie d’ailleurs pour ça. Dès qu’il est arrivé, il m’a dit  » écoute, je ne trouve pas ça normal que tu ne sois pas dans les joueurs suivis par le XV de France. Je vais tout faire pour ce que tu sois suivi et que tu fasses partie de la liste des 75 « . Et après plusieurs mois de travail, j’ai été contacté pour me dire que j’étais dans cette liste et là, récemment, j’ai été appelé donc oui, il a tenu parole. C’est quelqu’un qui est comme ça, il est entier. Quand il apprécie quelqu’un, il donne tout donc, je lui en suis reconnaissant. Et c’est ce qui me motive aussi à travailler, ce sont des personnes comme ça qui m’apportent énormément, qui me donnent encore plus de motivation à le faire. 

 

On va finir comme d’habitude avec la question décalée/humour. Le fait que tu es fait du kick-boxing et du foot, c’est rentré en ligne de compte dans le fait que tu aies été sélectionné en équipe de France ? 

 

Je ne sais pas (rires)

 

C’est une arme que n’ont pas toutes les équipes d’avoir un joueur capable de faire du foot et du kick-boxing sur un terrain, qui plus est un pilier droit. 

 

C’est sûr. Pour l’instant, je n’ai pas encore tapé le ballon au pied mais peut-être qu’un jour, je créerai la surprise (rires). J’espère que le kick-boxing, ça restera hors du terrain parce-que je n’aurai pas envie de me faire sanctionner pour un geste de kick-boxing

 

Si un jour Romain N’Tamack a un coup de mou pour botter, tu lui glisses à l’oreille que tu es capable de taper, on viendra filmer. 

 

Je lui en toucherai un mot (rires). Je garde ça en réserve et un jour, tu vas voir que je vais sortir un coup de pied incroyable et tout le monde en parlera, tu verras. 

 

Le drop de la victoire dans un futur crunch

 

Peut-être, on ne sait jamais mais j’aurai intérêt de le passer sinon … (rires)

 

Sinon, ça pourrait mal tourner pour toi. On te remercie d’avoir joué avec nous au jeu de l’interview comme on dit et d’avoir répondu à toutes nos questions, même les plus décalées et on te souhaite le meilleur pour cette année. 

 

C’est gentil, merci

 

 Propos recueillis par Loïc Colombié

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