A quelques jours du début du championnat de Nationale 2, petit tour d’horizon du côté du stade Noël Pélissou où il y a eu pas mal de changements avec un nouveau staff qui est arrivé en début d’été. Les rouges et noirs vont renouer ce dimanche à 15h avec leur public face au Bassin d’Arcachon, après quasiment cinq mois sans avoir fouler la pelouse de l’antre graulhetoise. Pour nous parler de cette rencontre, de cette saison, des nouveaux membres qui sont dans le staff et de cette nouvelle aventure, Christophe Marth, l’un de deux co-entraîneurs (en charge des avants) nous a accordé un entretien.

On peut dire que pour toi, c’est un come-back dans le Tarn ?
Et oui, c’est ça, à la base, je suis Tarnais et j’ai grandi à Castres. J’ai fait toutes mes études ici ainsi que mes classes rugbystiques au Castres Olympique avec comme entraîneurs à l’époque Alain Gaillard, Christophe Urios et autres. C’est du coup un come-back dans le Tarn après plusieurs années et la fin de ma carrière à Oyonnax et je suis content que mes filles, dont l’une est née à Castres, puissent comme nous découvrir un petit peu la région et faire en quelque sorte un retour aux sources.

Lorsque les présidents Renaud Martinet et Jérôme Montbroussous t’ont appelé, qu’est-ce qui t’a amené à plonger dans le projet graulhetois ?
Déjà le niveau de la Nationale 2 car, à l’époque, j’avais eu des contacts avec Gaillac mais ce qui m’avait rebuté, c’était le niveau de la Fédérale 1, évidemment en toute humilité. Comme je suis quelqu’un d’ambitieux, je souhaitais quand même rester au même niveau que ce que j’ai connu l’an dernier dans mon aventure marmandaise avec Romain Teulet. Il y a bien sûr eu aussi le discours des présidents car on peut quand même dire que, depuis plusieurs saisons, Graulhet est un club dynamique, il y a beaucoup de chantiers qui ont été menés à bien et j’avais envie de faire partie de cette dynamique.

Que représente Graulhet pour toi ?
Pour moi, c’est le terroir, le territoire, une place forte de l’Occitanie mais surtout, c’est la ville de toute ma belle-famille puisque les parents de ma femme sont graulhetois ainsi que ses grands-parents qui sont de la Trucarié et de Crins donc, comme je le disais tout à l’heure, c’est donc un retour aux sources évident pour moi. Graulhet, c’est aussi un état d’esprit, à l’époque, jouer Graulhet n’était pas drôle et, avec Michaël, on aimerait retrouver ça, retrouver cet ADN graulhetois de combat, de fierté et surtout porter haut les couleurs du territoire occitan.

Quelles ont été tes premières impressions lorsque tu es arrivé au stade Noël Pélissou pour la rentrée ? Qu’as-tu ressenti de ce club et de ce groupe ?
Ça m’a déjà fait bizarre car, à l’époque, Graulhet était plus mon ennemi car quand j’étais en Pro D2 avec Gaillac, on a beaucoup croisé le fer et, honnêtement, je n’aurais jamais pensé entraîner à Graulhet, maintenant, c’est chose faite et je le vis plutôt bien. Les impressions ont été bonnes, c’est un stade et des installations que je connaissais même si ces dernières ont beaucoup évolué avec la Bodega, ça s’est professionnalisé avec des espaces d’accueil et le travail qui a été fait est assez formidable. On a découvert un groupe travailleur qui a envie d’avancer et faire une saison encore meilleure que la précédente donc les impressions sont plutôt bonnes. J’ai également découvert Michaël Carré, que je ne connaissais pas, et avec qui ça se passe plutôt bien, on est en phase sur beaucoup de choses. Les prépas physiques travaillent dur aussi donc, pour le moment, ce sont de bonnes impressions mais tout le monde sait que tout cela est uniquement validé par des victoires.

Lorsque tu décides de relever le challenge graulhetois, c’est, comme tu l’as dit avec Michaël Carré, un entraîneur avec lequel tu n’as jamais coaché. C’était un peu un saut dans l’inconnu ?
C’est ça, c’était un saut dans l’inconnu. J’ai très vite été rassuré par son analyse et sa connaissance du jeu, tout ce qui est offensif, Michaël Carré est quelqu’un qui a beaucoup d’idées et qui faisait du très bon travail du côté de Fleurance donc ça ne m’a pas inquiété outre mesure non plus. C’est plutôt moi qui suis un jeune entraîneur même si ça fait 8 ans que j’entraîne mais Michaël a l’expérience du niveau. Je peux donc m’appuyer sur lui quand j’en ai besoin et d’ailleurs, je trouve qu’on est assez complémentaires dans tout ce qui est décisionnel ou prise de parole, on est à 50 / 50 et je trouve que ce système-là est très bien. Je me suis évidemment renseigné sur lui, c’était un joueur à fort potentiel avec beaucoup de caractère et c’est aussi ce qui me définit un petit peu. Voilà les raisons pour lesquelles je trouve qu’on se complète.

Tu nous parles un peu de ton parcours d’entraîneur ?
Après ma carrière professionnelle, j’ai été très, très déçu par le monde pro et surtout par la fin de carrière. Même si c’était avec Christophe à Oyo, j’ai été très déçu par le monde professionnel et du coup, j’ai décidé de stopper et de couper toutes relations avec le rugby, j’ai fait une dépression, je n’étais vraiment pas bien, à l’époque, Provale était venu m’interviewer pour avoir des témoignages d’anciens joueurs professionnels qui avaient du mal à se reconvertir. Suite à ça, je suis rentré chez Easy Jet à Genève pendant presque 10 ans et un copain à moi est venu me chercher pour entraîner des U14. Je n’étais pas du tout partant au début et j’y suis allé pour lui faire plaisir mais là, tout est revenu en puissance 10 avec l’envie de transmettre, j’ai passé tous mes diplômes et en fait, j’ai souhaité commencer à la base pour être sûr d’aimer ce que je fais et d’aimer entraîner. J’ai fait des 14, des 16, des 18, des 19 et avec le staff précédent, on a entraîné 3 ans sur Annecy avec une montée, un titre donc ça s’est plutôt bien passé. J’ai été en contact avec pas mal de clubs dont Rumilly mais j’ai décidé de tout laisser tomber l’année dernière suite à la naissance de notre fille, on a décidé avec ma femme de passer plus de temps avec nos enfants, on a fait un choix familial et, du coup, j’ai suivi Teulet à Marmande sur une année de Nationale 2 qui, finalement, diffère peu de la Fédérale 1, c’est vrai qu’il y a un peu plus de volume et des gabarits un peu plus costauds mais il n’y a pas grande différence non plus. S’en sont suivis après ces contacts avec Graulhet et voilà comment j’ai atterri ici avec la volonté d’un retour aux sources, en tous cas dans les choix.

Est-ce que d’avoir commencé par la base, à savoir les jeunes et l’école de rugby, est-ce que c’est selon toi ce qu’il faudrait faire du côté de tous les entraîneurs car c’est fondateur ?
Il y a un proverbe qui dit « on peut avoir été un bon joueur et être un piteux entraîneur » et inversement. Moi, je trouvais intéressant de démarrer avec les jeunes car il y a quand même des années qui m’ont marqué au CO, ce sont mes meilleures années, ce sont des années où on est là pour le copain, il n’y a pas d’argent et il y a des liens très forts. Je m’étais dit que si je devais entraîner un jour, je redémarrerais à la base car tout est sain, il n’y pas de mauvaise pensée à ces niveaux-là. C’est vrai que d’avoir commencé avec les 14 puis les 16 et d’avoir passé les diplômes au fur et à mesure, ça m’a laissé le temps du choix et, comme je le disais, le temps d’être sûr d’aimer ça et c’est le cas, j’aime ça, j’aime coacher et transmettre toutes les valeurs qui sont les miennes. C’est très intéressant de transmettre.

Avec Michaël Carré, vous êtes arrivé dans un groupe qui a un passif et un historique, c’est ce groupe qui est monté en Nationale 2 et qui s’y est maintenu. Comment est-ce que vous avez élaboré votre groupe pour y mettre des touches qui vous ressemblent ?
Il faut aussi que nous, on s’adapte aux joueurs qui sont en place. Tout le monde comprend qu’on ne peut pas envoyer du jeu quand on a que des mecs lourds et inversement donc on essaye de s’adapter et de travailler en fonction des qualités des mecs. C’est effectivement un groupe qui, mine de rien, fait une belle saison l’année dernière, ils passent très près d’une qualif, ils ont un peu vécu la même saison que nous à Marmande avec des périodes où ils ont un petit peu lâché et c’est dommage car, au final, ils ratent la qualification de très peu. C’est donc un groupe qui avait quand même des bases solides, nous, on va essayer d’apporter un peu plus de structure même s’il y en avait beaucoup, le staff qui était en place était excellent. Il n’y a pas de problème, je pense que c’était plus une idée de changer les choses après X années d’entraîneurs, les cycles d’entraîneurs durent de 3 à 4 ans et c’est déjà beaucoup aujourd’hui. Il y a donc beaucoup de respect à la fois pour le groupe que l’on a pris et pour les gens qui étaient en place avant nous, on arrive en toute humilité, on a essayé de changer des choses et de proposer aux joueurs notre discours et notre projet de jeu. Je trouve que c’est aussi intéressant, ça fait une dynamique.

Quels sont les profils que vous êtes allés chercher dans le recrutement ?
Disons qu’il y en a certains qui se sont imposés par eux-mêmes car il y a des joueurs qui nous ont quittés et qu’il fallait remplacer, on a cherché des joueurs à forts impacts, dynamiques, qui comprennent bien les choses. On fait aussi avec les moyens qui sont les nôtres et je suis plutôt satisfait de notre recrutement mais, encore une fois, ça sera la vérité du terrain qui dira si on a eu raison ou tort, ça, c’est une certitude. Il faut gagner des matchs pour créer une dynamique et un état d’esprit, la cohésion des joueurs vient uniquement du vestiaire après les victoires, je ne crois pas en autre chose. Je crois au travail et à la victoire.

Quelle est ta méthodologie de travail ?
Je passe beaucoup de temps à analyser et à mettre en place des stratégies, mon secteur et mon dada, c’est évidemment la touche même si on a fait le choix cette année avec Michaël Carré d’intervenir l’un et l’autre dans tous les domaines. Je peux très bien parler à des ¾ de l’offensif, lui peut très bien parler à des avants des relances, il n’y a en fait pas de cadre. Concernant les méthodes, je crois beaucoup au travail, beaucoup d’analyses, là, typiquement, on a bossé sur le match Bourg-en-Bresse / Arcachon car même si c’était un match amical et que c’était leur première rencontre, on a passé beaucoup de temps à ça. Ensuite, j’aime beaucoup formaliser les choses, envoyer beaucoup de documents aux joueurs et je crois en leur capacité de travailler chez eux avec des vidéos. Je délègue beaucoup, j’ai également besoin de leaders sur lesquels m’appuyer, des relais sur le terrain à la fois dans les matchs et aux entraînements. Mon fonctionnement est participatif, je ne crois pas à la méthode dictatoriale où on impose les choses à des mecs qui, finalement, peuvent ne pas l’accepter, je ne fonctionne pas comme ça, j’ai besoin d’échanges et de retours. Les mecs sont donc un peu en autonomie même si, évidemment, je les encadre et je m’appuie beaucoup sur des joueurs relais, des joueurs cadres, cette semaine, par exemple, ils ont pris la parole pour présenter ce qu’ils avaient sur les mêlées ou sur les touches ou autres. Il y a à la fois le discours de l’entraîneur et celui du copain qui te dit ce qu’il a vu et je trouve que c’est intéressant de fonctionner comme ça.

Après deux années à avoir joué le maintien, les objectifs ont changé cette saison puisque vous avez annoncé viser la qualif ?
Oui, tout le club parle de qualification donc ça veut dire une 6e place, de gagner un maximum de matchs à domicile, d’aller en chercher quelques-uns à l’extérieur aussi car je trouve que c’est important dans l’identité d’une équipe et dans la construction d’un groupe de pouvoir s’exporter, il ne faut pas uniquement avoir des valeurs à domicile et exploser complètement à l’extérieur. Une 6e place me paraît réalisable d’autant que, comme je le disais en préambule, on a vécu une saison très difficile à Marmande l’année dernière et on échoue finalement à une victoire, soit 4 points, d’une qualif donc tout est possible. Il s’agit d’en avoir la conviction et de tout faire pour l’atteindre, on en revient encore à ce que je disais tout à l’heure, il y a uniquement le travail qui fait qu’on pourra y arriver donc oui, objectif qualif.

Tu nous parles de gagner des matchs et d’enchaîner des victoires à domicile, ça commence dès ce dimanche face à Arcachon, une équipe qui a subi des problématiques extra-sportives mais qui ont peut-être ressoudé ce groupe girondin. Ça a tout de la gueule du match piège par excellence ?
Oui, c’est ça et en plus particulièrement pour moi puisque j’entraînais l’année dernière avec David Banquet qui est le manager d’Arcachon donc on se retrouve un petit peu (rires). Évidemment que l’on va faire abstraction de tout ça mais je connais ses qualités, je sais très bien sur quoi Arcachon va essayer de nous prendre. David est un très bon entraîneur de conquête, mêlée et touche, donc on va bien sûr avoir un gros rendez-vous dans les fondamentaux. C’est une équipe qui est dense, qui essaye malgré tout de mettre du volume de jeu, qui ne se contente pas de faire touche / mêlée, touche / mêlée, ils ont des individualités, des mecs costauds qui avancent et qui aiment le défi. Il faudra bien sûr répondre présent dans ce domaine en particulier.

Quel est le mot d’ordre pour cette saison et quelle est la signature que vous aimeriez imprimer sur le Sporting Club Graulhetois ?
L’objectif, on en a parlé et c’est la qualification. Ensuite, on va surtout parler d’état d’esprit, de cohésion et ça démarre par le fait de se soutenir, d’être sérieux, de travailler quand on le demande mais aussi de relâcher la bride quand il le faut, il faut aussi trouver le bon tempo pour faire les choses à bon escient, au bon moment. Pour Michaël comme pour moi, l’état d’esprit est très important dans le groupe, on a besoin de maturité, de joueurs qui, comme je le disais, nous suivent et qui sont convaincus de ce qu’on veut faire. Ça sera dur d’avancer avec des joueurs s’ils ne souhaitent pas se qualifier ou que ça leur importe peu, il faut que l’on rame tous dans le même sens et pour ça, on a des team managers, on a des gens qui travaillent beaucoup dans les bureaux et partout. Tout le club est dans la même dynamique, c’est le mot d’ordre.

Merci et on te souhaite une belle saison au pays du cuir
Merci beaucoup et à bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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