#Rugby – Fed1 / V.Lagassé (Drancy) : «On va jouer la carte de la fraîcheur»

Nous avons rencontré le plus tarnais des franciliens de l’ovalie , Vincent Lagassé nouveau coach du RC Drancy. Pour ce conseiller principal d’éducation pluri-actif, l’aventure fédérale 1 du club de la région parisienne est un challenge emballant et vivifiant. Dans un club qui vit sa première montée dans l’élite fédérale, Vincent Lagassé compte bien utiliser l’art du contre-pied, en misant sur les vertus amateurs d’un club qui souhaite conserver son âme et une certaine fraîcheur face aux armadas pros. Focus sur un coach plein d’énergie, qui se régale dans un club où mixité sociale côtoie les valeurs ancestrales du rugby.

 

 

Vincent, après avoir été le globe-trotter des clubs tarnais, de par ton activité et ton expérience professionnelle, tu es arrivé en région Ile de France. Aujourd’hui, te voici au club de Drancy. Comme s’est fait ton arrivée ? 

 

Après avoir fait deux ans au Stade Français au sein centre de formation et au sein du Racing au niveau de l’équipe féminine, le club de Drancy m’a contacté sur la fin de saison alors que je m’étais réengagé avec le club francilien du Racing et de sa section féminine. Du coup, le projet Fédérale 1 leur est  » un peu tombé dessus  » de façon prématurée et il cherchait un profil qui connaisse cette division en tant qu’entraîneur mais aussi en tant que joueur. C’est la première fois que le club va jouer dans cette division donc ils m’ont contacté. Après de très bons échanges et un feelling qui est passé entre les dirigeants et moi-même, j’ai senti un club sain, des gens passionnés, j’ai senti beaucoup de valeurs dans ce club et du coup, j’ai eu envie de m’excentrer un eu du centre de Paris et de retrouver aussi certaines valeurs qu’on aime bien dans le Tarn. 

 

En plus, c’est quand même un très beau challenge. C’est la première montée, c’est historique pour Drancy cette montée en Fédérale 1. Vous allez ferrailler dans une poule où il y a d’autres équipes franciliennes, je pense à Suresnes et à Massy. C’est le challenge de tout un club, de toute une vie pour ce club ? 

 

Exactement, d’autant plus que suis très, très ami avec Mathieu Bonello. On a partagé pas mal de choses ensemble sur le terrain et en-dehors et également avec Vincent Carbou qui est catalan d’origine et responsable de cette équipe de Suresnes. Je vais retrouver des connaissances mais effectivement, ces équipes, on peut rajouter Dijon aussi, font figure de proues dans notre poule. Mais voilà, moi, je suis très attaché à la notion de derby. Les Tarnais qui me connaissent et qui ont fonctionné sous mes ordres dans des équipes comme à Castres ou à Albi savent que les derbys effacent toutes les notions, toutes les logiques. Et je compte bien, en toute discrétion bien sûr, essayer d’aller chatouiller ces équipes et montrer que dans un derby, il n’y a rien qui soit écrit. 

 

Parle-nous un peu de ce club de Drancy. Quel est son ADN, qu’est ce qui représente le mieux ce club ? 

 

C’est un club qui est relativement jeune puisqu’il a été créé en 1947. Et malgré le fait qu’il soit jeune, c’est un club qui s’est construit dans le temps, de façon assez posée, sans précipitation. Il y a une certaine continuité au niveau des dirigeants et cette ascension, elle s’est construite petit à petit. Ce club est passé de division en série à la Fédérale 1 en 15/20 ans. Donc, c’est dire si l’assise au niveau des dirigeants est solide. Il y a une autre particularité dans ce club, c’est qu’on y retrouve une mixité sociale. Il y a notamment beaucoup de fonctionnaires de l’éducation nationale, des professeurs d’EPS. On en a une douzaine cette année dans l’équipe de Fédérale 1. Ce sont des gars qui ont été formés dans le sud-ouest pour la plupart, qui sont de Dax, du Pays Basque. On retrouve un tarnais qui a été muté de Mazamet, fonctionnaire de police, Valentin Cabanes, pour ne citer que lui. Du coup, il y a aussi des gars du cru, qui sont de Bobigny, qui sont de ce secteur, qui sont de Drancy, qui sont des gars comme on les appelle communément  » de banlieue « . Je trouve que la mixité, c’est plutôt bien et chacun a sa place dans cette équipe. C’est justement la force et l’ADN de ce club que de mélanger des gens aux horizons divers. 

 

Toi qui es conseiller principal d’éducation, le fait qu’il y ait un noyau dur de l’éducation nationale, tu es comme un poisson dans l’eau ? 

 

D’un côté, si je ne vois pas les profs le soir et les week-ends, ça me va bien aussi. Non, je blague. Là où c’est super enrichissant, c’est que ce sont des gars qui ont une certaine réflexion par rapport à l’activité sportive, déjà. Ce sont des gars qui ont évolué dans des clubs, dans des centres de formation pour certains et du coup, on est en train de reconstruire un projet et  leur participation, leur collaboration, est un élément très important de notre projet de jeu c’est à dire qu’ils sont acteurs à part entière de ce projet de jeu et ils ont un pouvoir de co-construction avec tout le staff. Là aussi, on a un staff qui est très cohérent. On a un staff physique avec Ludo Girard qui est aussi préparateur physique des espoirs du Racing donc qui a des compétences certaines. Et en espoirs, Boris et Louis sont deux spécialistes dans leurs domaines respectifs devant et derrière qui sont capables en Fédérale 1 d’entraîner l’équipe première. Sébastien Damien nous a rejoint, il est vidéaste de l’équipe de France U18. On a un staff qui fonctionne bien, qui travaille bien ensemble et ce travail d’équipe, et de co-construction, je crois que c’est peut-être le moteur de notre réussite. En tous cas, on va continuer de travailler de façon très proche tous ensembles. 

 

J’imagine que pour Drancy, le premier objectif cette saison, c’est le maintien comme vous débarquez en Fédérale 1. Mais, on l’a vu l’année dernière avec Lannemezan entre autres, pour ne citer qu’eux, on peut débarquer de Fédérale 2 et avoir de l’ambition puisque Lannemezan s’était qualifié au bout du bout en Du Manoir. Ça peut être un rêve accessible pour Drancy ? 

 

Quand je suis arrivé aux commandes de cette équipe, la première chose que j’ai faite, c’est bien évidemment de me renseigne sur le profil de joueurs, sur la philosophie du club. Effectivement, comme tu le dis, il y a une continuité, il y a une volonté qu’on veut garder par rapport à la Fédérale 2. C’est une équipe qui finit en demi-finale du championnat de France de Fédérale 2 donc, ce n’est pas n’importe quoi. C’est une équipe qui arrache son ticket pour monter en Fédérale 1 en proposant beaucoup de volume de jeu. Donc, il était hors de question d’arriver avec mes gros sabots, de dérégler la machine. C’est plutôt le staff qui se greffe à ce que font les joueurs que l’inverse. Moi, j’ai tenu à garder cette fraîcheur et cette dynamique. Les joueurs étaient un peu craintifs par rapport au niveau d’exigence, par rapport à la semaine type en Fédérale 1. Quand on voit des équipes types comme Massy qui s’entraînent 4 à 5h par jour tandis que nous, c’est presque le rythme semaine. Je n’ai pas voulu bouleverser l’équilibre des mecs, la plupart sont pluriactifs. On a aussi voulu garder une certaine fraîcheur. J’ai mon expérience du rugby de haut-niveau qui me fait dire que, dans pas mal de centres de formation, dans pas mal d’équipes pros, dans pas mal d’équipes de Fédérale 1, le joueur est quand même pas mal soumis à rude épreuve et à contribution. Du coup, peut-être que parfois, on manque d’énergie. Donc effectivement, ce côté un peu amateur et ce côté frais, on souhaite le conserver. Et, bien évidemment, si le travail n’est pas suffisant, on reverra à la hausse notre rythme d’entraînement. Pour te répondre, l’objectif bien évidemment, c’est le maintien et, en toute modestie, on a fait un travail de cibler quelques matches mais on s’est aussi dit que Drancy avait des valeurs et qu’on ne lâcherait aucun match, que ce soit à l’extérieur ou à la maison. On en a parlé avec les leaders de jeu, on ne se présente pas sur un terrain de rugby en victime expiatoire. Il est hors de question de dire qu’on lâche des matches. 

 

Pour nos auditeurs et nos lecteurs, confirme-le nous, bien sûr, tous les joueurs sont comme toi pluriactifs ? Drancy est une équipe semi-amateur, semi-pro ? 

 

Alors, il y a notamment un joueur qui a été embauché au club mais qui ne fait pas que jouer au rugby puisqu’il va aussi s’investir au niveau de l’école de rugby. Effectivement, on est pluri-actifs pour l’ensemble du staff, c’est pareil au niveau des joueurs. Du coup, on partage une certaine vision de cette saison et là, on rentre de stage de 3 jours et on a partagé sur le terrain et en-dehors beaucoup d’aspects communs. Ça laisse présager de très bons moments, notamment grâce à la cohésion qui règne pour le moment dans cette équipe. 

 

Et la pluri-activité permet aussi de ne pas avoir une vision auto-centrée sur le rugby mais également de s’ouvrir à d’autres horizons ? 

 

Oui et puis, comme je te le disais, garder une certaine fraîcheur. S’entraîner tous les jours, prendre son sac sans perdre beaucoup de jus. On fait un sport de combat, c’est la définition même du rugby, c’est un sport de combat collectif. Pour combattre, il faut avoir de l’appétit, il faut avoir envie de combattre, avoir faim de ballons. Et si on touche trop de ballons, si les joueurs font trop de musculation, si les joueurs courent trop, il peut souvent arriver que ce manque de fraîcheur physique joue des tours. Nous, on va jouer la carte de la fraîcheur, la carte des valeurs justement de combat. Et en rugby, quand une équipe a faim et qu’elle montre ses valeurs, elle peut finalement compenser des manques techniques ou des manques d’expérience par beaucoup de choses qui outrepassent l’entraînement.

 

J’ai vu aussi qu’un des fondateurs du club était Haroun Tazieff, le célèbre vulcanologue. C’est du fait que le club soit volcanique, que le public soit bouillant ? (Rires). 

 

Oui, c’est vrai qu’on va essayer de faire de Drancy un petit volcan en éruption, un chaudron bouillant. Ça fait partie de la richesse qui est véhiculée en Ile de France où on a beaucoup de chance de rencontrer des gens qui travaillent dans les médias ou des gens qui ont des carrières atypiques. Il y a beaucoup de ressources en Ile-de-France et justement de diversités donc, c’est intéressant. Et comme tu dis, Haroun Tazieff donc, en fait partie, a porté le projet sportif auprès de la ville de Drancy. Ça fait partie de l’histoire un peu atypique. 

 

Ça permet en plus de montrer que l’ovalie ne tourne pas qu’autour du sud-ouest. On a parfois l’impression, en étant dans le sud-ouest, que l’épicentre de l’ovalie tourne autour de Toulouse. Mais non, il y a du rugby au dessus de la Loire et du rugby qui vit bien ? 

 

J’entame ma 4e année en région parisienne et je suis très fier d’être tarnais, je suis très fier d’avoir joué pour les équipes premières de cinq clubs parmi les plus importants du Tarn mais je continue à apprendre et j’apprends beaucoup de choses en Ile-de-France, notamment sur l’ouverture d’esprit, sur la gestion d’une équipe, sur le partage au niveau des rôles, des missions. J’apprends à beaucoup plus travailler en équipe et, comme je te le disais, il y a beaucoup de gars qui viennent du sud-ouest mais je crois que ces joueurs de banlieue ont des choses aussi, ont des valeurs, ont des fonctionnements. Alors, ce n’est pas du tout la même musique que nous donc c’est assez rigolo dans le bus. On peut entendre « hegoak » ou bien des chansons de « Nadau » ou bien en occitan comme on peut entendre du rap et ça part dans tous les sens et ce mélange-là, il est super, rigolo et enrichissant; 

 

Grosso modo, tu es en train de m’expliquer qu’à une époque, c’était les aveyronnais qui venaient ouvrir des bars à Paris et que maintenant, ce sont les tarnais qui viennent tenir des clubs de rugby dans l’Ile de France ? 

 

Je ne vais pas avoir cette prétention mais tu sais, quand je vois qu’il y a 4 clubs en Fédérale 1 dans le Tarn que je suis de très près parce-que je suis très attaché au Tarn donc ça me fait très plaisir mais moi, pour l’instant en région parisienne, je suis fier d’être du Tarn, je suis fier de représenter tout ce que j’ai pu apprendre aux gens que j’ai croisés dans les différents clubs du Tarn. Et en même temps, comme je te disais, je suis fier de continuer à apprendre en Ile-de-France. Sait-on jamais, peut-être que le tarnais redescendra un jour dans le Tarn mais pour l’instant, je suis très bien en Ile-de-France en tous cas. 

 

On sait qu’à une époque, tu as commenté des matches. Ça ne te manque pas trop d’avoir l’adrénaline qui monte et de commenter à la radio ? 

 

 C’est pareil, c’est quelque chose où j’ai appris en terme de communication, j’ai croisé des gens très, très intéressants dans le milieu des médias. Bien évidemment que ce sont d’autres sensations que de jouer ou d’entraîner. J’ai eu la chance d’en faire un récemment pour une radio on va dire tarnaise. Effectivement, oui,  ça me manque un peu. Les médias, ça reste quelque chose, c’est du plaisir qu’on partage. Et puis, pouvoir aller parler dans un micro de sa passion, et je pense que tu ne contrediras pas, ça reste quand même un plaisir privilégié. Peut-être que les médias c’est pareil et qu’un jour, je reprendrai un micro. 

 

Tu es le bienvenu à Radio Albigès pour venir commenter avec nous un match du Sporting, c’est quand tu veux

 

Bah écoute, avec grand plaisir. C’est avec plaisir que je retrouverai les auditeurs très connaisseurs et les fidèles auditeurs des médias tarnais. 

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter à Drancy pour cette saison 2019-2010 historique ? 

 

De rester les petits poucets, de rester humbles dans notre costume d’outsider et en même temps de profiter de ce statut là tout en se donnant les moyens de rester dans cette division. Je crois que, si le maintien est assuré, ce sera prometteur, on pourra travailler sereinement pour la suite. Donc, ce qu’on peut souhaiter au Rugby Club de Drancy, c’est qu’il se maintienne en Fédérale 1. 

 

Merci Vincent et on te souhaite une très bonne saison avec ton club de Drancy et en espérant que vous nous fassiez une belle surprise, pourquoi pas accrocher un petit Du Manoir ? Une qualification en play-off Du Manoir, je pense que ce serait déjà la cerise sur le gâteau pour votre club ? 

 

Oui, ce serait bien. Après, si on peut se faire aussi une grosse équipe, ça restera des souvenirs impérissables. 

 

Massy, au hasard ? 

 

Par exemple (rires)

 

J’en connais un qui doit t’attendre de pied ferme, Mathieu Bonello

 

Oui, on s’appelle assez souvent. On n’évoque pas forcément cette rencontre qui aura lieu, on échange pas mal. Mathieu me fait aussi partager son expérience, on est plutôt dans le partage des idées. Mais bon, le jour J, il n’y aura pas d’ami pendant 90 minutes. On se retrouvera en tous cas avec plaisir avant le match et après le match. 

 

Ce sont les valeurs du rugby comme on les aime et on te souhaite le meilleur. Tu es toujours le bienvenu sur les ondes et les pages du « Le #MagSport – Radio Albigès« . 

 

Merci Loïc, merci à tous et grand bonjour à tous les auditeurs du Tarn qui me manquent beaucoup. Ça m’a fait plaisir d’entendre ton accent du terroir. 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

 

 

 

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