Le paradoxe d’un entraîneur est d’être l’homme qui travaille le plus dans l’ombre mais qui est en même temps le plus en vue, celui qu’on encense quand tout va bien tout comme on le déteste quand tout va moins bien. Nous avons voulu nous intéresser au parcours de l’un d’entre eux dont la gestion toute en humanité peut interpeller dans un rugby moderne où, bien que les mots « valeurs » et « hommes » soient souvent utilisés, la chaleur humaine et le fonctionnement par le cœur semblent aujourd’hui bien galvaudés.

A bientôt 58 ans, Christophe Hamacek a 26 ans d’entraînement derrière lui, suite à un accident ayant touché les cervicales qui l’a vu devoir mettre un terme à sa carrière de joueur. C’est avec la fougue et la passion qui le caractérisent, et ce n’est pas d’aujourd’hui semble-t-il, qu’il a embrassé ce rôle qui est devenu toute sa vie, au sens propre du terme. Il y a eu moult réussites, les dernières en date étant les doubles titres de champions de France Fédérale 1 puis Nationale 2 ainsi que les 2 montées consécutives obtenues avec le Stade Langonnais, mais aussi quelques échecs, violents, de ceux qui laissent des traces mais qui n’ont malgré tout jamais altéré un amour du rugby qui reste intact, envers et contre tout … voire parfois contre tous.

Christophe Hamacek, ce sont eux qui en parlent le mieux
Avant de rentrer dans le vif du sujet et du Monsieur, nous avons voulu savoir ce qu’en pensaient ceux qui le voient au quotidien, à savoir ses joueurs. Maxime Gau, Vincent Debladis et Isikili Davetawalu sont 3 joueurs ayant évolués avec Christophe Hamacek, à l’époque à Cognac-Saint Jean d’Angély et tous 3 n’ont pas hésité à rejoindre leur ancien coach dans le projet langonnais. Mais pourquoi ? Pour Maxime Gau, pilier de son état, c’est un tout : « Il y avait le projet, l’ambiance qui régnait autour du club et le coach a forcément fait basculer la balance pour Langon car je savais justement comment il fonctionnait et ça a fini de me convaincre. » Vincent Debladis, ½ d’ouverture en provenance d’Aubenas est venu à Langon « car le club avait fait deux belles saisons avec Christophe. On connaît le personnage et je pense que si on vient, c’est parce qu’on aime son management ». Peu importe ce qu’on dit de l’homme à l’extérieur, eux savent, comme l’explique Maxime : « c’est un management humain et sa grosse, grosse qualité est d’être un gros meneur d’hommes. Il est très fort pour créer un groupe avec des joueurs qui viennent de partout en France ou dans le monde, il arrive à créer quelque chose de fort et des liens qui durent au fil des années. On est toujours resté en contact après Cognac car il avait su créer des choses entre nous. C’est lui qui est intervenu auprès des présidents de Langon dans le cadre de ma reconversion, ça va bien au-delà du rugby ». Et Vincent de renchérir : « Au-delà de ça, il sait te dire quand tu n’es pas bon et qu’il n’est pas content. Il y a peu de managers aujourd’hui qui disent les vérités en face et les choses comme ils les pensent. Les valeurs humaines, pour lui, ce n’est pas pour faire joli et s’il est en Nationale 1 avec un groupe qu’il a pris en Fédérale 1, c’est que ça fonctionne. Avant de recruter sportif, il va regarder la mentalité et moi qui rejoins Langon cette année, je me retrouve avec 9 personnes avec qui j’étais à Cognac. » « Quand il crée un groupe, il le crée avec de bons mecs, des gens qui vont s’envoyer et qui sont là pour l’équipe et pour le club, plus que des gens qui ne pensent qu’à eux et à leur petite personne. Il est dans ce management-là tout au long de la saison, il va chercher plus loin que ce qu’il voit, il s’intéresse aux familles, il voit plus loin que le rugby et ça lui donne des leviers dans la saison pour faire performer l’équipe. C’est aussi un gros travailleur et un besogneux sur tout ce qui est rugby » (Maxime Gau).

Isikili Davetawalu, qui arrive de Niort, voit en son coach « quelqu’un qui sait donner confiance aux joueurs. Il sait comment faire en sorte que l’on donne le meilleur de nous-mêmes, il sait aller nous chercher même quand nous, on doute. On peut aller le voir n’importe quand, pour le rugby ou autre, c’est extrêmement important. On se parlait tout le temps et quand j’ai quitté Niort, je ne voyais pas d’autre club que celui où il était. Ce n’est pas un coach comme les autres » D’ailleurs, pour Vincent « si Christophe vient nous chercher, ce n’est pas pour rien. ». « C’est un coach atypique parce-que c’est un bonhomme atypique, il y a peu d’entraîneurs dans le rugby français qui se préoccupent plus des valeurs humaines que des valeurs intrinsèques rugbystiques et par ça, il se démarque des autres. » conclura Maxime Gau. Le ton est donné !

Quand le plaisir prend le pas sur le bâton
Remontons quelques années en arrière, à une époque où Christophe Hamacek ne pensait qu’à jouer et pourtant … « de tous temps, depuis tout gamin, je crois que j’ai été leader et j’ai aimé être le capitaine et le responsable. Depuis tout petit, j’ai aimé organiser et plus tard, j’ai aimé manager que ce soit dans le sport ou même ailleurs. J’ai toujours été force de proposition et, quelque part, j’étais leader sans le savoir ». Question de naissance ou d’essence ? Les deux mon capitaine car son enthousiasme pour la vie est profondément ancré en lui et tout ce qui va avec : s’amuser, rigoler, le goût des bonnes choses. C’est ce qu’il a voulu garder et appliquer dans son métier de coach en devenant comme il le cite « un catalyseur de plaisirs » dans le rugby ou à l’extérieur. Mais pourquoi est-ce si primordial pour lui de mettre ce plaisir en avant ? « parce-que pour moi, le rugby reste un jeu et lorsqu’on devient entraîneur, on l’oublie souvent. Le plaisir que j’ai à Langon et qui est énorme, c’est ce qu’on a en plus dans le fait d’être amateurs dans un monde professionnel qu’est la Nationale, à savoir qu’on s’amuse. Nous n’avons rien à perdre et on est vraiment là pour jouer ce à quoi adhèrent totalement tant les joueurs recrutés que ceux qui étaient déjà là. Si tu prends le rugby comme ça, non seulement tu t’amuses mais en plus, tu as de bons résultats comme c’est le cas depuis deux ans ».

Pourtant, dans un rugby où tout est de plus en plus question de résultats purs et durs, ne peut-on compter que sur le seul plaisir pour s’imposer ? Ne doit-on pas garder une certaine « sévérité » ? Réponse de l’intéressé : « C’est le rôle du manager et comme je le dis parfois, j’ai la carotte et le bâton. J’ai un groupe de 40 joueurs qui ont tous envie de jouer en équipe 1, ils ont beaucoup d’enthousiasme qui est parfois débordant. C’est très rigolo parce qu’il y a de gros moments de fous rires à l’entraînement et je les gronde, je fais un peu le maître d’école en disant « arrêtez, on se met à bosser » mais j’ai moi-même très envie de rire, ce qui peut m’arriver. Il faut trouver un équilibre car mes gars travaillent, j’en ai un qui fait de la mise en rayon en supermarché à partir de 4h, un autre qui est plombier qui démarre à 5h, d’autres font de la mise en bouteille dans les vins de Graves. Ils ont des boulots difficiles, je ne veux pas l’oublier et je veux qu’ils prennent du plaisir le soir à l’entraînement car si c’est compliqué dans leurs vies professionnelles, ça ne doit pas l’être en plus dans le rugby. Aujourd’hui, c’est compris et je ne sais pas si j’ai déjà entraîné un groupe avec autant de joie collective, de solidarité les uns envers les autres et une farouche envie collective de gagner ». Et le combo de tout ceci, ce sont des joueurs qui osent même quand il faudrait être sage mais toujours dans l’équilibre : « On a réussi à trouver l’équilibre entre le sérieux et les choses qu’il faut maîtriser et le fantasque, si tant est que faire des passes est quelque chose de fantasque ».

On ne connaît vraiment que ceux que l’on aime
L’entraîneur, ce n’est pas seulement se présenter sur le terrain, faire ses séances et au-revoir tout le monde, à la prochaine, c’est un travail de tous les instants, seul ou avec l’équipe. Et pour cela, Christophe Hamacek a un secret : « Je connais très bien tous mes joueurs, vraiment, et ils fonctionnent tous différemment. Il y en a envers qui j’aurai beaucoup d’exigences, des mots qui vont les toucher dans la motivation et les faire se transcender pour l’équipe. Ce qui m’intéresse le plus, c’est que chaque joueur donne 100% pour le groupe et il faut donc avoir un management adapté à chacun pour que l’équipe arrive à donner le meilleur collectivement. ». Aimer et connaitre l’autre, ça peut paraître suranné ou tiré d’un roman de gare à l’eau de rose et pourtant, c’est la clé, SA clé : « Ce qui me plaît énormément, c’est l’humain et c’est pour cette raison que je suis encore entraîneur à 57 ans et, comme je leur dis, je sème des graines. Lorsque je suis arrivé à Langon il y a deux ans, je leur ai dit « les gars, on a une bonne petite équipe mais moi, je pense qu’on peut être champions de France ». Ils m’ont tous pris pour un fou mais au fur et à mesure des matchs gagnés, ils se sont dit que j’avais peut-être raison pour être persuadé à la fin qu’ils pouvaient y arriver et ils n’avaient plus qu’un seul objectif : être champions de France. » Vous l’aurez compris, conventionnel ne fait pas partie de son vocabulaire et là est sa différence : les datas, il s’en fout royalement, les statistiques, ça ne passera jamais en premier et pourquoi ? Parce-que ce qui le caractérise, c’est l’affect et le fait de voir en un joueur des capacités humaines qui compenseront les capacités rugbystiques : « Un mec ne sera pas mon meilleur plaqueur ou mon meilleur sauteur mais je sais ce qu’il peut apporter à l’équipe intellectuellement ou parce qu’il est stratège ou qu’il a la confiance de ses partenaires, qu’il les rassure. Ça, c’est quelque chose que les entraîneurs ne prennent pas en compte. Tout le monde parle de rugby et de beau jeu mais moi, je vais te parler de combat car on oublie souvent que c’est l’équipe qui est la plus féroce dans le combat qui gagne ».

Juste une question de confiance
On oublie trop souvent qu’un joueur, ça reste un homme avec ses problèmes du quotidien ce qui, forcément, rejaillit sur son rugby mais que faire dans un cas pareil lorsque l’on est entraîneur ? Merci et au revoir ? Que nenni pour notre invité du jour : « J’ai la confiance de tous mes joueurs mais je ne suis pas pour autant un personnage lisse. J’ai mes coups de gueule, mes sourires mais je les aide comme lorsque j’ai accompagné mes Fidjiens dans leurs démarches de carte vitale, je les ai pris par la main et je passe beaucoup de temps avec. Je crois que les gars me le rendent au centuple car je le fais naturellement et spontanément, je dis que j’aime beaucoup mes joueurs mais ils me le rendent bien et derrière, ils ont envie de me plaire et de ne pas décevoir ». Et voilà, on est en plein dans la « Hamacek Touch » : ne pas être juste un entraîneur ou juste un manager mais un « chercheur d’humanité ». Pas toujours évident quand on a 40 bonhommes devant soi et pourtant : « Je veux tous les connaître et ce que j’aime, c’est le moment autour d’un café où on parle d’autre chose que du rugby mais de la famille, du boulot, pour les étrangers, du pays et de ce qu’ils veulent faire après pour les aider à préparer l’avenir, pour qu’ils se sentent bien, tout simplement. ». De ces conversations du quotidien, notre manager va trouver les associations qui matcheront sur le terrain mais pour voir émerger une équipe, un seul leitmotiv, le collectif : « Je pense que la force du collectif est supérieure aux compétences individuelles de 15 mecs. S’ils ont envie de se dépouiller les uns pour les autres, c’est supérieur à tout et c’est ce qui se passe à Langon depuis 3 ans. J’entends beaucoup d’entraîneurs dire « on joue mieux que Langon », c’est peut-être vrai dans certains secteurs mais on gagne quand même souvent depuis deux ans parce qu’on a ce petit truc en plus, celui d’être solidaires comme les doigts d’une main et aujourd’hui, on a des mecs qui seront potes à vie parce qu’ils vivent quelque chose de bien. ».

Plaisir et professionnalisme vont-ils très bien ensemble ?
N’oublions cependant pas qu’avant le monde amateur dans lequel il excelle aujourd’hui, Christophe Hamacek a connu le professionnalisme, à Béziers et Rouen entre autres mais ce professionnalisme est a ce jour tout autre, plus dur, plus exigeant, plus incertain aujourd’hui. Alors, cette recette de Panoramix y aurait-elle sa place aujourd’hui ? « Je ne sais pas mais la certitude que j’ai maintenant, et Dieu sait si on a de moins en moins de certitudes en vieillissant, c’est que si j’entraînais une équipe professionnelle demain, je ferai en sorte que les mecs vivent bien ensemble, qu’ils prennent toujours le rugby comme un jeu et non comme un travail car le danger du rugby professionnel d’aujourd’hui, c’est que les mecs viennent bosser mais le rugby ne doit jamais être l’usine ! Quand j’entends que des équipes commencent à s’entraîner à 6h du matin, qu’il ne faut pas parler, ne pas dire un mot, où est le plaisir ? Où est le plaisir ? » Et voilà face à nous des yeux qui pétillent en évoquant un ultime défi, une volonté de faire rimer plaisir et professionnalisme : « J’aimerai un jour retourner en Pro D2, avec mon staff, Seb et Anthony à Langon, les frères Cabannes avec qui j’ai vécu des moments passionnants de même vision du rugby et des choses. Si on retournait dans le monde professionnel , je n’émets même pas un doute de notre réussite ». Prétentieux ? Non, convaincu, convaincu qu’un joueur professionnel que l’on peut penser formaté est comme tout rugbyman amateur : il a envie de prendre du plaisir et de vivre de bons moments. Cette vision peut paraître simple, certaines mauvaises langues pourraient même la qualifier de simpliste, mais elle est pourtant pleine de (bon) sens : « Je ne vais pas trahir mon discours en faisant une analyste chiffrée des résultats que j’ai eus partout où je suis passé mais il y a une constante : je n’ai jamais changé mon management. Je suis persuadé que ce dernier a sa place, et encore plus maintenant dans un monde pro qui est de plus en plus difficile. J’entends des mecs dire qu’ils sont fatigués, qu’ils sont en dépression, qu’ils en ont marre du rugby et, malheureusement, je le comprends mais je ne veux pas l’entendre, ce n’est pas possible. On s’est fourvoyé, tout le monde s’est fourvoyé mais je suis persuadé qu’une équipe qui serait dans le très bien vivre ensemble aurait de très bons résultats. »

Un extra-terrestre du rugby ?
Avec une telle vision du management, on peut légitimement se demander si Christophe Hamacek n’est pas en effet un ovni dans le rugby d’aujourd’hui mais lui ne se voit pas comme le capitaine venu d’une autre galaxie mais quand un homme convaincu par ses méthodes : « J’ai vraiment de fortes convictions là-dessus et sur le fait qu’en étant heureux, léger et espiègle, on peut avoir du panache. Ça, je l’ai en moi, c’est peut-être maintenant la force de l’âge et je ne vais pas y déroger. » Là où les autres clubs se focalisent sur les datas, suivent les données GPS de leurs joueurs à la trace, sont dans l’analyse constante de leurs performances, lui avoue n’y attacher aucune importance « Il faut être chercheur au CNRS pour comprendre certaines feuilles de route et d’ailleurs, ça ne rend pas les joueurs meilleurs dans ces secteurs « surtravaillés ». Au lieu d’améliorer la compréhension, ça la complexifie mais ça rassure et les entraîneurs et les présidents car souvent, les entraîneurs veulent montrer aux présidents qu’ils travaillent beaucoup. » Bon, soyons rassurés, il est quand même partisan du fait qu’il faut savoir jouer au rugby mais qu’avec un recrutement ciblé, domaine où il se régale, car il prend le temps de chercher des hommes avec qui il sait qu’avant tout, ça va matcher et bien s’entendre. Et oui, avec lui, et même si on essaye de l’entraîner hors du chemin, on en reviendra toujours à la dimension humaine, preuve s’il en fallait du bien fondé de son projet. Oui, il a bien sûr des compétences sur la touche, sur le jeu d’avants, une vraie volonté de faire vivre le ballon, il aime notamment le jeu à la toulousaine, avoir une grosse défense et une conquête forte car ça fait gagner mais … « rien de tout ça ne serait efficace s’il n’y avait pas une grande envie collective de se dépasser. »

Et le rugby dans tout ça ?
Une fois trouvés les hommes qui formeront un collectif à toute épreuve et prêts à gravir toutes les montagnes, Everest y compris, reste maintenant à les aiguiller sur le terrain et pour cela, le maître mot sera l’exigence, notamment sur tout ce qui est phases de conquête et défense : « Je suis très exigeant sur la défense car il n’y a pas besoin de talent pour être un bon défenseur, pour se replacer, pour courir ou pour monter haut. J’essaye de trouver de la variété en touche, c’est mon travail et je l’aime beaucoup, ainsi que des stratégies pour avoir des ballons mais j’accepte l’erreur. Je ne peux pas avoir un double discours envers un gars qui se trompe en lui disant « vas-y mon gars, ose » et le défoncer au moindre ballon tombé même si je sais que le fait d’oser me coûte des matchs. » Ok pour une erreur de fougue, de jeunesse ou d’envie mais pour une erreur qui coûte des points, à l’image d’un « mauvais choix », comment est-ce qu’il réagit ? En guise d’exemple, nous avons évoqué le choix d’une pénaltouche au résultat stérile plutôt que de 3 points sûrement assurés et, sans vous mentir, ça l’a plutôt fait rire : « Ça me rappelle des mecs qui gueulent avant « pénaltouche », tu ne marques pas l’essai et là « on aurait mieux fait de la tenter » ou à l’inverse « on l’a tentée, on l’a ratée, on aurait mieux fait d’aller chercher la pénaltouche ». Là, je respecte le choix des joueurs en toutes circonstances et pour moi, il est logique d’être ambitieux en allant chercher 7 points plutôt que 3. Tout dépend bien sûr où tu en es dans le match, si c’est la dernière action à la dernière minute et que tu as pénalité en face des poteaux, bien sûr que tu la tentes, il ne faut pas oublier la stratégie. Je serai cependant plus pour oser et avoir une prise de risques qui, somme toute, n’est pas si importante que ça si derrière, tu es bon en conquête. C’est un cercle vertueux, si tu es bon en conquête, si tu oses, tôt ou tard, ça payera. C’est la chance que j’ai eue. ». Et c’est là qu’intervient tout le rôle de l’entraîneur car il faut avoir assez de patience voire de résilience pour accepter qu’il y ait du déchet tout en continuant à encourager les joueurs pour avoir, à un moment donné, des résultats.

Général stratège
On entend toutes sortes de surnoms concernant Christophe Hamacek tels que sorcier, magicien ou autre mais il y a en a un qui lui colle bien au teint, celui de « général ». Il choisit et guide son équipe comme une petite armée, avec des mecs en qui on a assez confiance pour partir au combat et aller gagner la guerre, à l’image d’un général Hannibal qui, en son temps, a su déjouer tous les pronostics pour renverser les plus puissants. « En fait, c’est de la stratégie, j’adore la stratégie. Tu as celle à court terme qui est le match et celle à long terme qui va être le bloc ou la saison. J’essaye toujours d’avoir un ou deux coups d’avance, je réfléchis au coup d’après, par exemple, si on joue le samedi, je pense déjà au match que l’on va disputer le samedi d’après et à celui encore d’après. Quand je fais des stratégies en touche, je les fais bosser deux semaines avant et je leur dis sur quel match on sortira la combinaison. Je prépare par rapport aux profils d’équipes ou à ce que j’ai perçu des adversaires ou à nos points forts. J’aime vraiment beaucoup, beaucoup la stratégie, comme aux échecs. ». Et cette stratégie, elle ne se travaille pas seulement sur le terrain mais, comme à l’armée, il y a un énorme travail en amont de préparation, de savoir quel exercice on fait et pourquoi. « Être un bon entraîneur, ou essayer de l’être, c’est être capable de voir très, très vite le rugby, de le connaître et de voir ce qu’il te manque, de travailler immédiatement les choses qui t’ont manquées ou qui ont été défaillantes sur ton dernier match. » Il faut également être capable de prendre du recul pour mieux voir les choses et c’est pour cela que lors des entraînements, notre invité du jour aime bien s’installer dans les tribunes pour regarder et responsabiliser les joueurs : « Bon, de temps en temps, il y a un coup de gueule qui part des tribunes parce-que quelque chose n’est pas bien et je régule mais je sais que si ce sont les joueurs qui prennent les choses en main, j’ai gagné. »

A sévère, sévère et demi
Coup de gueule a-t-il dit … Il est vrai qu’il n’a pas la réputation d’être quelqu’un de facile, mauvais caractère, un chouïa gueulard sur les bords et pourtant, l’impression que l’on a en regardant ses joueurs évoluer et gagner, c’est que c’est toujours à bon escient. Impression ou fait avéré ? « Ça a le mérite d’être très sincère, d’être efficace car il y a une réaction immédiate des joueurs mais ça retombe aussitôt comme un soufflé donc il n’y a pas de perte de temps. Oui, je peux monter très, très vite, râler, dire les choses mais je suis sûr que 100% des joueurs savent que, quand je fais ça, c’est pour leur bien et le bien de l’équipe. Jamais je ne suis humiliant dans mon management, je suis constamment dans la bienveillance. » En bref, pour résumer le management Hamacek, c’est tolérance maximale sur l’erreur technique due à une trop grande envie de bien faire mais tolérance zéro sur le manque d’investissement, on ne badine pas avec le hors-jeu dans le sens « se mettre hors du jeu » et là, la sanction est immédiate : « Ça peut être le meilleur joueur de l’équipe, s’il est en faillite dans l’investissement, il ne jouera pas. Si quelqu’un n’a pas été à 100% de ce qu’il pouvait donner ou dans la générosité, par exemple dans un acte défensif, quelqu’un qui n’a pas fait l’effort de se baisser, là, je peux être dur et sanctionner mais toujours en lui expliquant pourquoi. Si tu veux faire progresser quelqu’un sur ses points faibles, il faut le valoriser sur ses points forts par contre, si tu veux faire régresser quelqu’un sur ses points forts, tu le dévalorises sur ses points faibles. ».

Entraîneur, manager ou les deux ?
On a tenté mais pas sûre que nous en sachions plus car voici sa réponse : « Je suis un général ! J’emmène les mecs au combat et comme un général, je ne supporte pas qu’on touche à mes soldats, à mes joueurs. C’est moi qui prends les coups mais par contre, c’est moi qui prends la direction et qui les amène. » Ce rôle nécessite également énormément de pédagogie, on ne peut se comporter de la même manière avec un espoir de 18 ans tout juste monté en équipe première qu’avec un vieux briscard de 36 ans qui a presque tout vu et tout fait : « Ma force, c’est de m’adapter au profil du mec que j’ai en face et mes exigences seront aussi différentes. J’aime modeler des caractères. » Certes, mais pour en faire ce que veut le coach ou pour qu’ils s’épanouissent ? « Pour qu’ils se révèlent et ils se révèleront d’autant mieux s’ils ont la générosité que j’aime que les joueurs aient. » Nous avons déjà évoqué le talent du bonhomme à jouer les Spiderman et à tisser les liens entre les joueurs pour avoir l’équipe humainement idéale mais parfois, ça peut ne pas prendre « Il m’est bien sûr arrivé de me tromper. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur des cycles de 10 ou 11 mois et quand tu ne t’entends pas avec quelqu’un, ou que les joueurs ne s’entendent pas avec moi, chacun part de son côté. Il m’est arrivé de me séparer de joueurs hyper côtés rugbystiquement mais qui ne rentraient pas dans le moule du collectif que j’attends. Ça n’est par contre jamais arrivé sur de la longue durée car je vais rencontrer les mecs. » Tiens, voici une autre particularité Hamacekienne : des entretiens, non pardon, des rencontres de joueurs sans agent, sans personne de manière à cerner l’homme et éviter au maximum de se tromper pour ne pas aller mettre le boxon dans un effectif. « La plus grande force du Stade Langonnais aujourd’hui, c’est la cohésion entre les joueurs et je n’ai pas envie qu’un joueur vienne mettre à mal ce que nous avons construit ensemble. Si par hasard, il y a quand même un mouton noir, tu l’isoles et il ne joue pas, j’ai la force mentale nécessaire pour le faire sans état d’âme ».

Et l’homme Christophe Hamacek dans tout ça ?
Quand on y réfléchit et qu’on reprend ces propos, l’entraîneur tel qu’il le conçoit est à la fois un formateur, un accompagnant, une oreille voire un petit peu un psy, une sorte de centre névralgique d’une équipe d’où tu pars et où tout arrive. Mais comment arrive t’on à absorber les émotions des autres tout en se préservant soi-même ? « Tout ça, c’est grâce à l’expérience. Je suis très, très serein et même s’il y a parfois des choses qui me stressent ou m’agacent, j’essaye de ne pas le montrer, notamment aux joueurs. J’arrive à évacuer car si je dis aux joueurs que le rugby est un jeu, je dois m’appliquer la même chose. Je sais que le rugby est un jeu et que la victoire ou la défaite sont de faux amis. » Ce recul est venu progressivement au fil de ses 26 ans de carrière où, petit à petit, la sagesse d’esprit est venue s’équilibrer avec la fougue et donner lieu à un management constamment positif ce qui, paradoxalement, rajoute encore à la charge d’entraîneur. Et pourtant … « C’est ce qui me plaît le plus ! Je ne suis jamais fatigué, ni physiquement ni mentalement, car j’aime vraiment ce que je fais et, quelque part, c’est ce qui me tient debout et me fait avancer. » Il y a pourtant eu des moments difficiles, doux euphémisme, dans son parcours voire même des choses très violentes qui auraient pu le conduire à tout envoyer valser : « J’ai pu y penser mais la passion a toujours pris le dessus sur tout. Je comprends les joueurs qui deviennent entraîneurs dès la fin de leurs carrières parce-que c’est la facilité pour tout le monde, club y compris mais entraîneur, c’est un métier et c’est d’abord une passion. ». Car il faut aimer transmettre, il faut aimer former, il faut aimer éduquer, que l’on soit un petit EDR ou un grand senior, sans passion, pas d’entraîneurs et sans entraîneurs, pas de joueurs et c’est ce qui « tient » Christophe Hamacek depuis toutes ces années. Mais avec les exploits de ces dernières années, vit-il l’apogée de sa passion ? « J’espère qu’on n’a jamais fini ! J’espère que j’aurai encore cette foi en l’homme dans quelques années. Jeune, j’ai très vite compris que la vie pouvait être quelque chose de pas facile et je dis souvent aux joueurs « la vie est un roman dont on connaît déjà la fin, le héros meurt. Faisons donc en sorte que nos chapitres soient de bons moments de vie ».

Un mantra à l’image de son auteur qui n’aura jamais déroger à sa ligne de conduite. Il revendique le fait qu’avec ses joueurs, ils vivent des aventures extraordinaires que seul le sport peut donner « les personnes lambdas ne prennent pas de shoots d’adrénaline comme on prend dans un stade plein qui chavire de bonheur et moi, je me drogue à ces shoots de bonheur ». Et même s’il peut y avoir des doutes, cet entraîneur a une telle passion du rugby, des hommes qui le composent et qui composent une équipe, qu’il a et aura toujours envie d’y revenir. Et de conclure : « J’ai eu des réussites, j’ai eu des échecs mais le plus grand plaisir que j’ai, ce de lire des interviews de joueurs que j’ai eu il y a eu 10 ans, comme récemment Soane Toevalu, dire que 10 ans après, c’était à Béziers, les meilleurs stages de présaisons et de cohésion, il les a faits avec Christophe Hamacek. C’est quand des joueurs que je n’ai pas vus depuis longtemps viennent me faire la bise. Je sais qu’ils ont gardé des liens très forts et du respect pour la personne que je suis et ça, ça me touche. » Si on cherchait à savoir si un entraîneur peut impacter une vie, il semble que nous ayons la réponse …

Article rédigé par Stephanie Maufoux

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