#Rugby – Fed1 / Une belle histoire à l’UCS (Cognac-St-Jean-d’Angely).

Le rugby réserve souvent des histoires emplies de valeurs humaines et de solidarité. Christophe Hamacek et Nicolas Cabannes, manager et coach de l’Union Cognac-Saint-Jean-d’Angely, en ont fait étalage lors de la réception de Rennes le 12 janvier 2020. Martin Chasseret, alias « DJ Marty Blind », jeune cognaçais atteint de cécité et fan de l’UCS a vécu un moment particulier ainsi qu’émotionnellement fort. Non-voyant depuis l’âge de 15 ans suite à un accident de la route, Martin Chasseret assiste en tribunes avec son beau père (qui lui commente le match) à toutes les épopées des unionistes. Mais Christophe Hamacek et son adjoint ont décidé lors de la dernière journée de fédérale 1, de lui faire vivre toute la préparation d’avant-match (causerie, échauffement etc) de l’intérieur. De plus l’ex coach de l’AS Béziers, lui a même cédé sa place sur le banc (étant suspendu) de manière à permettre au jeune charentais de toucher du doigt l’intensité d’un match au plus près de l’aire de jeu. Rencontre avec deux coachs aux grands cœurs et un jeune homme dont l’adversité de la vie , ne lui a pas ôté un sens de l’humour certain, une fraîcheur vivifiante, et un sens de la relativisation exacerbé . En définitive une ôde à la vie !

 

Christophe, on va commencer à parler du match du week-end dernier pour Cognac. Il a fallu s’employer pour arriver à ses fins du côté de Cognac ? 

 

CH : Oui, face à une très belle équipe de Rennes qui n’est carrément pas à sa place. Ils pratiquent un beau  rugby, ambitieux, fait de mouvements, efficace. Donc, il a fallu redoubler d’efforts en deuxième mi-temps pour en venir à bout mais c’était un beau match de rugby. 

 

Je te reprends sur Rennes qui n’est pas à sa place. Je dirai qui est à sa place dans cette poule 4 mis à part Saint-Jean-de-Luz et Cognac qui sont détachées. Par contre, derrière, il y a une meute de la 9e à la 3e places, ça frotte pire que dans un grand prix ? 

 

CH : Exactement (rires). Il y a de bonnes équipes avec des matchs serrés. Tu peux te rendre chez le dernier et que ce soit compliqué. Cette poule, et même malheureusement pour le haut du tableau, on ne sait pas trop si c’est fait. On aimerait bien que ce soit acté mais c’est loin d’être le cas donc, il va falloir ferrailler jusqu’à la fin de la saison. 

 

En marge de ce match, et pendant ce match, il y a eu une belle image, quelque chose qu’on aime beaucoup dans le rugby. Tu peux nous en parler un petit peu ? 

 

CH : Le hasard fait qu’avec Nicolas, on a croisé un brillant DJ puisqu’il a aussi ce talent-là, Martin. Nous l’avons invité pour suivre ce match avec nous de l’intérieur. Donc, il assisté à l’échauffement dans les vestiaires, sur le terrain et puis, il m’a remplacé puisque j’ai pris un carton rouge. 

 

Ce qui n’est pas une mince affaire ? 

 

CH : Ce n’est pas une mince affaire mais il a été bien puisqu’on a gagné. Donc, c’était assez sympa, je pense que lui vous en parlera mieux. Les joueurs l’ont super bien accueilli. Et puis, c’est bien, le rugby, c’est ça. 

 

Exactement. On va maintenant faire parler notre invité de marque, Martin Chasseret. Martin, tu es atteint de cécité depuis l’adolescence suite à un accident de la route. Et tu as pu vivre ta passion auprès du club de Cognac-Saint-Jean-d’Angély. Quelles sont tes premières impressions après avoir vécu ce moment  » Inside  » comme on dit ? 

 

MC : Je suis d’habitude dans les tribunes, toujours avec un copain ou mon beau-père qui me commentent le match, du coup, c’est déjà cool. Mais là, c’était encore mieux parce-que, grâce à Christophe et son équipe, j’ai vraiment pu ressentir dès les vestiaires la préparation et tout ça. Grâce à eux, ça m’a permis de me rendre compte que je pouvais encore apprécier des choses de la vie même en étant aveugle. 

 

Tu peux nous reprendre ta journée hors du commun avec Cognac-Saint-Jean d’Angely 

 

MC : En fait, je n’étais pas censé venir. J’ai envoyé un message à Christophe le matin en lui demandant s’il avait une place pour moi l’après-midi. Du coup, il a réussi à gérer et il m’a dit  » tu viendras avec nous dans les vestiaires « . Il a vraiment été cool parce-que ce n’était pas simplement pour faire bien genre  » je t’invite et je te mets dans un coin « . Vraiment, j’ai senti de la bienveillance et c’est quelque chose qui est vachement important pour moi. 

 

CH : La vérité, c’est qu’on l’a quand même mis dans un coin dans les vestiaires parce qu’il avait l’échauffement où il peut parfois y avoir des coups d’épaules (rires). On l’a quand même préservé. 

 

Oui, on connaît un peu la montée en pression au rugby. 

 

CH : Voilà, il était bien au chaud avec nous. 

 

MC : Je voulais mettre des coups d’épaules au début mais je ne voulais pas blesser l’équipe. Du coup, je me suis mis dans un coin. 

 

Je pense que tu as bien fait, Martin, c’était plus sage. J’imagine que tu es un grand passionné de rugby et de Cognac. Il doit aussi y avoir d’autres équipes qui trouvent grâce à tes yeux ? 

 

MC : Oui, bien sûr, mais je suis Cognaçais et c’est Cognac, ça c’est sûr. 

 

Le meilleur cadeau qu’ils pourraient te faire maintenant, c’est d’aller en play-off, pour mettre un peu la pression à Christophe et à Nicolas, et d’aller loin pour te faire rêver ? 

 

MC : Bien sûr parce-que moi, si je suis là, ce n’est pas pour rester en Fédérale de toute façon (rires). 

 

Nicolas, après cette punchline de Martin, il te met un petit peu la pression ? 

 

NC : Oui, il nous met la pression (rires). Martin est un fidèle supporter de l’Union et on est content qu’il soit avec nous. Bien sûr qu’on ambitionne de finir dans les deux premières places, on est encore dans les clous et on va cravacher pour ça jusqu’à la fin. 

 

Martin, on sait que tu as eu un accident de circulation au moment de ton adolescence. On va faire un peu de prévention parce-que tu n’avais pas mis le casque comme il fallait. Est-ce que tu peux nous en parler pour les plus jeunes pour ne pas que ça arrive à nouveau ? 

 

MC : C’est ça. Depuis mon accident, je fais bénévolement de la prévention routière parce-que c’est quelque chose qui me tient à cœur et je trouve ça important. Je me dis que, si j’avais eu une intervention comme ça au collège avant que mon accident arrive, peut-être que j’aurai réfléchi avant. Du coup, à 15 ans, casque pas attaché, scooter trafiqué qui roule deux fois plus vite, on ne fait pas la course avec les copains mais, si tu arrives le premier, c’est toujours mieux. Là, en l’occurrence, c’était moi, je me retourne pour voir si mes potes suivaient bien et quand je remets la tête devant moi, un mur et un poteau. A ce moment-là, c’est le trou noir, un mois de coma, même à mon pire ennemi, je ne lui souhaite pas tout ça. 

 

Malgré l’adversité de la vie, tu n’as rien lâché puisqu’on sait que maintenant, tu es aussi DJ. Comment tu pratiques ? Tu as du matériel et des instruments spécialisés ? 

 

MC : Non. En fait, quand on a un handicap, c’est surtout à nous de nous adapter, ce n’est ni le matériel, ni les gens, ni les choses qui s’adaptent et on essaie de s’adapter le plus possible. En fait, à 15 ans, quand je me suis réveillé dans le noir comme ça après un mois de coma, il a fallu que je trouve un but dans ma vie et une raison de me lever le matin. Du coup, pour moi, ça a été la musique et c’est vraiment toute ma vie. C’est pour ça que je me lève le matin. 

 

Tu nous disais aussi qu’habituellement, puisque là, tu as eu droit à un petit passe-droit, pour vivre les matchs, tu es dans les tribunes. Tu as ton père ou un membre de ta famille qui te narre le match ? 

 

MC : Oui, c’est mon beau-père qui aime beaucoup le rugby aussi. Lui est de l’ancienne école, il a 65 ans donc il a la vision du vieux rugby. Mais j’aime bien, c’est marrant, justement parce qu’il connaît plus de choses que moi. 

 

A force de te commenter les matchs, il doit être bon. On va peut-être pouvoir l’embaucher pour venir commenter à la radio avec nous ? 

 

MC : Oui mais ça me fait mon audio-transcription personnalisée. 

 

Bien sûr. 

 

NC : Et là ce week-end, sur le banc, il avait le docteur qui lui a gentiment commenté tout le match. 

 

MC : C’était vraiment cool d’ailleurs. 

 

Et ton expérience avec les joueurs ? J’imagine qu’ils ont été très bienveillants avec toi, ils ont dû un peu t’expliquer leur petite routine d’avant-match ? 

 

MC : Je n’ai pas voulu déranger les joueurs donc, je n’ai pas posé trop de questions. Je les ai laissés se concentrer parce-que Christophe les briefait. Je n’allais pas déranger tout le monde donc, je suis resté dans mon coin pour mon premier match, on va dire. 

 

J’imagine qu’en fin de match, comme il y avait une belle victoire, il y a du y avoir une belle 3e mi-temps. Tu as quand même du lever un peu le coude avec eux ? 

 

MC : (rires). J’essaie d’y aller doucement sur les 3es mi-temps parce-que je ne voudrai pas me faire retirer le permis. 

 

On voit que tu prends les choses avec humour et philosophie, c’est vraiment tout à ton honneur. 

 

MC : De toute façon, la vie, il faut la vivre donc autant le faire avec le sourire. 

 

Christophe, Nico, quand on entend des propos comme ça, c’est rafraîchissant. Quand parfois, on râle ou qu’on se croit au fond du seau pour des petits soucis, des petits tracas, et qu’on entend comment Martin prend les choses, ça donne du tonus dans la vie ? 

 

CH : Tu l’as dit, ça fait relativiser. Il a vécu des choses difficiles, il a réussi à se relever. C’est maintenant un DJ qui est reconnu, même si ce n’est pas la musique que j’écoute (rires). Il fait des concerts, il va partout en France, il commence à être connu. Je sais qu’il a fait des télévisions, qu’il a, je crois, mixé avec les plus grands. 

 

Son nom de scène pour lui faire quand même un petit peu de pub ? 

 

MC : C’est Marty Blind DJ mais tout le monde m’appelle Marty. 

 

CH : Ca va te parler à toi plus qu’à moi mais il me disait qu’il a mixé en Belgique avec Bob Sinclar

 

Ah oui, c’est une pointure. 

 

MC : Quand on a fait ça, on peut mourir tranquille ! 

 

Exactement comme aurait dit Thierry Roland. 

 

CH : Voilà, mais tu as quand même le temps. 

 

MC : Oui, je ne suis pas pressé. 

 

On va un peu donner la parole à Nico parce qu’on ne l’a pas souvent pour parler du match de ce soir. Maintenant que vous avez un porte-bonheur et une mascotte, est-ce que Martin sera de nouveau à vos côtés ? 

 

NC : Il sera à nos côtés mais pas sur le terrain parce qu’il ne postule pas au poste d’ouvreur. Mais non, il ne sera pas à nos côtés, en déplacement, c’est un peu compliqué. Il a plein de choses à faire le week-end, c’est là où il bosse donc, il a beaucoup de soirées à animer. Par contre, contre Tyrosse dans 15 jours, il sera bien sûr sur le banc avec nous. 

 

Pour le match de ce soir, il va falloir aller chercher la victoire impérativement parce qu’on le voit, ces satanés Luziens, ces bondissants Basques qui font beaucoup de choses avec peu de moyens sonnent fort dans les rétros puisque vous êtes au coude à coude ? 

 

NC : Oui, on est au coude à coude. Ils n’ont pas beaucoup de passage à vide et les basques pratiquent un excellent rugby. Nous, ce qui nous importe pour demain, ce sont les Nantais qui, eux-aussi, ne sont pas loin de nous avec un match en retard à domicile. Donc, on regarde surtout les Nantais, on regarde plus derrière que devant. 

 

Et pour toi, Nicolas le Landais, aller rencontrer une équipe au Pays Basque, ça doit te parler ? 

 

NC : Oui, c’est toujours sympa d’aller au Pays Basque. C’est près de la maison, c’est une région sympa et les Basques sont très accueillants, sauf pour le rugby (rires). 

 

Christophe, tu le sais, on est un média albigeois, tu as des joueurs qui sont passés à Albi. Je pense à Maxime Gau mais je pense surtout à Mathieu Peluchon et à Thibaut Visensang. Est-ce que tu peux nous donner de leurs nouvelles parce-que, du côté d’Albi, on est un peu inquiet concernant le devenir de leur carrière ? 

 

CH : Maxime va très bien, met une très bonne ambiance dans l’équipe et il est du voyage avec nous aujourd’hui. Tandis que Mathieu et Thibaut sont des blessés de longue date. C’est inquiétant dans la mesure où ils ont fait des KO, plusieurs, donc il faut maintenant les laisser se reposer. Je crois qu’ils font des soins, Peluche a fait des soins à Bordeaux. On va attendre d’avoir l’avis médical pour savoir s’ils vont tout simplement reprendre le rugby. 

 

Dans tous les cas, tu leur feras une grosse bise de la part de tous les supporters et de toute la famille jaune et noire parce qu’on pense beaucoup à eux. Et tu peux nous donner des nouvelles du 3/4 centre qui est reconverti 3e ligne, Mr Bonnet ? 

 

CH : Maintenant, il est reparti au centre. 

 

C’est un grand voyageur ? 

 

CH : On a un effectif de qualité mais pas nombreux. Donc, parfois, il faut essayer de trouver des solutions. Dans le rôle de perce-murailles, il est très bon au centre, il a fait de supers matchs en 3e ligne et je lui ai dit l’autre jour, c’est dommage que je ne l’ai pas connu plus jeune, j’en aurai bien fait un pilier gauche. Mais là, il ne veut pas tenter. 

 

Pour finir avec la question un peu humour, un peu décalée, on a fini la pré-saison côté albigeois à Cognac. La boucle serait bouclée si on finissait la saison et les play-offs face à Cognac ? 

 

CH : Pour nous, les play-offs sont loin d’être acquis, on va tout faire pour y être. 

 

Pour Albi aussi parce-que rien n’est acquis non plus. Mathématiquement, ce n’est pas encore gagné. 

 

CH : Ce n’est pas fait mathématiquement mais bon, j’ai un petit peu d’expérience pour te dire qu’Albi y sera. Pour nous, c’est loin d’être le cas. Ca serait vraiment du bonheur parce qu’on aime bien cette équipe. On a des bonnes relations, on sait ce qu’il s’est passé l’année dernière. Il y a eu un petit peu d’injustice pour ne pas dire autre chose. 

 

Un braquage à l’anglaise

 

CH : Voilà. Donc, se faire un bon petit match de rugby, nous, par la force des choses, on est moins ambitieux qu’Albi puisqu’on n’a pas la possibilité de monter en Pro D2. Mais, on est des compétiteurs, on aime gagner et faire de belles phases finales, ce serait vraiment super.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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