#Rugby – Fed1 / P.Oro (Graulhet) : «Si vous voulez venir gagner à Graulhet, il faudra se le peler.»

Philippe Oro, l’entraîneur des lignes arrières du Sporting Club Graulhetois, connaît le rugby Tarnais sur le bout des doigts. Nourri au rugby carmausin dans son enfance, puis joueur et entraîneur au Sporting Club Albigeois, cet enfant de la cité minière a connu la mutation du rugby dans la patrie de Jaurès. A Graulhet son nouveau port d’attache, il arrive dans un contexte similaire aux champions de France 51 (Carmaux), dans un club ayant connu les fastes du haut niveau dans les années 70/80, pour lentement décliner jusqu’à la fédérale 1. Chez les mégissiers graulhetois, celui qui est aussi sélectionneur du Sénégal, vient relever le défi du maintien. Au pays du « rugby dans le cuir », Philippe Oro et son ami Jean Christophe Bacca (Manager) , sur les ferments d’une première victoire à « Pélissou » (face au FC Oloron), veulent aborder ce second bloc de fédérale 1 et le derby face à Lavaur, avec les valeurs de ce bastion rugbystique du sud-ouest en étendard.

 

Crédit photo DDM

 

Philippe, on va dire que tu es peu la quintessence du rugby tarnais. Né dans une famille de joueurs carmausins, tu es passé par le Sporting Club Albigeois, maintenant, tu es au Sporting Club Graulhetois. Tu as quasiment bouclé la boucle ? 

 

J’ai quand même commencé à Carmaux (rires). De longues saisons chez les jeunes , joueur-entraîneur au niveau de l’école de rugby. Après, effectivement, je suis passé par Albi, parti un petit peu sur Côte d’Azur et revenu sur Albi, dans le Tarn. Et après, bien sûr, Graulhet à ce jour. 

 

A Graulhet, tu retrouves une tête bien connue, un Albigeois mais aussi un Graulhetois, Jean-Christophe Bacca. J’imagine qu’il y a une dimension humaine dans ce choix de rejoindre Jean-Christophe Bacca 

 

Ah, si lui ne m’appelle pas … Au départ, je n’ai pas trop de contacts ou d’accroches avec Graulhet. Avec le départ de Jean-Marc Aué sur Castres, Jean-Christophe était à la rencontre de quelqu’un pour l’épauler sur les arrières et les 3/4 donc il m’a contacté. Enfin, je pense qu’il en a peut-être contacté d’autres aussi. Après, cela s’est fait de fil en aiguille. Je n’entraînais pas sur l’année dernière donc, j’étais libre sur le marché. N’ayant aucun engagement avec quelque club que ce soit, c’est tout simplement que je lui ai dit oui après avoir discuté et une fois qu’il m’a eut présenté le projet. Mais, effectivement, il y a quand même une dimension humaine avec Jean-Christophe qui n’est pas négligeable. 

 

Dans ce rugby qui se professionnalise de plus en plus, avoir une dimension humaine, ça devient de plus en plus rare ? 

 

Oui, mais pas négligeable. Graulhet s’identifie à ça car aujourd’hui, on n’a pas les moyens d’aller chercher des joueurs ou de tabler sur un budget conséquent pour pouvoir planifier une saison, la plus belle qu’elle soit. Donc, en effet, si on n’est pas solidaires, s’il n’y a pas des atomes un petit peu prochesentre les hommes, au niveau du staff, au niveau des joueurs, ça peut difficilement marcher. Nous, c’est sur ces leviers là qu’on appuie. 

 

Tu arrives dans un club au passé indéniable, avec une richesse historique, un peu comme Oloron que vous avez rencontré la semaine dernière. Pour en avoir discuté avec les dirigeants d’Oloron, il est parfois difficile de jauger entre la nostalgie du passé et s’appuyer sur un passé glorieux pour tendre vers un avenir structuré et radio. Ce n’est pas difficile parfois aussi de bien jouer, de ne pas vivre tout le temps dans la grande époque Pélissou 

 

Pour ça, personnellement, je suis habitué avec Carmaux. A Carmaux, on est toujours en train de ressasser tout ce qui s’est fait par la passé et l’attente est forte chaque année, même si le club vit des heures difficiles, ce qui va, malheureusement, perdurer. A Graulhet, malgré tout, on sent effectivement une attente parce-que les gens sont proches du club. Il y a d’anciens joueurs qui sont tous présents, qui sont toujours là, proches du club. Il y a énormément de bénévoles qui sont actifs dans le club, qui essayent toujours de mettre les joueurs dans les meilleures conditions pour que tout le monde puisse retrouver un petit peu d’entrain et qu’on retrouve des heures glorieuses. Mais bon, après, il y a la réalité du terrain et la réalité financière. Cela fait quelques années que le club souffre, qu’il est plus proche de la division 2 que de la Pro D2. 

 

Jean-Christophe Bacca nous disait l’année dernière qu’il suffirait d’une étincelle pour que Pélissou s’embrase. Cette première victoire de la saison face à Oloron, dans un match un peu de la peur car c’était malheur au vaincu même si on est qu’à la 3e journée, n’a-t-elle pas été cette étincelle pour rallumer Pélissou 

 

On l’espère mais c’est encore un peu tôt pour en être vraiment convaincu et s’appuyer. C’est vrai qu’on y croit bien sûr, elle a fait plaisir à tout le monde, à l’ensemble du club. Et quand on dit vraiment l’ensemble du club, ce ne sont pas que les joueurs, ce sont les supporters. 

 

C’est toute une ville ? 

 

Tous ses bénévoles. Voilà, je pense que ça a du faire plaisir à la municipalité, à tous les partenaires qui sont là, proches du club et qui attendent. Mais bon, c’est encore trop tôt pour savoir. Malgré tout, elle arrive à un bon moment. On avait commencé le bloc difficilement et de le finir sur cette note un peu positive, contre un club avec qui malheureusement on va se retrouver à batailler. 

 

Il y a de grosses similitudes entre Oloron et Graulhet. Ce sont deux clubs qui sont d’anciens bastions et qui sont en train de se chercher un second souffle ? 

 

Oui, en espérant que les deux s’en sortiront cette année. Après, on verra, c’est encore trop tôt. Mais oui, il y a des similitudes comme dans d’autres clubs au niveau de la poule. Il y a pas mal de clubs qui sont là, qui sont dans l’attente, qui ont des ambitions. Aujourd’hui, à chaque match, ce sera une dure bataille, hormis les deux, trois clubs avec lesquels on sait pertinemment qu’on ne peut pas lutter sportivement, entre autres. Après, on a notre championnat à nous qui commence avec 8,9 clubs de la poule avec lesquels on va batailler tous les week-ends.  Autant à la maison qu’à l’extérieur d’ailleurs, on l’a vu à Bagnères quand on y est allé, parce qu’il y a aussi des points à gagner à l’extérieur. 

 

Ca ne s’est pas joué à grand-chose à Bagnères ? C’est surtout l’indiscipline qui a été l’écueil du Sporting Club Graulhetois 

 

Oui, tout à fait, qui nous a été préjudiciable parce qu’on se retrouve très rapidement, à la 30e minute je crois, à 14 et très rapidement aussi à 13 dans la foulée puisque, sur une mêlée où on avait l’impression d’avoir l’ascendant, on se fait sanctionner et où on prend un carton jaune. On rentre à la mi-temps à 13 joueurs, on rattaque la deuxième à 13. Après, on récupère notre carton jaune mais, on a quand même passé plus d’une mi-temps à 14 contre 15. Et, effectivement, on n’est aussi pas passé loin. 

 

Pour finir de faire le tour de ce bloc, on va dire avec un brin d’humour qu’à Graulhet, vous avez de l’appétit. D’entrée, vous avez commencé par le plat de résistance avec Tarbes. C’était quand même épais pour Graulhet qui s’est maintenu administrativement en Fédérale 1. Comment avez-vous appréhendé ce match ? En disant aux joueurs d’aller chercher des challenges personnels pour essayer de tenir le plus longtemps possible face à cette grosse écurie, ce mastodonte de la poule ? 

 

On ne savait pas trop où on mettait les pieds. On sortait de matches de préparation, on en avait fait 4. On avait voulu axer sur une préparation qui donnerait vraiment des repères et, ces quatre matches qu’on avait faits durant la préparation n’avaient pas été très probants. On n’avait pas trop de liant, on avait charrié à Mazamet au niveau du score, on n’avait pas été présents. On les avait battus difficilement à la maison, on avait été perdre à Nafarroa, un club de Fédérale 2, juste avant le début de championnat, même si là aussi il y avait des valeurs. 

 

C’est formateur un stage à Nafarroa. D’habitude, c’est revenir aux sources du rugby. 

 

Tout à fait. En plus, de ce côté-là, on a été servi avec une équipe qui ne lâche rien. Après, c’est vrai aussi qu’on a joué avec les règles de Fédérale 2 qui ne nous ont pas avantagés sur ce match là puisque tous les plaquages légèrement au-dessus de la taille ont été sanctionnés. On ne pouvait pas pousser en mêlée, l’un des axes forts du Sporting Club Graulhetois, on n’apas pu jouer dessus. Après, ça a été un bon match de préparation dans le volume, dans l’intensité, dans la volonté de déplacer le jeu de la part de Nafarroa, nous, d’être en place défensivement et de les contrer. Mais, malgré tout, on l’a perdu donc on attaque ce championnat contre Tarbes qui eux par-contre, avaient fait des matches relativement de qualité en matches de préparation. Je crois qu’ils avaient battu Tyrosseprès de deux fois avec plus de 30 points. Ils avaient battu Saint-Sulpice-sur-Lèze, qui est dans notre poule, avec aussi plus de 30 points. Donc, on les savait eux prêts physiquement. Ils avaient aussi quasiment deux 15 de départ à chaque fois. Ils changeaient leur 15 de départ et à la mi-temps, ils faisaient rentrer 15 nouveaux joueurs sur la seconde mi-temps. Ils avaient un effectif et ils sont sur ce mode de joueurs avec un statut pro. Donc, ils ont quand même des joueurs à disposition 7/7 et avec une préparation qui est bien autre que la nôtre. 

 

Il y a aussi une intensité physique, de gabarits, de rapport poids/puissance qui est plus élevée ? 

 

Tout à fait. Avec quelques recrues aussi qu’ils ont pu s’octroyer malgré leurs soucis financiers parce qu’ils sont toujours dans le collimateur. Mais bon, à l’heure actuelle, on ne leur a pas interdit ni de recruter ni de garder leur effectif. Donc, à partir de là, on ne savait pas trop où on allait, on a vite déchanté et on a pris 40 points. 

 

En espérant que les soucis financiers de Tarbes soient loin derrière. Parce-que, si au cours de la saison ils revenaient, ça pourrait engendrer un manque d’équité dans la course sportive. Parce qu’un Tarbes qui tomberait en structure amateur pourrait totalement chambouler l’équité sportive ? 

 

Tout à fait. 

 

On a vu le cas l’année dernière avec Nice. Quand ils ont pris leur sanction de -10 points, les équipes qui les ont rencontrés après l’ont eu un peu plus aisé, on va dire. 

 

C’est sûr. Après, voilà sur ce jour-là contre Tarbes même si, à mon sens, le score de 43 à 6 était malgré tout lourd par rapport à la prestation fournie. On n’était pas encore au mieux. On est sûrement mieux aujourd’hui, on n’est pas encore à notre maximum de préparation mais, on découvrait ce championnat de Fédérale 1. Enfin, moi particulièrement, je le découvrais puisque je n’étais pas à Graulhet l’an dernier. Et toutes les craintes qu’on pouvait avoir, il a fallu vite se remobiliser derrière pour ne pas s’effondrer. 

 

Passons à ce match d’Oloron. Où est la clé de la victoire dans cette rencontre ? Parce-que j’imagine qu’il devait y avoir une tension, une chappe de plomb au-dessus de Pélissou avant le coup de sifflet du match ? 

 

Oui, bien sûr, ainsi que toute la semaine qui a précédée. Mais, on a tiré un petit peu des enseignements de ce match de Bagnères en se disant qu’on n’était pas loin, qu’on aurait pu ramener la victoire de Bagnères sans crier au scandale ou autre. A partir de là, on s’est appuyé là-dessus. On avait malgré tout vu la vidéo d’Oloron contre Albi donc, on avait quand même vu ces joueurs plein de qualité, plein de débauche d’énergie, qui ne lâchent pas pendant 80 minutes même s’il y a de l’intensité physique. 

 

Emplis de courage

 

Tout à fait même si, au niveau de la densité, Albi leur rendait des kilos. Mais, cela ne les a pas empêchés d’aller les défier, de les provoquer, de tenir le ballon, de multiplier les temps de jeu. Donc, on était au courant, on savait un peu où on mettait les pieds. 

 

Et puis, à Oloron, ils avaient annoncé haut et fort qu’ils venaient à Graulhet pour faire un résultat, pour chercher des points. 

 

On a aussi tiré quelques enseignements de ça parce qu’on avait vu ça dans la presse. Et effectivement, ce match aurait pu nous faire mal si on l’avait perdu, et on aurait pu le perdre. Comptablement, ça aurait été très compliqué. 

 

Arriver à cette mini-trêve avec la tête dans le seau, ce n’était pas la meilleure façon d’appréhender le prochain bloc ? 

 

Tout à fait. Donc, heureusement pour nous qu’on l’a engrangé. Ça nous permet déjà d’être là, de nous positionner, de donner un petit peu un signal d’alerte à tout le monde en disant  » écoutez, si vous voulez venir gagner à Graulhet, ce sera possible mais, il faudra se le peler « . Donc, on verra. 

 

On va passer sur une question un peu plus transversale. On sait que chaque entraîneur a sa patte. Premièrement, est-ce que ça a été difficile de prendre la suite de Jean-Marc Aué ? Et deuxièmement, quelle est la patte Philippe Oro 

 

Compliqué, très sincèrement, je le pense. Quand je dis ça, c’est plus parce-que moi, j’arrive sur la pointe des pieds. En plus, Jean-Marc a déjà une renommée au niveau national de par sa qualité de joueur. Il a aussi entraîné par le passé donc il avait ça. Moi, j’arrive plus par le biais de Jean-Christophe que réellement sur mes qualités d’entraîneur même si je dois très certainement en avoir quelques-unes

 

Vous arrivez dans un contexte où il faut tout prouver ?

 

Oui, voilà, c’est ça. Peut-être aussi qu’arriver avec le challenge de Graulhet me va bien également, dans la mesure où il n’y a pas beaucoup ni de certitudes ni de garanties à Graulhet. Donc, on a tout à y gagner en faisant une belle saison. C’est sûr que le but premier et principal du club, c’est de se maintenir, de ne pas finir dans les deux derniers. 

 

En clair, la patte Oro s’inscrira dans la durée, dans la longueur ? 

 

Voilà, là, aujourd’hui, c’est beaucoup trop tôt. Après, je découvre, même encore aujourd’hui, je découvre au quotidien tout l’entourage du club, les joueurs. Ce n’est pas évident d’arriver comme cela, très vite, de se positionner et de trouver ses marques et ses repères. Ca va de mieux en mieux mais, il y a encore une marche de travail de la part de chacun. Mais je remercie quand même les joueurs et tout le monde, l’ensemble des dirigeants qui, pour l’instant, m’octroient une totale confiance ce qui n’est pas négligeable non plus. 

 

On va aussi parler de tes racines rugbystiques. Enfant élevé au biberon du rugby carmausin, tu as fait tes débuts en tant que demi-de mêlée. Que t’inspire la situation actuelle de Carmaux qui est l’un des bastions qui se meurent dans notre sud-ouest ? 

 

Malheureusement, je crois que c’est indéniable. Aujourd’hui, on n’a pas d’autre solution que de subir économiquement la situation de crise de la ville. Il n’y a plus d’activité hormis quelques entreprises locales. Il ne pouvait donc pas en être autrement, c’est très compliqué. Moi, je le suis depuis des années, la situation, le déclin sur le Carmausin au niveau de tout ce qui est école de rugby, de tout ce qui est cadets. L’année dernière, il n’y avait pas d’équipe cadets à Carmaux et cette année encore, c’est très compliqué pour en avoir. Ça veut dire que dans quelques années, il n’y aura plus de juniors donc, il n’y aura plus de seniors derrière. 

 

L’exemple de Saint-Juéry, un club où tu as aussi fait un passage, qui a su rebondir après la fermeture de ? (14.50), et a connu aussi un désœuvrement à la fin du monde industriel, ce n’est pas un exemple que pourrait prendre Carmaux ? 

 

Tout à fait. Mais ce qu’il y a de sûr aujourd’hui avec le carmausin, c’est qu’on ne va pouvoir s’en sortir qu’en se mettant autour d’une table et en trouvant des solutions. Le problème, c’est qu’aujourd’hui chacun est isolé dans son coin, personne n’ose faire le premier pas. Et puis, il y a toujours des tiraillements entre certaines personnes qui font que personne n’avance à la sortie. A Saint-Juéry, ils ont aussi cette proximité avec Albi qui fait que c’est aussi plus facile pour récupérer des jeunes qui sortent du Sporting Club Albigeois. S’ils ne veulent pas y rester, ils ont peut-être plus de facilités à aller à Saint-Juéry que de venir à Carmaux. Mais bon, quoi qu’on en dise, tant qu’on n’avancera pas nous de notre côté, à discuter autour d’une table pour trouver des solutions pour la pérennité du club. Après, il ne faut pas espérer retrouver ne serait-ce que le niveau Fédérale 2 ou le niveau qu’on a connu il n’y a pas si longtemps de ça parce-que ça va être très compliqué. 

 

Quand on voit un Carmaux-Rodez en match inaugural de championnat de Promotion d’honneur, ça fait quand même mal au cœur, ça met une claque

 

Oui. Heureusement que Carmaux a gagné, ça réconforte déjà un petit peu. Mais après oui, bien sûr;  ça met une claque, autant effectivement pour les Ruthénois que pour les Carmausins même si ça restera une belle affiche. 

 

On va parler d’un autre club que tu as fréquenté en tant que joueur, c’est Nice. C’est un club qui est en train de renaître de ses cendres actuellement en Fédérale 1, qui l’an dernier a tenu le haut du pavé jusqu’à une petite sortie de route administrative. Tu as encore des contacts dans ce club ? 

 

J’ai des contacts par le biais de Jean-François Tordo mais qui n’est plus au club non plus. J’ai encore quelques amis sur Nice qui sont proches du club. Après, dire que j’ai encore des contacts serait exagéré. La ville en elle-même est touristique, est sur la dynamique. 

 

Et il y a une grosse métropole ? 

 

Il y a une grosse métropole, effectivement. Et, sans connaître la teneur du budget de Nice, je sais qu’il était conséquent, très conséquent. A partir de là, c’est toujours plus facile pour se structurer, pour recruter des joueurs et se réorganiser car ils ont aussi des ambitions sportives. Mais malgré tout, je le suis de loin. 

 

J’imagine par contre qu’il y a un autre club que tu suis de près, vu qu’il est dans la même poule que le Sporting Club Graulhetois. Tu y as joué, tu y as même entraîné aux côté de Daniel Blach, c’est le Sporting Club Albigeois. Qu’as-tu pensé de la saison dernière avec un épilogue assez houleux ? Et que penses-tu du début de saison du Sporting ? J’imagine que tu attends avec impatience ce derby au Stadium Municipal et d’emprunter ce fameux tunnel dont tout le monde parle mais que tu as déjà connu de l’autre côté de la barrière. 

 

La saison dernière, tout le monde l’a vue. Il était presque inconcevable qu’ils ne montent pas suite à leur dernier match suite à leur domination et à la qualité de leur production sur les deux derniers matches aller/retour. Il n’y avait pas photo, il y avait tout à fait la possibilité de se retrouver en Pro D2 aujourd’hui. C’est sûr qu’ils l’ont encore en travers et je pense que ça leur servira de leçon et que, cette année, ils ne se louperont pas. Leur tableau de marche est pour l’instant conforme à leurs ambitions : 15 points sur 3 matches, ils ne peuvent pas faire mieux. 

 

Et côté albigeois, on peut s’attendre à un guet-apens à Graulhet ? A un vieux derby à l’ancienne ? 

 

Est-ce qu’on en a les moyens ? Très honnêtement, je ne pense pas. Après, on est toujours partagé entre deux aspects. Il y a le fait de pouvoir rivaliser parce-que c’est le voisin, parce qu’on a envie de s’y mesurer et puis, il y a la réalité, c’est à dire ne pas non plus y laisser des plumes parce-que ça ne sert à rien et que notre championnat n’est pas là. On est donc toujours partagés et puis, on sera sur une fin de bloc. Peut-être que si on a engrangé des points auparavant … Mais il faut voir, à chaque match suffit sa peine j’ai envie de dire. On a déjà beaucoup de blessés à l’heure actuelle, notamment en 1ère ligne. On a une 1ère ligne qui est out pour l’instant donc on espère les récupérer rapidement mais, ça ne sera pas le cas pour les trois. On n’a pas non plus un banc conséquent donc, ce serait dommage de laisser trop d’énergie et de plumes à Albi. On va avoir je pense un sentiment partagé, avec le fait aussi de bien se comporter parce-que ça reste quand même le voisin et montrer de quoi on est capables. 

 

On n’en doute pas. Parlons aussi du Sénégal. Qu’est ce que ça t’apporte dans votre vision du rugby ? Pour utiliser une expression à la mode, est-ce que ça t’ouvre les chakras de voir autre chose, une autre façon d’appréhender le rugby, une autre façon de de le jouer et une autre façon surtout de le vivre ?

 

Tout à fait. De toute façon, dès qu’on part sur le continent africain, que ce soit pour jouer, que ce soit la Namibie, l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, on sort du côté professionnel avec tout ce que ça demande en matière de préparation, d’organisation. On est plus dans un cadre presque folklorique j’ai envie de dire. J’ai encore pour mémoire quand on a joué contre la Côte d’Ivoire où dès l’échauffement de la Côte d’Ivoire, et dieu sait qu’il y avait des joueurs de renommée qui jouent chez nous en Pro D2, ils l’ont fait en chantant. Aujourd’hui, dans le championnat français, on ne verra pas beaucoup de clubs chanter tous ensemble, les 23, à l’échauffement. 

 

Il y a un côté vivifiant à ne revoir du rugby animé que par la passion ? 

 

C’est une bouffée d’oxygène ! Moi, je me rappelle toujours quand j’ai pris ma licence, quand j’ai commencé le rugby, j’avais 6 ans à Carmaux. Il n’y avait pas les U6 à l’époque, ça n’existait pas donc, je n’étais pas assez grand pour jouer mais j’avais déjà ma licence. Je me rappelle ce qui m’avait motivé, c’était le plaisir, les copains, la camaraderie, de partager du temps avec les autres. C’est après que viennent se greffer tous les soucis, la pression entre les partenaires, le président, les joueurs, le classement, la compétition. C’est tout ça après qui fait que ça vous change complètement. 

 

Les salaires

 

Voilà, exactement. C’est pour ça qu’à chaque fois, il ne faut pas oublier cette première fois, la première licence, ce qui nous a motivé et se le rappeler de temps en temps. Moi, aujourd’hui, j’ai ça aussi. Si demain, ça doit s’arrêter à Graulhet, ça s’arrêtera mais je n’ai pas envie de changer ma façon de voir les choses et ma façon de me comporter. Il y a aussi des impératifs mais il faut savoir raison gardée. 

 

Pour basculer sur la fin de cette interview, la question Le Mag Sport un peu décalée. Dans l’effectif du Sporting Club Graulhetois, il y a un certain Paul Oro. Est-ce que ce n’est pas un peu compliqué d’être le coach de son fiston ? 

 

(rires)

 

C’est un peu la question casse gueule

 

Non, pas du tout. Je l’avais déjà été auparavant avec son frère Martin que j’ai aussi à Carmaux pendant des années. Je l’ai eu aussi en junior. Il y a deux tempéraments totalement différents entre Paul-Alexandre, mon fils aîné, et Martin, le second. Donc, déjà, la façon d’aborder n’est pas la même. Après, bien sûr que pour moi, c’est avant tout un plaisir de l’avoir près de moi, autant que quand j’ai eu Martin. Mais non, ce n’est pas compliqué. Ce qui est sûr, c’est que je le connais mieux que quiconque. A partir de là, je ne m’inquiète pas quand il est dans des phases de préparation où on n’a pas attaqué le championnat et où il n’est pas au meilleur de sa forme. Quand je dis ça, c’est que ça a inquiété pas mal de dirigeants en début d’année et qu’ils me le faisaient savoir. Là, il est en train de rattraper son retard physiquement. 

 

Il est mode  » no pain, no gain « 

 

Pas forcément (rires). Il est surtout en mode il faut le connaître. C’est plus le challenge, la compétition qui l’intéressent. Après, c’est sûr que c’est compliqué d’être 10 mois sur 12 au top de sa forme et que ce n’est pas la peine d’arriver trop tôt. Ce sont des saisons longues et s’il faut, on assurera notre maintien sur la deuxième, voire la troisième partie de saison. On ne sait jamais donc, il faut être le plus constant possible dans l’effort et le plus longtemps possible. 

 

Dernière question : le cap pour le prochain bloc et l’état d’esprit ? 

 

Le cap pour le prochain match : Lavaur à Lavaur, Pamiers à la maison, Albi à Albi. J’ai presque envie de dire que, si on fait 5 points comme sur le premier bloc, on ne sera pas mécontents. Après, on ne va pas se leurrer, on ne va pas à Albi dans l’intention de ramener des points même si on y va pour faire une bonne prestation. Ça veut dire qu’après, il nous reste Lavaur et Pamiers. Sur l’état d’esprit, on est dans une phase un peu ascendante, une phase où on a repris un peu confiance, où on retrouve des sourires le dimanche soir après le match, où on a plus de plaisir à boire un coup ensemble et plus de plaisir à s’entraîner en semaine. Déjà, ce n’est pas négatif, c’est positif et il faut rester dans cette dynamique là et ne surtout pas la casser. Ça veut dire que, dès le match de Lavaur, même si je pense que Lavaur nous attend et qu’ils ont eux aussi leurs soucis et la volonté de nous battre, on devra avoir une prestation digne de ce nom. Après, je ne sais pas ce que donnera cette prestation mais, se comporter comme à Bagnères. C’est à dire être présent de la première à la dernière, ne rien lâcher. 

 

Et les derbys Lavaur-Graulhet sont souvent épiques avec un brin de littérature ? 

 

Effectivement, ça aussi. Mais bon, la pression n’est pas sur nos épaules par rapport à ce match-là. Non pas qu’on n’aura pas de pression non plus mais elle est plus du côté Lavaur que du côté Graulhet donc, ça nous va bien pour l’instant. Nous, on aura la pression le week-end d’après. 

 

Le message est reçu 5 sur 5. On te remercie Philippe Oro de nous avoir accordé cette interview et on te dit à très bientôt. 

 

C’est gentil, merci 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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