#Rugby – Fed1 / A.Poujol (Graulhet) : «Je me lève à 5h du matin tous les jours, je finis à 19h30, je pars à l’entraînement de suite.»

Pour préparer ce derby entre Albi et Graulhet, nous avions demandé son analyse à Anthony Poujol, du Sporting Club Graulhetois. Au delà de projections qui se sont révélées prémonitoires (défaite 77-0) l’ancien joueur du SCA nous parle aussi de son rapport au rugby lui qui a choisit volontairement la pluri-activité, dans une fédérale 1 la raison financière prédomine. Rencontre avec un demi de mêlée, qui vit son sport au cœur d’un bastion subissant la mutation d’un championnat qui se professionnalise et laisse un peu de son âme d’antan au grenier.

 

Crédit photo DDM

 

Anthony, ma première question va être simple. On entend beaucoup de suiveurs, de proches du Sporting Club Graulhetois dire que vous êtes très affaiblis, que, sans galvauder le match, ce n’est pas un des matches que vous avez coché. On sait que, quand on est joueur comme toi, il est impossible de ne pas cocher un match, que si on va sur un terrain, c’est pour gagner. Comment appréhendez-vous ce match ? Avec la nécessaire raison parce-que ce n’est pas le même niveau et que vous avez beaucoup d’handicaps mais aussi avec la passion de porter haut le blason du club et les couleurs du Sporting Club Graulhetois 

 

Il est sûr qu’il ne faut pas se faire de faux plan. On sait que ce match, dans tous les cas, va être très compliqué (défaite 77-0). On a beaucoup de blessés, ça va être encore plus dur. Après, même sans tous ces blessés, ça aurait été très, très compliqué d’aller gagner là-bas. C’est même impossible, ce serait un manque de respect de dire  » on met la grosse équipe et on va les tenir « . Il ne faut pas se mentir, c’est un autre niveau, c’est un autre championnat. En plus, là, on a malheureusement beaucoup de blessés. C’est comme ça, c’est la loi du rugby. On a enchaîné quelques matches, on n’a pas un effectif monstrueux donc forcément, il faut faire des concessions et on va en faire sur celui d’Albi. Après, pour ceux qui seront sur le terrain, on ne connaît pas encore vraiment le groupe ni l’équipe, on va se donner à fond. On sait que ce sera dur mais on va rentrer sur le terrain et essayer de les embêter au maximum même si ce n’est que 20 minutes ou peut-être plus, je l’espère. Mais ça sera compliqué, on le sait et, qu’on soit diminué ou pas, dans tous les cas et pour ma part, c’était la même chose. 

 

On sait que vous avez la spécificité à Graulhet d’avoir deux coaches qui sont des anciens de la maison jaune et noire, de la maison albigeoise. On imagine qu’ils sont un brin revanchards et qu’ils ont dû vous remonter comme des coucous toute la semaine ? 

 

Honnêtement, on ne va se mentir, pas tellement  parce qu’eux aussi sont lucides sur le sujet. Je vais me répéter mais, dans la dimension physique, athlétique, dans tout, il y a trop de dimensions qui rentrent en compte pour essayer de se jauger ou essayer de faire quelque chose là-bas. Après, dans leurs discours, il y a peut-être un petit brin de revanche, je ne sais pas si c’est une revanche mais il est sûr que, quand on est coach ou même joueur, c’est toujours difficile de sortir d’un match, d’en prendre 60 et de n’en tirer que du bon. Il est certain que, si on essaie de tenir un maximum, ils seront fiers de nous et  nous, si on peut rendre ça aux deux coaches, on va essayer de le faire au maximum. 

 

Tout à l’heure, on avait une rubrique sur l’histoire des derbys entre Albi et Graulhet. Pour vous, c’est un levier d’aller puiser dans cet historique ? Il y a eu des matches houleux, assez rugueux, voire parfois avec quelque peu de grêle. 

 

Alors moi, je vais être honnête avec vous, j’en n’ai pas vu un même si aujourd’hui, je suis un vieux. J’ai entendu parler les anciens. J’ai un commerce sur Graulhet et c’est vrai que ça fait une semaine que c’est  » à l’époque, à l’époque « . Oui, apparemment, ça tombait. 

 

Ils aimaient le chocolat à l’époque

 

Ah oui ! Et puis là, j’entendais l’interview de Guy, c’est sûr que c’était autre chose. Je pense qu’on pouvait se permettre énormément de choses qui sont finies aujourd’hui. Maintenant, on met un plaquage haut, on prend six matches. Nous, on en a eu l’expérience avec un joueur de chez nous. On rentrait sur le terrain, ce n’était pas pareil, on pouvait se faire justice soi-même et par beaucoup de leviers. 

 

Quand tu entends le discours de Guy Laporte, qui appelle un peu à l’aide la Fédération en disant qu’il y une Fédérale 1 à deux, voire à trois vitesses. Toi, en tant que joueur, tu corrobores à 100% ces propos-là ? 

 

Je suis 100% d’accord avec lui, il n’y a pas photo. Je vais prendre mon exemple : je suis buraliste, je me lève à 5h du matin tous les jours, je finis à 19h30, je pars à l’entraînement de suite. Et il n’y a pas que moi dans ce cas-là, il y a d’autres corps de métier dans l’équipe. On ne va pas se mentir, pendant que nous, le matin, on se lève et on bosse, les grosses équipes, sans parler d’Albi, font de la récup. On pourrait parler de Blagnac, de plein d’autres équipes dans toutes les poules qui sont pros, tout simplement. En fait, c’est un championnat  de pros et d’amateurs, ou des amateurs avec des pros. Mais moi, j’ai quand même l’impression qu’il y a de plus en plus de pros parce-que, comme le disait Guy, les 12, ils peuvent les trouver très facilement pour faire une grosse poule avec tous les gros budgets et tout ce qui va avec. Donc moi, je pense qu’ils ont plutôt intérêt à le faire parce qu’ils font de nouvelles règles pour les plaquages, pour ci, pour ça, pour pas mal de choses mais, tous les week-ends, ils mettent en danger beaucoup de personnes avec ce championnat. 

 

Toi qui a connu un peu les deux côtés de la barrière, puisque tu as été dans des écuries pros puis, tu es revenu à l’amateurisme. Quelles sont les vertus qui t’ont poussé à choisir définitivement l’amateurisme ? 

 

Moi, ça a été un choix. Il y a trois ans, avec ma compagne, j’ai fait le choix de prendre un commerce, tout simplement pour l’avenir. J’aurai pu choisir de continuer un peu dans le monde pro mais jusqu’à quand ? On ne sait pas, on n’est jamais à l’abri d’une blessure. Tout allait bien, j’étais en forme, il n’y avait aucun problème sur le sujet mais, au bout d’un moment, il fallait penser à l’après. Je n’ai pas forcément été un très bon élève à l’école et donc, on a eu l’occasion de reprendre un commerce. Je me suis dit  » bon, voilà, le rugby passera après « . Ça n’a pas été un choix facile mais une fois qu’on est dans le boulot, on le voit différemment, c’est comme ça. C’est sûr que le dimanche, on a moins de cannes comme on dit. 

 

On imagine que, du côté amateur, tout ne vous fait pas envie chez les pros. Mais, s’il y avait une chose à prendre chez les professionnels, hors rémunération mais, en termes de structures, en termes de façon de fonctionner, qu’est-ce que vous importeriez à Graulhet ? 

 

C’est compliqué parce-que c’est toujours le même problème. Au-delà de la rémunération, c’est un tout comme par exemple la récup. Nous, on a un staff médical au top mais on fait avec nos moyens. Donc, moins on a de budget, moins on peut. Ou plutôt, plus on a de budget, plus le reste suit et tout va avec. Malheureusement, le départ de tout est là, c’est le financier. Après, c’est aussi de pouvoir avoir les joueurs. Moi, comme je vous l’ai dit, le lendemain du match, je travaille. Si on avait un créneau pour aller faire de la cryo, pour la récup, pour tout ça, je ne serai peut-être pas capable d’y aller parce-que je n’aurai pas le temps. 

 

Toi qui a connu un peu la galère avec Graulhet les dernières saisons, vous avez souvent été sauvés administrativement, il y a une poule cette année avec l’impression d’un bas de classement qui va être serré entre Graulhet, Oloron, Bagnères et peut-être quelques autres clubs qui s’inviteront dans la course au maintien. L’année dernière, on savait quasiment à un tiers du championnat que Graulhet était condamné. Cette année, le fait de pouvoir exister sportivement, doit quand même être quelque chose de vivifiant, de regénérant pour vous joueurs, car vous étiez quand même dans un cycle et une spirale assez négatifs ?

 

 Ah oui. Moi, c’est ma troisième année mais il y a des copains, cela fait déjà presque cinq ans qu’ils sont dans cette situation donc c’est dur. Bon, on ne pas se mentir, on sent que la poule est plus homogène de notre côté parce qu’il y a moins de gros. On l’a vu, on a réussi à prendre un point à l’extérieur, cela faisait très longtemps qu’on n’avait pas réussi à le faire. On a gagné à la maison, on a reperdu et on a repris un point à la maison. Mais la poule est plus homogène, il n’y a pas photo. Je vais vous prendre un exemple, la poule de Mazamet, c’est monstrueux. 

 

Pour un retour en Fédérale 1, c’est un coup de bambou sur le museau

 

Oui, c’est la pire chose qui pouvait arriver. On aurait été dans cette situation, on n’aurait pas fait mieux que Mazamet. Le problème est toujours pareil, on va revenir sur les budgets. Combien d’équipes dans leur poule ont plus d’un million de budget ? Donc, à partir de là, c’est dangereux et ce n’est pas marrant. Je sais que nous, pendant deux ans, on a souffert. Là, on sent qu’on a une poule plus homogène, j’espère qu’on va prendre plus de plaisir et jouer ce maintien, ou peut-être plus, on ne sait pas. Avec une spirale un peu plus positive, ne pas attendre la dernière journée pour être maintenus comme c’est arrivé ces dernières années. En plus, cela fait trois ans qu’on est repêché administrativement. 

 

Pour terminer, quel va être votre état d’esprit, à toi et tes coéquipiers, pour aborder ce derby, certes des extrêmes, mais qui reste un derby ? 

 

Hier à l’entraînement, j’ai dit aux gars que c’était quand même un match de gala pour nous aussi. Moi, ça me fera quelque chose de rejouer à Albi, ça fait longtemps que je n’y ai pas joué. Ça sera certainement la dernière fois que j’y jouerai donc, moi, je leur ai dit qu’il fallait prendre du plaisir. Il ne faut pas y aller abattus. Il va y avoir des jeunes parce qu’on a des blessés donc je leur ai dit de profiter de ce moment, qu’il y aura du monde, qu’ils vont jouer à Albi, qu’ils vont jouer au Stadium. Il y a des minots dans l’équipe qui rentraient dans les vestiaires quand ils étaient petits, qui jouent avec nous maintenant et que je côtoie. Donc, il faut profiter même si ça ne sera certainement pas facile, que ce sera dur. Mais, il faut profiter des 80 minutes et absolument prendre du plaisir, le score, on s’en fout. 

 

En clair, que toute la grande famille du rugby Graulhetois croque à pleines dents chaque minute de ce derby ? 

 

Exactement. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

Plus d’informations dans le #MagSport – RadioAlbiges du 18 octobre 2019 : https://hearthis.at/radio.albiges/le-magsport18102019-version-podcast/

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