À quelques jours de l’ultime rencontre de la saison des Berjalliens à Tarbes, qui dictera le destin du CSBJ en Nationale, retour avec Rémy Gaborit (qui quittera le club isérois en fin de saison), sur la victoire à Rajon (30-23) face à Rouen et sur l’état d’esprit qui imprègne les ciels et grenats ces dernières semaines.

On imagine qu’il y a beaucoup de soulagement, un grand ouf de soulagement après ce match ?
Oui, c’est un grand ouf de soulagement mais un peu comme pour tous les matchs couperets de la saison où, finalement, on est obligé de gagner pour espérer que le club s’en sorte. Ce n’est pas encore entre nos mains, Langon a encore 3 matchs et, mathématiquement, ils peuvent encore passer devant et même Marcq-en-Barœul. C’était le travail qu’il fallait faire et oui, c’est un ouf de soulagement.
A chaque fois, vous le faites ou presque. Ça doit quand même être fatiguant ?
Ça fait six ans que je suis là et six ans que j’ai l’impression que c’est toujours pareil (rires) où, en fait, on attend la grosse équipe ou le match un peu couperet pour faire l’exploit et mettre les ingrédients qu’il faut pour un bon match.

Ça doit être frustrant car le niveau, vous l’avez ?
Oui, on a le niveau, c’est vrai mais on ne l’a pas toute l’année. En fait, on n’est pas constant et je pense qu’être à 150% sur un match, c’est efficace parce qu’on arrive à gagner mais réussir à être constants à 80% tous les matchs de la saison, c’est ce qui fait qu’on se positionne dans les 6 premières places à la fin. Nous, cette année, c’est clairement ce qu’on n’a pas réussi à faire et on se bat pour le maintien et pour le club.

Même sur le même match, vous n’avez pas cette constance car ce soir, l’entame est très belle mais derrière, en fin de 1ère mi-temps, vous vous fragilisez un petit peu sur des erreurs ?
Effectivement, oui, on est bon jusqu’à la 35e et puis, on lâche un peu et après, il faut que l’on revienne. On ne se facilite donc pas le match alors que ça devrait être facile : 5 dernières minutes, on sort de notre camp, on fait des choses simples et on y arrive en étant un peu plus pragmatiques.

Tu fais partie des entrants qui arrivent au cœur de ce temps faible. Est-ce que toi, tu sens qu’il faut remettre du feu dans la cheminée ou remettre quelque chose ? Il y a cette course que tu fais et qui va ensuite amener ce temps fort avec l’essai de Poutasi Luafutu
On se le dit dans le vestiaire car on voit que les mecs, à la fin de la 1ère mi-temps, sont un peu dans le dur donc on leur dit » les gars, il vous reste 10 minutes et ensuite, c’est à nous de faire le job » et c’est ce qu’on a fait. C’était bien, je pense que c’est l’un des rares matchs où les 23 ont été constants et ont amené quelque chose tout au long du match donc c’était top.

C’était une soirée marquée par l’émotion avec beaucoup de départs dont notamment le tien. Comment est-ce que vous l’avez vécu, est-ce que tu as senti dès le départ de la soirée que cette émotion allait vous galvaniser ?
Je trouve que ça a été très bien géré par rapport aux années précédentes où on en laissait parfois trop avant. Là, Léandre a réussi à nous dire » l’émotion, on la garde pour après mais dans le match, on se concentre. Ça va nous aider sur des phases de longue défense où il va falloir un peu plus de peps mais on se le garde, on ne donne pas tout dès la première minute » et c’est ce qui a été fait. C’était bien, ça nous a galvanisé, derrière, le public était en feu, c’était génial. Ça a encore ramené un truc en plus, j’ai l’impression que le public a senti l’émotion qu’on avait était différente de celle de d’habitude et du coup, ils nous ont transmis quelque chose que je n’avais pas connu jusque-là, c’était top.

Il y avait une énergie dans le stade ?
Oui, vraiment. Sur les temps forts, comme lorsqu’on marque sur le maul dans la dernière période, c’était incroyable.

Tasi aussi est largement fêté par tout le monde, même par les joueurs sur le terrain. C’était aussi un moment fort ?
Oui, c’était bien mais Tasi, Théo, Léandre, ce sont des mecs qui ont donné au club. Ils ont donné leurs corps, leurs états d’esprit, ils ont amorcé des choses en-dehors du rugby, c’est ça qui est incroyable avec Tasi ou Léandre, comme capitaine par exemple. Je pense que les générations peuvent apprendre d’eux en-dehors du rugby, vraiment sur le leadership ou sur la façon de se comporter avec les autres ce qui fait que même les gens en-dehors du groupe arrivent à le ressentir. C’est pour ça qu’ils sont fêtés de cette façon mais c’est génial pour eux, c’est génial.

Maintenant, il y a ce maintien à valider définitivement et ce CSBJ à laisser en Nationale. Pour toi, notamment, j’imagine que c’est quelque chose qui te tient à cœur car il y a forcément de l’affect vu le nombre d’années que tu as aussi passé dans ce club ?
Quand je suis arrivé, on m’a dit » on joue la Pro D2 » et tous les ans, » on joue la Pro D2, on joue la Pro D2 » et ce qui est dur, c’est qu’on n’est pas une équipe à jouer le maintien. On ne connaît pas ça donc on n’est pas des joueurs qui se disent » on est dans le maintien » par rapport à Marcq-en-Barœul ou à Langon qui savent dès le début de l’année qu’ils sont dans le maintien et, finalement, ce n’est pas la même chose. On se met beaucoup plus vite dans le seau ou dans le dur que ces équipes-là qui se disent » on a perdu Rouen ou autres mais ce n’est pas grave » tandis que nous, on a vraiment eu des coups de moins bien sur ces matchs couperets dans l’année. Comme on le dit, une saison, c’est long et ça va se jouer jusqu’à la dernière journée à Tarbes où il va falloir gagner, ils ont aussi des départs comme nous donc ça va être un gros match, c’est sûr et évident. Je me projette déjà un peu mais ça va être un énorme match.

Si on se projette encore un peu plus, quelle est la suite pour toi ?
Je suis en pleine hésitation entre reprendre le rugby plaisir, peut-être à un niveau moindre, et me lancer dans l’après-rugby qu’il faut préparer correctement. Prendre du plaisir, j’ai encore deux ou trois années à jouer et j’aimerai bien trouver un projet intéressant pour m’épanouir ou, en tout cas, finir ma carrière correctement.

Quel est ton domaine pour l’après-rugby ?
Je suis en train de faire un Master en gestion de patrimoines donc je m’oriente plutôt sur financier / banque, quelque chose qui n’a rien à voir avec le rugby (rires). J’avais un petit peu entraîné mais le monde de l’entraînement est très dur, on le voit par exemple avec le nombre de départs de staffs, je crois qu’il y en a plus de la moitié. En fait, si on n’est pas dans le Top 5, quand on est dans le staff, on est mis un peu dans le dur (rires).

La banque, c’est plus serein ?
Normalement, oui (rires). J’espère que c’est un peu moins mouvementé, oui.

Propos recueillis par Fred Charvet

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