L’ex international français, Julien Le Devedec, après une carrière l’ayant fait tutoyer le gratin du rugby, de Toulouse à Brive en passant par l’UBB ou encore Montpellier, a basculé depuis plus de 2 ans dans sa nouvelle vie, celle d’entraîneur. Ce fin limier du secteur de la touche, après une expérience à Provence Rugby (Pro D2) et Clermont (Top 14), a relevé le défi Périgourdin quand son ami Didier Casadeï l’a appelé pour venir l’épauler chez les promus en Nationale. Dans cette nouvelle division qu’il découvre avec appétit et qui le surprend très agréablement, la grande carcasse de l’ex seconde/troisième ligne est dorénavant une des figures des bords de terrains de l’antichambre de la Pro D2. Auteur d’un début de saison fort probant (victoire face à Nice et Bourgoin) , le CA Perigueux va effectuer sa première sortie hors de Dordogne et vient défier, ce samedi, un des candidats à l’accession : Albi. Délesté de toute pression, grâce à un début de saison canon qui a propulsé les récents champion de France de Nationale 2 en tête du classement, le CAP arrive dans le Tarn pour s’étalonner face à un adversaire que le coach adjoint de “Casa” décrit comme une montagne. A quelques heures de cette 3eme journée de Nationale, focus sur un des personnages attachant du club périgourdin, membre de la “Brive connection” qui essaime l’effectif et le staff Capiste.

Ça fait deux ans que tu as plongé dans le coaching, après une belle carrière de joueur. Comment se passe cette transition qui est quand même une » petite mort » car quand on arrête le rugby, et même si on reste dans l’ovalie, on arrête un sport qui est une passion ?
C’est un peu difficile notamment avant les matchs qui sont de bons moments. Autant quand ils ont fait la prépa de début de saison à courir en plein soleil, ça, ça ne me manquait pas autant le reste peut être un peu difficile mais quand je me lève, que je marche le matin et que j’ai mal partout, je me dis » il faut se faire une raison, c’est terminé » (rires). Il est certain que, certaines fois, c’est un peu compliqué mais on arrive à trouver d’autres leviers pour vivre un peu cette passion qu’est le rugby et dans l’entraînement, c’est le top car on a cette aventure humaine avec les mecs. Ce qu’on aime dans le rugby, on le vit de plein fouet quand on est coach, coach des avants en plus car on sait que le rugby, ça commence devant. C’est vraiment une sacrée aventure que j’ai eu la chance de vivre à tous les niveaux professionnels, au début à Aix ce qui n’était pas prévu mais le malheur des uns ont fait mon bonheur, et ensuite à Clermont où ça a été des saisons très, très compliquées où on a vu mon patron se faire sortir et du coup, moi pareil à la fin de l’année. Là, je suis à Périgueux où on commence une aventure, on est une petite équipe de Nationale, on a plutôt bon esprit, on travaille dur et on vit de bons moments pour l’instant car on sait que ça risque de ne pas toujours être le cas.

Pour continuer à regarder dans le rétroviseur, qu’est-ce que tu retiendras de cette belle carrière que tu as eu ? Le titre de champion de France et l’équipe de France comme peut-être plus beaux souvenirs ?
L’équipe de France, je suis bien sûr fier de ça mais il y a aussi les matchs et les copains. Il y a également eu cette finale de la remontée avec Brive en Pro D2 où on joue à Chaban-Delmas qui est un beau souvenir et d’ailleurs, quand on est remonté cette année-là, on avait joué le grand Toulon où on s’était un peu mis au défi avec eux. Il y avait des Bakkies Botha, Carl Heymans, Andrew Sheridan, vraiment un gros paquet d’avants et on avait fait un match avec beaucoup d’anciens albigeois d’ailleurs. Il y a encore le match contre Bordeaux où on était un peu allé au bout de nous-mêmes et c’est ça que je retiens, j’ai parfois le souvenir des matchs, des choses comme ça et ce sont plutôt de bonnes choses que ce soit à Brive, Bordeaux ou dans les autres clubs.

Quand tu as basculé sur ta carrière de coach, est-ce que tu t’es enquéri auprès de tes collègues comme Arnaud Méla ou Arnaud Mignardi, qui avaient basculé dans le coaching avant toi, pour savoir comment ça se passait et comme ils l’avaient appréhendé ? Est-ce que tu as pris un peu de leurs acquis ?
On ne s’appelle pas au quotidien mais on s’appelle quand même régulièrement, on discute et du coaching bien évidemment, surtout avec Arnaud Méla. Ça fait un moment qu’avec Arnaud, on a le même secteur de la touche et on s’est même affronté l’année dernière. Il est malin donc il essaye un peu de savoir sans trop savoir mais bien sûr que j’apprends et d’ailleurs, malgré le fait qu’ils soient descendus, Brive était la meilleure touche de Top 14 donc évidemment que l’on se sert des meilleurs pour progresser.

Quand on regarde un peu l’effectif et le staff de Périgueux, Casadéï, Le Devedec, Müller, ça sonne un peu » Brive Connection » ou » gang des Brivistes » ?
(rires). Oui mais il y en a d’autres comme Damien Lavergne, qui est passé par Lavaur à côté d’Albi, Pierre Tournebize, Richard Fourcade, Cyril Couturier mais aussi des jeunes qui viennent de la région et qui n’ont pas réussi à percer à Brive en Pro D2 / Top 14. Pour ces jeunes-là, ils viennent se relancer dans un club professionnel à moindre niveau à côté dans la région car ce n’est pas facile de déménager tout le monde, il y a aussi des opportunités comme Axel Müller qui ne voulait pas trop se déplacer, qui connaissait Casa et qui savait quel genre de personne et quel homme il était. Du coup, il lui a fait confiance et il a voulu jouer l’aventure en attendant parce qu’il ne voulait pas aller très loin de Brive et je pense que le fait de connaître Casa a un peu penché dans la balance.

Même si Périgueux a son histoire et son identité propre, on peut parler du CAP comme d’un club satellite qui gravite un peu autour de Brive ?
Non, je ne pense pas, c’est juste l’opportunité géographique. Sans parler du passé, Périgueux essaye de se construire mais il est sûr qu’il est plus facile de récupérer un jeune qui joue en espoir à Brive qui n’a pas eu de contrat professionnel qu’un jeune qui joue à Aix-en-Provence. C’est plutôt Nice qui récupère ces jeunes-là et même si j’ai été entraîneur des espoirs d’Aix, quand je les appelais, ils me disaient » j’ai signé à Nice « . Je pense que c’est juste le fait géographique, on n’est pas un club satellite et, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, je ne crois pas qu’il y ait trop de relations entre les dirigeants de Périgueux et les dirigeants de Brive.

Qu’est-ce qui t’a amené à signer à Périgueux, ce qui t’a fait avoir la flamme pour ce club ?
Je suis né à Saint-Foy-la-Grande et je vis à Brive donc c’est le club entre les deux. Plus sérieusement, c’est Casa (Didier Casadeï), je l’avais moins souvent qu’Arnaud mais c’est quand même quelqu’un que j’avais assez souvent au téléphone car entraîneur dans le même secteur donc on en discutait et on parlait un peu rugby. Quand il a su que je n’étais pas conservé par Clermont, il m’a dit » si tu veux, tu peux avoir l’opportunité de bosser avec moi à Périgueux, je vais parler de toi » et de fil en aiguille, je suis allé voir quelques matchs, ça m’a plu, ambiance bon enfant comme j’aime et j’ai donc dit à Casa que j’étais prêt à tenter l’aventure avec lui.

Un regard sur la Nationale, cette nouvelle division que tu découvres ?
Je ne sais pas comment c’était avant mais je trouve que c’est d’un bon niveau. Tu vois des joueurs qui n’ont peut-être pas eu trop de chance dans leurs carrières et qui se retrouvent là mais qui sont des joueurs d’un très bon niveau. Il y a un niveau d’exigence qui clairement m’étonne, où les joueurs se dépassent, je parle notamment de la préparation physique du début de saison, des heures d’entraînement qu’ont fait les joueurs, je suis étonné et impressionné par ça, ils donnent vraiment le meilleur d’eux-mêmes. Quant aux matchs, on n’en a vécu que deux mais on voit des équipes qui se préparent comme des équipes de très haut niveau, bien sûr qu’il y a une petite différence d’intensité et de constance dans l’intensité mais on voit que ça se rapproche petit à petit et je pense que le niveau de Nationale monte d’année en année, comme d’ailleurs le niveau de Pro D2.

3,5M de budget, un recrutement qui a fait causer, une présaison où vous avez gagné tous vos matchs contre Massy, Albi et Cognac, deux premières victoires en début de championnat. On peut dire que Périgueux est un promu avec qui il faut compter ?
Les matchs amicaux, ça ne veut rien dire, ça, c’est net. On ne va pas s’emballer sur les deux premiers matchs de championnat car on a reçu les deux fois, je ne sais pas trop pour les autres équipes mais on est l’une des rares qui n’ait pas fait un match aller / un match retour. Notre objectif est vraiment le maintien, on ne veut pas » péter plus haut que notre cul » comme dirait notre manager, on reste concentré sur notre tâche. On sait très bien que ça va très vite dans le rugby, les expériences de chacun font qu’on peut parfois gagner 3 ou 4 matchs d’affilée puis en perdre 10 ensuite, ça m’est déjà arrivé. Je sais que c’est un peu bateau et que les journalistes n’aiment pas ça mais chaque match est un nouveau défi et peu importe, il y a des défis qui sont plus durs que d’autres mais il faut tout mettre en œuvre à chaque fois pour pouvoir les relever.

Qu’est-ce que t’évoque Albi ?
Je les ai quand même étudiés un peu (rires). Ça m’évoque une très grosse conquête, une équipe puissante avec un jeu très bien organisé et qui connaît très bien le niveau, qui a échoué aux portes de la montée, une équipe qui a un peu tout. Elle a le niveau pour évoluer en Pro D2, faite et construite pour être une équipe de Pro D2, c’est clairement une montagne que l’on va affronter ce week-end.

En plus, pour la petite histoire, c’est un club Albi, avec qui, à la fin de ta carrière, tu as été en contact. Ça ne s’est pas fait mais ça aurait pu ?
C’est vrai, j’avais contact avec quelques dirigeants grâce à Arnaud et, au dernier moment, Aix m’a fait une proposition pour rentrer joueur pour ensuite rentrer au centre de formation en tant qu’entraîneur. C’est pour ça que j’ai finalement préféré rester dans le sud-ouest et rester à Aix.

Avec les deux victoires à la piaule, vous arrivez à Albi un peu sans pression car vous avez déjà fait une bonne part du taf sur ce bloc ?
On a toujours la pression mais quand on a vu le premier bloc, on se disait qu’on prenait vraiment du gros d’entrée. On recevait Nice et Bourgoin, on allait à Albi, on recevait Bourg-en-Bresse, que des candidats au Top 6 donc on n’était pas trop épargnés. On va à Albi clairement sans pression mais il y a des joueurs qui ont des choses à prouver et à montrer donc on attend ça aussi, c’est surtout sur l’état d’esprit que l’on veut voir. Vous savez, les matchs, maintenant … j’ai vu Brive / Montauban qui s’est joué à un gonze qui a mis sur le grand écran le pied en touche de 2 cm, l’arbitre de touche ne l’avais pas vu, l’arbitre central non plus et le match s’est joué à ça donc, parfois, on ne maîtrise pas tout dans les résultats. Nous, ce que l’on veut surtout, c’est que l’équipe ait un très bon comportement, que les joueurs continuent et qu’on ait progressé par rapport aux matchs d’avant.

Tu as 11 capes en équipe de France, la Coupe du Monde en France commence aujourd’hui. Un petit message pour l’équipe de France sans compter que, j’imagine, si tu avais été plus jeune, tu aurais aimé croquer dedans à pleines dents ?
Même si je suis vieux, j’aimerai bien le vivre (rires). Comme tous les Français, je souhaite qu’ils vivent leur rêve, je ne parle pas de ça pour ne pas porter l’œil mais je souhaite qu’ils puissent réaliser leur rêve et ça serait le rêve de beaucoup de Français, tout simplement.

Merci beaucoup et à très bientôt
Avec plaisir, merci.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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