#Rugby – Fed1 / R.Casals (Albi) : « Le “vieux Casals” n’est pas encore fini!»

Romain Casals, l’expérimenté talon du Sporting Club Albigeois nous a fait le privilège de nous accorder une interview grand format, où nous avons pu revenir avec l’ex tarbais et auscitain sur une carrière pro qui s’étend depuis plus d’une décennie. Ce catalan , Talon forgé dans les vieux moules du rugby d’antan, est une des hommes de devoir d’Arnaud Méla. Formé à l’école perpignanaise , puis affiné entre Gascogne et Bigorres, celui qui a vécut les deux derniers écueils albigeois espère vivement à l’aube d’une fin de carrière approchant, re-tater de la ProD2. Focus sur un joueur dont la pudeur est l’apanage de ceux qui ne s’éclairent que dans dans l’ombre des travaux obscurs , dans le prolongement même d’un physique digne d’un film d‘audiard, où les héros sont souvent des durs au cœur tendre.

 

 

Romain, ça nous fait plaisir de t’avoir parce-que tu n’es pas un grand expansif, tu as cette pudeur qu’on souvent les premières lignes. Ce n’est pas souvent toi qui viens parler donc, ça nous fait plaisir de t’avoir. On va déjà commencer par ce début de saison, qui a été un peu compliqué pour toi, tu as été handicapé par un mollet. Petit à petit,  » le vieux « , parce qu’on ne va pas s’en cacher, tu fais maintenant partie des anciens du groupe, revient ferrailler avec les copains pour aller chercher cette Pro D2 ? 

 

Oui, ça y est. C’est vrai que j’ai eu un début de saison un peu compliqué. J’ai fait une bonne préparation physique, et puis, la semaine du premier match amical, j’ai eu cette petite blessure au mollet qui s’est aggravée au fur et à mesure. Je voulais reprendre trop vite, trop tôt et à chaque fois, deux ou trois fois, ça a repété. Donc après, j’ai raté les 4 premiers matchs du championnat et ça fait maintenant un petit moment que je suis revenu donc tout va bien. 

 

Et, pendant ton absence, il y a eu une jeunesse qui a poussé au portillon. Que ce soit Arnaud Feltrin ou Arthur Castans, ce sont des jeunes qui tambourinent à la porte ? 

 

Ça, c’est sûr. Depuis que je suis arrivé, c’est ma 3e année, les deux étaient déjà là. Donc, ça fait un petit moment qu’ils sont au club et c’est vrai que ce sont de très, très bons jeunes à ce poste-là. 

 

Toi, on le sait, tu as l’expérience. Tu es passé par des clubs assez mythiques : l’USSAP, Auch, Tarbes, Albi actuellement. Tu leur apportes un surplus d’expérience à Arnaud Feltrinet à Arthur Castans ? Car, tu es quand même un des  » papas  » du groupe. 

 

Un  » papa  » du groupe, il y en a d’autres des  » papas  » du groupe et des capitaines du groupe. C’est vrai que moi, je ne suis pas non plus un grand communiquant. Si les jeunes, les talons, viennent me voir, je leur donnerai des infos. C’est vrai qu’on parle souvent entre nous surtout sur les mêlées. Arnaud Feltrin et Arthur Castans n’ont pas non plus besoin de trop de conseils parce-que, comme tu l’as dit, ce sont des joueurs qui sont quand même très bons et ils font leur bonhomme de chemin. Après, si j’ai des conseils à donner, c’est sûr que j’en donne de temps en temps. 

 

Tu es arrivé il y a trois ans à Albi, dans un club qui était en crise. Il venait de descendre de Pro D2, il y avait eu pas de mouvements dans le staff et l’équipe dirigeante. Après trois ans à Albi, qu’est-ce que tu retires pour l’instant de cette aventure jaune et noire ? 

 

Ce que j’en retire, c’est qu’on a fait une première année avec la Fédérale 1 Elite. On a eu un peu de mal à s’y mettre parce-que, comme tu le dis, il y a eu beaucoup de changements dans l’équipe. On a été beaucoup de nouveaux à arriver il y a trois ans. 

 

Même dans le club au sens large, que ce soit du président jusqu’au coach. 

 

Moi, c’est le sportif qui me préoccupe mais c’est vrai qu’il y a eu des changements de partout. En Fédérale 1 Elite, on perd contre Rouen, l’année dernière, on re-perd contre Rouen donc on fait deux échecs. 

 

Avec un second beaucoup plus dur et difficile à avaler. Parce-que, comme le dirait si bien ton coach, il y a un sentiment d’injustice ? 

 

Après, on ne va pas revenir dessus, on a suffisamment parlé sur ça. C’est sûr que tous les joueurs qui y étaient, on gardera à vie dans notre tête ce qui s’est passé. Il faut passer à autre chose et à cette année notamment. 

 

Toi qui a une longue carrière, dans de grands clubs, avec des moments aussi forts, tu avais déjà connu des déceptions aussi fortes que contre Rouen ? 

 

Non. C’est vrai que j’ai joué dans des grands clubs. Quand j’étais à Auch, je n’ai pas joué des matchs de phases finales mais ma dernière année, quand je signe à Tarbes, j’ai joué un match au couteau, le dernier match de la saison. Si on le perdait contre Dax à la maison, je m’en souviens très bien, le club descendait. Ce sont des matchs importants, qu’on a gagné heureusement. Après, avec Tarbes, on a joué le haut du tableau les deux premières années, on a loupé de peu la qualifen demi-finale. Et avec Tarbes, j’ai connu la descente en Fédérale 1, pas sportivement mais financièrement. Donc, j’avais déjà connu un peu ça mais c’est vrai que ce sont des désillusions. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de joueurs qui en ont connu, surtout vu comment ça s’est passé. 

 

C’est certain. En parlant de Tarbes, vous avez affronté le week-end dernier les Ours Tarbais. J’imagine que pour toi, à chaque fois que tu y retournes, il y a un petit pincement au cœur. Mais, tu n’as pas eu le temps de tergiverser parce-que ça a vraiment été un match d’hommes, un match où ça a frotté sec ? 

 

C’est la 3e année depuis que je suis à Albi que je vais jouer à Tarbes. C’est toujours bien d’y retourner mais, comme je le disais, c’est vrai que de mon époque, il n’y a plus beaucoup de joueurs, à part 2 ou 3 qui jouent encore et quelques jeunes que je connaissais. Mais, c’est toujours gratifiant de retourner là-bas, de revoir tous les supporters. J’ai parlé beaucoup après le match donc, ça fait plaisir. C’est qu’il y a eu un match cette année qui était vraiment un gros match, on était vraiment attendu. On était vraiment préparé aussi, on s’y est bien préparé parce-que ça a tapé fort et ça a été un des premiers matchs de cette année, personnellement, où ça a tapé vraiment fort. 

 

On dit souvent qu’un joueur, quand il passe dans des clubs, il infuse, il garde une partie de l’ADN du club où il est passé. On ne va pas te demander pour l’USSAP car ce sont tes racines catalanes. Mais par contre, que ce soit Auch ou Tarbes, il y a des choses qui t’on marquées, qui ont fait le joueur que tu es ? 

 

Quand j’ai signé à Auch, je n’avais que 22 ans, je ne connaissais rien à part les Espoirs. J’ai signé à Auch, un club comme tu dis mythique. J’ai vraiment appris le travail sur la conquête, en mêlée, en touche. Je me souviens, étant jeune, on faisait des séances en mêlée en opposition deux ou trois fois par semaine. C’est vrai que ça m’a aussi forgé un caractère parce-que je suis parti jeune à Auch, je ne connaissais rien. 

 

Tu as côtoyé Henry Broncan à Auch ? 

 

Non, je n’ai pas côtoyé Henry Broncan. Il était déjà à Albi quand je suis arrivé à Auch. Par contre, je l’ai côtoyé quand j’étais à Tarbes, il est arrivé lors de notre dernière année de Pro D2. Il s’occupait des jeunes où là, il était avec nous. 

 

Entre Auch et Tarbes, ce sont des clubs où, on le voit avec Henry Broncan, il y a des passerelles. Mais, Albi, c’est pareil, ce sont des clubs assez similaires, des clubs assez vertueux, avec des valeurs. Sur le fonctionnement, sur le fait d’être un peu un bastion qui essaie de survivre, c’est le même fonctionnement dans ces trois clubs ? 

 

C’est vrai qu’il y a des similitudes dans les trois clubs que j’ai fait. C’est peut-être pour cela que je suis dans des clubs comme ça. Mais après, je trouve quand même qu’Albi, pour un club de Fédérale 1, depuis que je suis arrivé, c’est un club assez structuré. Il y a de belles installations, on a un kiné à plein temps, on s’entraîne tous les jours. 

 

Un prépa mental même ? 

 

Oui, il y a un prépa mental qui est là depuis 15 jours. On s’est présenté avec lui, on verra bien ce que ça va nous apporter. On va faire des rendez-vous avec lui, je sais qu’il y a des joueurs qui sont allés le voir. On va faire des rendez-vous avec lui et on verra bien comment ça va évoluer. 

 

Au-delà des infrastructures, quand tu as signé à Albi, j’imagine qu’il y avait d’autres ressorts, d’autres leviers. Arnaud Méla en était un, le passé et l’histoire du club en était un autre aussi ? 

 

Je l’avais déjà dit, quand il y a Arnaud Méla qui t’appelle, comme pour beaucoup de joueurs, c’est gratifiant. Moi, je pense que j’étais arrivé en bout de cycle à Tarbes quand j’y étais, même s’il me restait encore un an de contrat. Il y a eu des difficultés, il y a eu des joueurs qui sont partis donc je pense que pour tout, sportivement et humainement, c’était la bonne année pour que je parte et que je signe à Albi. 

 

Rassure-nous, tu n’es pas en fin de cycle à Albi ? 

 

Je ne suis pas en fin de cycle, on verra. Je suis en fin de contrat donc, on verra comment ça va se passer. On verra bien. 

 

Il y aussi le fait de monter ou pas en Pro D2 qui sera prépondérant dans ton choix ? 

 

Oui, dans mon choix et surtout dans le choix du club aussi. Il n’y a pas que mon choix qui va compter là-dessus. 

 

On va parler un petit peu de ce début de saison. Comment tu l’analyses, arrivés à la fin de cette phase aller ? C’est le dernier match dimanche de l’année civile 2019. Il y a quand même une copie quasiment parfaite, excepté Saint-Sulpice. Et peut-être la seconde mi-temps d’Oloron où il y a eu un gros coup d’air ?

 

Oui, mais vous savez, comme on le dit, Arnaud le répète depuis deux ans, les matchs à la maison, on sait comment ça se passe. Et puis, à l’extérieur, n’importe quelle équipe, que ce soit la plus petite ou la plus grosse, nous attendent toutes à 300%. Et nous, si on n’élève pas notre niveau de jeu à 120%, comme ça s’est passé à Saint-Sulpice et bien, ça ne passe pas. 

 

Pour nos lecteurs qui nous suivent de loin, quand on parle de matchs à la maison, on pense souvent que, comme il y a de larges scores, c’est guinguette. Mais, rassure nos lecteurs, ce n’est pas guinguette, c’est parce-que vous respectez l’adversaire qui est en face et que vous jouez à fond qu’il y a des scores larges ? Mais, ce n’est pas guinguette ? 

 

Non, non, on respecte les adversaires, ça, c’est sûr. On se prépare chaque semaine comme si on jouait un gros match, c’est avant tout le respect de l’adversaire. Après, on met les choses en place. Ca fait trois ans qu’on joue ensemble donc on commence à connaître les automatismes et on le voir sur le terrain. Donc, c’est vrai que pour l’instant, tout se passe très bien dans cette phase aller. Il faut continuer déjà dimanche avant les vacances, il ne faut pas non plus qu’on se croie en vacances. 

 

Ca a tout du match piège ce match à Bagnères 

 

Oui mais on le sait, on en a parlé. C’est vraiment le match piège comme chaque année. Les matchs avant les vacances, c’est toujours compliqué à négocier mais on a fait une très bonne semaine d’entraînement. On s’est ré-entraîné hier matin, on a fait la mise en place sous les conditions climatiques qu’il y eues. 

 

Les buteurs ont du se régaler ? 

 

Les buteurs, nous les lanceurs, on s’est régalé aussi. Ça fait partie du rugby, qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, c’est comme ça, c’est le rugby. 

 

Et puis, on sait qu’à Bagnères, ils veulent faire plaisir au staff et au président. Amener au pied du sapin le scalp du Sporting Club Albigeois, c’est le plus beau cadeau qu’ils puissent leur faire ? 

 

C’est sûr. Comme tu le dis très bien, on sait qu’on va être attendu à Bagnères. Moi qui connais un peu Bagnères quand je jouais à Tarbes, je sais le terrain, comment vont être les spectateurs donc, on a intérêt d’être prêts. 

 

On a beaucoup entendu râler sur la Fédérale 1, sur le format de compétition. Toi, tu as connu la Fédérale 1 Elite et la Fédérale 1 actuelle. Le rythme est bien en-deçà en phase régulière en Fédérale 1 qu’en Fédérale 1 Elite, il y a vraiment moins d’intensité ? 

 

Oui, il y a beaucoup moins d’intensité. 

 

C’est indéniable ? 

 

Oui, c’est en rapport avec l’effectif, c’est comme ça. En Fédérale 1 Elite, tu as quand même 10 gros clubs. Comme je le disais avant, moi, quand j’ai fait ma première année en Fédérale 1 Elite avec Tarbes, au niveau du paquet d’avants, il n’y avait pas non plus trop, trop de différences avec la Pro D2. Et c’est vrai qu’en Fédérale 1, il y a des équipes où c’est un peu plus compliqué. Le temps de jeu n’est pas énorme, on en parle un peu, les prépas physiques parlent aussi du temps de jeu donc on travaille à côté sur le physique. Mais c’est vrai qu’il y a quand même une différence. On l’a vu contre Tarbes, ça nous a tous surpris. Les contacts ont tapé un peu plus forts, le rythme a été un peu plus fort même s’il n’y a pas eu non plus trop d’envolées mais ça a été autre chose. 

 

On est toujours un peu dans le débat entre pluriactifs et professionnels. On parle souvent des pluriactifs parce qu’ils ont une vie à côté, ils ont une vie familiale, que c’est compliqué pour joindre rugby, vie professionnelle et vie familiale. Mais, on parle très peu de la condition des professionnels. Toi, tu es professionnel, tu as cette chance là, mais ça n’empêche pas que tu es beaucoup en déplacement. Tu es jeune papa, tu as 32 ans, tu vas bientôt penser à la reconversion. Comment on met tout ça dans l’ordre quand on est rugbyman professionnel ? 

 

C’est ma 11e année en pro, on arrive à joindre tous les bouts. Après, je viens d’être papa, c’est sûr que ça change un peu. Et puis là, on commence aussi à penser à après le rugby, je suis plus proche d’arrêter que de … 

 

On ne te demande pas d’arrêter ! Si tu veux continuer quelques belles années, que tu veux faire comme ton homologue de Bagnères, Olivier Pujo, jusqu’à 38 ans, vas-y, fonce ! 

 

Je le connais en plus. Non, je ne veux pas du tout arrêter, loin de là mais on y pense. C’est vrai que ce n’est plus pareil, on ne fonctionne plus pareil et puis, le corps ne fonctionne plus pareil non plus, la récup, c’est autre chose. Quand tu as 20 ans et qu’on te dit  » va t’étirer, fais ci, fais ça « , tu dis  » ouais, c’est ça, c’est bon « . Et bien maintenant, à 30 ans, on le fait, on commence à le faire. Voilà, il y a plein de choses qui changent, on continue comme ça et on avance encore et on n’est pas fini. Même si on m’appelle  » le vieux « , Casals n’est pas encore fini. 

 

Quand le vieux sort du tunnel un peu sombre du Stadium, parfois, on dirait un tonton flingueur, c’est digne d’un film d’Audiard, avec le regard noir des mauvais jours, comme contre Rouen. 

 

Après, c’est comme ça, moi, j’ai été formé comme ça. Il faut que je sois dans le match une heure avant, je n’arrive pas dans les vestiaires en rigolant, je ne suis pas comme ça. Moi, il faut que je sois dans ma bulle, ça a toujours été comme ça. Je pensais qu’avec l’âge, ça changerait mais pas du tout, il faut toujours que j’ai cette pression. On ne change pas l’homme. 

 

Et pour la reconversion, tu as une ou deux pistes ? 

 

Oui, il y a des pistes mais pour l’instant, je suis rugbyman. J’ai envie de continuer et après, on verra. 

 

Pour passer Noël au chaud et qu’Arnaud Méla et tout le staff albigeois aient le sourire, on va te souhaiter juste de faire une belle partie face à Bagnères, de respecter et les adversaires et les couleurs du club. Et, dans ce cas-là, je pense qu’à la fin du match, il y aura une belle surprise. 

 

On l’espère tous en tous cas. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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