Jean-Christophe Bacca, une tête bien connue du #MagSport (puisqu’il est consultant à nos côtés pour commenter des matchs de Nationale) est depuis cet été le coach des avants d’un club de Fédérale 1 du CA Castelsarrasin après avoir entraîné en Top 14, en Pro D2 avec Albi et en Nationale 2 avec Graulhet. Rencontre avec un passionné dont l’attachement pour les aventures humaines restent viscéral.

Après 6 années riches en émotions, une montée en Nationale 2 suivie de deux maintiens, ton histoire à Graulhet s’est terminée ?
Oui, ça s’est terminé en fin de saison dernière. Je crois que les présidents ont souhaité avoir un nouveau cycle et pensaient qu’après 6 ans d’un discours qui, peut-être, s’usait un petit peu, il fallait renouveler et ils ont donc fait appel à Michaël Carré et à Christophe Marth pour nous remplacer, Benoît Bellot et moi. Ça a été un peu difficile car on avait bien sûr créé des liens importants dans ce club, j’ai rencontré des gens vraiment très intéressants ainsi que des joueurs et un groupe attachant donc ça a été un peu difficile mais c’est la vie, la vie rugbystique surtout. Tant qu’il y a des terrains, un ballon et des joueurs pour courir dessus, c’est toujours intéressant de continuer dans ce sens-là. Je pense que le projet des présidents est intéressant, il y a eu des choses hyper positives de faites notamment dans l’infrastructure, je crois qu’il y a maintenant l’éclairage qui est à nouveau là, il y a la bodega, les bureaux, tous ces travaux qui ont été mis en place vont dans le bon sens. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas se brûler les ailes trop vite, la professionnalisation d’un club, c’est bien mais je pense qu’il faut le faire de façon plutôt modérée en ne brûlant pas les étapes. Je pense que c’est ce qu’ont compris Renaud et Jérôme et j’espère que ce club réussira, même si le début de saison est un peu difficile, je pense qu’ils ont les moyens de rebondir rapidement.

Tu ne gardes quand même que de bons souvenirs de ton passage à Graulhet car ça a été une belle aventure sportive avec cette montée en Nationale 2 ?
J’en garde de bons souvenirs avec des rencontres intéressantes, des garçons très attachants que ce soit au niveau des bénévoles, des dirigeants et des entraîneurs. J’ai rencontré des gens très, très investis dans ce club mais je l’avais toujours dit, c’est un club qui est un peu atypique car il y a une culture rugby et toutes les femmes et tous les garçons qui passent dedans sont très attachés à ça, à cette identité rugbystique. Ça crée bien sûr des liens et j’ai beaucoup apprécié ces 6 ans, il y a évidemment eu des moments plus durs que d’autres mais je retiens beaucoup le positif et le positif, c’est un club qui, lorsque Jean-Marc Aué me demande de le rejoindre, ne jouait sa survie qu’à des maintiens administratifs et qui, petit à petit, sous la férule de Guy Laporte, a réussi à retrouver un peu de lustre d’antan. Après le Covid et une très belle saison de Fédérale 1, et bien sûr le décès de Guy qui a été quelque chose de dur pour le club comme pour nous, il y a eu l’arrivée de nouveaux visages comme Jérôme Montbroussous, qui était un ancien joueur, et Renaud Martinet, aussi ancien joueur, en tant que présidents qui ont fait passer un cap, en tous cas dans l’infrastructurel. S’en sont suivis cette montée en Nationale 2 et ces deux maintiens face à des équipes qui quand même, en tous cas la première année, étaient pour beaucoup préparées pour la Nationale dans leurs structures semi-professionnelles voire professionnelles pour certains clubs. Ca a été la même chose la saison dernière en passant très près de la qualification puisqu’on finit 7es, il y a donc bien sûr des regrets de ne pas s’être qualifiés mais aussi avec la satisfaction d’avoir pu, avec mes humbles moyens, réussir à restructurer sur ma partie qu’est le sportif ce club qui mérite d’être en Nationale 2, voire plus s’il continue à évoluer dans le bon sens.

Tu arrives à Graulhet via un ami, Jean-Marc Aué, et tu en es reparti avec un nouvel ami, Benoît Bellot, que tu ne connaissais pas trop avant ton arrivée à Graulhet et avec qui, on l’a vu, tu as tissé des liens forts ?
Je le connaissais car j’avais joué contre Graulhet à ses débuts, je suis un peu plus vieux que lui et on s’est connu comme se connaissent des joueurs de la même génération dans le rugby. C’est vrai qu’on a appris à se découvrir et ça a très bien accroché, j’ai rencontré quelqu’un de passionné d’abord par le rugby mais par son club en particulier, avec Guy Laporte, Benoît Bellot est quand même l’identité des joueurs qui ont été internationaux et qui ont porté les couleurs graulhetoises au plus haut niveau national et c’est important pour la ville. Il avait toujours dit qu’il rendrait ce que lui avait apporté le club et c’est ce qu’il a fait, ça s’est arrêté en fin de saison et je crois que ça l’a autant touché que moi lorsque j’ai dû quitter Albi, même si la situation était un peu différente. C’est quelque chose qui l’a touché car c’est un club qui lui tient à cœur, à moi aussi mais à lui sans doute encore plus, il y a fait toute son école de rugby et c’est quelqu’un qui était très investi et très compétent dans ce qu’il proposait. Malheureusement, le rugby est comme ça aujourd’hui, c’est l’évolution, les entraîneurs se succèdent et changer de discours est d’ailleurs souvent positif, ça peut être intéressant tout comme changer de projet ou de méthode d’entraînement. Je connais aussi Michaël Carré, un peu moins Christophe Marth, que j’avais croisé à Fleurance et avant lorsqu’il jouait à Colomiers, c’est un garçon compétent qui a montré des qualités, quant à Christophe Marth, il a également montré qu’il avait su faire un travail plutôt sérieux à Marmande. Je pense que le club va rebondir, c’est toujours difficile de changer et une partie de l’effectif et un staff complet car au-delà de Benoît Bellot, Flo Gimbergue et moi-même, il y a un nouveau directeur sportif, un nouveau team manager, de nouveaux préparateurs physiques. Ce sont beaucoup de changements pour un club comme Graulhet, ça a créé quelques remous mais ça devrait se stabiliser, j’ai pu les voir contre Arcachon face à une belle équipe d’Arcachon qui était venue faire un résultat car ils avaient besoin de ces points-là vu leur situation administrative et il y a un match qui est intéressant. Je n’ai bien sûr pas pu aller les voir contre Mauléon mais je pense que, vu la qualité du groupe, ils vont pouvoir rebondir rapidement et il est sûr que l’on a un œil attendri sur ce club, Benoit encore plus que moi et moi qui continuerait évidemment à les encourager.

Quand on lit tes propos en diagonale, Graulhet restera une très belle aventure dans ta carrière mais ton club reste Albi ?
J’ai passé 28 ans à Albi, j’ai fait 17 saisons joueurs et 11 saisons entraîneur (rires). Albi reste donc bien sûr à une place particulière dans mon cœur et le restera toujours mais j’ai connu des sensations et des satisfactions aussi importantes à Graulhet, toutes proportions gardées, j’ai eu une aventure humaine très intéressante tout au long de ces 6 années et j’ai surtout rencontré des gens formidables. J’ai rencontré des gens qui resteront au-delà du rugby, des gens que je continuerai à voir à l’extérieur dans un autre contexte, qu’ils soient joueurs, bénévoles ou dirigeants.

Quand ça s’est fini avec Graulhet et avant que Castelsarrasin ne t’appelle, est-ce que tu avais envisagé de revenir donner un coup de main dans la formation à Albi ou même t’investir au sein du SCA en attendant ?
Ce n’est pas quelque chose que j’avais programmé dans ma tête. Bien sûr, si Albi se retrouve un jour dans la difficulté et qu’ils font appel aux anciens, je répondrai favorablement car, comme je l’ai dit, ça reste le club de mon cœur, c’est là où j’ai fait ma carrière de joueur et ma carrière d’entraîneur, là où j’ai connu les plus grosses sensations avec Éric Béchu donc oui, bien sûr. Je te rappelle que mon premier entraîneur était mon père, qui était entraîneur à Albi, et c’est quelque chose qui, pour moi, est très important. Maintenant, je crois qu’Albi n’a pas besoin de Jean-Christophe Bacca mais si Albi a un jour besoin de ses anciens, je répondrai bien sûr favorablement car ça reste mon club. Je crois qu’ils se sont restructurés, il y a un très, très bon début de saison, j’ai eu la chance de le commenter avec toi à Carcassonne où ils font un très bon match de rugby et je pense que c’est l’un des meilleurs débuts de saison d’Albi depuis longtemps. Il faut aussi qu’ils continuent leur histoire, je suis aussi ce club-là avec beaucoup de tendresse, je reste toujours disponible pour ces aventures-là mais parce-que pour que je m’investisse dans un projet, il faut qu’il y ait autre chose qu’un projet sportif, de la qualité chez les joueurs ou une structure administrative. Il faut également qu’il y ait des gens que j’aime, que j’apprécie et que j’ai bonheur à retrouver tout au long de la semaine et bien sûr le dimanche. Donc oui, cela fait partie des possibilités que je ne renierai jamais mais pas que cela et puis, je n’ai pas un projet en me disant » il faut que je revienne à Albi à tout prix « , ça reste quelque chose au fond de ma tête comme on garde toujours un premier amour au fond de son cœur.

On va maintenant parler de Castelsarrasin : qu’est-ce qui t’a amené à y signer ? Le projet humain avant tout ?
Le projet humain, oui. Je connaissais le manager, j’ai beaucoup échangé avec lui, cela faisait la 3e fois qu’il venait me voir (rires). La première fois, il était venu me voir en tant que joueur pour que je vienne à Castelsarrasin, j’étais encore joueur à Albi donc j’étais bien sûr resté à Albi, la seconde fois, c’était en tant qu’entraîneur et il voulait déjà faire une première doublette Jean-Marc Aué et moi-même sur Castelsarrasin mais ça ne s’était pas fait et là, pour la 3e fois, il est revenu vers moi quand il a vu que je quittais Graulhet. C’est quelqu’un qui a su trouver les mots justes, Castelsarrasin est le genre de club que j’apprécie car c’est très famille, c’est un club avec une identité et, bien sûr, pas des moyens surdimensionnés, on sait que tous nos clubs du sud-ouest sont structurés de façon similaire. C’est un club très intéressant avec des joueurs de qualité malgré le fait qu’il n’y ait pas un budget exponentiel et des garçons qui ont envie d’évoluer avec un club qui est tourné vers le jeu, ce qui est quelque chose que j’apprécie énormément et qui, au-delà du résultat, veut la manière en jouant. C’est un peu comme ça que je me suis retrouvé dans ce club-là.

Tu nous parles du projet et des objectifs que tu as avec ce groupe pour cette saison ?
Le projet est d’essayer de mettre de la régularité dans une équipe qui est vraiment un groupe de qualité mais qui a eu des moments dans les saisons passées où ils ont été très, très haut, j’ai le souvenir de les avoir eus dans la poule en Fédérale 1 avec Graulhet où ça a été très, très compliqué de les battre. A côté de ça, ils ont des passages un peu à vide au cours de la saison et donc, de mon côté, c’est essayer de régulariser la performance de ce groupe au niveau sportif car c’est un groupe qui a la qualité pour se retrouver dans les équipes qualifiées de cette poule. Maintenant, il faut y mettre les ingrédients et c’est sûr que de temps en temps, entre les blessures et l’inconstance par moment du groupe, ils ont eu des passages à vide mais on se rend bien compte que le potentiel est là et c’est juste y mettre un peu de régularité. Ensuite, je pense que l’objectif du club est la qualification et on verra où ça nous mène mais il n’y a pas de projet sur le long terme avec une obligation de résultat, le président est très clair là-dessus. C’est un club qui veut se qualifier, aller le plus loin possible dans les qualifications et qui prendra ensuite une décision de savoir où aller. Tu connais ma façon de fonctionner, il n’y a pas d’objectif initial et qui va durer sur la saison, il y a des objectifs et ils sont par palier : le premier est le maintien, à partir du moment où le maintien est obtenu, il y a la qualification et à partir du moment où la qualification est obtenue, la montée, quand la montée est obtenue, le titre. Il ne faut jamais annoncer quelque chose avant, les étapes se font les unes après les autres, ensuite, la décision appartiendra au club, aux joueurs en fonction de là où on se situera. Mes objectifs sont donc les mêmes que ceux que j’avais à Graulhet, ils sont toujours par palier et j’essaye de fonctionner comme ça à Castelsarrasin aussi.

Concernant le match de ce week-end, on dit normalement que tous les chemins mènent à Rome mais pour Jean-Christophe Bacca, tous les chemins mènent au Tarn et à Lavaur dès la 3e journée avec des têtes bien connues, entre autres Baptiste Hecker et Gianni Gaillard ?
Exactement, ce sont des garçons que je connais plutôt bien, Gianni un peu moins car j’étais déjà directeur sportif et je n’étais plus en charge de l’équipe première mais j’ai eu Baptiste depuis des années. C’est un garçon attachant, je l’ai vu arriver au club d’Albi et je ne suis pas étonné de sa longévité dans le sens où c’est un garçon qui a une hygiène de vie exemplaire et un forcené de travail. Ce n’est pas étonnant qu’à son âge, il soit encore sur les terrains de rugby avec beaucoup d’efficacité. Je suis très content d’y revenir, Lavaur est une place forte du rugby tarnais avec là-aussi quelques valeurs, j’ai le souvenir d’y avoir notamment croisé Nicolas Hallinger durant bien des saisons et avec qui on était allé faire nos études à Marcoussis, va-t-on dire. C’est un club qui s’accroche, un club qui a envie de rester à ce niveau-là et qui le prouve, c’est à dire que quand ils ont fait une contre-performance chez eux contre l’Isle-Jourdain, ils ont été capables de réagir tout de suite à Gaillac, dans le derby en s’accrochant et en étant très performant, ils ont eu la possibilité jusqu’au bout d’inquiéter cette équipe de Gaillac. Je mets juste un bémol qui est la blessure de Dimitri Foundoux, un joueur que j’avais à Graulhet et qui faisait un très bon début de saison avec Lavaur et j’espère, je suis sûr même puisque je l’ai eu au téléphone, qu’il sera remis et qu’il sera capable d’évoluer très rapidement à nouveau avec son club car c’est un garçon qui a beaucoup de qualités et qui apporte beaucoup à cette équipe de Lavaur. Je suis donc bien sûr content de revenir dans le Tarn et j’espère que le match se passera du mieux possible pour nous mais je sais que les Vauréens vendront chèrement leur peau et que, de toute manière, ça sera un match compliqué car ils sont à la croisée des chemins. C’est un match important pour eux dans le sens où ils peuvent déjà basculer d’un côté ou de l’autre de la poule donc il va y avoir un gros engagement, je n’en doute pas et avec la qualité de joueurs qu’il y a du côté vauréen, ça va être un match extrêmement compliqué pour Castelsarrasin.

Tu as commenté entre autres avec nous la finale de Nationale entre Nice et Narbonne ainsi que pas mal de matchs d’Albi, tu as entraîné en Nationale 2 pendant 2 ans avec le Sporting Club Graulhetois, tu redécouvres maintenant la Fédérale 1 avec Castelsarrasin. Est-ce que tu peux nous parler de ces 3 divisions qui sont le poumon du rugby français ?
Je pense que l’articulation de ces 3 divisions est intéressante. La Fédérale 1 en elle-même a des joueurs de qualité mais qui sont moins préparés que dans la Nationale 2 ou la Nationale et il y a donc un petit peu toute cette partie de vraiment amateurisme mais dans le bon sens du terme. Le discours doit être beaucoup plus ciblé avec des choses très cartésiennes pour qu’il soit entendu étant donné que le nombre d’entraînements ne permet pas aux joueurs de pouvoir balayer tout un panel d’aspects techniques du sport donc, en Fédérale 1, on va à l’essentiel mais on a des joueurs qui ont largement le niveau de la Nationale 2 voire de la Nationale 1. Je ne les connais pas tous dans les autres clubs mais d’ailleurs, à Castelsarrasin, certains joueurs ont joué à très haut niveau, à Montauban ou à Valence d’Agen, il y a des joueurs issus de la formation castelsarrasinoise mais il y a d’autres joueurs qui arrivent de Chambéry ou de Montauban donc qui ont déjà un bagage technique et physique intéressants. Il faut par contre arriver à trouver cette cohésion car là, on est vraiment dans la pluriactivité pure et dure avec des garçons qui sont agriculteurs, maçons, employés et tout ça fait que les degrés de fatigue sont un peu différents. Il faut savoir organiser les entraînements de façon ciblée en fonction des joueurs et de leurs activités dans la journée ce qui est aussi le cas en Nationale 2 mais dans cette division, on retrouve aussi quelques équipes qui se professionnalisent. J’ai en tête Niort ou Marcq-en-Barœul lorsqu’ils étaient en Nationale 2, et il faut trouver le bon équilibre, ce qu’a su faire Langon l’année dernière car avec un maximum de pluriactifs, ils ont été champions et on voit bien qu’aujourd’hui, ils continuent à être performants en Nationale avec ce modèle-là. Concernant la Nationale, qui est quand même l’antichambre de la Pro D2, avec là par contre des équipes dans le haut du panier qui sont préparées pour la Pro D2, il y a quand même une Nationale à deux vitesses avec des équipes qui bataillent pour le maintien et d’autres qui bataillent pour la montée. C’est dans cette division qu’il y a peut-être encore un petit peu d’écart tandis que la Nationale 2 et la Fédérale 1 sont très homogènes, les équipes se valent toutes et je trouve que c’est plutôt bien articulé entre la Fédérale 1, qui est très régionale, et où les garçons n’ont donc pas de grands déplacements à faire et se retrouvent dans un rugby plutôt de clocher, la Nationale 2 qui est l’interface entre cette Nationale, qui est une 3e division professionnelle, et la Fédérale 1 qui est le meilleur niveau amateur pur, et où l’on retrouve des équipes qui commencent un peu à s’organiser. On va dire que c’est un peu l’antichambre du professionnalisme car, il faut dire ce qu’il est, les meilleures équipes de Nationale aujourd’hui sont professionnelles au même titre que la Pro D2. C’est donc un « semi-étage » pour pouvoir accéder à ce monde professionnel et moi, je trouve ça plutôt intéressant.

Merci, on te souhaite de belles aventures sportives et humaines quels que soient les horizons
Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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