A quelques mois des élections fédérales pour la présidence de la Fédération Française de Rugby, nous avons donner la parole au challenger du candidat sortant. Après avoir entendu Florian Grill courant juin, on donne aujourd’hui la parole au » petit prince » du rugby, Didier Codorniou qui vient de se lancer à bras le corps dans cette campagne avec l’objectif de remporter la mise le 19 octobre 2024. Entretien avec un ex international qui appréhende avec ambition la dernière ligne droite de cette bataille électorale au pays de l’ovalie,,

Vous vous êtes lancé dans un grand match, une grande bataille, aller arracher la présidence de la Fédération Française de Rugby. Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer dans ce challenge ?
Plusieurs éléments dont le premier est la passion. Si je puis dire, je n’ai jamais levé le pied du rugby depuis l’âge de 8 ans, j’ai joué, j’ai encadré, j’ai été manager des moins de 20 ans, j’ai été sélectionneur et en tant que maire de Gruissan, j’ai toujours été passionné par le ballon ovale et par le rugby de Gruissan, le rugby de région, le rugby fédéral et national. J’ai donc vu l’évolution et en fait, je crois que c’était peut-être aussi une volonté directement de ma part ou de mes proches de donner ou de redonner ce que le rugby m’a toujours apporté.

C’était de rendre au rugby ce que j’ai pu vivre depuis des années et des années avec mon expérience aujourd’hui mais c’est aussi une candidature d’apaisement ou de rassemblement car je considère que face au défi auquel nous sommes confrontés, le problème de licenciés à augmenter, les infrastructures, les budgets, il y a une vraie volonté de faire ensemble, de recréer du collectif et de remettre de la confiance. C’est aussi une candidature du volontarisme et du dynamisme, je crois en notre sport, je ne veux pas subir les événements mais je veux agir, j’ai toujours été un acteur dans tout ce que j’ai pu entreprendre que ce soit dans ma vie professionnelle, ma vie politique ou ma vie sportive.

J’ai toujours été libre de mes mouvements et de mes engagements et là, je trouvais que c’était une opportunité, je suis très attaché à la démocratie, bien sûr participative, mais également au suffrage universel. Je trouvais donc que quand il y avait une élection, il était intéressant de pouvoir se confronter à un président par intérim sortant mais aussi cette possibilité que je demande et que j’offre aux présidents des clubs, en fonction de notre programme, de notre engagement et des personnalités, de nous engager. J’espère savourer la victoire le 19 Octobre mais quoi qu’il en soit, les choses se passent relativement bien, je suis très, très satisfait de ce premier passage.

Avec votre expérience en politique, vous connaissez les campagnes et leurs us et coutumes mais une campagne pour la Fédération Française de Rugby reste quand même assez spéciale car c’est quasiment une campagne avec des grands électeurs puisque ce sont les présidents qui votent ?
En ce qui me concerne, c’est une campagne assez courte puisque je me suis engagé depuis maintenant deux mois et demi, j’ai beaucoup travaillé avec mon équipe, j’ai une belle équipe, expérimentée et paritaire qui reflète tous les territoires et qui est bien représentée sur tout l’ensemble du territoire. C’est une campagne qui est intéressante car je suis en même temps dans ma vie, dans ma passion qu’est le rugby, je connais la plupart des présidents, les anciens comme les nouveaux. J’ai finalement l’impression de ne pas m’être trop éloigné du rugby et même au contraire, d’avoir toujours été dans cette mouvance-là avec bien sûr des choses qui ont énormément évolué, notamment entre le monde professionnel et l’organisation des Nationales.

Je suis vraiment engagé, je suis comme dans ma vie professionnelle et j’ai tissé un lien de confiance avec tous les engagements, qu’ils soient politiques car j’ai été élu 4 fois à Gruissan, que ce soit la région, le monde professionnel avec mes activités professionnelles et je pense que je suis prêt à relever ces défis qui, en même temps, sont des défis relativement simples, c’est redorer un peu, donner du rêve à nos jeunes pour les fidéliser et remonter les effectifs. Il y a un vrai problème au niveau des clubs amateurs et ça, ça me préoccupe car quand on regarde un peu les effectifs, je regardais quelques chiffres, il y avait 300 000 licenciés en 2007 avec 2 000 filles, aujourd’hui, nous sommes 320 000 avec 50 000 filles et il y a 48 000 garçons qui sont partis et ça se répercute notamment au niveau des jeunes, des minimes mais surtout des cadets et des juniors dans les 1 800 clubs. Là, il y a vraiment un point important qui est d’essayer de voir comment on peut refaire venir ces jeunes joueurs et on a quelques pistes.

Vous avez annoncé votre équipe il y a quelques jours de cela. Quelle a été l’architecture de cette constitution de liste ?
L’architecture est très équilibrée. Il faut savoir que 4 Ligues représentent 67% de l’élection à savoir PACA, AURA, Occitanie et Aquitaine, vient ensuite l’Ile de France qui représente 15 ou 16% donc j’ai essayé de regarder des hommes et des femmes qui, en même temps, sont engagés avec une bonne connaissance pour me permettre d’aller un peu plus vite. Même si j’ai coupé pendant plusieurs années, j’ai été vice-président en charge des sports avec la Région et j’ai occupé beaucoup de fonctions donc je suis toujours resté dans cet environnement et j’ai voulu des hommes et des femmes qui me ressemblent, qui soient libres comme moi, qui ont une certaine personnalité mais aussi une bonne expérience, qu’elle soit liée au monde du rugby ou au monde de l’entreprise.

J’ai des experts-comptables, des personnes qui travaillent le droit, des chefs d’entreprise, j’ai deux médecins dont un jeune cardiologue, j’ai des professeurs, des ouvriers donc on a une équipe plurielle, qui est fraîche et qui a envie de gagner cette élection avec respect et en même temps, c’est aussi mon éthique car je suis très attaché à l’éthique, au travail exemplaire, à l’engagement et au sens donné par l’ensemble des membres de cette équipe-là. C’est dans cet esprit-là d’une candidature dans la clarté et la transparence, j’aime dire les choses, je suis très, très cash et il y aura d’ailleurs une gouvernance dont le mot d’ordre sera la transparence des chiffres aux actions.

Quels sont les grands axes et les axes forts de votre programme ?
Il y a 12 axes mais je vais peut-être rester sur l’essentiel. Il y a, me semble-t-il, un problème sur les infrastructures et je suis assez content que le président sortant ait proposé un plan Marshall. Il me semble que c’est moi qui avais été le premier à le proposer et ce plan est une manière d’aborder toutes les infrastructures, pas uniquement les vestiaires des filles qui font défaut mais l’ensemble des infrastructures que ce soient les terrains, où l’on sait que l’on a des problèmes pour arroser les terrains gazonnés. Il y a aujourd’hui des terrains synthétiques mais il y a également les vestiaires, les tribunes, l’éclairage, les clôtures, ce sont toutes ces infrastructures qui nous font défaut et notre objectif avec la Fédération est donc de lever 3 millions par an, soit 12 millions, et d’aller chercher les 102 millions restants pour arriver à une enveloppe de 120 sur la mandature 2024 / 2028. Ce sont des choses que j’ai toujours menées quand j’étais en responsabilité à la Région avec des plans état / région et là, c’est un plan » avenir rugby » qui est peut-être quelque chose d’original que n’ont pas l’habitude de porter les présidents sortants ou les élus de la Fédération Française. C’est auprès de la Jeunesse Nationale des Sports, auprès des collectivités, auprès de l’Etat et auprès de l’Europe qu’il faut aller faire du lobbying pour déclencher sur plan à venir. C’est aussi du renforcement sur notre plan qui s’appelle » innovations expérimentations «, on est là sur des financements innovants pour renforcer notamment les clubs de Nationale, Nationale 1 mais également Fédérale 1 où les communes sont propriétaires des installations et pourraient signer un bail emphytéotique et où le club se trouverait finalement en propriété pour exploiter les infrastructures et aller chercher des financements nouveaux. Pour expliquer, un président qui signe un bail emphytéotique avec la collectivité, qu’il faut bien sûr convaincre mais c’est aussi le sens de mon engagement, pourrait recevoir des entreprises avec de la location, créer des événements sportifs et culturels ce qui apportent également de la valorisation sur les espaces et des gains financiers non négligeables.

Un autre point également, c’est la simplification administrative donc un guichet unique, tous les présidents que j’ai rencontrés depuis maintenant deux mois et demi / trois mois disent qu’ils ne s’en sortent pas, que c’est trop compliqué, que l’administration est lourde et on veut donc mettre en place un guichet unique avec un numéro d’appel dédié pour une aide technique et administrative. Pour le reste des points, c’est redonner la parole aux présidents des clubs avec notre programme puisque ce dernier est le programme des présidents, 650 clubs sur 2 000 ont répondu sur un questionnaire que nous avons élaboré ce qui nous permet d’avoir une réponse adaptée sur, par exemple, les filles, comment est-ce qu’on peut aider le rugby féminin, comment est-ce qu’on peut aller chercher encore plus de jeunes dans les écoles et autres. Tous ces sujets seront mis en avant et quand je dis redonner la parole aux présidents des clubs, c’est aussi remettre trois commissions qui ont été suspendues par le président par intérim. Ces trois commissions concernent les clubs de divisions régionales qui touchent 1 500 clubs régionaux et font partie des 13 Ligues, ce sont également 300 clubs des divisions fédérales pour la 2e commission et pour la 3e, ce sont les 38 clubs des deux divisions Nationales qui ne se retrouvent plus comme c’était le cas il y a quelques années et je veux renforcer cette relation entre la Fédération, les Ligues, les Comités et les clubs pour qu’on puisse mieux s’entendre ensemble.

Des analystes ont dit que les deux projets, le projet Codorniou et le projet Grill, avaient un tronc commun de 60 / 70% qui était à peu près similaire. Qu’est-ce qui différencie vraiment les deux programmes ?
Je crois que c’est la gouvernance, c’est une gouvernance participative, je pense que le président sortant a un pouvoir très, très vertical. C’est aussi avoir une bonne lecture, des chiffres notamment, et ne pas forcément avoir une lecture déformé, je crois qu’il y a une volonté de faire peur à tous les présidents de clubs avec des annonces en disant que la Fédération Française est en faillite et, juste pour votre information, la Fédération a des fonds propres à hauteur de 50 millions ainsi qu’une trésorerie à 68 millions avec un actif immobilier de 97 millions dont Marcoussis qui est payé aujourd’hui et qui représente 51 millions en plus-value. Il n’y avait pas d’emprunt bancaire et quand je parle d’une gouvernance différente, sachez que j’étais au congrès de Poitiers il y a quelques semaines et en fait, il n’y avait que 18% des présidents présents dont seulement 12% de ces 18% ont voté le budget et ont voté un emprunt de 15 millions. Ce n’est pas du tout le sens que je me fais d’une gouvernance participative, avec une démocratie qui est vivante et qui permet donc de partager et de faire voter tout le monde, qu’on soit d’accord ou pas d’accord. Je pense qu’on a des points de divergences et il y a peut-être ma légitimité étant très engagé depuis des années et des années avec le rugby ainsi qu’une connaissance qui est en train de se faire très, très présente aujourd’hui. La différence en même temps est ce que je propose, je ne propose pas un programme sur 10 ans mais je propose un programme sur 4 ans.

Il faut que l’on soit sérieux, lorsqu’on est élu, on est élu sur une mandature, je connais un peu les règles des mandats et que ce soit à la Région ou à la ville de Gruissan, je n’ai jamais pris un engagement pour 10 ou 15 ans. On est en l’occurrence élu pour 6 ans sur les mandats électifs, c’est 4 ans sur la Fédération et on ne peut pas prendre de l’engagement sur du trop long terme car on a besoin de rendre des comptes et pour rendre des comptes, il faut que tous les 6 mois, on puisse revenir avec les présidents sur ce qu’on a dit, ce qu’on a fait car il y a souvent des décalages. Moi, je n’aime pas trop le vernis, j’aime être le plus transparent possible, la communication, c’est très, très bien mais les actions, c’est mieux.

On va parler, et vous l’avez évoqué, du contexte financier. Quand on écoute les deux candidats Florian Grille et Didier Codorniou, on a l’impression qu’il y a » deux grilles / deux lectures » des finances de la Fédération ?
C’est une autre façon de voir les finances et une autre lecture des comptes administratifs mais surtout d’avoir des éléments qui me permettent de pouvoir retrouver l’équilibre. Le candidat Grill parle de 3 ans pour retrouver l’équilibre au niveau des comptes et moi je pense que dès la première année, fin 2025, on peut être en équilibre. Il y a effectivement un déficit structurel sur la Coupe du Monde entre le GIP et le GUE mais je fais confiance à l’Etat et à l’ensemble des acteurs pour éponger ce déficit de manière à ce que qu’on puisse remettre sur le compte de la Fédération ce qui avait été mis en provision.

Quels sont les retours des clubs sur la campagne et comment se passe cette dernière ?
Je suis ravi. Déjà, je retrouve beaucoup d’amis, je retrouve des présidents, des anciens joueurs, je retrouve des gens qui m’ont connu soit joueur soit vice-président lorsque je m’occupais des sports à la Région, dans d’autres régions, et comme vous l’avez dit, c’est beaucoup plus » le petit prince » donc je suis ravi que ces relations se passent bien. En fait, la préoccupation des présidents, c’est comment les jeunes jouent au rugby, comment est-ce qu’ils arrivent à être encadrés, comment est-ce qu’on fait venir plus de bénévoles à la Fédération Française de Rugby, ce sont toutes ces préoccupations qui leur posent des problèmes aujourd’hui. Il y a bien sûr des outils qui sont à la Fédération et qui sont bien mais ils demandent peut-être aussi à être mieux managés donc je parle de décentralisation, de déconcentration et de planification. Je pense qu’il y a un travail de fond à faire sur les outils qui sont en place, je pense notamment aux Ligues, aux Comités Départementaux et aux conseillers techniques des clubs.

Je crois qu’il y a 68 conseillers techniques qui ont été créés sous l’ancienne présidence, ces conseillers apportent une vraie valeur ajoutée mais je pense qu’il faut les réorienter sur l’essentiel de leur fonctionnement et notamment que les Comités Départementaux soient beaucoup plus structurés et beaucoup plus aidés financièrement. C’est là où la lecture des finances est différente, vous l’avez effectivement compris, entre ma lecture et celle du président sortant d’autant plus que quand on dit qu’on est en faillite et qu’on augmente le budget de fonctionnement d’un 1,2M avec trois postes qui coûtent relativement chers, qu’on verse des financements de 3M à la Ligue et 1,5M aux départements, c’est que, finalement, les crédits y sont. C’est là qu’il faut que l’on soit le plus transparent possible et qu’on dise la vérité, il faut qu’il y ait une vraie sincérité des comptes et c’est aussi mon engagement qui sera total et en même temps relayé par des contrôles systématiques.

Vous avez parlé du précédent président, Bernard Laporte. Est-ce qu’il vous a apporté son soutien ?
C’est une question qui revient souvent. Je n’ai pas forcément de soutien de Bernard Laporte, j’étais ami avec lui lorsqu’il était sélectionneur et que j’étais manager des moins de 20 ans, j’ai ensuite perdu un peu trace. Je suis très ami avec Jo Maso qui est lui-même ami avec Bernard, je suis ami avec Christian Louis, Blanco et Jean-Claude Skrela, j’ai aussi une longue amitié avec Claude Atcher depuis une trentaine ou une quarantaine d’années mais en même temps, et pour être très, très clair là-dessus, j’ai dans mon équipe des hommes et des femmes de tous les courant, je pense d’ailleurs que ça pourrait être intéressant d’en garder de l’équipe de Grill, le président sortant. Ce sont des personnes qu’il a eu de l’équipe Bernard Laporte et à qui il a redonné la confiance ce qui veut finalement dire qu’il y a des gens qui ont des compétences et ce qui m’importe moi, c’est d’avoir des compétences dans mon équipe. Je reviens sur votre question et je revendique cette liberté, accordez-moi la faiblesse de croire que j’ai des gens qui peuvent être pro Codor et qui soient dans un milieu courant de Bernard Laporte ou même de Florian Grill puisque j’ai une ou deux personnes qui étaient dans la mouvance de ce dernier et qui sont aujourd’hui avec moi. Je pense qu’il faut tourner cette page pour ouvrir un nouveau chapitre et c’est ce dont j’ai envie de parler aujourd’hui, j’ai vraiment envie de m’occuper des présidents et des bénévoles, tous les week-ends, toutes les semaines. Ils passent leur temps à s’occuper du rugby et c’est ça qui m’intéresse.

Vous le savez, nous sommes un média spécialisé sur la Nationale et la Nationale 2. Quel est le regard que vous portez sur ces deux divisions qui sont naissantes et en cours de structuration ?
Je pense que c’est assez intéressant, on l’a vu avec des clubs qui étaient en capacité non seulement de se maintenir mais aussi de monter en Pro D2, je pense notamment à Nice et à Narbonne qui a joué à deux reprises la montée. Le niveau est intéressant mais il sera également intéressant de voir la consolidation de leur fonctionnement tant sur le plan de l’effectif que de la masse salariale. Je ne suis pas donneur de leçons, je ne me permettrai jamais de dire que les clubs gèrent mal car, apparemment, c’est un peu ce que dit le président sortant quand il parle de masse salariale, moi, ce que je dis, c’est que c’est intéressant de voir un peu l’évolution de ces clubs, c’est intéressant de voir un peu comment ça se passe puis de réajuster derrière.

Aujourd’hui, j’aurai tendance à dire que ça fonctionne bien, continuons et on verra par la suite comment les choses doivent s’orienter. Il est clair que le président de la Fédération Française de Rugby, et c’est là aussi un élément de ma campagne, doit être très, très proche du président de la Ligue Nationale de Rugby car il faut que l’on travaille ensemble. Il faut quand même rappeler que les Antoine Dupont et tous les joueurs emblématiques de la Fédération Française de Rugby sont issus du monde amateur, ils ont eu des entraîneurs bénévoles, ils ont eu des dirigeants et des présidents bénévoles et c’est grâce à ces structures qu’on a réussi à faire tous ces grands joueurs qui, aujourd’hui, rayonnent au niveau de la planète France comme de la planète Monde et ça, je crois qu’il ne faut jamais l’oublier.

Sportivement, la Nationale et la Nationale 2 se portent très, très bien, on voit des championnats qui sont très relevés et qui sont passionnants. Par contre, on a aussi vu quelques clubs qui avaient de gros trous d’air financiers, on pense à Blagnac qui a fondu les plombs en cours de saison et Hyères-Carqueiranne La Crau n’est pas loin d’aller rejoindre le cimetière des éléphants, à Lannemezan ou au Bassin d’Arcachon. Que peut-on faire pour que ces clubs n’arrivent pas dans des situations qui sont quasiment sans solution ?
Des solutions, il en existe toujours. Je pense qu’il faut qu’ils soient bien accompagnés sur le plan financier et dans le cadre des contrôles, avant d’être en zone rouge, il faut donc peut-être faire des audits réguliers. C’est là où je pense que la Fédération, dans le cadre de la décentralisation, peut apporter un soutien non négligeable d’accompagnement pour déclencher, un peu comme ça se passe dans les collectivités, avant d’être relayés, il y a des avertisseurs et des alertes qui permettent d’avoir des contrôles et en même temps des audits ainsi qu’un accompagnement. Je pense que c’est ce lien qui est important car dès qu’un club est relégué et qui se retrouve en situation de dépôt de bilan, c’est catastrophique pour le club, pour les joueurs, pour l’environnement, pour l’écosystème du rugby et ça ne donne pas une bonne image. Je crois qu’il faut que l’on arrive à avoir des marqueurs et des alertes régulièrement, ça, c’est aussi un rôle que doit jouer la Fédération et j’en reviens d’ailleurs à la Fédération car il faut que le président soit responsable. Je suis maire d’une commune depuis 4 mandats, je suis responsable de tout et là, il faut assumer ce rôle, moi, je l’assumerai demain en tant que président de la Fédération. Là où il y a un sujet ou là où il y a un problème, il faut que le président mouille le maillot et essaye de trouver la solution avant que ça ne parte en dépôt de bilan avec les conséquences dramatiques que le club subit

On sait qu’actuellement, les clubs de Nationale et Nationale 2 sont audités par l’A2R, ex DNACG, à N-1. Est-ce que ce ne serait pas l’une des solutions que de les auditer à N0 comme c’est le cas en Top 14 et en Pro D2 pour ne pas avoir de décalages d’un an qui, parfois, sont mortifères ?
C’est effectivement une solution qui permet d’amortir et d’anticiper. On est en fait beaucoup plus sur l’anticipation, quand c’est trop tard, le club ne peut plus se redresser et ce n’est pas avec un apport de fonds par les collectivités ou par quelques partenaires qu’il va s’en sortir. Ce sont en effet tous ces sujets qui vont être intéressants et là-aussi, pour que vous compreniez ma démarche car je ne suis pas un magicien mais je suis pragmatique, dès que nous serons élus, je veux mettre en place des assises territoriales. Pendant trois mois, Novembre, Décembre et Janvier, ces assises vont consister à rayonner sur toutes la France avec tous les sujets que les présidents nous ont mis en avant sur tous les problèmes qu’ils rencontrent avec, bien sûr, les problèmes que vous venez d’évoquer. Il y aura des questions comme la santé avec tout ce qui peut se passer aujourd’hui mais également les formes de racisme, de discriminations, de violences ou d’agressions.

Il faut qu’on le traite et on le traitera dans le cadre des assises territoriales que je mettrai en place durant ces trois mois pour qu’à fin Janvier, on rentre dans le côté opérationnel. Il faut que l’on aille vite car, comme je vous le disais, il y aura un engagement sur 4 ans et dès la première année, dès 2025, il faut que nous ayons enclenché nos 12 projets, qu’ils soient activés afin que l’on puisse les réaliser très, très rapidement car le rugby amateur est en grande souffrance. Quand j’étais jeune, nous, on voulait jouer mais là, je m’aperçois qu’il y a des jeunes qui ne jouent pas pendant un mois, un mois et demi ou deux mois donc vous imaginez … Lorsque vous passez des moments en plein hiver où vous ne jouez pas sur les deux mois de Janvier / Février, soit les 4 week-end, c’est relativement grave. Comment est-ce qu’on en est arrivé à cette forme-là et comment est-ce qu’on peut essayer de retrouver du jeu ? C’est là où il y a des expérimentations.

Il y a bien sûr le rugby à 7 qui est très, très intéressant en termes de jeu magnifique, la qualité du jeu, la capacité à développer des courses longues et autres. Souvent, lorsque les juniors sont au lycée ou à l’université, ils arrêtent donc peut-être que le rugby à 7 pourrait permettre de relancer cette activité dans un championnat. Un autre point qui me semble intéressant, c’est le beach rugby qui dure entre deux mois et deux mois et demi, c’est donc à la fois court et long, je sais de quoi je parle puisque j’ai organisé à Gruissan le tournoi le plus important de France et certainement le plus important sur le plan européen avec les filles, il y avait plus de 400 filles. Donc, comment est-ce qu’on promeut le beach rugby entre les très jeunes et les adultes pour susciter des vocations et des passions ? Ça, ce sont des sujets sur lesquels on veut se lancer, on va apporter de la valeur ajoutée, il faudra bien sûr que l’on arrive à financer tout ça mais nous sommes prêts à trouver des pistes de financement.

Toujours concernant la Nationale et la Nationale 2, si le candidat Codorniou devient président de la Fédération Française de Rugby, est-ce qu’il continuera avec ces formats-là ou est-ce qu’il y aura une réforme des championnats de Nationale et Nationale 2 ?
Non, je pense que la Nationale et la Nationale 2 se comportent bien et je pense que toutes les réformes, ce n’est pas le président qui va les décider. Si réformes il doit y avoir, elles se feront dans la transparence la plus totale avec une vraie volonté partagée des présidents de clubs. C’est pour cela que je vous disais que nous avons quand même une différence importante entre les deux candidats car moi, je suis sur la participation citoyenne et je veux demander aux présidents qu’ils s’engagent à mes côtés sur des décisions qui sont parfois difficiles à prendre. Ensuite, j’assumerai bien sûr in fine mais je suis un peu dans l’esprit d’une pyramide inversée et donc de redonner au socle la force du rugby et donc de presque partager le pouvoir. C’est aussi cette volonté que nous avons collectivement avec mon équipe.

Un mot sur votre adversaire Florian Grill ?
Il est sympathique.

Quel est votre état des lieux sur le rugby français ?
Comme je vous le disais, il y a un effondrement au niveau de la masse ainsi qu’un effondrement sur des catégories. Il y a aussi cette double licence où les clubs professionnels anticipent des jeunes, voire même très, très jeunes donc il faudra que l’on réfléchisse ensemble entre la Ligue Professionnelle et la Fédération sur comment est-ce qu’on peut modifier cette double licence, peut-être avoir une double licence sur une durée d’une année. Lorsque vous regardez les statistiques, on s’aperçoit que c’est 1,22 ou 1,25 joueur qui s’arrête et sort du rugby, qu’il réussisse ou ne réussisse pas. Je voudrai donc remodifier la durée et en même temps bien regarder au niveau des JIFF comment est-ce qu’on arrive à faire jouer encore nos jeunes joueurs qui, souvent, font banquette et gonflent les structures professionnelles alors que les clubs amateurs sont en souffrance pour former des équipes.

C’est pour cela qu’il y a ces rassemblements qui se font et qui posent aussi problème sur des territoires où, progressivement, les clubs disparaissent donc là, il y a un vrai problème. Je suis optimiste et je crois qu’on a besoin d’un projet fédérateur et positif donc ma vision d’avenir est que nous sommes attachés à le faire de par un dialogue constant avec le terrain. Je reviens sur les 3 axes que je veux mettre en place qui sont la gouvernance, les infrastructures et les bénévoles mais en fait, il faut aussi avoir une meilleure reconnaissance au bénévolat qui part de plus en plus. Là aussi, nous avons des pistes pour les motiver et les valoriser comme il se doit car le rugby, c’est tout ça, c’est ce rugby qui fait un peu la force de notre identité et de notre ADN à savoir être convivial et fraternel et de pouvoir toujours continuer à vivre ensemble. C’est une façon d’art de vivre.

Il y a tout de même des raisons d’espérances avec, entre autres, un club occitan dans votre région qui est champion d’Europe, le Stade Toulousain, une équipe de France qui a été championne olympique à 7, toutes les deux portées par Antoine Dupont, enfant des Pyrénées et formé à Auch ?
C’est un peu ce que je viens de vous dire. C’est vrai que quand on regarde un peu ce qu’il se passe, on peut être par moment avec des zones d’ombre comme avec ce qu’il s’est malheureusement passé en Argentine et puis être en pleine lumière avec des joueurs qui ont le sourire, des joueurs qui dansent, des joueurs qui chantent, des joueurs qui rient, des joueurs qui font fédérer énormément de personnes, je crois que ce sont quasiment 300 000 personnes qui ont été rassemblées sur le rugby à 7. C’est magique, ça veut dire que cette règle d’or existe mais qu’il faut l’incarner et pour l’incarner, j’ai vraiment une confiance avec mon équipe pour essayer de séduire et de convaincre. Une fois de plus, mon seul maître est le suffrage universel et je me plierai à la règle démocratique.

Merci et on vous souhaite une belle campagne dans cette course à la présidence de la FFR
Merci beaucoup et à bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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