#Rugby – Top 14 / V.Farré (Agen) : «Mon grand-père m’a dit, Vincent, si tu n’es pas bon au rugby, sois con!»

Vincent Farré est de ces hommes de devoir qui n’hésite pas à faire dont de leur corps à la science quelques soit l’adversité. Passé par le Sporting Club Albigeois où il s’est révélé au grand public et à garder de grandes attaches, ce 3 eme ligne chasseur de placages, qui a appris les vertus du rugby à Aire sur Adour, est devenu en 3 saisons au SUA un joueur redouté et respecté du Top 14. Gardant les conseils que lui prodiguait antan son grand père, toujours dans un coin de sa tête, Vincent Farré a su en outre développer l’aspect technique rugbystique pour devenir un joueur accompli et un des étendards d’Agen. Entretien avec un joueur qui malgré l’arrêt brutal de la saison, compte bien, tout comme ses coéquipiers Lot et Garonnais, entamer sa 4ème saison dans l’élite du rugby hexagonal avec des ambitions et surtout l’envie de voir la résurgence d’épopées qui ont fait le passé illustre du club de Phillipe Sella et Daniel Dubroca.

Crédit photo Eric Vincent / SUALG

Vincent, j’imagine que, comme tout le monde, tu as été un peu déçu de cette fin de saison en queue de poisson pour cause de coronavirus. Mais la raison a dû prendre le pas sur la passion ? 
Oui, tout à fait. C’est sûr que c’est un peu frustrant car, quand on est joueur de rugby et compétiteur, on a envie de jouer un maximum de matches possible. C’est vrai que ces trois mois sans compétition et sans entraînement étaient un peu inédits. En plus, ça s’est fait brusquement donc, il a fallu qu’on s’adapte un petit peu et qu’on prenne notre mal en patience. C’était vraiment un cas exceptionnel mais c’était un peu particulier. 
Du coup, vous allez encore aborder une nouvelle saison en Top 14 avec Agen et ça, c’est la cerise sur le gâteau ? Cette fois-ci, vous n’avez pas gagné le maintien sur le terrain mais tu as rempilé pour une nouvelle saison en Top 14 ? 
C’est vrai qu’on ne l’a pas gagné sur le terrain mais je pense que nous sommes plutôt légitimes pour prétendre à jouer en Top 14. Cela fait trois ans que nous nous maintenons, la 4e année de suite que nous jouons à ce niveau-là donc je pense quand même que nous n’avons rien volé à personne. Nous sommes contents d’y rester parce qu’on prend beaucoup de plaisir à batailler tous les week-end pour déjouer un petit peu les pronostics. C’est vrai qu’on nous voit vite descendre et que les pronostics nous annoncent souvent en Pro D2 donc, du coup, nous prenons un petit peu notre mal en patience et nous aimons bien déjouer les pronostics. 
En plus, Agen est en train de faire peau neuve comme on l’a vu dans le clip du club annonçant le nouveau logo. Ce clip est quand même pas mal parce qu’il y a toute l’identité agenaise avec une touche de modernité ? 
Complètement. Il y a eu quelques petits problèmes autour du logo et du coup, ils ont dû le changer un peu rapidement. Ils ont vraiment réussi un gros coup de com en réalisant un très joli clip qui rassemble un peu les valeurs d’Agen dans les années 80/90 avec tous les grands joueurs qui sont passés par le club. C’est sûr que c’est un honneur de pouvoir apparaître dans ce clip et surtout de porter ce logo. Être la première équipe à porter ce nouveau blason du SUA est un honneur car nous avons tous conscience que le SUA est quand même un petit peu mythique du rugby français. En étant 8 fois champions de France, c’est un club un petit peu emblématique du paysage français. C’est un honneur, nous sommes vraiment très heureux de faire partie de l’aventure. 
En parlant des valeurs d’Agen, toi qui as commencé le rugby sur les bords de la l’Adour pour ensuite te révéler aux yeux du grand public à Albi puis d’exploser à Agen, quelles sont les similitudes entre tous ces rugbys ? 
Agen et Albi sont quand même des clubs un peu famille. C’est bien sûr professionnel mais on sent très bien qu’il y a une âme en plus avec les supporters, le club, il y a une forte identité autour du club. Moi, j’ai commencé au club d’Aire-sur-Adour et on m’a inculqué des valeurs qui ressemblent fortement au SUA et au SCA. J’ai eu beaucoup de chance de jouer dans ces différents clubs qui, c’est vrai, se ressemblent beaucoup. 
C’est à Aire sur Adour qu’on t’a appris à aller tout le temps au mastic ? 
Tout à fait, oui (rires). Quand j’étais jeune, mon grand-père m’a dit  » Vincent, si tu n’es pas bon au rugby, sois con  » donc , j’ai essayé de suivre son conseil et de le prendre au pied et à la lettre et j’essaie de tout donner. A Aire, c’est un club où on nous apprend tôt le don de soi donc, c’est vrai que nous sommes très attachés à ces valeurs. 
 Pour faire les prestations que tu fais en Top 14, il ne faut pas être que con. Je pense que, maintenant, tu es bon et con ? (rires)
A force, on devient bon et on se met au niveau (rires). Je plaisante, il faut aussi du travail mais mon grand-père m’avait dit ça quand j’étais minot, vers 10 ans et ça m’avait marqué, je trouvais ça plutôt marrant. 
Quand tu as sauté le pas, que tu es parti du Sporting Club Albigeois pour aller en Top 14 à Agen, tu n’as pas eu peur d’arriver à un seuil ? Comment as-tu appréhendé ce nouveau défi ? 
On vivait en plus de vivre une saison un peu galère avec Albi en Pro D2. 

Tu peux même dire beaucoup
Oui, j’étais vraiment frustré de la tournure qu’avait pris la fin de la saison avec la descente malheureuse. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à le digérer mais c’est vrai qu’au début, Agen, le Top 14, ça fait peur. Une fois qu’on y ait, on ne se pose pas de question, on a la chance de jouer avec des joueurs qui connaissent ce niveau depuis longtemps donc, du coup, on se met vite au niveau. Il ne faut surtout pas se poser de question et ne pas regarder les joueurs qu’il y a en face. Et au fur et à mesure, petit à petit, on se met au niveau. 
S’il y avait quelque chose à refaire dans cette dernière saison au Sporting Club Albigeois, la saison de la descente de Pro D2, qu’est-ce que tu changerais ? 
Franchement, c’est compliqué à dire. 
Le match contre Vannes qui est peut-être le tournant de la saison ? 
C’est vrai que la défaite contre Vannes nous a fait beaucoup de mal, c’était quand même un concurrent direct au maintien. Honnêtement, c’est compliqué d’en parler mais je pense qu’on manquait de stabilité, on a eu beaucoup de turn-over au niveau des staffs. Je me souviens qu’en trois ans à Albi, j’ai connu 5 staffs différents à l’époque donc, ça fait beaucoup. Il ne faut pas non plus chercher des excuses, c’est nous les joueurs qui sommes sur le terrain tous les week-end. Donc, je ne sais pas, sincèrement, je n’ai pas de réponse, c’est compliqué. 
Après la victoire contre Perpignan au Stadium, sous l’ère Vincent Clément, on avait l’impression qu’il y avait peut-être quelque chose qui s’était remis en marche et une possibilité d’aller se sauver, d’arracher ce maintien ? 
Le pire, c’est qu’on avait vraiment un excellent groupe , il n’y avait que des bons joueurs et des bons mecs, une très bonne entente entre nous. C’est vrai que, honnêtement, il est très dur d’expliquer ce qu’il s’est passé. C’est vrai que cette victoire contre Perpignan nous avait redonné un petit peu d’entrain, on était ensuite aller gagné contre Agen qui venait jouer la 1ère place lors de l’avant-dernière journée. Nous avions largement le niveau de rester en Pro D2 et c’est là qu’est la place du SCA. Ils n’ont rien à faire en Fédérale 1, pour moi, c’est un club qui doit être installé durablement et sereinement en Pro D2. Je n’ai pas trop de mots, c’est une année noire que l’on n’oublie pas. Ca fait aussi partie d’une carrière de sportif, on retient les victoires mais également les défaites et les échecs. Cela m’a aussi permis de me construire pour la suite. 

Revenir un jour au Sporting Club Albigeois, quand tu seras en fin de carrière, est-ce que cela pourrait être envisageable pour toi, histoire de boucler la boucle ? Pour dire  » je suis parti sur une descente et maintenant, je vais revenir pour amener mon expérience du Top 14 ? « 
Pourquoi pas ? Pour l’instant, je suis très bien à Agen qui me correspond parfaitement après, j’ai 30 ans donc, à voir. J’ai beaucoup aimé la ville d’Albi et le club, les supporters, les joueurs donc, pourquoi pas. Il est sûr qu’il ne faut jamais dire non. 
Est-ce que tu as gardé contact avec des Matthieu André, Bastien Dedieu, Vincent Calas et consorts de l’époque ? 
Oui, on s’écrit parfois sur les réseaux et je commente un peu, j’envoie quelques fois des pièces à Matthieu André. Je les ai bien sûr encouragés avant les matches importants pour la montée depuis deux ans, j’envoie des messages à Matthieu, Bastien et Vincent. 
Et puis, on t’a aussi vu une ou deux fois au Stadium ? Quand on voit une voiture avec marqué SUA dessus, on se dit que c’est peut-être Vincent Farré qui vient voir les copains ? 
Oui, je suis venu deux fois. J’aurai aimé venir plus mais j’ai eu une petite fille entre temps et pas mal de trucs à faire. Et puis, le Top 14 et le rugby à Agen sont quand même prenants donc, je n’ai pas trop de vacances. J’aurai aimé venir plus souvent mais c’est un peu compliqué. 
Maintenant que l’on peut dire que tu as le coeur qui est resté un brin jaune et noir, comment as-tu vécu ce débat sur la montée / non montée d’Albi en Pro D2 ? Tu es du côté du rugby pro donc, on comprend aussi que le rugby professionnel ait voulu se protéger mais il y a eu un côté  » entre-soi  » qui a quand même claqué la porte au nez du  Sporting Club Albigeois ? 
C’est sûr mais, pour cette année-là, c’est vraiment un cas particulier du coup, je ne veux pas vraiment me prononcer. On avait parlé de la création d’une Pro D2 à 18 clubs mais je ne connais pas trop les tenants et les aboutissants. Je pense que c’est surtout beaucoup de politique donc, je ne veux pas rentrer là-dedans parce-que je n’y connais rien. L’année d’avant, contre Rouen, je pense qu’il n’y a pas photo sur le match retour et qu’Albi méritait largement de gagner. Après, il est toujours difficile de contester l’arbitre et on m’a toujours dit que l’arbitre avait raison donc, il est compliqué pour moi de dire quelque chose. Mais il est certain qu’Albi méritait de monter autant que Rouen, peut-être même plus. C’est frustrant mais je pense qu’Albi est quand même un club sain, ils ont loupé le coche il y a deux ans mais ça va d’autant plus les motiver pour décrocher le Graal cette année et monter en Pro D2, en tous cas, je l’espère. 
Cela fait peut-être partie de tes regrets de ne pas avoir été coaché par Arnaud Méla, le manager du  Sporting Club Albigeois ? 
Complètement. Je me souviens de lui jeune, quand il jouait à Pau, c’est pour moi une référence, non pas une idole, mais c’est vrai que c’était un exemple de par ses valeurs et ses qualités rugbystiques. On oublie que c’était vraiment un très bon joueur, un technicien. Il a eu une grande carrière, on n’a pas une carrière comme cela par hasard. C’est vrai que j’aurai vraiment aimé me faire coacher par un mec comme ça. Après, pourquoi pas, s’il reste à Albi ? Mais j’avoue que c’est un mec qui correspond à mes valeurs. Je pense qu’Albi a beaucoup de chance de l’avoir  comme entraîneur. 
Pour toi, la création de cette nouvelle poule Nationale, cette Pro D3 qui ne porte pas son nom, c’est une bonne chose pour le rugby français pour préparer à la Pro D2 ? 
Je pense que oui car il y avait quand même des équipes en Fédérale 1 qui sont vraiment au-dessus du lot. Quand je vois Saint-Jean-de-Luz ou Bagnères-de-Bigorre qui viennent prendre 50 ou 60 points à Albi, je trouve que ça ne ressemble à rien du tout. Je crois aussi que ça va permettre aux équipes de se préparer beaucoup mieux et plus sereinement à la Pro D2 car ce sera quand même des matches beaucoup plus engagés et d’un niveau un peu plus élevé. Je pense que ça va permettre aux équipes de pouvoir être prêtes à relever le défi de la Pro D2 qui est de plus en plus compliqué et de plus en plus dur. 

On va finir avec le présent qui, pour toi, se trouve à Agen et au SUA. J’imagine que ton objectif collectif est d’aller chercher un maintien voire mieux si affinités. Et à titre personnel, est-ce que c’est de battre un nouveau record de plaquages ? 
(rires). Oui, c’est de nous maintenir le plus longtemps possible dans l’élite en Top 14 parce-que nous avons un gros projet à Agen autour du nouveau stade et avec le président Jeff Fonteneau qui fait une gros travail, avec un très gros staff, Christophe Laussucq et Rémy Vaquin. C’est un club très bien structuré, très sain, qui, je pense, sait où il va. Donc, je nous souhaite de rester le plus longtemps possible en Top 14 et je me souhaite à moi de participer le plus longtemps possible à l’aventure du SUA. Je voudrai juste profiter de l’interview pour mettre un petit coup d’éclat sur Rudy Glaize, qui est un fervent supporter du SCA et d’ailleurs ami d’Arnaud Méla, qui vit à Albi et qui est peintre. Il est venu peindre ma maison et c’est devenu un ami. Il a monté sa boîte de peinture et du coup, je veux lui faire un petit peu de pub sur Albi car c’est un très bon peintre. Si vous cherchez quelqu’un pour vous faire de la peinture, appelez Rudy Glaize. 
Ce sont les circuits locaux et nous, on va te souhaiter de continuer ta belle aventure avec Agen, d’être encore là pour inaugurer le nouvel Armandie parce-que, vu les photos que nous avons vu des plans, ça a l’air d’être un petit bijou qui va se construire ? 
Honnêtement, je me souhaite de pouvoir y jouer et d’y goûter un peu une ou deux saisons. C’est un projet très ambitieux et il est sûr que toute la ville et tout le club ont hâte qu’il aboutisse. 
Et avec un beau stade, il y a aura peut-être bientôt de belles épopées à Agen, en phases finales de Top 14 pour retrouver le lustre d’antan ? 
Je nous le souhaite. C’est sûr que ce serait parfait qu’Agen renoue un petit peu avec son passé, un glorieux passé et puisse un peu batailler pour le titre.  Après, on reste les pieds sur terre, on sait que c’est très compliqué mais en tous cas, c’est un bel outil qu’ils vont nous mettre entre les mains. 
Castres l’a fait, pourquoi pas Agen ? 
C’est vrai que l’on peut un peu comparer. 
Propos recueillis par Loïc Colombié
https://hearthis.at/radio.albiges/magsport-26-juin-2020-integral/

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