Tour d’horizon du côté de la cité de Carcassonne avec Éric Escribano, le coach des avants de l’USC. Celui qui est arrivé pour épauler Jean Marc Aué cet été chez les ex pensionnaires de Pro D2, a dressé les perspectives pour la fin de championnat et un premier bilan sur cette saison. Mais l’ex entraîneur des Caouecs durant 6 saisons (2017-2023) est revenu avec émotions et sans ambages sur la situation vécu par le club Blagnacais (forfait général et dépôt de bilan de la SAS), ses conséquences humaines et sportives, et les liens fort qu il garde avec ses ex joueurs ainsi que les dirigeants de l’époque. Mais Eric Escribano qui ferraillait encore avec le club haut garonnais au printemps dernier pour écrire une page de l’histoire Caouecs (1/2 finale accession Pro D2), nous a aussi exprimé un profond sentiment de gâchis au regard de l’épilogue s’étant dénoué cette semaine dans les bureaux du Stade Ernest Argeles. Carcassonne ne recevra malheureusement pas le club de la banlieue toulousaine ce week-end, mais Eric Escribano et ses hommes sont déjà focus sur la dernière ligne droite des phases régulières de Nationale.

Ce week-end, il y avait un match qui, j’imagine, avait dû être coché puisque tu recevais le Blagnac Rugby, ton ancienne équipe pendant 6 ans, dans le fief de Domec. Malheureusement, comme on a pu le voir, cette équipe de Blagnac a déposé le bilan et a arrêté en cours de saison. J’imagine que cet état de fait doit d’une part te fendre le cœur et de l’autre, ça doit vraiment te décevoir de ne pas avoir cette fête à Domec ?
Je suis très triste. Comme je le disais souvent à Benjamin Daurau-Bedin et Mathieu Vachon, ils avaient réussi à me faire couler du sang rouge et bleu dans les veines et à me faire aimer ce club donc ce soir, je suis très triste pour ce club, pour tous les dirigeants, les bénévoles, les joueurs, les salariés. J’ai une pensée très profonde pour tous ces gens qui étaient salariés de ce club et qui perdent beaucoup car se retrouver sans emploi, et même si ce sont des joueurs pluriactifs, c’est se retrouver sans une ressource financière alors qu’on fait des projets dans la vie car on se projette toujours. Je suis très triste pour eux, j’ai une grosse pensée pour eux et je les embrasse, j’en ai eu quelques-uns au téléphone. Ce soir, je suis très triste car, finalement, certaines personnes n’ont pas les valeurs de notre sport, elles sont rentrées et elles ont tué ce club qui était magnifique et qui était capable de se surpasser, on l’a encore vu l’année dernière. Le sportif a toujours été plus vite que le financier à Blagnac mais on trouvait toujours un terrain d’entente pour y arriver et démontrer quelque chose. Je sais que beaucoup d’anciens blagnacais doivent être tristes et ça m’embête pour des gens comme Benoit Trey ou Christophe Deylaud qui avaient reconstruit ce club il y a 7 ans de voir où ça en est arrivé.

Ce qui a aussi ému et choqué tout le monde de l’ovalie, et qui plus est les suiveurs des Caouecs, c’est la brutalité de l’arrêt car on est passé de 3M de budget au mois d’Août et à la Pro D2 sur 2 / 3 ans à » on éteint la lumière » d’un seul coup. Ça a quand même été très brutal ?
Oui, ça a été très brutal comme, je dirais, a été très brutal mon départ de ce club et j’étais justement parti à cause de ce nouveau directoire avec qui je ne sentais pas certaines choses. C’est très brutal, je trouve qu’il y aurait pu y avoir des solutions, discuter avec les joueurs, parler avec eux, trouver des solutions. J’ai malheureusement connu ça avec Auch et il y avait eu des échanges, on aurait pu faire appel à des partenaires et à des gens qui auraient donné sur des systèmes de donations, ça existe dans notre pays. Je crois que parfois, trouver 3 000 personnes qui pourrait donner 100€, ça fait 300 000€ et ça aurait peut-être permis au club de finir la saison. C’est là où je suis triste car je pense qu’aucune solution n’a été trouvée, d’après ce que l’on sait car je n’étais pas dans le cœur du réacteur, mais d’après le retour que j’ai des joueurs, on ne leur a jamais demandé quelque chose ni à Fred Medves qui est comme mon fils. Il n’y a jamais eu de discussion et c’est ça le pire, qu’il n’y ait pas eu de discussion ni d’explication car je connais mes joueurs et je sais qu’ils auraient beaucoup donné et trouvé une solution pour le club de Blagnac. Il n’y en a aucun qui ne l’aurait abandonné, tout comme la mairie de Blagnac et le maire Mr Carles qui est un amoureux de ce club, un amoureux de ce sport et qui aurait tout fait pour trouver des solutions. Je crois que tout le monde a été mis devant le fait accompli et je crois que ces deux présidents ont tout gâché.

Il y a aussi des effets de bord pour l’US Carcassonne. Là où vous vous en sortez plutôt bien, c’est sur le recalcul des points puisque vous prenez 8 points sur 10 possibles et vous êtes plutôt dans les clubs qui sont avantagés mais par contre, ça vous fait une recette en moins au stade Domec et vous êtes exempts ce week-end. Par conséquent, le gain de points que vous avez eu au classement va être perdu aussi sec ?
Il y a un règlement. Favorisés, oui, mais juste par rapport au match de Blagnac car je rappelle qu’on devait jouer cette rencontre et qu’on ne sait pas quel aurait été le résultat. C’est vrai que c’est compliqué pour certaines équipes et je le comprends tout à fait mais je pense aussi qu’avant de hurler à l’injustice ou des choses comme ça, je trouve qu’il faut penser aux familles et aux gens qui sont malheureux dans ce club. C’est surtout ça, je pense beaucoup à ces personnes et le règlement, on l’applique, c’est malheureux mais ni vous ni moi ne pouvons changer le règlement de la société ou du code de la route quand ça ne nous convient pas.

Comment est-ce que vous allez mettre à profit cette semaine de congés en plus ?
Ça nous a permis de nous reconcentrer sur nous-mêmes et sur notre groupe, de repréciser un peu plus les détails offensifs ou défensifs et régler ces petits détails qui ne fonctionnent pas suite au dernier bloc du mois de Janvier pour se relancer dans ce nouveau bloc de 4. On se projettera sur Nice à partir de lundi pour préparer cette rencontre où l’on recevra le leader incontesté de cette Nationale cette année et qui roule sur tout le monde.

Avec un impératif de victoire si vous ne voulez pas dégringoler au classement car vu que vous ne jouez pas cette semaine, il y a des adversaires qui risquent de prendre et d’engranger des points. Si en plus vous perdez contre Nice le week-end prochain, vous pouvez vite vous retrouver en-dehors du Top 6 ?
De toute façon, ce championnat est serré de la 1ère à la 9e place, tout le monde se tient et le faux-pas à domicile est interdit à tout le monde. Il faut donc continuer à gagner nos matchs à domicile pour pouvoir se projeter dans le Top 6 et les phases finales.

On en est quasiment aux 2/3 du championnat, quel est le bilan de cette première année en Nationale pour Carcassonne ?
Un très bon bilan. J’ai retrouvé toutes les valeurs que j’aime et que j’avais connues avec Benoit Trey que ce soit avec Benoît Mestre ou Nicolas Regnier, les présidents de ce club. Il y a beaucoup de convivialité, de valeurs humaines, d’échanges, des gens qui sont au quotidien avec nous et qui sont fabuleux, je pense à Jean Serasse, quelqu’un qui ferait tout pour ce club et un amoureux comme on les aime dans les clubs et qui fait des heures interminables. C’est beaucoup d’amour et de sympathie, je ne connaissais pas ce club et j’ai découvert ce club qui me ressemble, il y a beaucoup de valeurs humaines et c’est ça qui me plaît.

Quel est l’objectif pour cette fin de saison ? Être bien sûr en play-off mais dans les 4 ou les 2 ?
L’objectif est vraiment d’être dans le Top 6, on l’a toujours dit depuis le début de la saison. On se reconstruit doucement, je crois qu’on apprend aussi à se connaître avec Jean-Marc donc on apprend à travailler ensemble et même si c’est très positif entre nous deux, c’est vrai qu’on a aussi besoin de travailler avec notre groupe. Je dirais toujours qu’il faut 6 mois pour comprendre un projet, de faire travailler les joueurs et, petit à petit, prendre son identité. On espère qu’il va continuer à monter en puissance sur la fin de saison et on verra ce qu’il se passe en phases finales, je rappellerai à tout le monde qu’il y a quelques années, Castres avait fini 6e et avait été champion de France donc peu importe la place.

Votre binôme à Jean-Marc Aué et toi-même est un peu le même que Sébastien Loeb et Fabian Lurquin sur le Dakar, il vous faut apprendre à se connaître pour bien naviguer dans les dunes ?
C’est ça, on apprend à bien se connaître et à se découvrir mais on partage beaucoup ensemble. On a l’un et l’autre un tempérament fort mais ça nous va bien et, finalement, c’est tout bien fait pour le club de Carcassonne, je m’éclate à travailler avec lui et je prends du plaisir.

Selon toi, quelles vont être les forces en présence des play-offs et pour la montée en Pro D2 ?
Je crois que Nice et Narbonne sont les deux équipes favorites depuis le début de la saison, elles marchent sur tout le monde. Il y aura ensuite des outsiders comme Albi ou nous, je n’oublie pas Chambéry et Bourgoin ainsi que cette équipe très surprise de Périgueux qui surprend beaucoup de monde !

On te remercie et on te souhaite une belle fin de saison sous tes nouvelles couleurs de l’US Carcassonne
Merci et à bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

Article en partenariat avec


























