#Rugby – Fed1 / A.Mardon (Nîmes) : «On a un effectif 100% pluri actif et 100% Français »

Le manager du Rugby Club Nîmois, Armand Mardon, a bien voulu nous accorder un entretien pour nous parler du projet d’un club dont il a porté la tunique. Cet ex directeur du centre de formation du stade rochellais et de Brive , est revenu dans le Gard, avec la transmission générationnelle et la dimension humaine du sport comme des vecteurs primordiaux de son management. Le coach nîmois , malgré un budget de 1,8 Million qui les fait talonner certaines écuries pros, veut vaillle qui vaille préserver un esprit « rugby village », qui plus est dans une entité à l’ADN bénévole, comme le RCN. Fort d’un slogan évocateur, « De main en main », Armand Mardon et ses dirigeants tentent de construire un club amateur, composé uniquement de joueurs français et pluri-actifs , mais aux ambitions certaines. Focus avec le passionné « Coach Mardon » sur les taureaux gardois, club ayant hérité d’une poule mêlant grosses écuries et derby pagnolesque, mais qui compte assurément tirer son épingle du jeu.

 

 

Au Rugby Club Nîlmois s’annonce une nouvelle saison en Fédérale 1 mais l’année dernière fut déjà une cuvée sympathique pour le club même si on imagine qu’en Du Manoir, vous auriez aimé aller un tour ou deux plus loin. Cette année est celle de la confirmation pour Nîmes ? 

 

Oui, on va essayer à nouveau de se qualifier pour le Yves du Manoir et puis ensuite, une fois cet objectif-là atteint, on reverra les objectifs en interne. La poule a changé pour nous, il y a encore un côté découverte. 

 

C’était ma seconde question, la question sur la nouvelle poule, la fameuse  » poule de la mort  » comme beaucoup appelle cette poule 2. L’année dernière, vous faisiez partie du quatuor de tête, cette année, ça va être un peu compliqué pour Nîmes ? Vous allez être engoncé entre les équipes qui jouent le maintien et des grosses équipes qui annoncent des ambitions très élevées. Je pense à Bourg, à Bourgoin, à Narbonne entre autres ou à Nice et n’oublions pas Hyères-Carqueiranne. C’est un peu un guet-apens cette histoire

 

Oui voilà (Rires), ça va être une grosse poule ! Après, je pense que les autres aussi ont leur lot de grosses équipes. On va être nombreux à prétendre à cette qualification. Pour les deux premières places, je pense qu’ils vont être nombreux aussi à se les batailler. Le championnat vient d’augmenter d’un cran, on en a conscience. On va essayer de préparer chaque rencontre de manière très sérieuse puisque je pense que chaque rencontre va être un gros match. 

 

L’inconvénient comme vous d’avoir été un peu la surprise l’année dernière, c’est que souvent, au mercato, on voit pas mal de clubs venir taper à la porte venir, voire piller ou débaucher les meilleures armes du club. Donc, à Nîmes, y a-t-il eu un mercato agité ? 

 

Oui, il y a eu pas mal de départs puisqu’on a comptabilisé 20 départs au total. On a donc recruté en conséquence. Beaucoup de nos joueurs sont partis vers Chateaurenard donc on va les revoir puisqu’on est dans la même poule. On a pu garder nos cadres, pour moi, c’est la satisfaction. On a vraiment gardé nos cadres et on a complété cette équipe avec énormément de jeunes joueurs issus de clubs pros. 50% de l’effectif a moins de 25 ans et 100% de l’effectif est français. Donc voilà, on part avec cette nouvelle équipe dans laquelle on va essayer de créer de l’osmose et puis d’avancer avec des résultats. 

 

Et de l’ambition j’imagine ? 

 

Oui, je vous le dis, on ambitionne le Yves du Manoir. On est nombreux à avoir la même ambition dans notre poule donc, atteindre cet objectif sera déjà une belle réalisation ensuite, on verra en interne. 

 

Ça risque quand même de frotter sec dans les rucks pour aller se l’accrocher, ce Du Manoir ? 

 

Oui, ça ne va pas être simple, c’est vrai. On va rencontrer des équipes à fortes densités comme Bourgoin, Hyères, Nice, ce qui n’est pas notre cas à nous. On est un peu plus légers mais plus mobiles. Donc, il va falloir s’adapter à cette nouvelle poule. Premier match, Bourgoin à domicile, Aubenas ensuite, parce qu’on les a oubliés eux, on n’en parle pas trop mais ils sont là. 

 

Avec leur bouillant public!

 

Oui, ils vont être nombreux quand ils vont venir à Nîmes. Chez eux, c’est pareil. Les deux premières confrontations vont donner le tempo puisque c’est Bourgoin à domicile, Aubenas à domicile et en amont, juste avant, match amical contre Narbonne. Donc, on va prendre la mesure de notre poule assez rapidement. 

 

Surtout que Narbonne, pour le moment, c’est un OVNI. Ils ont recruté une flopée de joueurs, ils sont outillés comme une armada professionnelle de Pro D2 quasiment. C’est une équipe qui va être suivie du coin de l’œil par tout le monde, par toutes les poules même ? 

 

C’est certain. Bourg, Bourgoin, Narbonne sont pour moi, on peut rajouter Nice, les 4 gros prétendants aux 2 premières places dans notre poule. Maintenant, ça reste du sport : comment l’équipe va prendre forme, comment tous ces joueurs, qui sont des joueurs confirmés issus des championnats professionnels, vont se comporter dans le championnat en Fédérale 1. Ça reste parfois des sujets auxquels on n’a pas la réponse en début de saison. 

 

Et puis, il y a le supplément d’âme dans chaque équipe. On l’a vu l’année dernière avec Saint-Jean-de-Luz : une bande de copains a voulu renverser la table, ils sont arrivés à faire des miracles avec 750 000€ de budget. 

 

Exactement. Saint-Sulpice-sur-Lèze également, qui a su être présent dans le championnat. Je pense aussi fortement à Blagnac parce-que c’est une très bonne équipe, une excellente équipe pour moi et pas plus ronflant que ça au niveau des noms et au niveau des joueurs on va dire, mais par contre, un collectif équilibré, homogène. Quand le titulaire sort, le remplaçant à son niveau aussi. Ils ont su s’inviter aux 2 premières places donc voilà, il y a aussi des équipes surprises. J’espère que ça puisse être nous l’équipe surprise, j’aimerai bien. 

 

Le rendez-vous est pris. On verra déjà à mi-saison en espérant qu’il y aura une belle surprise et que Nîmes viendra titiller les gros cadors de la poule 2. Dans cette poule 2, il y a des clubs qui vont aussi vous parler puisque, Il y a Châteaurenard et Bédarrides-Châteauneuf-du-Pape. On connaît un peu la rivalité entre gardois et vauclusiens. Ca va être des matches à haute adrénaline, à haute intensité ? 

 

Oui, de beaux derbys. Alors, le derby avec Châteaurenard est plus présent qu’avec Bédarrides mais ça reste 4 affiches, deux chez eux, deux chez nous. Ça va être des matches tendus, très tendus mais bon, toutes les équipes aujourd’hui ont envie de jouer. La Fédérale 1 est un championnat où ça joue donc ça va être âpre dans les zones d’impacts mais réglo. On va être sur un bon derby où le jeu peut être verrouillé assez rapidement, ça c’est certain, mais je pense que chacun pense à jouer et pense à faire quelque chose de productif quand même  sur le terrain. 

 

On sait qu’à Bédarrides, à Châteaurenard, il y a de bons vieux publics à l’ancienne, bien bouillants. A Nîmes, qu’en est-il ? 

 

Plus soft quand même. Quand on a joué Aubenas l’an dernier à domicile, sur L’Equipe 21, il y avait 3 000 personnes au stade. Chaque grosse affiche, on est quand même 2 500/3 000, on a une affluence très correcte. C’est un public très encourageant, qui aime le jeu, qui sait accueillir le public adverse également. Donc, c’est sûr que le Nîmes/Châteaurenard, ça peut faire une belle affluence et une belle soirée, un beau match. C’est bien pour le club parce-que ces moments-là permettent aussi au club de rentabiliser les entrées donc ça, c’est bien. On a quand même beaucoup de belles affiches donc, pour le sportif mais aussi pour le club, sur l’ensemble, c’est une bonne chose. On est dans du développement donc, ça devrait aller. 

 

Il n’y en a qu’un qui s’est frotté les mains quand il a vu le tirage de la poule, c’est le trésorier ?

 

(Rires). Oui mais, moi-même je me frotte les mains parce-que c’est quand même plaisant de jouer des matches de ce niveau. On voit que la Fédérale 1 ne fait qu’augmenter quand même. Même avec la disparition de la poule élite, on était un peu tous dans l’expectative l’an dernier et puis beaucoup d’équipes se sont mises à niveau. Et, dans chaque poule, il y a eu quand même des équipes qui ont progressé fortement et je vois que le championnat de Fédérale 1, encore une fois, augmente d’un cran. Les Albigeois vont encore monter d’un cran pour essuyer l’affront de la non-accession et j’espère pour eux que ça marchera parce qu’ils le méritent. Mais en face, ils vont avoir du dur avec Bourg, Bourgoin, Narbonne mais aussi des clubs comme Cognac qui sont dans le développement. On a Suresnes qui s’est énormément développé à l’intersaison avec de beaux recrutements aussi, de jeunes joueurs issus du monde pro. 

 

Il y a, aussi, les bastions qui répondent toujours présents. Je pense à Dax et à Bourgoin, des clubs qui sont immortels. 

 

Bien sûr. Et ces clubs qui se développent : Mâcon qui a gagné le Yves du Manoir l’an dernier, ils vont essayer de monter encore en gamme. Le championnat de Fed 1, il augmente, il augmente chaque année. Je ne connais pas un seul championnat, qu’il soit Top 14, Pro D2, Fédérale 1, qui n’augmente pas de saison en saison. Donc, effectivement, le trésorier se frotte les mains mais le sportif aussi parce-que c’est quand même sacrément plaisant de jouer à ce niveau-là.

 

Et puis, il y a le prisme de la télé. C’est très rare d’avoir une division trois à la télé, en clair, via la chaîne L’Equipe. Et à Nîmes, l’année dernière, vous avez réussi un exploit en phases régulières puisque vous êtes le seul club à avoir augmenté l’affluence du fait qu’il y ait la télé. D’habitude, la télé, les présidents râlent un peu que ça fait perdre des spectateurs, que certains ont un peu la flemme de se déplacer. Vous êtes l’exception qui confirme la règle ? 

 

Effectivement, il y avait vraiment, vraiment du monde. On a été un peu trop loin parce-que les fumigènes, c’était en trop. Mais il y avait une sacré ambiance à l’avant-match puis grâce au public d’Aubenas. C’est vraiment l’association des deux clubs et Aubenas sportivement s’était donné rendez-vous. C’est à dire qu’ils sont venus nous battre chez nous mais ils ont fait un gros match. 

 

A cette époque , vous vous chamailliez pour la 3e/4e place de cette poule 3 l’année dernière ? 

 

A ce moment-là oui, on était effectivement à la lutte pour la 3e/4e place et même avant, on caracolait 2e/3e avec Blagnac. Oui, ça a été un tournant de notre saison mais on en a tiré les conclusions, on a analysé, on sait pourquoi et on essaiera de ne pas le revivre à nouveau. Après le match d’Aubenas, on a joué 6 matches, on a fait 5 défaites. 

 

Ça a été un peu le coup de massue?

 

Vraiment, oui, vraiment. En sportif et en extra-sportif. 

 

Je rebondis un peu sur une de vos réponses. Vous avez parlé de cette diaspora à Châteaurenard. Comment vous expliquez le fait que beaucoup de joueurs nîmois soient partis dans ce club quasi voisin ? 

 

Il y a plusieurs raisons dont le statut que pouvait avoir un joueur nîmois à Nîmes et celui qu’il pouvait avoir à Châteaurenard. Comme c’est un club accédant de la Fédérale 2, les joueurs pouvaient avoir un statut de N°1 que moi, je n’étais pas en mesure d’offrir au sein du club. Donc, ces joueurs ont été rechercher une ambition sportive. Après, on parle de semi-professionnalisme donc, ils sont en pluriactivités et du coup, ça leur permet aussi de garder leurs emplois à Nîmes et de pouvoir évoluer toujours au même niveau, pas très loin pour aller s’entraîner. Il y a aussi ce phénomène-là, qu’ils ne vont pas loin. Ils n’ont pas été au-delà et Châteaurenard et de Bédarrides. Il y a 4 joueurs, si je ne dis pas de bêtise, 5 au départ mais Romain Aleyrangues a rejoint Mâcon à la dernière minute. Il est passé par Château mais après il est allé à Mâcon. 

 

Suite à l’affaire Elliott Bale…

 

C’est ça. Donc, pour moi, les deux raisons sont les ambitions sportives et tant mieux qu’ils aient des ambitions. Ils n’avaient pas à Nîmes le statut qu’ils peuvent avoir aujourd’hui à Château. Et puis, la proximité, la proximité pour des joueurs qui sont pluriactifs, rappelons-le. Nous, on est semi-professionnels, tous nos joueurs sont 100% pluriactifs ce qui n’est pas le cas pour certains clubs. 

 

Pour parler un peu de ressources, de structuration et de votre club, vous n’avez aucun joueur professionnel. Quel est à peu près le budget que cela représente pour Nîmes ? 

 

1M6 € et 100% de nos joueurs travaillent. Pour l’instant, on en est là. 

 

Donc un statut amateur sans SASP ? 

 

Oui, sans SASP. 

 

1M6, ça représente quand même la strate haute des clubs amateurs de Fédérale 1 comme budget ? 

 

Exactement. Par contre, aujourd’hui, on est bien en-dessous de tous ces clubs en structuration SASP, 100% pros. 

 

Qui eux sont entre 2M et 4M!

 

Exactement ! L’an dernier, j’ai comptabilisé un petit peu, il y a quand même plus d’une dizaine de clubs qui ne sont pas loin d’une structuration ou d’un fonctionnement pro en Fédérale 1, facile. Je me situe après eux, je suis réaliste. Les infrastructures, les budgets, ça créent le classement quand même au départ. Donc, je suis quand même réaliste : on est semi-professionnels. Quand je parlais de surprise, voilà, j’espère qu’on peut être la surprise type Blagnac, Saint-Jean-de-Luz. 

 

Pour reprendre un classique cinématographique, vous êtes un peu  » la terre des milieux  » ? 

 

Oui, exactement, bien sûr. On joue les premiers rôles des clubs amateurs on va dire. C’était le cas quand j’ai récupéré Nîmes, il y avait la poule élite qui existait donc Nîmes était dans les deux premières places, sans problème. Sur les clubs amateurs, on joue les premiers rôles et par contre, dès que la poule élite est redescendue en Fédérale 1, et bien, les clubs pros d’abord et ensuite les clubs amateurs. Donc, là, on est plus dans les deux premiers mais plutôt dans les 3/4 et j’espère qu’on va maintenir le 3/4. Notre ambition, elle est vraiment là, 3/4/5, dans ces places-là. Parce qu’on le mériterait, le club travaille bien sur sa structuration, sur son développement, il est sérieux. Les joueurs sont compétitifs, on arrive à mettre en place des choses sportivement assez correctes. Donc, j’espère qu’on pourra honorer ses places-là au classement. On sait que ce ne sera pas simple mais c’est jouable. 

 

Et puis, vous faîtes aussi un pari sur l’avenir. Je suis allé un peu fouiller sur les réseaux sociaux du Rugby Club Nîmois. Je vois que vous mettez beaucoup en avant l’école de rugby et la formation. C’est la planche de salut pour un club comme le vôtre ? La formation est l’avenir ? 

 

Oui, ça l’est et le président et moi-même en sommes convaincus, en interne, tout le monde en est convaincu de ça. Moi, je viens d’un environnement formation puisque j’ai évolué à La Rochelle et à Brive en tant que directeur sportif chez les jeunes. Donc, c’est quelque chose auquel je cois. J’essaye d’appuyer un maximum les jeunes. La moitié de mon équipe a moins de 25 ans, je leur fais confiance à ces jeunes, ils vont m’apporter des choses mais il faut bien les encadrer. Je trouve qu’on a trouvé le bon mélange entre la moitié de cadres et la moitié de jeunes joueurs. J’espère que ce sera positif, que ça paiera en fait. 

 

Espérons que l’alchimie se fasse

 

Oui parce-que ce n’est pas de la communication, on en est convaincus. Et ajoutez à cela, et j’insiste, un effectif 100% français. On est parti volontairement sur ce principe, on a une équipe jeune, française et on va essayer d’être compétitifs dans un championnat qui n’est pas simple. 

 

Pour conclure cette interview, en quelques mots, est-ce que vous pourriez les valeurs, les vertus de Rugby Club Nîmois qui tient le haut de l’affiche du monde amateur et qui essaie de talonner le monde professionnel ? 

 

Nous, le mot qu’on se passe en ce moment, c’est  » de main en main « . Déjà, on va essayer d’être axé encore plus sur le jeu et se porter encore plus sur l’offensive. On va vraiment évoluer là-dedans donc voilà, ça, c’est un peu notre slogan,  » de main en main « . Mais, de main en main, c’est aussi la transmission pour moi, la transmission à travers la formation, avec les jeunes. Nos valeurs, elles se situent aujourd’hui autour de ça. 

 

De bien belles valeurs dans ce rugby qui se professionnalise. On reviendra très rapidement faire un petit focus sur Nîmes pour voir comment se déroule cette saison 2019-2020 en Fédérale 1. 

 

Très bien, je vous remercie. 

 

 

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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