#Rugby – Fed1 / S.Jaca (Mauléon) : «Ici on vient jouer au rugby pour le plaisir et la chance d’être en Féd1.»

Sébastien Jaca, l’entraîneur du SA Mauléon nous a accordé un entretien pour nous parler des débuts du club de la Soule en Fed1. A quelques heures d’un déplacement chez l’ogre albigeois, les gars d’ Anthoine Heguy et « Seb Jacca » viendront ce samedi au Stadium, avec une humilité certaine, mais pas dénués, d’une aussi certaine envie, d’enquiquiner leurs adversaires d’un soir. Forts de deux victoires en quatre matchs (Lavaur à domicile et Pamiers à l’extérieur), les basques se présenteront certes en candidats au maintien, mais assurément pas en victimes expiatoires.

 

Crédit photo SA Mauléon

Sébastien, vous êtes le nouvel entraîneur du SA Mauléon. Première question, qu’est-ce qui vous a amené dans la Soule ? Vous teniez, j’imagine à relever le défi souletin de Mauléon en Fédérale 1 ? 

 

En fait, je suis un ancien joueur du club. Je suis natif de Saint-Palais, à 20 km de Mauléon. Je suis arrivé il y a un peu plus de 10 ans à Mauléon pour évoluer dans les catégories jeunes et après, j’ai eu l’opportunité de jouer pour les seniors. Donc, au final, je suis resté là et dès que j’ai arrêté de jouer, je suis passé directement entraîneur au sein de la réserve pendant deux ans. Et j’ai cette chance cette année de pouvoir entraîner l’équipe première avec une promotion, en plus une promotion en Fédérale 1, qui est vraiment gratifiante. Je ne suis pas un enfant du club, je suis d’un petit village à côté mais, par promotion, j’ai monté l’échelle tout doucement et je suis arrivé à ce poste-là d’entraîneur. 

 

Vous qui, d’après ce que j’ai compris, avez été élevé au biberon du rugby souletin, comment pourrait-on définir ce club de Mauléon ? Quel est l’ADN qui transpire de ce club ? 

 

Pour en arriver là, ce sont surtout des valeurs humaines, de cohésion, de solidarité, avec un très bon état d’esprit. Un club familial où tout le monde est accueilli à bras ouverts en essayant évidemment de jouer au rugby de la manière la plus simple possible, en prenant du plaisir, en s’amusant sur le terrain et aussi en-dehors. Voilà ce qui fait un peu les valeurs du club souletain

 

L’année dernière, il y avait eu un match épique entre Nafarroa et Albi avec une victoire des nafarretares qui avait fait date. On avait vu qu’à Nafarroa, le rugby était un vecteur de lien social. Il y avait toutes les vallées qui s’étaient fédérées autour de ce match. A Mauléon, est-ce pareil ? Le rugby est aussi important, aussi prégnant dans la vallée ? 

 

Oui, vous pouvez un peu comparer les deux clubs. C’est vrai que, quand il y a eu des affrontements Nafarroa/Mauléon, on peut parler d’ennemis historiques, où la notion de rivalité, de derby est très forte. Quand on a suivi un petit peu de loin la saison de Nafarroa l’an dernier, il faut qu’on soit admiratifs de ce qu’ils ont fait, de tout ce qu’ils ont fait, de comment ils ont évolué pendant une saison avec beaucoup de jeunesse et d’enthousiasme. Et, c’est vrai qu’autour de ça, tout le monde se regroupe autour du stade et à Mauléon, on est totalement pareil. Dès que Mauléon joue à domicile, dès que Mauléon reçoit une grosse écurie, tout le monde va se déplacer au stade et venir encourager un petit peu le petit face au grand. 

 

Ca nous promet une belle ambiance pour la réception d’Albi au mois de Février ? C’est tout ce qu’on souhaite nous ! 

 

Oui, nous aussi. 

 

C’est toujours mieux de jouer dans un stade plein. 

 

Là, je pense que la recette sera bonne pour les trésoriers et les dirigeants. Il y aura du monde au stade mais, d’ici là, il y aura pas mal de matches à jouer et franchement, je n’y pense pas encore. 

 

En tant que promu, l’image de Nafarroa qui l’an dernier, a abordé cette Fédérale 1 sans complexe, vous a donné des idées ? Vous vous êtes un peu inspiré de ça ? 

 

Honnêtement, on n’en parle pas. On ne fait pas trop référence dans nos discours à ce qu’ils ont fait. C’est sûr qu’il faut s’appuyer sur ce qu’ils ont fait mais on le fait naturellement. On essaie de s’accrocher, on sait très bien que la Fédérale 1 est un niveau très élevé, avec plusieurs écarts dans cette poule et dans cette division. Il y a les gros comme Albi qui visent la montée et nous, on est tout en bas, on arrive sur la pointe des pieds. Alors, évidemment, on veut essayer de se maintenir, on veut essayer d’exister. Donc, c’est sûr qu’on est obligé de venir tout doucement dans cette poule pour essayer de se maintenir. 

 

Si j’ai bien compris, Mauléon a un staff et une équipe 100 % pluriactive. A combien se monte le budget, pour comparer un peu avec le mastodonte qu’est Albi en termes de budget et de structures ? 

 

Tout le monde est pluriactif. Tout le monde travaille et vient jouer au rugby déjà pour le plaisir et pour en plus la chance de jouer en Fédérale 1. Tous les joueurs qui composent ce groupe, en comprenant les espoirs, on est à une soixantaine de seniors, viennent dans le but de s’amuser, en travaillant ou en étant étudiants à côté. Au niveau du club, on est dans un budget aux alentours de 300 000€, peut-être à quelques milliers d’euros de plus. Donc environ 300 000€ avec un amateurisme total où tout le monde vient pour s’amuser et où, évidemment, il n’y a aucun contrat fédéral au sein du club. 

 

En comparaison avec le budget d’Albi, c’est quasiment un rapport de 1 pour 10. Quand on parle de Mauléon le petit poucet, ce n’est pas une légende, c’est une réalité économique ? 

 

Economiquement, oui. Je ne connais pas le budget d’Albi. 

 

Aux alentours de 3 millions

 

Donc, notre budget doit être dépassé par la masse salariale des joueurs d’Albi. C’est sûr que ça n’a rien à voir (rires). Mais l’économie ne fait pas tout, la vérité est sur le terrain. Vous en avez parlé à l’instant avec cette défaite à Nafarraoa l’an dernier donc nous, avec nos armes sur le terrain, parce qu’on ne peut se battre qu’avec ça face à tout le monde, on va essayer d’arriver à se maintenir et d’essayer de continuer à vivre dans cette division-là. 

 

Et puis, c’est ça qui fait la beauté de ce sport. Il y a d’autres leviers que la planche à billets, il y a des valeurs humaines et sportives qui permettent de gravir des montagnes ? 

 

Oui mais maintenant, sur le terrain, il y aura des montagnes physiques en face de nous. C’est le ballon qui compte et même si on sera certainement perfectibles sur certains domaines, on a des joueurs de très bonne qualité qui ont largement le niveau pour évoluer dans des clubs un peu plus huppés de la poule, voire peut-être même dans des divisions supérieures. Et nous, on va essayer de faire avec nos joueurs, qui essaient quand même, de jouer tant bien que mal au rugby. 

 

Et puis souvent les joueurs, que ce soit dans la Soule ou au Pays Basque, ont un niveau technique assez élevé. Le mix rugby/pelote basque aide à avoir un certain bagage technique ? 

 

Oui parce-que ce sont les mains qui sont utilisées à la pelote, c’est vrai, il y a ça. Je sais qu’il y a des joueurs de l’équipe qui ont fait d’autres sports. On a d’anciens footballeurs, je crois même un ancien handballeur donc ce sont des passionnés de sport. Et, au final, ces notions pré pondérables d’un sport à l’autre sont utiles aussi au rugby. 

 

On va parler de ce début de saison, c’est le retour en Fédérale 1 pour Mauléon. Comment a été abordé ce début de saison en Fédérale 1 ? Quel bilan peut-on dresser après 4 matches ? 

 

Par rapport à la pré-saison, notamment sur l’approche, on savait qu’en plus on avait deux réceptions sur les deux premiers matches de championnat. Donc, il fallait qu’on soit le plus compétitif le plus rapidement possible. En plus avec une réception de Lavaur, un club avec une histoire en Fédérale 1, champion de France il y a deux ans donc un gros morceau d’entrée. Tous les joueurs étaient présents, assidus et très enthousiastes à l’entraînement parce qu’ils savaient, peut-être avec cette peur de ne pas pouvoir exister, qu’il fallait se donner les moyens sur la pré-saison de pouvoir essayer de battre Lavaur. Donc, le début de saison a été bon puisqu’on a battu Lavaur à domicile puis on a été gagner à Pamiers. 

 

Il faut y aller gagner à Pamiers parce-que c’est parfois une terre hostile. 

 

Oui, c’était hostile. Sur le match, ça a été dur, âpre. Il y a un score de 17 à 3 mais ça s’est décanté sur le dernier quart d’heure à notre avantage. Au-delà de ces deux victoires, on a aussi deux échecs à domicile face à Fleurance et Lannemezan. Je ne sais pas s’il faut relativiser. En ayant 10 points, c’est vraiment pas mal. 

 

Le match face à Fleurance a peut-être laissé quelques regrets ? 

 

Oui, on a des regrets mais on a aussi des regrets dimanche dernier face à Lannemezan. On perd de trois points mais c’est nous, on est aussi en train d’apprendre, on apprend. Moi aussi, en tant que nouvel entraîneur avec Arnaud, on apprend, les joueurs aussi apprennent. Par contre, il va falloir apprendre vite pour prendre des points le plus rapidement possible parce-que, j’espère que ce ne seront pas des points que nous aurons laissé en route à la fin de la saison quand on fera le compte. 

 

Avec vos gaillards, dans quel état d’esprit arrivez-vous à Albi ? Parce qu’on sait que vous ne jouez pas dans la même cour mais, sur 80 minutes, tout est possible. Et on imagine que vous allez tout faire pour enquiquiner un maximum cette équipe du Sporting Club Albigeois ? 

 

Dans notre nouveau bloc de matches, c’est venir à Albi aujourd’hui et recevoir Tarbes samedi prochain. C’est à dire qu’on a deux des trois ogres de la poule en huit jours à affronter. On vient aujourd’hui avec une équipe qui sera un petit peu remaniée sur la composition du 15. Ce qu’on va dire aux joueurs, c’est que c’est déjà un honneur de pouvoir affronter une équipe professionnelle. On sait que ce sera dur, on sait qu’on va certainement souffrir pendant toute l’intégralité du match. A nous surtout de faire honneur aux valeurs qui font que le club est à ce niveau et il faut qu’on essaie de jouer le plus possible au rugby et essayer de s’amuser. Et peut-être que, si on arrive à les enquiquiner sur certains points, à les embêter voire peut-être à tenir un petit peu le ballon, ça sera déjà pas mal. Après, évidemment, si on arrive à les faire déjouer, là, ça sera vraiment positif. Mais, il faut surtout le voir comme un apprentissage. On a des joueurs qui jouaient en Fédérale 3 l’an dernier, qui vont débuter demain et pour eux, en 80 minutes, ils vont vraiment apprendre face à une équipe de haut-niveau. Et surtout, si ça nous sert pour les matches à venir, pour les mois à venir, ça sera vraiment bien. 

 

Notre consultant rugby Didier Revellat, qui commente les matches avec nous, avait une question à vous poser. : « Sans dévoiler vos batteries pour ce match, vous allez vous axer sur quels domaines ? Vous avez parlé de la conservation mais aussi peut-être sur le déplacement et moins sur les phases de conquêtes ? « 

 

La conquête, on sera obligé d’en passer par là. On va essayer de faire dans l’adaptation, d’essayer de travailler un peu dans l’adaptation. Les conditions seront bonnes et favorables pour pouvoir essayer de jouer et de déplacer le ballon. Donc, peut-être qu’on utilisera ce levier-là, peut-être qu’on mettra du pied. Honnêtement, on verra à l’entraînement ce qu’on va essayer de mettre en place pour tenter de trouver des solutions. On a vu quelques matches d’Albi, j’ai été les voir jouer à Oloron il y a un mois de cela. On a peut-être des idées en tête mais on ne va pas tout dévoiler là. 

 

Comme aurait dit César,  » si mon manteau connaissait mon plan, je brûlerai mon manteau « . 

 

Voilà, je l’avais jamais entendu celle-là (rires). C’est vrai qu’on va essayer de voir tout en ne reniant rien de ce qu’on fait depuis le début de l’année. On va essayer de prendre le maximum de plaisir, de mettre un maximum de vitesse et de la garder. Ça va passer par beaucoup de secteurs et pas par un secteur en particulier. 

 

Une dernière petite question. Quand on voit l’an dernier Rennes ou Lannemezan qui montent de Fédérale 2, qui arrivent à accrocher un accessit, un strapontin pour le Du Manoir, est-ce que ça trotte dans un coin de la tête à Mauléon ? 

 

Honnêtement, il faut rester humble. Je prends l’exemple de Nafarroa qui est monté et redescendu. L’année d’avant, c’était Hendaye qui était dans la poule de Mauléon qui était monté et redescendu. Donc, à notre niveau, on va tout simplement essayer d’exister et si on arrive déjà à mettre deux équipes derrière nous à la fin du championnat, ce sera vraiment bien. 

 

Et la question bonus. Vous nous parliez du derby avec Nafarroa, j’imagine que vous avez coché en pays souletin le derby face à Oloron, vos meilleurs amis/ennemis du Béarn ? 

 

Cocher oui mais on coche tous les matches, on va essayer de jouer tous les matches. 

 

Mais celui-là, il y aura quand même un petit supplément d’âme ? 

 

Oui, il aura une saveur particulière. Il se déroulera en décembre et en avril sur un match aller/retour. Ils ont clairement annoncé qu’ils voulaient nous gagner à Mauléon et à Oloron mais vous savez que ce genre de match, tout le monde veut les gagner donc on le cochera. Ce sera un début de bloc mais avant ça, il y a des dates très importantes qui nous attendent et on est plus focalisés dessus en ce moment. 

 

Merci Sébastien Jaca. On se donne rendez-vous tout à l’heure au Stadium Municipal pour ce Sporting Club Albigeois VS SA Mauléon. 

 

Merci beaucoup à vous et à ce soir. 

Propos recueillis par Loïc Colombié

 

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