Maintien en D1 : Les Rafettes peuvent-elles le faire ?

Englué à la dernière place de la D1, certes mais le RAF reste également sur une véritable dynamique positive. Entre changement tactique et prise de conscience collective, les joueuses aveyronnaises peuvent-elles atteindre leur objectif réellement : le maintien en D1 ?
Décryptage de cette évolution.

Le grand sourire des Aveyronnaises lors de la phase de préparation.

Un début de saison laborieux

Peu de changements à l’intersaison au sein l’effectif ruthénois. Mabomba prend la direction d’Yzeure, Peruzzetto n’est pas conservée, Tyryshkina et Hoarau à Guingamp et Infante retourne au Portugal. Du côté des arrivées, Philippe vient se relancer après une saison compliquée à Montpellier, Morin arrive de Guingamp, après plus de dix saisons à Yzeure, Chalabi retrouve la D1 et Cazeau reste en D1 après la descente d’Albi.

Le championnat de D1 Féminine, c’est 22 journées et, cette année, le moins que l’on puisse dire, c’est que les Rafettes ont pris un très mauvais départ. Un zéro pointé après six journées, deux points après douze journées et une cinglante défaite à Paul Lignon face à Bordeaux (1-4), le destin du RAF était tout tracé : direction la D2. Explication.

Au départ de cette saison 2018-2019, Rodez peut compter sur ses cadres : La capitaine Guitard, Bonet et Saunier dans le cœur du jeu, Cance le facteur X et Lemaitre, la taulière sur le front de l’attaque. Malheureusement, Morin et Garcia se blessent gravement dès le début de la préparation et ce sont les premiers coups durs pour Rodez. Malgré tout, le RAF repart avec les mêmes intentions que la saison précédente. Un 4-2-3-1 avec Cance à la baguette, des excentrées offensives et deux milieux défensives qui doivent être au four et au moulin. Malheureusement pour elles, le moulin va trop vite et Rodez prend l’eau de toute part. Plus faible techniquement et laissant trop d’espaces à ses adversaires, Rodez est défait à Soyaux, à Bordeaux et face surtout face à Lille et Guingamp sur ses terres, à Paul Lignon. Une entame calamiteuse ponctuée par la suspension de son maître à jouer, Laurie Cance face à l’En Avant.

Laurie Cance, le maître à jouer ruthénoise, suspendue 8 matchs pour son geste d’humeur face à Guingamp.

Un changement tactique salvateur

Avec la réception de l’ogre lyonnais, le RAF s’adapte. Oublié le 4-2-3-1, place au 5-3-2 et le résultat est là, une courte défaite 0-2 face aux championnes d’Europe en titre. Une défaite, certes mais face à l’OL, le tarif est en moyenne de quatre ou cinq buts encaissés. De nombreux enseignements peuvent être tirés. Enquête.

Tout d’abord, défensivement, un véritable bloc compact et regroupé dans ses 40 mètres. Pas de prise d’initiative hasardeuse pour un pressing individuel. Une ligne de cinq où Guellati, pourtant n°10 de formation, a pris place comme pierre angulaire de la muraille du RAF, une véritable révélation. Dans l’entrejeu ruthénois, on retrouve trois milieux axiaux dont l’objectif principal est de fermer les intervalles dans l’axe et d’obliger l’adversaire à écarter le jeu. Devant, le duo Cance-Lemaître est toujours présent. Lemaitre pour tenter de conserver, Cance avec son vista et son talent pour sa justesse.

Le piège ruthénois

Revenons un instant sur l’animation défensive de cette équipe. En attendant son adversaire très bas et la débauche d’énergie de ses milieux, l’adversaire est souvent piégé lorsqu’il s’approche de la surface de réparation avec la fermeture de la latérale, d’une des 3 centrales, et d’une des 3 milieux axiales. Que se passe-t-il si l’adversaire parvient à se sortir de cette tenaille et met le ballon dans la surface ? Il reste toujours Guellati, l’axe opposé et la latérale à l’opposé ainsi que les 6 qui ne traînent pas loin. Bon courage à l’attaquante adverse.

Manon Guitard, la capitaine exemplaire des Rafettes

Défendre c’est une chose mais il faut marquer pour gagner non ? Et c’est là que le piège ruthénois se referme sur son adversaire. Rodez aspire son adversaire, le laisse butter sur son mur pour mieux le contrer et profiter des espaces béants dans le dos de son adversaire. Avec la justesse de Cance, la présence de Lemaitre, le talent de Noiran et la vélocité de Cazeau, Rodez peut en faire déjouer plus d’un.

Le RAF sur la pente ascendante

Depuis ce choix tactique, Rodez relève la tête. Un point face à Fleury (0-0), un point face à Dijon (0-0) où l’animation défensive se perfectionne puis le RAF retombe dans ses travers face à Metz (2-3) où la victoire était pourtant impérative puis coule à Montpellier (0-5). Puis vient la réception du PSG où les ruthénoises sont à quelques minutes de réaliser un authentique exploit. Menant jusqu’à dix minutes du terme, elles cèdent sur deux pénaltys généreux mais le plan de jeu est acté et récité à la quasi-perfection. C’est finalement au mois de Décembre que Rodez récolte les fruits de son travail. Dans un match synonyme de dernière chance à Lille, les filles de Viguier croquent les Dogues. Rodez attend son adversaire et sur un ballon délivré par Cance dans le dos d’une défense naïve et apathique, Saunier trouve Cazeau seule au 2nd poteau. Rodez confirme en s’imposant, une semaine plus tard, face au Paris FC sur une nouvelle réalisation de l’ancienne Albigeoise. La première victoire de l’histoire du RAF face à cet adversaire, c’est dire la performance.

Kimberley Cazeau, décisive face au Paris FC

Et maintenant ?

La muraille ruthénoise peut-t-elle tenir jusqu’à la fin de la saison ?
Si l’on regarde les résultats, l’ouverture du score paraît décisive. Si l’on y ajoute son plan de jeu défensif, il est fort à parier que si Rodez ouvre la marque, il sera très difficile pour son adversaire de revenir. A l’inverse, si Rodez encaisse le premier but, on a vu qu’à Montpellier, face à Bordeaux ou contre l’OL, début Janvier (0-6 en Coupe de France, 4-0 en Championnat), l’addition peut être salée.
Ces filles peuvent-elles avoir la force de caractère de renverser une situation et faire preuve d’une grande capacité d’adaptation ? Le doute subsiste.

Adversaire Date
A Guingamp 2 Février
Soyaux 16 Février
A Fleury 16 Mars
A Paris SG 30 Mars
Montpellier 13 Avril
A Metz 24 Avril
Dijon 4 Mai

Quoi qu’il en soit, à sept rencontres du terme, les Rafettes ont un retard de 5 points sur le premier non-relégable, le FC Metz, adversaire qu’elles affronteront lors de l’avant dernière journée. Rien d’insurmontable comptablement.
Une autre lecture peut aussi être réalisée. L’an passé, les 20 points de l’ASPTT Albi n’avaient pas suffi pour se maintenir, en 2017, Bordeaux s’était sauvé avec 16 points et en 2016, c’est La Roche/Yon qui avait terminé à la 10ème place avec 16 points. [Depuis la saison 2015-2016, le victoire est passée à 3 points et les deux derniers clubs sont relégués en D2 contre trois auparavant, ndlr].
S’il faut que Rodez atteigne la barre des 21 points pour se sauver, soit quatre victoires et un nul, ce sera mission impossible mais 16 points, tout est possible. Quoi qu’il en soit, le déplacement à Guingamp, qui n’a pris qu’un point sur les cinq derniers matchs, s’annonce décisif.
L’enjeu est grand pour le club ruthénois en D1 depuis 2010 et qui tente de résister, avec ses moyens à la professionnalisation de la D1 Féminine.

Pour préparer au mieux cette rencontre, les Ruthénoises se sont déplacées à Albi, le voisin tarnais, pensionnaire de D2. Avec envie et détermination, elles ont balayé leur adversaire (0-3). Une victoire sans appel.
Si l’on en croit Loïc Colombié, dans le #MagSport du 29 janvier 2019 , qui livre un compte-rendu incisif et acéré à l’encontre des Albigeoises, ce derby a été abordé avec sérieux et détermination du coté de Rodez. Une excellente préparation cette équipe en vue du déplacement dans les Côtes d’Armor.

Le #MagSport du 29 janvier 2019 (retour sur le Match Albi/Rodez à partir de la 54eme minute)

Conclusion

Alors certes, depuis quelques années, le RAF est sur le déclin. Au fil des années, la maîtrise au milieu, qui faisait sa force, avec des filles comme Kaabachi, Barbance, Vaysse, Cugat ou Cance n’ait plus mais Viguier a réussi à s’adapter avec les moyens du bord. Et n’est-ce pas là, la véritable compétence d’un entraîneur ? Parvenir à s’adapter en fonction des forces et des faiblesses de son effectif pour exploiter la quintessence du potentiel de son groupe et atteindre son objectif ? Certainement.
Alors si le RAF s’en sort, ce ne sera pas grâce à un football offensif, ce ne sera pas en prônant le beau jeu mais le RAF s’en sortira avec courage, avec intelligence et une capacité d’adaptation décisive.
Des motifs d’espoir existent donc grâce au pragmatisme affiché par son entraîneur, l’envie et le cœur de ses aveyronnaises et la redoutable tactique qu’elles mettent en place. Des facteurs qui peuvent suffire pour se sauver. Néanmoins, quelle pourrait-être la capacité de réaction de cette équipe si l’adversaire parvient à les contrer tactiquement ? Ce sera tout l’enjeu de cette fin de saison pour Rodez.

Les Rafettes atteindront-elles leur objectif maintien ?

Credit photo : Mica GB M PhootoRafettes – Centre Presse Aveyron – Aveyron Digital News

R.B.

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