#Cyclisme – TDF / 12 juillet 1978 : Les insurgés du Lot et Garonne

Les coureurs du Tour de France sont levés depuis 4h30 du matin. La veille, l’étape avait conduit le peloton de Pau à Saint-Lary-Soulan- Pla d’Adet, en passant par le Tourmalet et le col d’Aspin, au terme  de 6 heures d’efforts,. Le français  Mariano Martinez (Jobo)  avait maté ses adversaires, et le belge Joseph Bruyère (C&A) était toujours en jaune.

Tarbes -Département des Hautes Pyrénées- 12 juillet 1978-7h30,

Au terme de cette étape, un fait assez rare, se produira. Les organisateurs toujours à la recherche de nouvelles arrivées au sommet choisissent le Pla d’Adet pour cette étape pyrénéenne.

Les organisateurs oublient que cette petite et nouvelle station, qui cherche la renommée, en se faisant connaitre par  le moyen le plus sur dans les années 70, à savoir obtenir  l’arrivée d’une étape du Tour,  n’a aucune infrastructure hôtelière et ne peut accueillir  les coureurs et accompagnateurs du Tour.

Les coureurs , une fois changés, doivent regagner la ville la plus proche c’est à dire Tarbes, ville de laquelle sera donné le départ le lendemain. C’est simple, ça descend et tout va bien…!

Mais le Tour de France a la particularité d’attirer une foule immense en période de congés annuels car le spectacle est grandiose,  et surtout gratuit. 

Le problème ce jour là est le suivant.  Des milliers de spectateurs bloquent la descente car il n’y a aucun itinéraire bis de prévu. Les voitures des coureurs sont dans le trafic et par voie de conséquence certains ne pourront être massés et couchés avant minuit….Une fois dans leurs l’hôtels,  les coureurs  découvrent le menu de la journée du lendemain 12 juillet avec au programme un départ depuis Tarbes à 7h30 du matin direction Valence d’Agen pour 163 km de course dans une première demie-étape, et l’après midi une balade 98 km en direction de Toulouse, soit  270 km à parcourir dans la journée.

Le réveil fût difficile pour l’ensemble des protagonistes et la grogne commence à s’installer au petit matin. Le départ va être donné, André Chalmel,(Renault-Gitane) président du syndicat des coureurs professionnels, exprime le mécontentement général des coureurs auprès de la direction de course. Félix Lévitan, la patron despotique du Tour,  sur de lui,  n’aura d’autre réponse qu’un regard hautain, dédaigneux et condescendant..

André Chalmel président du syndicat des coureurs professionnels.

Rien de mieux pour mettre de l’huile sur le feu, et si besoin agrémenter la grogne du peloton…. Charly Rouxel (Miko-Mercier) et quelques vieux grognards du peloton comme  Jean-Pierre Danguillaume et Michel Laurent (Peugeot) , Mariano Martinez(Jobo) le vainqueur de la veille, le britannique expérimenté Barry Hoban (Miko-Mercier) et le hollandais facétieux Gerben Karstens (Ti-Raleigh) font le tour des collègues de galère et arrivent sans trop de mal à fomenter l’insurrection. Ce dernier tenait sa petite revanche, en début de Tour, les organisateurs lui avaient demandé de ranger dans la valise  ses pitreries et clowneries pittoresques , car cela donnait une mauvaise image au Tour de France devant les caméras de la télévision.

Décision est prise par les coureurs présents qu’ils  rouleront à un train de facteurs jusqu’à Valence d’Agen… L’espagnol Oliva puis le Hollandais Kneteman voudront casser l’entente cordiale établie autour de ce mouvement social, c’est le champion de France en personne, et futur vainqueur de l’édition 1978, un certain Bernard Hinault, 23 ans tout juste, qui ira rappeler les consignes prises au départ sinon gare !….N’est pas « Blaireau » qui veut !

Pendant l’étape Félix Levitan et Jacques Goddet tentèrent de rétablir le dialogue, promettant que les primes seraient versées intégralement si la course reprenait normalement… La réponse d’André Chalmel fût cinglante :  » ce n’est pas de l’argent que nous voulons, c’est de la considération ». Les sprints intermédiaires ne sont pas disputés, les grands prix de la montagne sont oubliés et Valence d’Agen approche, lentement mais surement sous un soleil radieux…  la flamme rouge est franchie, elle qui voit d’ordinaire un train passer à toute allure, pour le coup,  le peloton est aussi vif qu’une diligence sans chevaux… A 100 mètres de la ligne d’arrivée, Bernard Hinault descend de machine, il est imité par tout le gratin mondial du cyclisme, Jacques Esclassan (Peugeot) , Mariano Martinez en tête coté français, puis les hollandais de Ti-Raleigh, Hennie Kuiper et Jan  Raas, leur compatriote Joop Zoetemelk (Miko-Mercier) , les belges de l’équipe Flandria-Velda, Freddy  Maertens porteur du maillot vert, ainsi que  Michel Pollentier, leader du classement de la montagne et le maillot jaune, Joseph Bruyère. Le peloton franchit la ligne à pied sous le mécontentement du public scandalisé.

Jean-Michel Baylet le tout nouveau Maire de la ville, homme de gauche et surement sensible aux revendications des coureurs,  conservant son humour et la distance nécessaire dans ce type d’événement déclarera au journal l’Equipe « Finalement on les voit mieux »…

Bernard Hinault montre l’exemple à Valence d’Agen devant Jan Raas à droite , Hennie Kuiper à gauche. 

Le déjeuner avalé sur le pousse, la tension entre organisateurs et coureurs semble avoir été levée au moins momentanément .   Les coureurs prennent la route pour Toulouse. 

Trois hommes sont  particulièrement attendus dans la ville rose, pour s’adjuger la victoire. Le toulousain Dante Coccolo qui  traversera le village d’Ondes, dont il deviendra le maire quelques années plus tard, Dominique Sanders qui passe par Blagnac pour saluer ses anciens camarades de route et son président Georges Gay, et surtout Jacques Esclassan, le Roi du sprint français et Prince d’Occitanie. 

L’homme de la Peugeot, qui n’avait pas été des derniers le matin a rassembler « les collègues » est déjà engagé et pressenti en pays castrais pour rejoindre une liste électorale. Il est le leader putatif de son équipe depuis le retrait la veille de l’ancien double vainqueur du Tour Bernard Thévenet a bout de souffle.

Autant dire, que Jacques Esclassan a de bonnes raisons de ne pas manquer le rendez vous fixé sur les allées toulousaines. Il peut compter sur son équipe meurtrie par le départ prématuré du leader incontesté, et  dans laquelle Danguillaume,  Ovion Bourreau et Sibille se mettront à son service… 

Sur un développement de 52X12, amené jusque dans les 150 derniers mètres par son parfait poisson pilote le surpuissant marseillais Guy Sibille,  Jacques Esclassan écrase la concurrence représentée par Jan Raas (Ti-Raleigh) , Freddy Maertens (Flandria-Velda), son équipier Régis Delépine et le truculent batave Gerben Karstens.(Ti-Raleigh).

Le classement de la 2ème demie étape Valence d’Agen- Toulouse du 12 juilet 1978 :

1

Jacques Esclassan

 

FRA

En  02h 12m 12s

2

Jan Raas

 

NED

A

3

Freddy Maertens

 

BEL

A

4

Regis Delepine

 

FRA

A

5

Gerben Karstens

 

NED

A

6

Jean-Louis Gauthier

 

FRA

A

7

Willy Teirlinck

 

BEL

A

8

Guy Sibille

 

FRA

A

9

Yvon Bertin

 

FRA

A

10

Jean-Jacques Fussien

 

FRA

A

11

Dominique Sanders

 

FRA

A

12

Barry Hoban

 

GBR

A

13

Alain Patritti

 

FRA

A

14

Philippe Durel

 

FRA

A

15

Charly Rouxel

 

FRA

A

16

Sean Kelly

 

IRL

A

17

Patrick Friou

 

FRA

A

18

Klaus-Peter Thaler

 

GER

A

19

Jean-François Pescheux

 

FRA

A

20

André Mollet

Jacques Esclassan en vert aux cotés de Bernard Thévenet en jaune en 1977.

Le Borgne.

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