#Rugby – Nationale / B.Trey (Blagnac) : «J’espère bien que nous ferons mentir tous ces commentateurs!»

On part à la rencontre d’un président heureux du Blagnac Rugby, qui vient d’ étrenner sa première victoire en Nationale. Benoît Trey, ardent défenseur au printemps, de la création de cette division passerelle entre fédérale 1 et Pro D2, est fier de voir ses joueurs pluri-actifs ferrailler avec la crème du rugby semi professionnel. Après une belle victoire à Cognac (14-22), voilà que les Caouecs vont devoir affronter Suresnes, une équipe qui, comme les hauts garonnais est en plein apprentissage dans ce nouveau championnat. Mais Benoit Trey espère vivement faire taire les détracteurs qui promettaient la mort à Blagnac dans cette compétition composée quasiment que d’équipe professionnelle. Fort d’un adn basé sur la formation, les Blagnacais se veulent garant d’une certaine exception culturelle rugbystique, ou l’envolée des masses salariales n’est pas la panacée et l’ancrage sur le territoire un véritable levier. Focus sur un président qui n’a pas hésité à monter à créneau seul contre tous, pour défendre la position du Blagnac Rugby: celle de ne pas pratiquer systématiquement et outre mesure les tests Covid19.

 

 

Les lendemains de victoire sont toujours meilleurs que ceux de défaite, c’est une lapalissade, mais pour Blagnac, c’est une première historique. Première victoire en Nationale pour cette première saison dans ce nouveau championnat, j’imagine que ça fait du bien par où ça passe ? 

 

Oui, nous prenons cette victoire avec beaucoup de plaisir. Comme on dit, elle nous fait du bien au moral, nous avions besoin de ça pour relancer notre saison après deux défaites, que je dirai constructives, mais deux défaites quand même. Là, pour le coup, on fait un coup à l’extérieur et pour lancer la saison, rien de mieux que de gagner à l’extérieur. 

 

Et puis, des victoires à l’extérieur dans ce championnat de Nationale qui ressemble beaucoup aux canons du Top 14 et de la Pro D2, ce sont des victoires qui comptent quasiment doubles ? 

 

Nous n’étions pas passés loin à la maison contre Dax donc oui, on va dire que le fait de s’imposer à l’extérieur rattrape la défaite à domicile. Puisque nous sommes encore en apprentissage, nous sommes très heureux de nous lancer. C’est un peu le mot d’ordre au niveau du club et au niveau des joueurs, on apprend dans cette nouvelle division, que l’on ne connaissait pas puisque c’est une première. On apprend parce-que nous avons des joueurs qui sont lancés dans le grand bain et n’ont jamais joué à ce niveau-là, face à des équipes de ce niveau. Donc, le fait de s’imposer prouve que le travail paye ainsi que la patience. 

 

Une des questions qui se posaient au Blagnac Rugby avant la saison, c’était celle de la sociologie de ton club à savoir la pluriactivité et de comment alliez-vous vous organiser. Après trois matches et deux déplacements, comment cela se passe t-il ? 

 

Pour nous, c’est ça la zone inconnue, de savoir comment gérer une activité extra-sportive pour nos joueurs, leurs boulots, les entraînements et la récupération. Je dirai que, pour l’instant, on tient la corde, on arrive à s’organiser, les temps de récupération. Le lundi, on est sur une séance de muscu entre 12h et 14h, avec un déjeuner pris sur le pouce au club pour qu’ils puissent ensuite revenir au boulot. Pour l’instant, on s’organise, on gère les déplacements en partant quand même la veille en mini-bus, avec aussi un bon accompagnement médical. Nous assurons un suivi précis sur les traumatismes, sur les blessures et je dirai que l’on arrive à prévenir et pour l’instant, dans notre organisation semi-professionnelle, on arrive à tenir la corde. Ça, c’est pour l’instant parce qu’après, ça risque d’être peut-être plus long, ça risque de tirer, la fatigue risque d’arriver aussi pour nos joueurs. Donc, il faut gérer tout cela mais comme pour l’ensemble des équipes bien que nous, nous ayons des joueurs qui travaillent. L’exemple même, c’est notre 3e ligne aile Ianis Ponsole, 20 ans, qui travaille sur chaîne d’assemblage chez Airbus et qui embauchaitdimanche soir à minuit parce qu’il était de nuit. Donc, il est vite rentré après Cognac pour aller travailler et faire la nuit chez Airbus. 

 

En parlant de ces jeunes Blagnacais, tu sens qu’ils gagnent du temps et qu’ils s’aguerrissent dans cette Nationale plus vite qu’avec la Fédérale 1 ? 

 

Oui, il est clair qu’il y a un régal, un plaisir qu’ils prennent qui, finalement, font peut-être oublier les chocs, les blessures et les bobos. Nos jeunes joueurs, par exemple et pour la plupart, ont été lancés dans le grand bain à Bourg-en-Bresse. 

 

C’était un pari du coach ? 

 

Ça ne veut pas dire qu’on laisse des matches mais comme Christophe Deylaud vous l’avait dit, si les jeunes sont sur la feuille de match, c’est qu’ils le méritent, qu’ils se le pèlent et qu’ils en ont le niveau. Alors oui, il y a là-aussi un apprentissage au niveau de nos jeunes mais ils apprennent vite et la preuve, c’est que le meilleur joueur face à Cognac, c’est Ianis qui était en espoirs il y a deux ans. 

 

Ça, c’est aussi le gage d’un travail bien fait de la base du club jusqu’à l’élite, à savoir l’équipe senior ? 

 

La base de notre club et l’axe principal, c’est la formation des jeunes et de faire en sorte qu’il y a un projet sportif uniforme piloté par l’ensemble des entraîneurs du club de toutes les catégories mais aussi par Christophe Deylaud, le manager général. Donc oui, nous avons un projet de jeu uniforme qui fait qu’on peut lancer rapidement nos jeunes dans le grand bain et dans les différentes équipes supérieures. Ils ont tous des repères en intégrant l’équipe une ou l’équipe espoirs donc, on tire vers le haut et c’est vrai que la formation à Blagnac, ce n’est pas que des mots mais c’est aussi des actes. On fait ce que l’on dit, la formation prend tout son sens à Blagnac même si ça prend du temps, même s’il y a de l’apprentissage et peut-être des déceptions ou, en tous cas, la gagne qui n’arrive pas tout de suite. On gardera ce credo quoi qu’il arrive, même si les résultats tardent à arriver, pour l’instant, nous en avons un et c’est le principal. 

 

Tu as été l’un des fers de lance de la création de cette division Nationale. Après trois journées, est-ce que tu as un regard sur l’aspect sportif de ce championnat ? 

 

Je trouve que ça joue bien, que ça joue même très, très bien. C’est le retour que l’on a de toutes les personnes qui suivent ce championnat et je trouve que, malheureusement, il n’est pas assez suivi médiatiquement. Pour l’instant, il n’est pas visible, on commence à en parler un petit peu mais sans plus. Je trouve vraiment que l’on a eu raison, nous les dirigeants, la Fédé, les présidents de clubs, de pousser pour qu’elle voit le jour plus vite que prévu. On voit à travers les résultats qu’ils sont équilibrés, à part quelques cartons le week-end dernier, mais je dirai que c’est relativement équilibré. Ca nivelle aussi sur les divisions inférieures, je trouve que l’on a trouvé un bon équilibre et vraiment, ça joue bien, le public et les partenaires sont au rendez-vous; Je l’ai vu pour le match de Dax à domicile, on a eu beaucoup de monde, plus qu’attendu d’ailleurs donc oui, elle tient bien en haleine et cette nouvelle Nationale est prometteuse. 

 

Malgré le fait qu’il n’y est pas encore de modèle économique défini, avec des droits TV et peut-être du  » naming  » comme on en a entendu parler, est-ce qu’il y a eu pour Blagnac, comme pour beaucoup de clubs, un rebond au niveau des partenaires grâce à la création de cette Nationale qui est plus attractive et qui a permis de lisser, voire de de combler, les pertes liées au Covid ? 

 

Rebond, je n’irai pas jusque-là parce-que, pour le moment, nous n’avons pas assez d’éléments concrets pour en voir les effets. Je dirai que nous avons une confirmation, nous avons la plupart des partenaires qui suivent le club pour d’autres raisons que le niveau auquel participe l’équipe première, notamment pour le côté club d’entreprises et réseaux. Donc, je dirai qu’il y a un partenariat affectif mais, pour la plupart des partenaires, elle a permis de voir que le club est à la hauteur de ses ambitions et qu’avec de belles affiches le week-end, finalement, être partenaire à Blagnac était le bon choix. Pour moi, cela permet de conforter l’engagement de nos partenaires mais, de là à le développer, la crise économique est telle que, pour l’instant, on ne peut pas le dire. 

 

La prochaine rencontre sera face à Suresnes, une équipe qui, comme Blagnac, est venue pour voir, pour apprendre et grandir, une équipe qui propose du jeu. Ca a tout d’un bon teasing ? 

 

Oui, c’est une belle affiche, de toute façon, maintenant, nous avons des affiches tous les week-ends. En effet, ce match de Suresnes va, je pense, être un bon match avec des équipes joueuses des deux côtés. Donc oui, ça devrait être un bon match, gagnant on l’espère pour nous mais en tous cas, de belles promesses pour cette rencontre dimanche. 

 

Le petit poucet blagnacais devant le mastodonte albigeois au classement, ça doit faire plaisir ? 

 

Je dirai que c’est juste le point d’étape mais oui, ça nous fait sourire. Comme nous l’avons dit aux joueurs, l’objectif est de rester dans cette division parce qu’on construit, qu’on bâtit. On se l’est gagné sportivement et derrière, en coulisses, on œuvre pour accompagner cette accession dans cette division. Nous restons humbles car, encore une fois, l’objectif est d’y rester, on entend dire de l’extérieur que Blagnac n’est peut-être pas invité mais moi, en tous cas, je pense le contraire. Et j’espère bien que nous ferons mentir tous ces commentateurs dans le rugby qui pensent que Blagnac n’a pas sa place en Nationale et je pense qu’on prouvera le contraire, en tous cas, je le souhaite. 

 

On va parler du sujet d’actualité, celui du Covid-19. Le fait qu’il y ait moins de convivialité, qu’il y ait des jauges renforcées en zone rouge, qu’est-ce que cela t’inspire et comment avez-vous géré ça ? Je sais qu’à Blagnac, vous n’êtes pas systématiquement testés comme dans certains clubs mais comment gérez-vous tout ce contexte Covid ? 

 

On le gère en responsabilité, comme tout dirigeant d’entreprise. On accueille du public donc, on le fait dans les règles sanitaires, il faut appliquer les consignes, les rappeler et surtout, maintenir une activité, maintenir le sport et sa pratique. C’est la priorité car, au-delà des matches de l’équipe une, il y a aussi les rencontres de toutes les autres équipes, des jeunes, des filles, de l’école de rugby qu’il faut maintenir. Donc, si nous sommes tous responsables et que nous faisons tous attention, on pourra continuer. C’est le mot d’ordre et ce que je dis au sein du club, si nous sommes vigilants, que l’on applique les règles et qu’on fait tous attention, on pourra continuer l’activité et la pratique du rugby qui nous manquait tant. Maintenant, c’est une responsabilité de chacun et de chaque dirigeant de club de rappeler les règles sans rentrer dans la sinistrose et le contrôle permanent. Je crois qu’il y a des règles à adapter, chez nous, nous travaillons en bonne intelligence avec la mairie de Blagnac c’est à dire que la Mairie nous donne une part de responsabilités dans l’organisation de nos rencontres. On applique leurs consignes mais ils nous écoutent aussi sur des règles à appliquer. Tant qu’on le fait en bonne intelligence et en responsabilités, on pourra continuer et je pense que c’est la priorité de tous les clubs que de continuer de jouer. 

 

Si j’ai de bons échos, tu as eu une position un peu détonante par rapport aux autres clubs sur les tests en disant qu’il fallait faire attention et que, dans le rugby, on ne prenne pas la place de gens qui soient plus prioritaires ? 

 

En effet, à la fin de l’été, il s’était posé la question fin Août de la part de tous les présidents de Nationale de savoir s’il fallait qu’on applique les règles LNR comme les clubs de Pro D2 ou de Top 14, à savoir les tests hebdomadaires même sur des joueurs sains et n’ayant aucun symptôme. Moi, j’ai pris position en disant que je ne voyais pas l’intérêt de faire tester à tout va des joueurs qui sont, pour ma part à Blagnac, pluriactifs, qui ont une activité sociale. Un test négatif effectué le mardi ne prouve pas que le joueur sera encore négatif le samedi parce qu’entre-temps, il vit, il travaille, il a des rendez-vous, il côtoie du monde. Nous n’avons pas un vase clos comme peuvent l’avoir certains joueurs professionnels qui vont du club à la maison et de la maison au club, bien qu’ils aient quand même une vie sociale à côté, ils vont au resto ou au bar. Donc, j’ai pris position en expliquant que je ne voulais pas passer par un système de tests obligatoires financés par la sécu, au risque en plus de prendre la place de certaines personnes qui en ont besoin comme des enseignants ou autres. J’ai pris position auprès de mes confrères de Nationale en expliquant que je ne voyais pas d’intérêt à se rajouter une épée de Damoclès sur la tête de nos joueurs qui travaillent à côté. Tant qu’il n’y a pas de cas contact avéré ou de symptôme, on ne l’impose pas. 

 

A priori, la Fédé a un peu suivi ta recommandation et ton cri du cœur mais, dans cette histoire, tu étais un peu seul contre tous ? C’était courageux parce qu’il y a au moins 12 ou 13 clubs qui se testent toutes les semaines sur 14

 

J’ai l’habitude de dire ce que je pense et d’essayer de bouger les lignes, en tous cas, j’essaie d’être constructif dans tout ce que l’on fait et ce que l’on dit. Là, pour le coup, j’ai dit non et j’ai expliqué pourquoi et je pense que j’ai été compris puisqu’après, la Fédé a en effet assoupli et allégé le protocole vis à vis des sportifs. Moi, j’ai pris position, c’est toujours ma marque de fabrique, je dis les choses et ça fait avancer. Donc oui, j’étais seul parce qu’encore une fois, nous avons des joueurs pluriactifs et que, si je peux parfois être à contre-courant par rapport à mes homologues qui n’ont peut-être pas le même statut, je reste constructif. D’ailleurs, d’autres clubs de la Nationale m’ont rejoint dans notre position. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-29-septembre-2020/

Retrouvez l’intégralité de l’itw de Benoît Trey lors de l’émission « Le #MagSport – RadioAlbiges  » du 29 septembre 2020

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