#Rugby – Fed1 / G.Cazes (Albi) : «Je commence à pointer le bout de mon nez!»

Guillaume Cazes l’un des derniers arrivés au Sporting Club Albigeois, nous a accordé un entretien, pour nous parler de son acclimatation dans le Tarn. Pour l’ex arrière d’Oyonnax et Narbonne , malgré une arrivée retardée pour diverses raisons , le défi ProD2 jaune et noir est un challenge qui l’emballe. Bien épaulé par les cadres du vestiaire, Guillaume Cazes se fait une place au soleil dans la cité épiscopale, et commence à exprimer l’étalage de son potentiel. Conscient d’un petit relâchement collectif depuis la reprise, cet « arrière chaussé en taille base » escompte que lui et ses partenaires relèvent le gant face a la vaillante équipe souletaine de Mauléon. Guillaume Cazes, qui cumule la casquette de coach des seniors féminines et de joueur de fédérale 1, en outre d’un agenda chargé, pourrait vivre une année 2020 riche en émotions. Focus sur un pur produit de la formation audoise.

 

 

Guillaume, on n’avait pas eu vraiment le temps de te présenter car tu étais l’un des derniers arrivés lors du mercato estival dans la maison jaune et noire. En plus, tu as eu quelques soucis et de blessure et surtout de licence. On va dire que ça a été une arrivée au début un peu avortée ? 

 

Bien sûr, ça a été une arrivée un peu compliquée avec la blessure et la licence qui a un peu traîné. Mais, j’ai vraiment pris sur moi et je me suis dit que ce n’était pas grave et que j’allais pouvoir jouer. Donc, je ne me suis pas précipité, j’ai travaillé plus dur aux entraînements comme si j’allais jouer les week-ends. 

 

Et au bout d’un moment, ça a payé ? 

 

Voilà, exactement, au bout d’un moment, ça a payé. J’étais là pour les coéquipiers et je suis toujours resté positif. Maintenant, ça paye, je commence un peu à pointer le bout de mon nez sur les feuilles de match. 

 

Comme tu es arrivé en fin de saison avec le contexte que l’on connait et ta licence qui a eu du mal à être débloquée, on n’en sait pas beaucoup de toi avant le Sporting Club Albigeois. On sait que tu arrives d’Oyonnax, un club mythique du rugby français mais à part ça, on ne sait pas trop d’où tu sors. Tu peux nous expliquer un peu ton parcours rugbystique ?

 

J’ai commencé à l’école de rugby de la Clape (du nom d’un massif audois) c’est une entente de trois villages Armissan-Gruissan et Vinassan , où je suis resté de mes premiers pas jusqu’à minime. Ensuite, je suis parti à Narbonne où j’ai fait cadet, crabos et espoirs puis j’ai enchaîné dès 18 ans à jouer avec la première. D’ailleurs, mon premier match était contre Albi ce qui est assez marrant. Ensuite, quand Narbonne est descendu, je suis parti à Oyonnax pendant une saison. Et cette année, me voilà à Albi. Je suis très content d’être ici, ça se passe super bien. Je me suis très vite intégré au groupe et c’est vraiment important pour passer une belle saison. 

 

Et puis, ce n’est pas chose aisée de s’intégrer dans ce groupe. Enfin, d’un côté c’est facile parce-que le groupe est sympathique mais c’est un groupe constitué depuis deux ou trois saisons. Donc, quand on arrive, qu’on est une  » pièce rapportée « , au début, on doit presque avoir le sentiment de  » déranger  » ? 

 

Bien sûr, c’est ça. En plus, je suis arrivé tard, les gars avaient déjà commencé la prépa et les entraînements. Donc, je me suis dit que ça n’allait pas être évident. Après, je connaissais des gars donc, ça a été plus simple pour s’intégrer. Je connaissais Benoît Sicart, il m’a vite pris sous son aile et m’a intégré au groupe. Ca n’a pas pris beaucoup de temps donc, c’est quelque chose qui m’a vite permis de basculer dans du positif. Et, comme je le dis, je suis très content d’être ici, les mecs sont cools. Il y a un groupe qui vit bien, qui se connaît beaucoup donc, c’est vraiment important et c’est vraiment super pour la suite de la saison. 

 

Comme on l’a entendu la semaine dernière avec Gaëtan Bertrand, ton vice-capitaine, les anciens, les vieux briscards se sont aussi soudés dans l’adversité parce qu’il y a eu un match qui pour eux, était à forte injustice. Certains ont même parlé de « viol » quand moi je disais « un vol », c’était lors du match face à Rouen. On sait que ce joueurs ont en gros sur la patate par rapport à ça et que c’est un des leviers de motivation. Toi qui est arrivé et qui n’étais pas dans ce contexte-là, comment t’es-tu inséré par rapport à cet évènement ? Parce-que ça non plus ça ne doit pas être simple, même s’ils n’en parlent pas beaucoup, on sent que cette histoire de Rouen est prégnante ? 

 

Bien sûr, cette histoire de Rouen n’est pas facile à digérer. Moi, j’étais devant mon écran, je l’ai vécu de la même façon parce-que je commençais à être en approche avec Albi. Je regardais le match et c’est sûr que ce n’est pas évident d’arriver dans un contexte comme celui-là. Après, il ne faut pas non plus que cela nous pénalise et on reste soudé. On est ensemble, on sait ce qui est arrivé la saison dernière donc on bosse dur et on sait ce qu’on doit aller chercher, c’est la première place nationale pour avoir des phases finales, on va dire  » un peu plus faciles  » pour la montée en Pro D2. Bien sûr que c’était une injustice, tout le monde le sait mais on reste focus, on reste concentré sur nous-mêmes et on travaille dur. On a un but à atteindre, on est soudé et ce sera juste une source de motivation supplémentaire au moment des phases finales. 

 

Le fait qu’Arnaud Méla soit coach d’Albi a participé à ton choix de signer au SCA ? Ou même Jérémy Wanin qui est son fidèle lieutenant ? 

 

Bien sûr que ça a compté parce qu’Arnaud Méla a été un grand joueur, il connaît le rugby par cœur. En plus, avec Jérémy Wanin, ils sont super complémentaires donc, c’est un bon duo et on bosse bien aux entraînements. Ils sont là pour nous faire progresser, pour nous amener à notre objectif qu’est la montée en Pro D2. 

 

Dans ce groupe, il y a des vieux briscards, je pense à Kevin Boulogne mais aussi à Benjamin Caminati. Ce sont des gens qui t’inspirent, sur qui tu t’appuies ? Ou encore Benoît Sicart 

 

Comme dans toutes les équipes, on a besoin d’avoir des personnes comme ça pour avancer. Bien sûr qu’on s’appuie sur Kéké Boulogne de par son expérience, bien sûr que je m’appuie aussi sur Benjamin Caminati vu qu’il joue arrière comme moi. Donc, je prends les choses qu’il a à me transmettre, c’est un grand joueur qui est passé par des clubs de Top 14 comme Carcassonne. Donc voilà, je m’inspire un peu de lui pour progresser, pour arriver à l’objectif d’essayer d’amener un peu de truc à l’équipe pour remonter en Pro D2. 

 

Quand on voit Benjamin Caminati de l’extérieur, c’est quelqu’un qui ne parle pas beaucoup, qui a l’air très calme. Et puis, quand on en entend parler en interview, c’est quelqu’un qui, dans le groupe, semble plutôt boute-en-train, qui est leader et qui parle beaucoup. On entendait encore Gaëtan Bertrand dire qu’il prenait souvent la parole dans le vestiaire. C’est vraiment un des cadres du vestiaire ? 

 

Bien sûr qu’il prend la parole. Quand on ne le connait pas, il est un peu froid au premier abord mais c’est quelqu’un de très cool. C’est bien sûr un leader qui prend beaucoup la parole dans le vestiaire et aux entraînements, même aux vidéos. On s’appuie sur lui parce-que ça fait longtemps qu’il est dans le club et il n’a pas peur de prendre la parole. Ce sont des mecs sur qui on s’appuie comme Kéké (Boulogne) , Matthieu (André) le capitaine et ce sont eux qui nous font avancer vers l’objectif. 

 

Parlons un peu de toi parce-que les supporters ont commencé à voir tes performances sur le terrain. Tu as déjà quelque chose qui est très intéressant au rugby, c’est un pied gauche. Ça, ça ne dépareille pas dans ce sport. En plus, tu as un profil d’arrière  » taille basse « , avec des appuis assez bas ? 

 

Oui, c’est ça, mon point fort, c’est mon pied gauche. Je le travaille souvent et c’est vraiment mon point fort. J’adore tout ce qui est vitesse, appuis et tout ça, c’est mon domaine préféré. Je ne suis pas gaillard donc les contacts, c’est un peu plus compliqué. Mais, mon pied gauche et la vitesse dans les couloirs avec les crochets, ce sont un peu mes caractéristiques et mes points forts. 

 

Tu préfères te spécialiser à l’arrière ou bien  » la balle à l’aile, la vie est belle « , ça peut te tenter ? 

 

Non moi, dès que je suis sur le terrain, je suis content. Que ce soit à l’arrière ou à l’aile, peu importe, l’essentiel est de jouer et d’apporter quelque chose à l’équipe. Après, bien sûr, je préfère le poste d’arrière mais si je suis amené à jouer à l’aile, je serai aussi content d’être sur le terrain à l’aile. Le plus important est de jouer et de montrer des qualités. 

 

Parlons un peu du début de saison du Sporting Club Albigeois. C’est quasiment un sans-faute mis à part la défaillance à Saint-Sulpice-sur-Lèze. Et mis à part un petit bémol, on va faire les tatillons, un mois de Janvier un peu moins à plein régime où il y a eu quelques petits signaux d’alerte. Tu peux nous parler un petit peu de ça ? 

 

Oui, la saison est pour le moment quasi-parfaite malgré le match à Saint-Sulpice où on est un peu tombé dans la facilité ou dans un traquenard avec des conditions qui n’étaient pas évidentes. Je pense que cette défaite nous a fait du bien pour rebondir et pour nous mettre en alerte comme quoi rien n’était acquis et qu’il fallait continuer à bosser donc on bosse. Le mois de Janvier n’a pas été très bon, on a fait des performances moyennes à Lavaur et contre Pamiers à la maison. On le sait, on s’est resserré, on est resté entre nous et on s’est dit les choses. On a aussi travaillé dur à l’entraînement, si on ne travaille pas dur, cela se ressent aussi sur le terrain. Donc, on travaille dur et on est déjà tourné vers Mauléon ce week-end, qui va être un gros défi. Je pense qu’ils nous attendent de pied ferme. 

 

En plus, c’est un public enfiévré. On le sait, le public de Mauléon, c’est quelque chose à voir. 

 

Bien sûr, ça va être un public un peu hostile qui va nous attendre. C’est le petit poucet contre la grande équipe de la poule donc on sait à quoi s’attendre, on sait comme ils vont se préparer. Nous, on se prépare de notre côté et on va aller à Mauléon avec beaucoup d’envie et un niveau de jeu très, très élevé. 

 

Contre Pamiers, un peu à l’image de la prestation collective, on t’a senti un peu fébrile en début de match, avec un ou deux en-avants. Et la réponse du berger à la bergère a été l’essai que tu as marqué et que tu as été te chercher quasiment tout seul comme un grand ? 

 

C’est sûr que j’ai un début de match compliqué, je fais un en-avant sur la chandelle. Mais ce sont des petites choses où le prépa mental rentre dedans. Il faut rester positif et enlever cette image négative de la chandelle que j’ai loupée et la remplacer par des choses positives. C’est ce qui a fait qu’au fur et à mesure du match, je me suis senti mieux et j’ai pu marquer cet essai en première mi-temps. 

 

Tu t’es quand même arraché pour aller le marquer ? Parce-que celui, il n’était pas fait tout seul, il fallait envoyer du gaz. 

 

Oui, je me suis arraché. Il y a eu un travail de l’équipe avant ça, ça m’a souri et je suis très content que ça m’ait souri. Ça fait du bien à la tête donc, je suis très content d’avoir marqué cet essai, en plus de ça au Stadium à domicile, c’est toujours plus sympa. 

 

On sait que le staff vous a organisé un moment de convivialité à Aiguelèze. Vous vous êtes retrouvés entre vous pour un peu décompresser et  » s’ouvrir les chakras « , comme on dit dans le jargon. Ces moments-là de convivialité font du bien dans une équipe comme le Sporting Club Albigeois ? On dit souvent que le professionnalisme enlève tout ce qui est convivial. On voit qu’avec Arnaud Méla, vous essayer de garder ce côté  » racines  » du rugby ? 

 

Bien sûr que c’est important de sortir un peu du cadre du rugby. On est allé à Aiguelèze faire une journée cohésion où on a fait des activités mais où on a aussi bossé sur nous, sur le côté mental avec Yann. Ca a été une belle journée où on a bien rigolé entre nous, où ça a pu se resserrer. On a fait un peu de golf, un escape game virtuel, du jeu à 4 avec le ballon. Donc, c’était plutôt sympa et bien sûr que ça va nous aider pour la suite. Sortir du cadre du rugby, ça fait parfois du bien de penser à autre chose et de rigoler un peu entre copains. 

 

On va maintenant parler de rugby mais dans un autre registre parce-que tu es aussi coach, coach de l’équipe féminine du Sporting Club Albigeois. Les nouvelles poules sont tombées, l’objectif maintenant pour toi est de faire et les play-offs en tant que joueur et les play-offs en tant que coach ? 

 

Le principal est bien sûr de faire les play-offs en une avec Albi. Mais, jouer les play-offs avec les filles a été notre objectif dès le début de saison, un objectif que les filles nous ont imposé bien sûr. Parce qu’on leur a demandé leur objectif et c’était vraiment les play-offs et vivre une belle aventure. Les poules sont tombées, on a encore Alban-Lacaune qu’on a joué le week-end dernier et qu’on a gagné avec le bonus offensif. Les poules pour les play-offs se lancent plutôt de la meilleure des manières avec 5 points. On ne fait pas de bruit, on travaille aussi dur avec les filles. On leur propose la vidéo, des choses qu’elles n’ont pas l’habitude de faire. C’est intéressant parce qu’elles se voient jouer, elles voient leurs erreurs donc c’est plutôt cool. Et on arrive à avancer et on a de l’enthousiasme. Au début de saison, on était 12 au match, maintenant on est 15 aux entraînements voire 20. Du coup, maintenant, on doit faire des choix et c’est intéressant aussi parce qu’au début, il n’y avait pas de surprise pour les filles le week-end. Là, il y a un peu de concurrence et ça ne leur fait pas de mal. 

 

Je ne sais pas si tu as vu le dernier article qu’on a fait sur les filles, elles veulent jouer au Stadium en lever de rideau des garçons. Tu vas te faire leur porte-parole ? 

 

Bien sûr que je vais faire le porte-parole et bien sûr que ça serait quelque chose de magique pour elles. Jouer en lever de rideau au Stadium, ça serait vraiment magnifique pour elles. On va essayer d’organiser ça pour que leur rêve se réalise et qu’elles puissent profiter un peu du Stadium et de l’ambiance qu’il y a autour. Si, avec Martin, on peut arriver à les faire jouer au Stadium, ça serait magnifique pour elles et elles le méritent parce-que ça bosse dur et il y a des résultats positifs. Donc, elles mériteraient de jouer sur le Stadium. 

 

Donc, si j’ai bien compris tes propos, que ce soit Martin Doan ou toi, vous êtes venus à la rescousse au début mais vous ne regrettez pas de vous être engagés dans cette aventure du rugby féminin ? 

 

Non, bien sûr. Je ne connaissais pas Martin Doan au début quand je suis arrivé. Lui avait déjà pris les commandes et puis, on s’est très bien entendu. Il m’a proposé de l’aider, je lui ai dit oui parce qu’on s’entendait bien. Je ne savais pas dans quoi j’allais et au final, au bout de 2, 3 entraînements, ça m’a plu donc, je suis resté avec lui. Je lui ai dit  » écoute Martin, je reste avec toi durant la saison « , il m’a dit  » pas de problème « . On a monté ce duo d’entraîneurs comme ça et c’est plutôt bien pour les filles aussi d’avoir deux joueurs de l’équipe une, elles sont contentes. On s’est engagé sur un an supplémentaire pour l’année prochaine et on va essayer de monter une équipe à 15. Il y a du boulot mais ça fait aussi partie de notre job d’entraîneurs. On est plutôt satisfait de cette première saison avec les filles et on espère que l’année prochaine à 15, ce sera aussi bien. 

 

C’est tout le mal qu’on te souhaite. Et on espère surtout qu’au printemps, tu seras doublement en play-off avec les filles et avec l’équipe garçons de Fédérale 1. 

 

Merci.

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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