Retrouvez notre série d’articles sur les femmes qui évoluent dans les staffs de Nationale avec notre premier épisode sur Marie Prévot une jeune picarde à l’âme résolument nordiste qui officie en tant qu’analyste vidéo à l’Olympique Marcquois. Avec un cursus initial de préparatrice physique, cette jeune femme de 25 ans qui a attrapé le virus du ballon ovale via son grand-père, participe au jour le jour à l’aventure des promus ch’timis en Nationale au sein du staff de Morgan Champagne. De son parcours en passant par ses missions ou encore sa vision de l’évolution des mœurs en ovalie, rencontre avec l’une des ressources impératives du rugby moderne (l’analyste vidéo) qui vit depuis 4 saisons son rôle au sein de l’OMR avec passion et fierté.

Comment te sont venues la passion du rugby, la passion de la prépa physique, la passion de l’analyse vidéo et comment en es-tu arrivée à en faire ton métier ?
C’est venu vers l’âge de mes 15 ans où j’ai commencé tout ce qui était musculation / force athlétique. Sur cette même période, par le biais de mon grand-père, j’ai commencé à m’intéresser au rugby, je suivais un petit peu mais sans m’intéresser profondément à la discipline. Dans la lignée, j’ai voulu m’orienter vers des études dans le sport donc je suis tout simplement allée en licence STAPS où, du coup, je me suis spécialisée en entraînement sportif sur ma discipline à savoir la musculation et la force athlétique. Je me suis vite rendu compte que d’être juste coach ne me plaisait pas forcément et ne m’animait pas plus que ça, j’ai donc postulé en master, j’ai changé de ville et je suis allée un petit plus haut, dans le Nord, vers Lille. J’ai été accepté dans ce master et c’étaient une bonne opportunité et le bon timing pour justement évoluer et apporter mes connaissances sur la muscu et sur la force pour un collectif ou tout simplement sur la prépa physique, que ce soit pour un sport collectif ou individuel. J’ai un peu postulé partout, dans plein de clubs sur Lille et le club de l’OMR a été le premier à me solliciter, très intéressé par le fait que je sois d’un sport qui était différent. C’est donc comme ça que je suis rentré à l’OMR et de fil en aiguille, au fil des saisons, mon poste a un peu évolué car, après deux ans de stage où je n’étais que sur la préparation physique, on m’a responsabilisé lors de la 2e année sur tout ce qui était quantification des charges d’entraînements avec les GPS, on m’a aussi mise sur l’analyse vidéo où, du coup, je me suis un peu formée sur le tas. Lors de ma 3e saison, j’ai été embauchée sur ces deux postes-là et aujourd’hui, c’est ma 4e saison où je ne suis à temps plein que sur l’analyse vidéo.

Parlons justement de l’analyse vidéo : comment fait-on pour se former sur le tas sur ce secteur ?
On regarde beaucoup de matchs, que ce soient ceux de son équipe ou des équipes extérieures, on s’entraîne sur les logiciels que l’on a et en fait, on apprend sur le tas. Moi, je me suis beaucoup aidée de mes coachs qui m’ont énormément appris là-dessus, je me suis aussi pas mal aidée de nos arbitres qui sont au club et qui m’ont pas mal formée sur tout ce qui est réglementations et autres, il y a même eu certains joueurs qui m’ont aidée dans l’apprentissage au moins technique du rugby. Pour tout ce qui est pratique logiciel, on a la chance d’avoir de bons logiciels qui sont très compétents donc ce n’est pas la chose la plus complexe à apprendre.

Quelle est la journée ou la semaine type d’une analyste vidéo ?
A domicile, on joue souvent le samedi soir donc le jour du match, on prépare tout ce qui est caméras, on filme la rencontre et lorsqu’elle est finie, c’est là que le plus gros taf commence. Dès que c’est terminé, on va dans son petit bureau, on prend le match et on commence directement à le découper et à le séquencer pour que les coaches aient au plus vite les stats importantes et les images clé de la rencontre. C’est la première partie, reprendre toute notre analyse, récupérer tout ce qui est matchs des adversaires et préparer les rencontres, ce qui commence dès le dimanche où on se met sur notre match ou où on commence l’analyse adverse. Le lundi matin, on fait des bilans sur toutes les stats avec les coaches ou même les prépas et la semaine continue dans ce sens-là où l’on commence le match à venir.

J’imagine qu’il doit y avoir des échanges permanents et nourris avec Morgan Champagne, le manager ?
Oui, tout à fait. On échange beaucoup au sujet des statistiques que l’on veut faire ressortir, ça évolue énormément, on est nouveau dans la Nationale et on monte de niveau donc nos exigences augmentent aussi et du coup, c’est en constant mouvement. On se construit petit à petit là-dessus et ça évolue au fil des semaines à chaque fois.

Est-ce que c’est plus facile d’être analyste vidéo en Nationale qu’en Nationale 2 du fait qu’il y ait plus de médiatisation et plus de supports médiatiques ?
C’est en effet plus simple déjà parce qu’en Nationale 2, toutes les équipes ne sont pas pros et ça arrive que ce soient les entraîneurs qui fassent l’analyse vidéo. Ils n’ont donc pas autant de temps pour la faire, ils ne la font pas aussi développée et l’année dernière, par exemple, je sais qu’on ne recevait les matchs que les mardis alors que ça s’était joué le dimanche. C’est compréhensible par rapport au contexte mais c’est vrai que cette année, chaque club a au moins un analyste vidéo donc dès que le match est fini, on s’envoie généralement les vidéos le soir même ou le lendemain matin. On peut donc déjà bosser dessus et c’est un gain de temps qui est vraiment appréciable.

Est-ce qu’être une femme dans un staff de rugby masculin est simple au jour le jour ?
Pour être tout à fait franche, lorsque je suis arrivée, j’avais un peu peur parce-que je ne savais pas du tout où je mettais les pieds mais au final, je me suis vite rendu compte que, sans être simple, ce n’est pas non plus compliqué. Ce n’est pas plus compliqué que si je travaillais dans une grosse boîte ou une grande entreprise donc non, ça se passe hyper bien et le relationnel se fait super bien.

On a vu que récemment, des médias généralistes ont un peu stigmatisé le rugby sur les rapports hommes / femmes. C’est une stigmatisation qui est un peu caricaturale car quand on rentre dans l’intérieur du rugby au jour le jour, c’est tout autre que ce que certains médias ont voulu véhiculer?
Oui, c’est différent car là, on vit au sein d’un collectif donc on est constamment avec le staff et les joueurs. On fait des semaines où on se voit quasiment 5 à 6 jours par semaine donc on les voit plus que nos familles ou nos proches, le relationnel se passe hyper bien et à partir du moment où on est dans un collectif qui vit bien et qu’on a une personnalité » normale » sans être un peu » connard » ou autres sur les bords, désolée du terme, ça se passe hyper bien. Je pense que le fait d’être une femme apporte justement autre chose que juste être avec des hommes.

On va repasser sur le côté sportif car lorsque tu es dans un staff, tu vis tous les insides des avant-matchs et des après-matchs. Quel est ton moment préféré dans un rituel de match ?
Il y a beaucoup de moments mais ce que je préfère en général, c’est le team run que l’on fait le vendredi matin, on peut déjà un peu mesurer dans quel état d’esprit sont les joueurs et je trouve que c’est intéressant de voir ça avant le match. Honnêtement, j’aime bien aller dans les vestiaires entendre soit les discours des coaches qui, je trouve, ont très souvent les mots justes et en général, 5 minutes avant le coup d’envoi, c’est là où ils se transcendent, tu les vois dans les couloirs ou dans les vestiaires avoir des mots pour essayer de se transcender sur le terrain. J’avoue que ce sont plutôt ces 3 moments-là que je préfère voir avant un match.

En parlant de causeries, est-ce qu’il t’est arrivé d’en entendre qui te prennent aux tripes ou qui te fassent même monter les larmes ?
Oui, c’est arrivé. C’est arrivé beaucoup au tout début où ça m’a vraiment impressionné et pris aux tripes mais ça arrive encore aujourd’hui où, parfois, il y a un discours qui impacte plus selon le contexte soit du match ou celui qu’on vit à ce moment au sein du club. Ça m’arrive toujours mais ça a été très souvent au tout, tout début lorsque je suis arrivée.

Pour toi, est-ce que c’est une fierté de représenter le rugby chtimi et d’être le club phare, le club pionnier du rugby dans le nord de la France ?
Franchement, oui. Moi, je suis du Nord donc je suis forcément très contente de travailler dans un club qui essaye d’être à haut niveau dans le Nord et qui essaye justement de développer le rugby chez nous, qui n’est pas du tout une terre de rugby à la base et qui est beaucoup plus penchée sur le foot. C’est forcément une fierté et du coup, encore plus en étant du Nord.

Tu nous parles de ton ressenti de la saison en cours ?
Ça a été très, très compliqué au début, on a eu du mal à se mettre dans le championnat. On a du mal à gagner nos matchs, on n’en a pas gagné énormément à l’heure actuelle mais là, on commence à être sur une dynamique qui est bien meilleure et même si on a passé des périodes qui n’étaient vraiment pas simples, notamment avec ces défaites que l’on a enchainées, on a surtout vu qu’on avait un groupe qui était très soudé et qui vivait vraiment très bien, qui vit d’ailleurs toujours très bien. Je pense que ça sera notre force sur cette 2e partie de saison et j’espère que ça va vraiment payer en notre faveur.

Tu as toujours grandi dans le Nord mais est-ce qu’un jour, tu auras vocation à aller voir ce qui se passe dans le rugby du sud-est ou du sud-ouest ou bien dans d’autres sports et d’autres territoires pour voir un peu comment ça se fait ailleurs ?
Je ne sais pas de quoi demain sera fait et je ne sais pas si je ferai encore ce métier toute ma vie ou pas. En tout cas, si j’ai d’autres opportunités, je ne resterai pas absolument fermée à l’OMR bien que mon projet principal à l’heure actuelle soit de me consacrer là-dedans, de les accompagner et moi, de me développer à mon poste sur les prochaines saisons par contre, si une opportunité se présente un jour, à voir en fonction du contexte mais oui, pourquoi pas ?

Tu nous as dit en début d’interview que c’était ton grand-père qui t’avait donné la fibre du rugby et qui t’avait un peu fait baigner dans ce secteur à ton adolescence. J’imagine que c’est une fierté pour ta famille que de te voir évoluer dans du rugby de haut niveau ?
Il est très content, il ne vient pas souvent aux matchs parce qu’il est assez âgé mais il est venu 2 ou 3 fois. C’est toujours émouvant de le voir à la fin du match toujours hyper content de me voir et qui en soi, avec ces petits yeux, est impressionné par le petit parcours que j’ai. C’est toujours appréciable et c’est un peu une fierté aussi.

Merci et on te souhaite une belle saison à l’OMR.
Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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