Retrouvez l’intégralité de la conférence de presse de Mathieu Bonello, le manager du SC Albi, en amont de la première journée de Nationale a Carcassonne.

Comment avez-vous séquencé la préparation ?
On l’a fait en trois temps avec d’abord les anciens qui sont revenus plus tôt puis les nouveaux qui ont connecté, une coupure de quelques jours suivie de la partie rugby avec une dernière semaine où il y a eu les matchs amicaux avant le championnat.

On va dire » résultats anecdotiques » pour les matchs amicaux puisque ce qui compte, c’est le contenu. Qu’est-ce que tu en as retenu ?
Deux matchs sur trois où on n’est pas loin en termes de points, voire où on peut faire mieux et un match où on est loin en termes de points. Forcément, on sait que quand on joue un adversaire du niveau au-dessus, les joueurs sont vachement impliqués et que quand tu joues des adversaires de la même division que toi, les matchs amicaux sont toujours entre deux, ne pas vouloir de blessés mais continuer le turn-over. On a fait beaucoup de turn-over, on a voulu voir tout le monde et que tout le monde ait la possibilité d’avoir du temps de jeu, on s’était engagé à ce que l’ensemble de l’effectif ait du temps de jeu, même les très jeunes, et on l’a fait donc c’était bien.

Le plus des matchs amicaux à appréhender était Carcassonne puisque vous le rejouiez deux semaines après donc il ne fallait pas non plus totalement te dévoiler car il fallait en garder un peu sous la pédale pour le match inaugural ?
Avec Jean-Marc Aué, on l’avait décidé il y a longtemps. On se connaît aussi, il y avait besoin de temps de jeu et de matchs donc c’était dur au dernier moment de changer d’adversaire et je n’y voyais pas d’inconvénient. Ça nous a également permis de donner du temps de jeu.

Vous faites le pari de la jeunesse cette saison. De ce que tu en as vu sur les deux matchs, est-ce que tu es content de cette jeunesse ?
Oui, je suis super content. Il faudra être patient avec eux, on sera aussi là pour les protéger, ils savent qu’ils peuvent prendre le maillot, peut-être encore plus qu’avant et ça, c’est génial dans l’enthousiasme et dans l’envie. On ne peut pas demander à quelqu’un qui a 18 ou 20 ans d’avoir l’expérience d’un mec qui en a 35, ce n’est pas possible mais en tous cas, ils amènent une belle énergie et l’avenir du club doit passer par eux.

Lors de la conférence de presse du mois de Juin, on a eu les paroles du nouveau projet et c’est maintenant à toi de les mettre en musique avec ton équipe. Comment est-ce que cela se passe et qu’est-ce qu’il y a de nouveau ?
Un manager applique bien sûr le projet global du club, c’est sa mission principale. Les décideurs et le club ont décidé d’avancer vers un nouveau projet et c’est à nous, les entraîneurs, de se coller dans ce projet-là, évidemment que l’on essaye de le mettre le plus possible en place dès cette année avec un renouvellement fort de l’effectif et avec de jeunes joueurs qui sont arrivés. Ce sera à nous de nous améliorer de sortie en sortie mais aussi d’être patients avec cette jeune équipe ce qui sera également important sinon, on peut se tromper d’objectif. Le club a annoncé ce qu’il en était de son projet et c’est ça qui est le plus important, que le club soit stable dans l’avenir et je trouve que c’est intéressant car la jeunesse, c’est bien mais il faudra être patient, on ne pourra pas demander tout et n’importe quoi. Je trouve que ça peut être un projet hyper intéressant à Albi dans le temps.

Lorsque tu es arrivé à Albi, tu nous avais parlé de livre et de chapitres. Est-ce qu’on peut dire qu’on en est au chapitre 4 du tome 1 ou au chapitre 1 du tome 2 ?
C’est plus ça, le chapitre 1 du tome 2 car c’est complètement différent, on a fait le tome 1 pendant 3 ans et là, on est sur un projet qui est totalement différent. Ça a sûrement du mal à rentrer par moment mais c’est un projet qui n’a plus rien à voir, c’est donc un nouveau tome et c’est le chapitre 1 du tome 2. Ce qui est important, c’est que les joueurs s’y retrouvent ainsi que le club et les supporters qui voudront suivre ça, Albi doit aujourd’hui revenir dans des proportions raisonnables pour pérenniser le club et c’est important de le comprendre.

Comment est-ce que cela se caractérise en termes d’ambitions ? Ambitions revues à la baisse ou est-ce qu’on reste dans le même créneau ?
Non, tu ne pourras pas rester dans le même créneau, le club n’a rien annoncé en objectif chiffré car ce n’est pas possible. Il n’y a pas l’objectif des autres années, on va faire de notre mieux, essayer d’aller le plus loin possible et essayer de gagner le plus de matchs possibles. On va par contre prendre les matchs les uns après les autres, on a de l’ambition mais, si on devait résumer, je trouve que la phrase serait » on a de l’ambition jeunes » ce qui veut dire construire notre club avec des jeunes tout en gardant des objectifs de continuer de gagner et d’aller le plus loin possible. Vous dire qu’aujourd’hui, on pourrait mettre des objectifs chiffrés, ça serait hyper dangereux et ça n’aiderait pas nos jeunes joueurs. Je crois qu’aujourd’hui, il faut réellement se rendre à l’évidence que, pour l’instant, Albi aura un budget revu à la baisse et une ambition toujours présente mais une construction différente.

25 ans de moyenne d’âge, c’est sûrement le groupe le plus jeune que tu as eu. Est-ce que ça t’oblige à changer un peu la façon d’appréhender les choses dans ton management car on ne manage pas des joueurs de 25 ans comme des joueurs de 30 ans ?
C’est très, très jeune, l’âge est très, très jeune, on est plus souvent vers 27/28 mais là, c’est très, très jeune donc bien sûr qu’il faut aussi s’adapter, il faut se renouveler après 3 ans. On a orienté le projet » mission jeunes » avec leurs qualités et leurs défauts mais ce que je veux aussi, malgré le fait d’être jeune, c’est une équipe autonome. J’ai envie que l’équipe se régule d’elle-même, même s’ils sont jeunes, on ne doit pas être tout le temps là avec Alex, on n’est pas sur le terrain et quand ça barde, les entraîneurs ne sont pas là. On l’avait déjà initié l’année dernière et là aussi, on leur laisse beaucoup de liberté dans un cadre professionnel, structuré où les valeurs d’esprit d’équipe priment sur le rugby et ça, j’ai envie qu’eux le prennent en main également.

Moins d’expérience peut vouloir dire plus de fougue ce qui peut aussi être intéressant ?
Comme je le disais, c’est hyper intéressant. Ils nous ont amené beaucoup d’énergie cet été et moi, comme je leur dis souvent et que je leur dis encore, c’est » ne vous posez pas de question, amusez-vous, régalez-vous, jouez des matchs, faites une saison et on fera le bilan à la fin « . Il faut vraiment les libérer de la pression de jouer en première à Albi ou en Nationale.

Il reste quand même encore quelques anciens pour encadrer ces jeunes. Qu’est-ce que tu attends d’eux ?
On attend des anciens qu’ils soient des » poissons pilotes « , des guides. Ils doivent être là pour sécuriser, pour les rassurer, pour les mettre dans le confort et amener beaucoup de bienveillance, les mots de cette année, ce sont la bienveillance entre les uns et les autres. En fait, le rugby, c’est toujours pareil, c’est le collectif et si les uns et les autres s’aident, ils seront plus forts ensemble.

Est-ce que le fait d’avoir un nouveau projet très axé sur les jeunes ne change pas fondamentalement ton rôle de manager ? Est-ce que, finalement, tu n’es pas plus près du rôle d’entraîneur que du manager qui chapeaute un petit peu ?
Oui, bien sûr surtout qu’à Albi, on est deux sur la partie rugby, il y a Théo qui nous aide aussi mais on est deux purs entraîneurs. C’est quand même de plus en plus rare dans le rugby actuel donc il faut revenir au terrain et un truc qui m’y fait d’ailleurs beaucoup plus revenir par rapport au manager que j’étais avant, c’est que les jeunes ont besoin de beaucoup plus d’accompagnement avec beaucoup plus de séances. On met donc aussi des choses en place différentes dans les semaines où il y a des séances individuelles et où il faut prendre plus le temps ce qui est également quelque chose qui me passionne. Moi, je suis manager de l’équipe, je ne suis pas manager de club mais dans l’avenir, il faudra que le club ait vraiment une vision globale pour former nos jeunes car, pour former nos jeunes, il nous faudra forcément de la ressource humaine en tant qu’éducateurs et qu’entraîneurs pour qu’on prépare nos jeunes au plus haut niveau.

Est-ce que ça fait du bien de justement avoir le temps, de ne pas être dans le truc du » il faut qu’on soit dans le premier wagon, il faut qu’on compte tous les points « . Là, on peut se projeter entre 1 et 3 mois d’avance ?
C’est vrai que le côté un peu » facilitant » de se dire » on va construire et faire grandir nos jeunes joueurs, nos jeunes un peu moins aguerris pour qu’ils atteignent un certain niveau » sans avoir la pression d’être toujours dans les 6, dans les ci ou les là. Par contre, le manager ou l’entraîneur que nous sommes ici à Albi avons quand même la soif d’avancer, de gagner et l’ensemble du club est là pour avancer et pour gagner mais il faut bien que tout le monde entende qu’il faut un temps où l’on accepte que nos jeunes joueurs rentrent, fassent 20 minutes et fassent peut-être deux erreurs qu’ils ne feront plus dans un mois pour être nos joueurs dominants dans 3 mois. On va être obligé d’en passer par là, la preuve encore jeudi dernier où je pense que si je laisse une certaine équipe, le résultat n’est pas le même mais en fait, on s’en fout de ça, aujourd’hui, on est là pour construire un club dans l’avenir et pour les faire grandir, c’est ça l’objectif N°1. Bien sûr qu’il y a les résultats et des matchs à gagner, on ne le galvaude pas mais ce que je veux dire aussi, surtout en étant 13 dans la poule où les choses sont un peu différentes, c’est qu’il faut que l’on arrive en Juin prochain avec un objectif que le groupe soit plus conséquent que lorsqu’on l’a pris au premier jour. Aujourd’hui, on n’a pas de mal, on a des joueurs qui ne sont pas encore au niveau de la Nationale, même des joueurs aguerris mais qui n’ont pas encore totalement le niveau, donc il faut que l’on travaille pour les faire grandir.

Qu’est-ce que tu veux donner comme identité à cette équipe ?
L’identité doit être la force de sa jeunesse c’est à dire qu’ils doivent être sur un terrain comme ils sont dans la vie, avec plein de fougue. L’identité et l’objectif, c’est surtout représenter au mieux les Albigeois, je crois qu’on peut accepter que les gens à l’extérieur ne soient pas d’accord avec notre rugby mais on ne doit pas laisser la place à ce que les supporters ou les gens à côté disent » ils ne s’y sont pas filé « . L’ADN de cette équipe doit être cette fougue et cet enthousiasme, le reste, bon ou pas bon ou pris dans tel secteur, c’est autre chose mais on doit sortir des matchs en se disant » cette équipe, elle a la foi « . C’est important et c’est l’ADN qu’on doit lui donner mais ça ne se donne pas comme ça, on est parfois encore » planplan « .

13 dans la poule, ça va faire comme l’année dernière et il y aura un moment où il va y avoir un gros trou. Il était très mal placé l’an dernier, est-ce que c’est un peu mieux cette année ?
Déjà, une pensée pour les gens de Hyères-Carqueiranne La Crau car ce n’est jamais marrant de faire ça mais, encore une fois, pourquoi ça ne s’est pas décidé avant et pourquoi, dans cette Nationale, on n’arrive pas à être 12 ou 14 ? A nouveau, le championnat a presque commencé qu’il y a un club en moins et ça décrédibilise notre division et voilà, il y aura un trou de plus dans cette division.

A l’inverse, comment est-ce que tu assimiles ce premier bloc ? Costaud quand même ?
Très costaud, très costaud, j’ai envie de parler de cols hors catégorie. On va aborder des cols hors catégorie et nous, nous sommes le petit poucet qui va essayer de gravir quelques mètres en altitude mais, forcément, on a du costaud, du lourd, voire les deux gros favoris de la poule pour la montée en Pro D2. On ne combattra pas dans le même championnat.

Avec ce nouveau projet, est-ce que tu sens qu’il y a moins de pression dans le groupe ?
C’est différent mais lorsque tu es compétiteur, tu te mets toujours la pression. Ce qu’on veut avant tout aujourd’hui, c’est construire une équipe qui joue bien et qui vit bien ensemble, de construire des joueurs, de les améliorer, les faire progresser et qu’on soit meilleurs demain, c’est ça l’important. Les objectifs sont forcément différents mais ce n’est pas pour ça qu’Albi n’aura plus d’ambition.

Après des années de construction, on a vu l’année dernière une évolution positive dans le groupe, malgré les deux derniers matchs donc on ne repart pas de zéro ?
Non, tu ne repars pas totalement de zéro mais, je suis bien placé pour le savoir, lorsque tu changes une vingtaine de bonhommes, plus de la moitié de l’effectif, des joueurs qui ne connaissent pas le niveau de la division, tu vas repartir de presque zéro. C’est ça qui est un peu le revers d’une 4e année, tu aimerais construire sur tes 3 années car souvent, tu ne comptes pas trop la première mais plutôt les deux suivantes. C’est le seul truc qui fait que, par contre, tu ne pars pas de zéro parce-que le rugby n’a pas totalement changé et qu’on ne va pas tout révolutionner mais sur la construction de l’équipe, oui, la connaissance des uns et des autres, tu es obligé alors que l’équipe tournait et qu’elle avait vachement évolué.

Est-ce que le brassard de capitaine est pour l’instant aux enchères ?
Il est aux enchères, vous verrez le premier nom qui sortira vendredi.

On ne peut pas avoir un indice ?
Vous le découvrirez.

On peut cocher plusieurs cases ?
Il faut cocher plusieurs cases et surtout, on a de jeunes joueurs aujourd’hui et nous, le staff, on a aussi une mission qui est de préparer des leaders. Des leaders, ça se prépare, ça se construit, tu nais parfois leader et parfois non et l’équipe en a besoin. On a fait les choses un peu différemment cette année, un peu autrement pour faire bouger les lignes avec Alex, même dans notre management donc vous aurez des surprises dans les matchs qui vont arriver.

Est-ce qu’il y a eu de la casse pendant la préparation ?
De petites casses mais pour l’instant, pas de grosse. Il y a aura des mecs qui seront sur le flanc mais pas plus.

Est-ce que vous avez trouvé le seconde ligne ?
Il est dans l’avion mais on ne sait pas encore à quelle heure il arrive (rires).

En parlant de construction, vous avez bien bossé pendant l’intersaison, le match contre Béziers en est le parfait exemple. J’imagine que ce qu’il vous manque maintenant, c’est une première victoire pour valider et partager quelque chose ensemble qui lance vraiment la dynamique de ce groupe ?
Bien sûr et puis, les équipes se construisent dans la victoire, on n’a pas été payé sur quelques matchs mais nous, ce qui nous importe, c’est qu’on veut que l’équipe évolue. On a beaucoup travaillé sur des domaines, on les a validés et maintenant, il faut arriver à jouer au rugby et gagner des matchs pour qu’il y ait un moment de cohésion entre eux lors d’une victoire car la victoire soude toujours l’équipe, on le sait très bien.

Quel est le mot d’ordre ? C’est plaisir, jouer en se faisant plaisir et qu’ils soient contents de jouer les uns pour les autres, c’est important.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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