Julien Seron, le manager du Racing Club Narbonnais, à 24h de peut-être rentrer dans l’histoire pour Narbonne et 80 minutes de remonter en Pro D2 tout en ramenant un titre dans l’Aude nous a accordé un entretien pour poser le contexte de cette finale de Nationale face au Stade Niçois. Après une demi finale haute en couleurs où ils ont réussi à se défaire au bout des prolongations de leurs voisins Carcassonnais (23-20), les gars de la cité romaine vont devoir ce samedi à Chambéry (18h) donner un dernier coup de collier pour graver leur nom sur un bouclier et ravir la communauté orange et noires qui les suit envers et contre tout.

Comment est-ce qu’on se remet psychologiquement, mentalement et physiquement d’un choc comme il y a eu il y a une semaine de ça entre Narbonne et Carcassonne qui s’est joué au bout du temps ?
On a vite évacué émotionnellement car on s’est forcément vite reprojeté sur le match de samedi, quant aux joueurs, ils sont un peu esquintés de la rencontre parce-que ça a cogné et qu’on a joué 100 minutes. On a donc beaucoup régénérer les organismes sur le début de semaine avant tout, tout en se projetant aussi sur la finale mais clairement, quand tu joues une finale, tu récupères plus vite car tu es prêt mentalement. Les mecs ont vite pansé les plaies, ils ont soigné les petits bobos et se sont mis sur le focus finale mais je ne te cache pas qu’en début de semaine, les mecs tiraient encore un peu la patte.

Le peuple orange et noir a remis du carburant aux joueurs avec 9 000 personnes qui étaient présentes pour cette demi-finale et une ambiance de feu. J’imagine que ça a mis les joueurs quasiment en extase ?
Ça te transcende forcément d’avoir un stade plein, 9 000 personnes, un stade qui était coloré en orange et noir donc franchement, ça fait chaud au cœur. Ils sont pour quelque chose dans cette victoire car tu te sens poussé et soutenu, cet élan de solidarité qu’il y a eu à la fin du match pour tenir le score, le public y est aussi pour quelque chose car les mecs se transcendent obligatoirement d’autant plus. Ce groupe est évidemment solidaire, il a aujourd’hui une force collective qui est géniale mais l’apport du public a forcément été bénéfique pour tout ça.

Entre le temps de récupération, le déplacement à Chambéry, la semaine a dû filer très, très vite et il y a dû y avoir très, très peu de temps pour vraiment faire des entraînements type ?
On a forcément essayé de garder un peu nos process sur l’organisation du travail mais en étant partis jeudi, on a régénéré lundi, on s’est entraîné mardi tout en régénérant aussi. On s’est bien sûr concentrés sur Nice et sur nous, sur comment on allait aborder cette finale puis on est parti jeudi après-midi donc la semaine a été courte pour Narbonne. On a deux jours de mise au vert pour se préparer et c’est chouette aussi, le club nous a permis de pouvoir la préparer de cette manière et je pense que c’est aussi bénéfique.

J’imagine que tu as eu un regard très attentif sur l’autre demi-finale et sur le parcours de Nice. Quel est ton avis là-dessus ?
C’est un parcours exemplaire, quand tu finis 1er, ça dénote forcément de la force de cette équipe. On a regardé leur demi-finale mais on n’a pas été surpris ce qu’ils ont proposé parce qu’on connaît bien cette équipe pour l’avoir regardée toute l’année. C’est une belle équipe qui a forcément beaucoup, beaucoup d’atouts à faire valoir mais c’est une finale et dans une finale, il y a plus que les paramètres tactiques et techniques qui sont à prendre en considération. Il y a bien d’autres paramètres et je pense que ces paramètres-là, c’est à nous de nous concentrer dessus, je pense forcément à l’aspect mental et à l’aspect maîtrise qui, sur une finale, ont toute leur importance.

On a vu dans les colonnes de l’Indépendant les autres entraîneurs de Nationale passer au crible les demi-finales et qui, grosso modo ont dit » avantage Nice devant, avantage Narbonne derrière « . Est-ce que ce sont des propos que tu corrobores ?
Nice est une équipe qui est dense devant et qui a une conquête très efficace mais c’est aussi une équipe qui joue beaucoup, qui tient bien le ballon, qui a des facteurs X et qui met beaucoup de dynamisme comme nous on peut le faire. Nous, meilleurs 3/4, je ne sais pas … Aujourd’hui, le rugby, offensivement, c’est avant tout du liant entre les 3/4 et les avants, on ne peut pas dire que les 3/4 sont meilleurs que les avants. Quand tu tiens le ballon dans le rugby aujourd’hui, tu le tiens à 15 et pas à 7 donc c’est avant tout une maîtrise du projet et un engagement dans le projet, une volonté de travailler dur sur le terrain, de se déplacer, de chercher des espaces mais ça, ça n’est pas un travail que de 3/4. Au contraire, les 3/4 vont bénéficier de ce que mettent en place les avants et aujourd’hui, les joueurs sont répartis sur le terrain d’une certaine manière qui leur permet de toucher plus de ballons que les 3/4. C’est le travail des uns qui profite aux autres et vice et versa.

La clé de la finale est peut-être dans la gestion des émotions ?
Oui et c’est surtout ça qui va faire la différence sur une finale, comment tu gères tes émotions, comment tu maîtrises ton rugby, ton affect, ton énergie, ta discipline. C’est avant tout là-dessus que l’on s’est attardé à travailler.

La semaine dernière, tu nous parlais de fierté à titre personnel d’entraîner ce groupe mais là, on peut aussi parler de consécration ?
C’est l’aboutissement mais ce n’est pas la finalité. L’aboutissement, c’est d’avoir fait 11 mois à travailler dur avec un groupe, à créer des choses, à mettre en avant des valeurs que l’on voulait prôner et ces valeurs-là, on les a clairement retrouvées sur cette demi-finale. Je te parle avant tout de solidarité, de rigueur, de plaisir, on est allé se le chercher mais ce n’est pas une finalité car je me dis que la finalité, c’est le match de samedi.

1974 – 2024, Narbonne est au carrefour de l’histoire ?
Ce serait un signe fabuleux. Nos aînés ont malheureusement échoué en 74, certains ont eu la chance de pouvoir se rattraper en 79 donc on le sait forcément et on ne veut pas se rajouter de la pression par rapport à ça mais si on pouvait graver dans le marbre la ligne 2024, ça serait beau pour le club. Une fois de plus, c’est une ligne qui reste gravée à jamais et c’est ça qu’on veut faire avant tout.

Merci, on te souhaite une belle finale et de prendre du plaisir.
Je te remercie.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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