#Rugby – Fed1 / V.Carbou (Suresnes) : «Parler ou rêver des 1ères ou 2es places, on en est pas là.»

Alors qu’il va ce dimanche, défier avec ses hommes, les promus de Villefranche-sur-Saône Vincent Carbou, le coach du RC Suresnes nous a accordé une interview. Quelques jours après avoir renversé l’ex pensionnaire de Pro D2 , Massy (23-21) le week-end dernier , le coach des franciliens ne pouvait qu’arborer un fierté certaine. Mais le technicien Suresnois, n’en perd pas sa lucidité, et nous livre aussi ses points de vues sur les sujets d’actualité (PRO D3, réforme de la Fed1…) et sur la formation, un des crédo du club francilien.

 

 

On imagine que, du côté de Suresnes, on doit être bien heureux du bon coup que vous avez joué à vos voisins de Massy puisque vous vous imposez 23 à 21 au bout du suspens dans un derby francilien qui a tenu toutes ses promesses ? 

 

Tout à fait. Effectivement, on a pu voir les gens autour heureux comme rarement, c’est certain que c’est quelque chose de très positif. On s’aperçoit en fait qu’un petit club comme Suresnes, quand il arrive à battre des clubs comme ça, on transmet beaucoup, beaucoup de bonheur aux gens autour. C’est quelque chose de très sympa pour un club. 

 

On sait que Suresnes est le petit club qui monte et qui est train de se structurer. Comme tu nous le disais au mois d’Août, vous avez 12 professionnels ce qui est une première dans le club. On sait que vous avez des ambitions d’aller en Du Manoir voire plus si affinités. Après sept matches, quel est le bilan que l’on peut tirer de ce début de saison du RC Suresnes ? 

 

Un bilan quand même globalement positif sur le début de saison. Je ne dis pas très positif parce qu’il y a quelques petites aigreurs. A la maison, on a quand même battu Chambéry et Massy qui sont des gros calibres. On a été gagné à Vienne, qui viennent de battre Dijon chez eux, donc on a fait des choses très positives. Et puis, une défaite à Beaune pour la 2e journée où, comme tout début de saison, le groupe se met en place, les egos au niveau des joueurs essaient de s’exprimer et de se montrer donc, oublient un peu le collectif. Donc, j’ai envie de dire que c’est quelque chose de presque normal. Par contre, j’ai encore un peu en travers la défaite à Rumilly qui a suivi parce qu’il y avait largement la place de passer et encore une fois, les egos font qu’on rate ce match. C’était un petit peu dommage. Maintenant, d’avoir battu Massy fait rattraper ce retard mais c’est d’autant plus énervant. 

 

Quelle a été la clé du match face à Massy ? Quel est l’élément déterminant qui a permis à Suresnes de renverser l’ex-pensionnaire de Pro D2 ? 

 

La confiance et la sérénité, c’est à dire qu’on commence bien le match. Massy avait prévu, je pense, de nous essouffler vu qu’on était un petit peu plus denses devant, de beaucoup nous faire courir et de nous épuiser. On est un petit peu retombé dans des travers à aller un petit peu trop dans les rucks et c’est pour ça qu’on prend ce bouillon, 7 à 21. Ensuite, la sérénité et l’application précise de ce qu’il fallait faire face à cette équipe, avec ses caractéristiques, nous a permis petit à petit de regrappiller. Et, encore une fois, je pense que si on avait perdu la sérénité ou qu’on ne l’avait par retrouvée, on en prenait 40 sans problème. 

Tu nous parlais de Rumilly et de Beaune, deux défaites, deux équipes qui cette année, ont des ambitions un peu plus élevées que celles qu’ on pouvait attendre. Beaune, c’est quasiment déclaré, aimerait aller tâter du Du Manoir. Rumilly est un promu sans aucun complexe puisqu’ils occupent la 4e place depuis très longtemps. Que penses-tu de ces deux équipes, surtout de Rumilly avec son public des Grangettes assez mythique ? 

 

Rumilly ont fait un très beau parcours depuis le début de saison. Ils ont un très gros paquet d’avants et forcément, le rugby commençant devant, c’est quelque chose qui aide. 

 

On l’a vu en finale de la Coupe du Monde

 

Voilà, exactement (rires). Mais oui, le rugby commence comme ça. Beaune est une équipe qui fait toujours de très bons résultats à domicile, qui a un peu plus de mal à se déplacer. Les deux équipes sont des équipes qui ont reçu au début donc, je pense qu’elles ont été un petit peu favorisées pour le moment mais ce sont deux très belles équipes. Rumilly qui monte et qui est là aujourd’hui, chapeau ! 

 

C’est un véritable concurrent pour Suresnes en Du Manoir ? Vous les regardez en tant que tel ? 

 

On ne les avait pas identifiés comme ça au début. Il est sûr que, quand on les recevra, ls seront reçus comme une tête d’affiche, il n’y a pas de problème. 

 

On sait qu’à Suresnes, vous aviez un objectif Du Manoir. Quand on voit que vous arrivez parfois à tenir des gros comme Massy, est-ce que l’ambition d’aller au bout du bout, se qualifier à l’arrachée en Jean-Prat trottent dans les têtes en région parisienne ? 

 

Non, ce n’est pas encore dans les têtes. Moi, je préfère régler les deux défaites qu’on a eues face à Beaune ou Rumilly, que l’on stabilise ça et que cela ne se reproduise plus. Parce-que Massy, on gagne à deux minutes de la fin. Dijon, c’est vrai qu’on n’était pas loin aussi, on aurait presque pu passer contre Dijon. On se dit qu’on a des armes pour rivaliser face à eux, c’est certain, mais on a quasiment changé la moitié de l’effectif. Donc, le temps que les joueurs retrouvent des repères, automatisent des repères entre eux, ça prend du temps. A la mi-temps du match contre Massy, je leur ai dit  » bon, les gars, essayer d’appliquer précisément ce qu’on doit faire et on verra à la fin du match. ». A la fin, on a gagné mais, parler maintenant ou rêver des 1ères ou 2es places, on en est pas là. Peut-être que, si on se rappelle dans trois mois, j’aurai une chanson différente mais pour le moment, il y a des choses à régler avant de commencer à avoir la tête dans les étoiles. Là, pour le moment, on est bien sur terre (rires). 

 

Tu sais qu’au Mag Sport/Radio Albigès, on aime bien faire un brin de fiction. On a fait une projection à la J7 de ce que serait les phases finales de Du Manoir si le championnat s’arrêtait maintenant. Actuellement, ça donnerait un CS Vienne/RC Suresnes. Est-ce que tu diras banco ? 

 

Vienne ? Banco ? Oui, moi je dis que cette projection est tout à fait possible. Elle serait belle parce-que Vienne est une très belle équipe. C’est un rugby complet, ils sont habitués aux joutes de Fédérale 1. On les avait joués ici il y a deux ans, je me souviens d’une séquence de jeu qui dure 4 minutes, où les mecs sont replacés, ça jouait et nous, défensivement, on n’avait pas craqué. Notre victoire s’était notamment jouée là-dessus car les mecs avaient un peu baissé d’intensité et de niveau. Ils se sont dits  » merde, en face aujourd’hui, ça va être compliqué « . Vienne est une très, très belle équipe et chaque fois qu’on les joue, c’est très plaisant. Donc, si jamais il y a play-off avec eux, ce serait top. 

 

Lors de la journée 6, il y avait eu pas de mal de larges scores et notamment vos voisins de Massy qui avaient pris la marée face à Drancy, idem pour Graulhet face à Albi. On avait entendu une grogne des petits clubs amateurs ou semi-pros qui disaient qu’ils n’étaient pas invités contre ses gros clubs professionnels, qu’ils n’arrivaient pas à les accrocher, même à peine. La journée d’après, on voit qu’Albi tombe face à Saint-Sulpice-sur-Lèze, Massy tombe à Suresnes, Cognac est tombé, on voit que Bourg a patiné dans la gadoue à Bédarrides-Châteauneuf-du-Pape. On va dire que cette journée est la révolte des sans grade ? 

 

Oui, il y a peut-être eu une révolte mais je crois que, pour avoir se genre d’analyse, il faut regarder sur une saison en entier. Là, effectivement, on a vu que les petits pouvaient renverser les gros. Nous, c’est notre 3e année en Fédérale 1, c’est quand même toujours du domaine de l’exploit. Alors, c’est ce qui fait la beauté du sport et du rugby de voir que David peut vaincre Goliath. 

 

C’est épisodique, c’est un épiphénomène ? 

 

Je vais donner une expérience de l’année dernière. Il y a pas mal de joueurs qui ont arrêté, qui étaient pluriactifs parce-que l’investissement et l’engagement qu’ils devaient y mettre et bien, au bout d’un moment, quand tu as un boulot et une famille, c’est très compliqué. C’est du domaine de l’exploit et, au bout d’un moment, ces joueurs s’usent vraiment. Donc, il y a eu quand même pas mal de joueurs qui ont arrêté à 27, 28 ans parce qu’ils savaient que l’engagement qu’ils devaient y mettre étaient trop important. Moi voilà, je donne un point de vue, une expérience sur ce qui s’est passé ici. Je pense quand même que, faire une 3e division professionnelle simplifierait pas mal de choses. 

 

Englobant les pros et les semi-pros ? 

 

Oui, je pense qu’il faudrait une 3e division pro avec tant de budget. 

 

Tu classerais Suresnes dans la division Pro ou dans la division semi-amateur, semi-pro ? 

 

Nous, aujourd’hui encore, on n’est pas invités dans la division pro. 

 

Ca a le mérite d’être clair. C’est pour cette raison que je posais cette question, pour savoir où est la jauge pour Suresnes. 

 

Bien sûr. Après, ça soulève aussi une autre question. Nous, aujourd’hui, on a un budget qui est quand même conséquent mais on alloue beaucoup à la formation. Et je pense qu’il y a beaucoup de clubs qui ont moins de budget que nous sur le global mais qui, au niveau de la formation, ne mettent pas grand-chose dedans non plus. Donc, il faudrait arbitrer aussi les budgets des clubs entre ce qu’ils allouent à la formation et le budget de l’équipe première. Je pense qu’il y en aussi quelques-uns qui devraient peut-être un peu partir au niveau de cette voie. On le voit au niveau de l’Equipe de France, il faut encore remettre de la formation. 

 

Et puis, la formation est sûrement le salut d’anciens bastions qui cherchent un nouveau modèle économique. Ce nouveau modèle économique et sportif passe peut-être par-là, par un peu plus de formation et un peu moins compter sur les mannes substantielles des mécènes privés ? 

 

Moi, le bilan que je fais sur les 10, 15 dernières années, la formation, on y vient quand il n’y a plus de pognon. Tous les clubs qui sont passés par la formation, c’est qu’à un moment … L’USAP, le dernier titre de Champion de France qu’ils ont, à cette époque-là, il y en avait pas mal qui étaient montés parce qu’ils n’avaient pas des budgets extraordinaires. Et ça a été partout le cas. 

 

C’est pour ça qu’il serait de bonne intelligence que certains clubs mettent la formation avant de manquer de pognon pour te paraphraser ? 

 

Et voilà, oui. Ca semblerait être une logique de durabilité. 

 

Pour terminer, quelles sont les ambitions de Suresnes pour la fin de ce 3e bloc ? 

 

On va quand même essayer de gagner les deux prochains matches. Si on a battu Massy pour perdre les suivants, ce serait encore dommage. Maintenant, on doit continuer de travailler pour arriver à ces objectifs. 

 

Et essayer d’arriver à Noël en étant bien au chaud, bien calé dans les accessit au Du Manoir ? 

 

Vous savez, quand on mange le foie gras avec un foie qui n’est déjà pas disponible parce qu’on a trop de stress, après, les fêtes sont mauvaises. Il vaut quand même mieux aussi arriver avec de la sérénité pour les fêtes de fin d’année. (Rires)

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

 

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