Sur la côte varoise et les bords de la Méditerranée le RC Hyères Carqueiranne la Crau défraie la chronique au gré de ses soubresauts économiques et de ses changements de directions. Exsangue financièrement depuis l’été dernier le RCHCC qui évolue en Nationale tourne en rond en alternant « opérations sauvetages » et crises existentielles. Au milieu de tout ça, les joueurs se retrouvent pris en otage et vivent des situations humaines, sociales et familiales catastrophiques rappelant le revers de la médaille du professionnalisme quand celui ci déraille. Eli-Serra Miglietti, pilier du club varois, nous a accordé un entretien grand format pour ouvrir la boîte de Pandore d’une situation critique pour les joueurs et les salariés trop longtemps camouflée et qui, dorénavant, apparaît au grand jour. Un récit glaçant d’un joueur de rugby étant actuellement plus préoccupé par sa situation personnelle intenable moralement que par une hypothétique reprise du championnat du RCHCC sur le carré vert.

On peut dire que, quand tu signes à Hyères Carqueiranne la Crau, c’est un club en pleine dynamique, que tu connaissais bien puisque tu y étais passé une première fois, qui était passé de Fédérale 2 à Fédérale 1 puis de Fédérale 1 en Nationale. Tu y étais arrivé juste après la montée en Nationale pour une aventure qui était de se maintenir et cette première année que tu as passée au RCHCC, il y a maintenant deux ans de cela, fut une saison où vous avez rempli tous les objectifs en réussissant à vous maintenir en Nationale ?
Je suis arrivée de tutorat à Toulon en Fédérale 2 avec Greg Le Corvec, sur une année un peu compliquée pour moi à Toulon. Cette année-là, on termine champion de France de Fédérale donc déjà une expérience incroyable pour débuter une carrière, une carrière certes modeste en Fédérale 2 mais un titre est toujours incroyable à vivre. De là, je suis parti avant de revenir au club 6 ans après avec toujours Grégory Le Corvec comme manager et avec qui on s’était donné un petit peu rendez-vous plus tard, sur de plus grosses échéances et à un niveau un petit peu plus élevé. Arrivent deux ans de très belles saisons où, finalement, on remplit vraiment le cahier des charges de la Nationale, suite à la montée, on arrive vraiment sur une dynamique où les mecs avaient vraiment déjà fait du boulot en Fédérale 1 et avaient fini sur une très belle finale avec un très beau groupe. Je suis donc arrivé dans ce groupe-là qui était déjà très compétitif et avec qui on avait des ambitions, notamment celle du maintien car on connaissait forcément bien le niveau de la Nationale 1 qui est difficile. Tous les nouveaux, ceux qui ont fait partie de la vague de recrutement, sont arrivés avec beaucoup d’entrain sur la Nationale 1.

Lors de cette année 2022 / 2023, celle de ton come-back au club, le RCHCC était en dynamique. Vous étiez certes le petit poucet de la division mais il était en bonne santé à l’époque ?
On était sous la houlette de Mr Bringuier, président du club, avec qui tout se passait très bien financièrement et où tout se déroulait comme prévu. Sur ça, on a vraiment passé une belle saison, à ne pas se poser de question et à ne vraiment se consacrer qu’au rugby et à la performance ce qui était vraiment quelque chose de très agréable car avec le groupe et le staff que l’on avait, on a vraiment pu se régaler en Nationale.

Juste après ce maintien en Nationale arrivent le premier warning et la première alerte, au cœur de l’été, juste avant la reprise puisque le président Bringuier, le président historique, se retire. On sent alors que, du côté de Hyères, il y aura un avant et un après puisqu’on commence à entendre poindre des bruits de problématiques financières ?

Oui, c’est ça. On finit cette saison très heureux avec le maintien et avec le staff et l’ensemble des prépas physiques, on était super satisfaits, on part en vacances avec la tête reposée et légère. Sur la fin des vacances, Mr brenguier nous annonce qu’il se retire de la présidence donc là, le trouble s’installe et on se demande bien à quelle sauce on va être mangé car finalement, la saison va reprendre alors qu’on n’a pas encore la solution pour pouvoir repartir tranquillement. On arrive donc forcément dans un environnement anxiogène pour les joueurs et tout le staff mais on fait bien sûr front, nous, on est là pour jouer au rugby donc on ne se pose pas trop de questions sur le moment, hormis sur notre avenir mais on nous assure que ça va le faire. Du coup, sur le moment, on ne se pose pas trop de questions non plus, on revient avec plein d’entrain à l’entraînement et on se dit que tout va être réglé mais finalement, c’est déjà le début de la fin même si on ne le sait pas encore.

On a vu lors du début de saison que vous aviez fait pas mal de déplacements sur un jour, notamment pour Albi où vous êtes partis à 5h du matin pour arriver au stade. On va dire qu’il y avait des » rustines « qui étaient posées mais sportivement, vous teniez le choc et vous étiez à fleur de la qualification. On a l’impression que ce contexte d’épée de Damoclès financière au-dessus du groupe vous a resserrés ?
C’est exactement ça. On a eu l’impression de ne pas trop se faire respecter car nous, on faisait vraiment notre partie du contrat c’est à dire performer, jouer, donner le meilleur de nous-mêmes et avoir des résultats et finalement, on avait déjà des déplacements sur une journée, on mode commando comme on l’a souvent dit à savoir partir à 3h ou 4h du matin et revenir au matin vers 4 ou 5h du matin en ayant joué un match. On va dire que ce n’étaient pas des conditions idéales pour pouvoir performer mais on arrivait quand même à se resserrer entre nous parce qu’on avait un groupe soudé et ambitieux et on a donc quand même réussi à performer et je pense qu’on peut quand même se satisfaire de ça.

Vous viviez un peu au mois le mois en vous disant à chaque fois » un mois de plus, un mois de plus « . Je pense qu’il y a quand même eu un match qui a été un déclic dans votre tête, c’est celui contre Blagnac au mois de Janvier où, à la fin de la rencontre, les joueurs de Blagnac vous demandent comment ça va et si vous allez tenir mais, ironie du sort, une semaine plus tard, ce sont eux qui explosent en vol. Ça a dû vous ramener à votre situation ?
Le paradoxe est en effet énorme, nous, on arrivait les armes à la main mais comme tu l’as dit, on survivait chaque mois à se demander si on pouvait être payés et continuer à jouer donc en étant vraiment en sursis. Après le match, on parlait avec les gars de Blagnac, on connaît toujours forcément du monde dans les équipes, et ils étaient compatissants avec nous, nous disant » accrochez-vous les mecs, on espère que ça va le faire » et autres. Finalement, et c’est incroyable, ce sont eux qui déposent le bilan le lendemain sans qu’on s’en aperçoive, sans qu’il n’y ait de grosses alertes au sein de l’équipe ou du club, ça a été un gros coup dur pour eux et même nous, on a pris un coup. C’est fulgurant, ça arrive d’un coup, on ne le voit pas arriver et on le prend en plein milieu de la tronche donc oui, ça a été très compliqué pour les joueurs de Blagnac et nous, au vu de la situation, ça nous a forcément touché.

Quelques semaines après, mi-Février début Mars, le RCHCC arrive vraiment dans le rouge financièrement. Vous êtes chaque jour au bord du dépôt de bilan, c’est quasiment une question permanente autour de Hyères Carqueiranne la Crau où toute la division se demande si vous allez jouer le prochain match et là, on sent que dans le club, il y a une situation qui se tend extrêmement ?
J’ai vécu la situation d’une manière un peu différente car je suis devenu papa pour la première fois en Janvier donc en plein moment de crise. On a forcément reçu les informations comme quoi on ne savait pas si on allait finir la saison et finir comme Blagnac ou autres. Sur ce mois-là, j’étais à l’hôpital avec ma femme en train d’avoir le plus beau cadeau du monde et à me demander en même temps si j’allais pouvoir continuer ma passion et pouvoir faire vivre ma nouvelle famille. Trois jours après, j’étais sur le terrain en train de m’entraîner et le week-end même après l’accouchement, j’étais sur le terrain en train de jouer à Chambéry. Les sacrifices de notre part, car je ne suis pas le seul à être devenu papa, on a est 4 ou 5 joueurs à l’avoir été dans la même année, on a tous fait de gros sacrifices à savoir lâcher nos femmes et nos nouveau-nés pour s’entraîner et jouer sans savoir si ça allait continuer et ça, ça a été un moment très dur mais également un moment fort de notre saison. En fait, je pense que ça a aussi un peu ressoudé le groupe autour de ça en se disant » tout le monde fait des sacrifices, on va aller jusqu’au bout quoi qu’il arrive » mais à un moment donné, ça risque de s’arrêter à tout moment donc il faut arriver à gérer la situation.

Au printemps, le président Teisseire trouve deux repreneurs issus du club de Draguignan. Chez vous, du côté de Hyères Carqueiranne la Crau, vous pensez que vous avez vu le bout du tunnel, qu’il va y avoir des perspectives à l’horizon et un avenir ?
Très clairement, ces deux énergumènes sont arrivés et se sont présentés en disant » c’est terminé les problèmes, on arrive, on vous sauve, ne vous prenez plus la tête, c’est bon, on est là, le calvaire est fini « . Et en fait, on apprend une semaine après, bien sûr pas par eux puisqu’ils ont été assez lâches pour ne rien dire, qu’ils sont partis la queue entre les jambes sans rien dire et en Mars, on se retrouve sans plus personne. Les mecs sont donc arrivés avec de grandes ambitions et des grandes phrases, un peu à l’américaine sauf qu’en fait, rien du tout, ils n’avaient rien du tout et ils nous ont juste vendu du rêve, ils ont continué à nous faire espérer pour nous planter un coup de couteau dans le dos et partir sans rien dire. On joue forcément avec des vies et ça, on le sait encore plus maintenant pour certains joueurs, ce n’est pas possible de faire ça, on parle de nous, l’équipe première, on parle de l’école de rugby, de beaucoup de jeunes qui veulent juste jouer au rugby et qui ne sont pas salariés. En fait, on joue avec des centaines de vie comme si c’étaient des jouets, comme si on jouait au monopoly et c’est aberrant de voir des choses comme ça arriver mais c’est ce qu’il s’est passé.

Quand on entend tes propos où tu les qualifies d’énergumènes, on sent qu’il y a de la rancoeur derrière ?
Oui, forcément, ils nous ont vraiment pris pour des cons, je vais être un peu vulgaire, les mecs ne nous ont pas respectés, ils nous ont vendu du rêve, tout ça pour partir et nous mettre un peu plus au fond du seau alors que si on coupait tout directement, on avait le temps pour se retourner, essayer de trouver un club et continuer de vivre dans notre passion. Au final, ils nous ont encore plus mis dans la merde que ce qu’on était et ils sont partis comme si de rien n’était, la queue entre les jambes, à se faire oublier et à ne plus répondre. Ils avaient pris des engagements qu’ils ne tiennent forcément plus puisqu’ils ont démissionné dans le secret, sans que ça se sache puisqu’on l’a pratiquement appris par la presse. A un moment donné, la vie n’est pas un jeu vidéo, il y a des gens derrière, des familles, c’est impossible de faire ça ! Je ne comprends pas mais bon …chacun peut se regarder dans le miroir et c’est à eux de voir.

A partir du mois de Mars, les payes commencent à tarder à arriver du côté de Hyères-Carqueiranne La Crau et il y a des retards mais malgré ça, vous finissez quand même la saison honorablement et même avec grand orgueil puisque vous n’êtes pas loin de vous qualifier pour les play-offs ?
En fait, on est tellement à bout qu’on donne tout sur le terrain, qu’on donne tout pour nous et, au final, on arrive à battre des équipes comme Bourgoin, Albi ou Narbonne qui étaient vraiment les tops équipes, les grosses écuries alors qu’à Hyères, on est les promus, les petits poucets, on n’est pas payé. On a gagné ces matchs bénévolement, c’est à dire qu’on n’était pas payé depuis deux mois mais qu’on était en train de gagner des matchs comme ça donc, à un moment donné, il faut se poser les bonnes questions. On va dire qu’on a fait des exploits, ça a forcément eu un impact au vu de cette situation-là mais c’est incroyable d’en arriver là, c’est incroyable …

Quand on entend tes propos, on a l’impression que le terrain a un peu été un exutoire de vos problèmes ?
Oui, clairement, on s’est resserré entre nous, on a tout donné sur le terrain et je pense que c’est aussi grâce à ça que, mentalement, on a pu réussir à suivre le rythme et la cadence. Grégory Le Corvec et tout le staff ont aussi réussi à nous donner une ligne directrice et à nous cadrer sur ça sans justement nous mettre la pression et en nous disant » les mecs, c’est vous qui voyez, on fait ce que vous voulez « . Ils étaient vraiment dans notre sens, on avait la validation du staff qui nous disait » les mecs, ça fait deux mois que vous n’êtes pas payés, nous, on est comme vous donc qu’est-ce que vous voulez faire ? Est-ce qu’on performe ? Est-ce qu’on joue sur le terrain ? Est-ce qu’on fait forfait ? « . Ça, c’est aussi le truc qui nous a fait nous resserrer un peu tous ensemble, à savoir qu’on fait le choix de ne rien lâcher parce qu’on est tous des compétiteurs et qu’on a des ambitions personnelles et collectives, ça fait partie du » jeu « .

Après la fin de saison se passe une période où il y a une grande instabilité et une interrogation, il n’y a même plus de président, on peut dire que le navire n’avait plus de capitaine mais, il y a quelques semaines de cela, il y a eu l’annonce de l’arrivée de Laurent Mazella à la tête du club. Où en est-on depuis l’arrivée de ce dernier, est-ce que Hyères-Carqueiranne La Crau est sauvé ou est-on dans un statu quo ?
Là encore, comme si c’était normal et avec beaucoup de tranquillité, on a une personne en face de nous qui vient nous dire » on est sauvé « , qu’ils reprennent le club; lui et son associé, avec beaucoup de tranquillité, ils nous disent que tout va bien se passer mais qu’il n’y a pas les moyens financiers et humains mis en place à la hauteur de ce que doit être la Nationale, qu’il y aura du bricolage donc en gros, ils veulent sauver le club mais en même temps, ça ne les intéresse pas vraiment de performer. S’ils peuvent nous mener à l’abattoir chaque week-end sur les matchs, ça ne sera pas un problème pour eux, si on peut redescendre en Nationale 2 tranquillement sans qu’on fasse de vague, ça leur ira très bien. En fait, le club est finalement sauvé mais à quel prix ? Est-ce que c’est normal de jouer avec nos santés, de jouer avec nos familles, encore une fois j’ai envie de dire, comme si de rien n’était et comme si c’était normal ? Je n’ai rien contre Mr Mazella par contre, s’il vient nous voir, nous faire des réunions et nous dire qu’il n’y aura pas de moyens quitte à ce qu’on accepte une baisse de salaire, qu’il n’y aura pas assez de joueurs pour jouer mais qu’on jouera quand même, dans ce cas-là, il ne faut malheureusement pas reprendre le club. Il faut laisser les choses se faire et reconstruire le club tout en sauvant l’école de rugby et reconstruire les fondations solides du club et ne pas mener à l’abattoir 20 ou 25 joueurs maximum sur un niveau qui a des exigences professionnelles et où on remet notre santé en jeu chaque week-end, ce n’est pas possible !

On t’entend parler d’abattoir, tu as peur pour l’intégrité physique des joueurs en n’étant que 25, en ayant un groupe restreint avec des espoirs qui viendront sûrement compléter ? Tu as peur qu’il y ait des accidents sur le terrain ?
Bien sûr ! Il faut être lucide, entre 20 et 25 joueurs, faire une saison de Nationale 1 en connaissant l’impact physique, mental et tout ce qui va avec, quand on sait qu’il y a des mecs qui descendent de Top 14 et de Pro D2, où on a des équipes surentraînées et suréquipées tandis que nous, on vient avec des joueurs forcément amoindris ou qui viennent d’en-dessous … On a perdu énormément de nos cadres, un jeune qui viendra matcher avec nous, ça sera super pour lui car il aura de l’expérience mais on met vraiment sa santé en jeu parce qu’il n’est pas entouré de personnes pour pouvoir évoluer sereinement. Ça veut dire que si on a que des jeunes qui viennent sans expérience se faire casser la bouche, on connaît le rugby, c’est rugueux surtout à ce niveau-là. Donc, à un moment donné, si des mecs sont prêts à accepter qu’on remette en jeu la santé de joueurs, il va falloir se poser des questions un peu plus haut et se dire » est-ce que c’est normal ? Est-ce que le cahier des charges est rempli ? » et faire la part des choses car là, on est vraiment pris en otages et ça ne va pas du tout.

Où en es-tu de ta situation personnelle ?
Moi, par exemple, le club est censé me prendre en charge mon logement mais le bail n’est pas signé depuis deux mois et le loyer n’est pas versé donc je suis à deux doigts de me faire expulser avec mon nourrisson et ma femme. On n’est pas payé depuis un mois et demi donc, en fait, on est tous dans des situations précaires, il y a des joueurs, les nouveaux joueurs, dont certains dorment dans les logements ou sur les terrains des autres mecs parce qu’ils sont arrivés et qu’ils n’ont pas d’argent pour payer le logement. Le logement n’a pas été pris en compte donc il y a quand même des mecs qui dorment sur des terrains avec des tentes, c’est abusé ! Il y a aussi des mecs qui sont venus sur, malheureusement, un petit accord oral, il fallait qu’ils signent leurs contrats mais les mecs de Dragui se sont barrés et donc, finalement, ils arrivent et ils sont obligés de travailler en intérim et de ne même pas s’entraîner car sinon, ils ne pourraient pas vivre. Donc soit on fait les choses soit on ne les fait pas mais, à un moment donné, il faut penser à tout, il ne faut pas juste penser à son nombril et à se dire » je vais sauver » mais pour rien ou pour soi-même, il faut penser à tout le monde.

Quand tu es devenu rugbyman professionnel, est-ce que tu pensais vivre un jour une situation telle ?
Non, vraiment pas. Déjà, moi, je ne suis pas un grand professionnel, j’ai une petite carrière, j’ai passé le cap il y a deux ans d’être vraiment rugbyman à 100% c’est à dire ne plus être pluriactif. J’étais super content car c’était un peu mon objectif de base à atteindre et en fait, je ne pensais vraiment pas que ce genre de chose était possible. Là, on est pris en otage parce qu’on ne peut pas retrouver de club, si on en retrouve un, c’est miraculeux et bien sûr que si on retrouve un club, on cassera notre contrat pour partir mais ça, ils ne le comprennent pas puisqu’ils veulent qu’on casse nos contrats si on n’est pas content. On n’est pas content mais si on n’a pas de club, on ne peut pas partir ! En fait, c’est une prise d’otages organisée et nous, on est au milieu, on est baladé à droite, à gauche, on nous ment. Je ne pensais jamais vivre ça dans le rugby et j’avoue que, malheureusement, ça me dégoûte pas mal du rugby professionnel alors que c’est ma passion. Il y a des choses que je ne pensais jamais vivre et je suis malheureusement en train de les vivre donc on subit.

Ce qui est paradoxal, si on a les bonnes infos, c’est qu’à l’inverse de Blagnac où les joueurs en voulaient aux dirigeants d’avoir déposé le bilan, vous, vous êtes une majorité de joueurs à maintenant quasiment espérer le dépôt de bilan pour sortir de cette situation ?
Exactement parce qu’en fait, s’il n’y a pas de dépôt de bilan, on reste bloqué au club. C’est surtout vis à vis du timing car si on avait eu un dépôt de bilan en Mars ou si on avait juste su la situation, on avait le temps de trouver un club, de se retourner et de partir sauf que là, on est pris dans l’étau parce qu’on ne peut pas re-signer dans un autre club puisque, pour l’instant, il n’y a pas de présidence et que donc, les contrats sont bloqués, on n’est pas payé et en plus, on ne sait pas si on va repartir la saison prochaine. Donc, à un moment donné, il faut stopper l’hémorragie, dépôt de bilan, le club sauve son école de rugby en changeant de nom comme ça a déjà été fait et ensuite, ils restructurent le club sur des bases solides et pérennes pour pouvoir remonter petit à petit de niveau. La vie que l’on mène nous, elle n’est pas vivable, j’aimerai bien qu’ils soient à notre place pour comprendre car c’est bien facile de parler mais quand on est à notre place, je pense qu’ils feraient moins les malins. Il faut donc se poser les bonnes questions mais après, nous, malheureusement, on ne peut faire que subir.

Est-ce que vous vous êtes retournés vers les instances, la FFR et Provale et quelle est l’aide qu’elles peuvent vous apporter ?
On s’est tourné vers Provale il y a peut-être un petit mois maintenant, ils essayent de nous aider pour pousser le club au dépôt de bilan ou à vite régulariser les situations en faisant des mises en demeure pour nos salaires qui n’ont pas été versés et autres, il y a des procédures à respecter donc ils nous aident avec ces dernières. Concernant la FFR, on aurait forcément aimé que quelqu’un vienne mettre le nez dans tout ça parce qu’il faut quelqu’un qui ait la tête sur les épaules et qui voit bien qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire. Je pense que quelqu’un de détaché de la Fédé qui serait venu un peu voir les comptes et voir ce qui se passe aurait rapidement mis un terme à tout ça mais, malheureusement, il ne s’est pas passé grand-chose car en fait, au club, c’est une coquille vide. Cela veut dire que jusqu’à maintenant, avant que Mr Mazella n’arrive, il n’y avait personne à savoir pas de bureau, pas de secrétaire, il n’y avait plus personne mais vraiment personne donc pas de contact au sein du club donc forcément, tout était arrêté et en stand-by, limite, il n’y avait plus que les joueurs et l’école de rugby, c’est tout. Pas de bureau, pas de secrétaire, pas de trésorier, pas de président, pas de vice-président donc on aurait aimé qu’il y ait quelqu’un de la Fédé qui vienne plus tôt pour pouvoir nous sauver. Là, on est encore dans un état critique et on aimerait que ça s’arrête, on a beaucoup subi mentalement et obligatoirement financièrement depuis un an et on voudrait stopper l’hémorragie car on voudrait partir sur d’autres bases saines, que ce soit au sein d’un club de la région ou dans un autre club, car il y a plein de mecs qui ne viennent pas forcément d’ici ni de la région et qui voudraient peut-être retourner chez eux ou pas loin pour se ressourcer, pour pouvoir se vider la tête et jouer au rugby, que ce soit professionnellement ou pas. Il faut stopper l’hémorragie, ce n’est plus possible !

Est-ce que tu as peur qu’à un moment donné, il y ait un joueur qui craque et qui fasse une bêtise ?
Ca …. On se le dit beaucoup entre nous parce qu’on voit très bien la tension qui monte au sein du groupe, c’est forcément très compliqué à gérer, moi-même, personnellement, j’ai eu deux / trois idées qui me sont passées par la tête mais je me suis vite calmé. En fait, quand on joue avec nos vies, il ne faut pas s’étonner que derrière, on ait des paroles un peu crues ou d’autres choses car c’est bien gentil de prendre tout ça de l’extérieur mais eux ne le vivraient pas de l’intérieur. Il faut donc vraiment prendre conscience des choses, la tension au sein du groupe est évidemment vive mais on est quand même dans le milieu du rugby donc on arrive à parler entre nous, à discuter et à essayer de temporiser certaines mais évidemment qu’il aurait pu se passer des choses bien plus graves au sein de l’équipe, du groupe et à l’extérieur. Encore une fois, on essaye de tempérer les choses car sinon, ça va être plus nocif pour nous et ça peut nous amener plus d’embrouilles qu’autre chose donc on essaye de vraiment calmer le jeu et de passer par les procédures légales.

Comment vois-tu ton avenir et celui du Rugby Club Hyères Carqueiranne La Crau ?
C’est la question que tout le monde me pose en ce moment » mais qu’est-ce que tu vas faire ? « . J’ai l’impression qu’on vient de briser ma carrière, ma petite carrière, donc je ne sais pas si j’ai envie de continuer à jouer au rugby, je ne sais pas si j’en aurai l’opportunité, c’est surtout ça. Jouer au rugby, moi, je veux continuer mais c’est trouver les opportunités pour pouvoir le faire qui est beaucoup plus compliqué, surtout dans le rugby actuel, trouver un club de bon niveau sans être une star ou sans avoir un CV long comme le bras, c’est compliqué. On se retrouve donc forcément à tous se remettre en question et si l’opportunité ne se présente pas, ça va être compliqué de rebondir. Pour répondre à la 2e partie de ta question, si on fait une saison blanche à cause du RCHCC ou si on fait 3 matchs et qu’on déclare forfait parce qu’on n’aura pas assez de joueurs, ça sera quand même une saison blanche donc rebondir derrière ça, moi, je suis chaud mais il faudra trouver l’opportunité et ça, ça sera malheureusement très compliqué.

On te remercie pour ce témoignage poignant au coeur des problématiques que traversent le RCHCC et on te souhaite à toi ainsi qu’au club varois de connaître des jours meilleurs
Je te remercie.

Propos recueillis par Loïc Colombié

Article en partenariat avec
























Un commentaire sur “#Rugby – Nationale / Eli Serra Miglietti (Hyeres) : «Je suis à deux doigts de me faire expulser avec ma femme et notre nourrisson, certains nouveaux joueurs dorment dans les logements ou sur les terrains des autres mecs!»”