
Voilà 26 ans, qu’une idée folle , saugrenu, sortie de la boite crânienne d’un homme entreprenant et plein de bienveillance, venait casser les codes dans l’organisation des courses cyclistes pour les cadets. Créer une course par étapes avec tout le décorum qui s’impose. Des maillots distinctifs de leader du général, du meilleur sprinter, du meilleur grimpeur, le classement par équipe, du meilleur cadet 1ère année, de la meilleure féminine, le service médical, les voitures de dépannage, le camion balai….seule différence avec les grands, le classement général se fait par l’addition de points, à partir des résultats obtenus dans les 6 étapes qui composent le Tour du Tarn cadets entre les mois de mars et de septembre. Première étape de l’édition 2019, ce dimanche 24 mars, elle conduira les coureurs en herbes de Saint Pierre de Trévisy à Puygouson-Creissens sur une distance de 70 km et sur parcours très vallonné.
Retour sur une aventure peu commune et sans pareil.
Une épreuve qui révèle de futurs grands champions !
Les tarnais Stéphane Poulhies (ex AG2R La Mondiale, Saur Sojasun, Cofidis et Armée de Terre) ,et Lilian Calmejane aujourd’hui chez Direct Energie , le toulousain Maxence Moncassin, fils de Frédéric, actuellement chez les italiens d’Amore&Vita ou encore le coureur franco-russe Pavel Sivakov (Sky) et passé par la BMC ont tous un point commun. Ils connurent leurs premiers frissons de champions cyclistes en remportant le Tour du Tarn Cadets.

Pour Pavel Syvakov sous les couleurs de St Go Cyclisme Comminges, il aura l’occasion de remporter la course en 2011 alors cadets 1ère année et en 2012, devant le regretté ruthénois Etienne Fabre. membre de l’équipe AG2R La Mondiale accidentellement décédé en 2016. Il est aujourd’hui considéré comme un plus grands espoirs du cyclisme international.

Le vainqueur de l’édition 2018 , l’albigeois Thomas Bibet est déjà sur les traces des plus grands champions cités ci-dessus.
Il a connu cet hiver 2 sélections avec l’équipe de France de cyclo-cross pour participer à la Coupe du Monde de la discipline.

André Miquel père fondateur du Tour du Tarn cadets
Cette épreuve unique en son genre a été fondée par la volonté d’un homme André Miquel. Ancien coureur régional de bon niveau, dans les années 60, sociétaire de l’US Carmaux, André Miquel embrassera une carrière d’enseignant après avoir fait de brillantes études au Lycée Louis Rascol à Albi. En parallèle, alors que sa silhouette s’épaississait, toujours passionné par le vélo, il devient commissaire de courses, puis dirigeant de club, puis organisateur de courses cyclistes.. En 1992, il quittera Châteauroux où il passera une grande partie de sa carrière professionnelle, pour revenir au pays. Il aménagera à Arthès, avenue André Billoux ( ancien député et co-fondateur du Trophée des Cimes de Sérénac) pour couler de vieux jours et profiter d’une retraite paisible.

Mais, il est rattrapé par ses anciens copains du peloton, Henri Falcou, Pierre Antonini, André Giordano, en tête, ils amènent André Miquel dans la roue direction le club local du Saint-Juéry Olympique et le Comité Départemental de Cyclisme du Tarn. Il fera partager son expérience de dirigeant acquise dans l’Indre. Il est connu pour sa franchise, sa gouaille et son accent rocailleux. Robert Vidal (UV Mazamet), Gérard Thomas (le père de Benjamin et Adrien), représentant le VC Lavaur, et ses copains du SJO, Pierre Morcillo, Louis Chluda et Paul Andouard écoutent ce sachant dire « qu’il est lassé de voir, ,d’organiser, et de superviser des courses de cadets qui font tourner les gosses autour du clocher du village, sur des circuits fermés et répétitifs qui se ressemblent tous d’un dimanche sur l’autre » et il rajoutait avec sa voix de baryton et d’un ton prémonitoire » ce n’est pas avec des courses stéréotypées, sans profil, sans relief, qu’on trouvera le futur Bernard Hinault »…
Constat cruel, constat amer mais constat bien réel…
Il connaissait les attentes des ados, son métier lui permettait d’avoir une réflexion globale, sur l’éducation, le savoir, la transmission, la passion. Les jeunes devaient faire du cyclisme, mais devaient rêver, devaient s’identifier aux champions de la discipline.
Donc, décision est prise par le Comité Départemental un soir d’hiver à Réalmont, de confier à André Miquel la création et l’organisation ‘ d’une course cycliste par étapes pour disait-il « que les jeunes cyclistes aient des étoiles dans les yeux ». Chaque club aura en charge l’organisation d’une épreuve en ligne, de ville à ville, un classement général sera fait, on retrouvera un meilleur sprinter et meilleur montagnard, etc…des maillots distinctifs seront remis au départ de chaque nouvelle étape… Toute ressemblance avec une épreuve cycliste estivale est purement fortuite !

Jacques Esclassan alors Conseiller Général pose son « imprimatur », Francis Auriac avec son expérience des courses professionnelles apportera son concours, le mécène Saint-Juérien Jean-Marie Moré versera les premiers francs, et fournira les véhicules d’encadrement de la course.
Quelques réticences fédérales venaient en vain rappeler que le règlement (poussiéreux) c’était le règlement, et qu’André Miquel ne pouvait organiser une épreuve qui mettrait en danger » les jeunes coursiers sur des routes ouvertes à la circulation »… André Miquel au physique de sénateur de la III ème république n’écoutera que son cœur, son épouse et et ses fidèles amis, le Tour du Tarn cadets, épreuve cycliste par étapes verra le jour.
Depuis, André Miquel nous a échappés, mais son oeuvre perdure, elle produit aux gamins une immense joie de pouvoir ressembler aux champions cyclistes d’aujourd’hui.
Stéphane, Lilian, Pavel, Maxence, la relève du cyclisme national et international arrive, elle roulera, tout comme vous, dimanche entre Saint Pierre de Trévisy et Puygouzon-Creissens , avec le concours et la bienveillante protection d’André Miquel.
Le Borgne.